Her Taylor is rich!
Maitre Wade avait promu une bande de gangsters incompétents et sans scrupule. De telles nominations lui permettaient d’installer dans les principaux lieux de pouvoir des pantins lui obéissant au doigt et à l’oeil et dont les excès masquaient le pillage systématique des ressources du pays par sa famille et lui. Les sénégalais n’ont cependant pas été longtemps dupes et il était clair bien avant la fin de son mandat que le peuple ne supporterait pas que les crimes des Wade demeurent impunis. Je ne sais pas à quel point Macky Sall est personnellement convaincu de la nécessité de poursuivre les Wade. Il est possible qu’il ne le fasse que parce qu’il sait que s’il ne le faisait pas, le peuple se retournerait contre lui. Quoiqu’il en soit, bien que le Présidet Sall ait affirmé que Mr Wade lui-même ne serait pas inquiété, Karim Wade est pour l’instant en prison et je ne désespère pas que les enquêtes en cours ne révèlent des faits tels que les juges n’auraient d’autre choix que de juger Mr Wade.
Si Macky Sall semble avoir compris la nécessité de faire traduire en justice au moins une partie de la bande gangsters de Wade, il ne semble pas avoir conscience du fait que si nous avons cette exigence, c’est parce qu’au delà des mots et des symboles, nous aspirons à un État véritablement vertueux où les nominations se feraient selon le mérite et non selon le bon vouloir d’un Président que se prendrait pour un prince.
Non content de nommer ses alliés politiques à des postes de Président de Conseil d’Administration d’entreprises publiques sans tenir compte de leur totale absence de qualifications, le Président Sall semble se croire obligé de trouver de lucratifs points de chute à tous les parents et alliés de son épouse. À chaque lendemain de Conseil des Ministres, la presse a désormais beau jeu de décortiquer les nominations pour pointer les liens de parentés entre les personnes nommées et soit le couple présidentiel, soit un des proches. Les choses deviennent caricaturales quand un mec qui se présente comme le tailleur Mme Sall se sent obligé de donner une interview pour justifier sa nomination par le Président de République au Conseil Économique Social et Environnemental et affirmer qu’il ne la doit pas au simple fait d’avoir cousu des tuniques pour notre Première Dame. L‘interview en elle-même est instructive. Prenez sa réponse à la question de savoir s’il croit mériter sa nomination:
Vous pensez donc que votre nomination au CESE méritée…?
(Il coupe) Nous sommes en politique. Si aujourd’hui je suis membre du CESE, c’est parce que je le mérite. J’ai un parcours politique avec une base solide à Biscuiterie.
Le problème justement, c’est que le CESE n’est pas censée être politique. C’est censé être un groupe de personnalités indépendantes et qualifiées qui peuvent aider à définir les orientations que prendra le pays. La liste des personnalités choisies par le Président de la République est non seulement ridiculement politique mais surtout composé de personnalités pour la plupart totalement dénuées de la moindre expertise valable pour la définition de la moindre orientation en matière politique publique. Il aurait été admissible que Macky Sall choisisse, parmi ses affidés, des personnes compétentes pour peupler ce CESE ou qu’il ne mette qu’une poignée d’incompétents. Mais là, on a juste l’impression que la compétence est le dernier des souci d’un président de la République uniquement préoccupé par le fait de récompenser des leaders politiques et des personnalités médiatiques qui autrement lui auraient pourri la vie. Revenons à notre tailleur, comment voit-il son apport à ce noble Conseil?
Qu’est-ce que vous comptez apporter au Conseil économique, social et environnemental ?
Le CESE est une institution. Nous y sommes pour représenter le peuple sénégalais. Notre rôle c’est d’écouter les populations et de poser les problèmes concernant la demande sociale. J’ai accepté de siéger au CESE et je compte jouer mon rôle de représentant du peuple.
Clairement ce mec confond ce Conseil avec l’Assemblée nationale. Notre peuple élit ses représentants; ils siègent Place Soweto et votent les lois, pas au CESE.
L’on pourrait se dire qu’un peu de népotisme n’est pas vraiment évitable dans une démocratie et que peupler le CESE de politiques incompétents n’est pas dramatique mais il faut rapprocher ça du fait que le Procureur de Dakar a été relevé de ses fonctions hier. Macky Sall a parfaitement le droit de relever un Procureur de la République et de lui accorder une promotion ailleurs. Le problème, c’est que c’est un secret de polichinelle que M. Diagne a été relevé pour avoir refusé d’accorder un non lieu au délinquant dont on voit les agissements dans le film ci-après.
Certes, le délinquant en question est député de la République du Sénégal et membre d’un parti allié du Président de la République. N’empêche qu’un tel mépris pour l’indépendance de la justice me parait inquiétant. La bonne nouvelle c’est que jusqu’à preuve du contraire, c’est le peuple sénégalais qui a élu Macky Sall et si l’envie nous en prend, nous pouvons le démettre et exiger de son successeur qu’il fasse rendre des comptes à tous ceux qui ont bénéficié de son népotisme. Et nous recommencerons autant qu’il le faudra pour que nos politiciens comprennent qu’ils sont élus non pas pour régner mais pour gérer les affaires du pays en notre nom.
L’APR me guette
Moi le 9 septembre 2012:
Je m’engage solennellement, si jamais le fric volé par la famille Wade est rapatrié et si un membre de la famille Wade va en prison, à ne plus jamais écrire quoi que ce soit de négatif envers le Président Macky Sall et à faire activement campagne pour sa réélection.
Aujourd’hui sur twitter via @annagueye :
#Obs #Sénégal #SunuAudit RT @Babacar1Ndiaye L’ancien fils du Président #Wade et Ministre Karim Wade aurait été arrêté à son domicile après la mise en demeure de 30 jours. Karim Wade avait 30 jours pour justifier une fortune de 694 milliards de FCFA.Cueilli chez lui, Il se trouverait à la section de recherche de la gendarmerie de Dakar selon la radio sénégalaise RFM
Il faut certes qu’ils rapatrient l’argent mais je crains que la militance à l’APR et l’obséquiosité envers le Président Macky Sall ne me guettent.
PS: En attendant que je ne la ferme sur tous les agissements de notre Président, suis-je le seul à être choqué par le non respect de la parité dans la composition du CESE?
Irresponsabilité présidentielle
Le problème avec Macky Sall, c’est qu’il semble tellement obnubilé par sa future réélection qu’il fait et dit n’importe pour peu qu’il pense que ça peut l’aider à atteindre ce but. Le summum de la démagogie irresponsable et criminelle a été atteint hier avec sa déclaration en Conseil des ministres concernant la dépénalisation de l’homosexualité.
D’abord un peu de contexte. Lors de la campagne présidentielle, Macky Sall avait tenu des propos, certes courageux, mais totalement ineptes vu le contexte : il avait dit qu’une fois élu il légaliserait l’homosexualité avant de rétropédaler devant le torrent homophobe déversé sur lui par ses adversaires. Depuis lors, il est soupçonné d’homophilie voire de franc maçonnerie* et il est compréhensible qu’il marche sur des œufs dès que le sujet de l’homosexualité est abordé. Après sa lamentable rencontre groupée avec Obama, la presse a sorti de je ne sais où qu’Obama avait demandé à ses vassaux dont Macky Sall de cesser d’emmerder les homos s’ils veulent bénéficier de l’aide US. Du coup des imams et démagogues de tout poils se sont mis à interpeller le Chef de l’État sur son prétendu plan de dépénalisation de l’homosexualité. Hier donc, le Chef de l’État a cru bon de faire la précision suivante :
Pour conclure sa communication, le Chef de l’Etat a tenu à réagir sur le débat public en cours portant sur la dépénalisation de l’homosexualité au Sénégal. A ce sujet, il a souligné avec fermeté que l’Etat n’a jamais envisagé une telle option, qu’il exclut totalement sous son magistère. Il a réitéré son ancrage dans nos valeurs culturelles de base qui ne peuvent s’accommoder d’une option de dépénalisation de l’homosexualité.
En quoi est-ce irresponsable voire criminel ? En fait, supposons que vous soyez homo et que vous lisiez ça, que feriez-vous ? Il est probable que vous vous disiez que la chasse aux gays est ouverte et que vous fassiez tout pour cacher votre orientation sexuelle. Quelle est la meilleure manière de le faire ? Courir les jupons et coucher avec le maximum de filles me paraît une stratégie gagnante. Coucher clandestinement avec des mecs mais draguer ouvertement et au besoin coucher sans discrétion avec le maximum de filles ? Maintenant croisez cette stratégie avec le fait que si le taux d’infection au VIH est très bas chez les hétérosexuels sénégalais (0 ,7%), il est extrêmement élevé chez les homosexuels sénégalais (21,8%). Il est même plus élevé chez nos homos mâles que chez nos prostitués (18,5%). (Source)
Vous voyez où je veux en venir ou bien vous voulez un dessin ? Quelle est la probabilité qu’un mec qui couche clandestinement avec un autre mec ait tout le temps des préservatifs avec lui et se protège correctement ? Quelle est la probabilité que ce mec change de comportement avec une fille alors qu’il prend toujours des risques dans la partie de sa vie sexuelle qui lui importe ? Quand on se met à stigmatiser et à harceler les homos, tout ce que l’on réussit, c’est à s’assurer les conditions pour une propagation du virus du SIDA dans la population générale. Nous sommes un pays où les gens se marient sans tests prénuptiaux et couchent sans préservatif. Si les médecins et les ONGs s’émeuvent de la traque aux homos, c’est peut être aussi par humanisme, mais c’est surtout parce que c’est un problème de santé publique. Le président de la République vient juste d’augmenter le risque que la partie de notre population la plus vulnérable et la moins bien informée se fasse contaminer par une maladie que nous n’avons pas les moyens financiers de traiter. On ne fait pas plus irresponsable.
Et by the way, faut arrêter avec cette histoire selon laquelle nos « valeurs culturelles de base qui ne peuvent s’accommoder d’une option de dépénalisation de l’homosexualité ». D’abord cette notion de « valeur culturelle de base » n’a aucun sens dans un pays multi-ethnique et multiculturel comme le Sénégal et d’autre part, quiconque est né au Sénégal avant les années 80 a assisté à des sabaru gordjiguènes et autres cérémonies familiales dans lesquelles les homos jouent un rôle social traditionnellement bien délimité. Si quelque chose est contraire aux traditions sénégambiennes, c’est bien notre homophobie actuelle qui est une conséquence directe de lois héritées de la colonisation et de la globalisation qui fait que nous posons le débat sur l’homosexualité selon des termes définis par la culture occidentale dominante.
……..
* « Franc maçon » étant la disqualification suprême au Sénégal, pays très religieux mais tolérant par certains cotés. Les gens semblent penser que si vous êtes athée, vous êtes à plaindre alors que si vous êtes franc maçon, vous appartenez à une anti-religion satanique complotant jour et nuit pour combattre Dieu. Vous êtes donc un laboureur du Mal absolu. Notons que nous avons toujours eu tendance à soupçonner nos dirigeants d’être franc maçons surtout quand nous sommes dans l’opposition
Mohammad Bagher Ghalibaf pourrait-il encore succéder à Mahmoud Ahmadinejad ?
Reblogué depuis Election Iranienne:
Né en 1961, l'actuel maire de Téhéran semble en bonne voie pour être élu huitième président de la République islamique. Fils d'un commerçant d'une petite ville de la région du Khorasan, Ghalibaf a 18 ans quand éclate la révolution iranienne. Issu d'une famille religieuse, il s'intègre très rapidement dans le cercle des révolutionnaires proches de l'Imam Khomeini. La guerre Iran-Irak déclarée, le jeune Ghalibaf part au front pour participer à ce qu'il perçoit comme une "guerre sainte", selon la formulation de Khomeini.
Macky an 1
Ça fait un an que Macky Sall est Président de la République du Sénégal.
Un journal local a cruellement titré "L’année perdue!". Même si cette année de règne de Macky Sall est incomparable avec l’entreprise de destruction systématique de tout ce que ce pays avait de valable qu’a été le règne de Maitre Wade, on ne peut s’empêcher d’être déçu par cette première année de Macky Sall. Son premier discours était parfait. Il avait rappelé ce qui nous tenait à coeur à savoir que nous voulions demeurer une République démocratique mettant la justice économique et sociale au coeur du fonctionnement de l’État. Il avait averti ses partisans qu’il ne les protègerait pas et que, selon sa belle formule, "la patrie venait avant le parti." Malheureusement, tout ceci est en grande partie resté un discours. Les nominations aux postes de la Haute Administration publique considérés comme "juteux" ont continué à se faire, non pas au mérite, mais pour récompenser les affidés de M. Sall. Ce faisant, notre nouveau Président, ancre définitivement dans l’esprit des sénégalais que pour vraiment réussir, rien ne sert de travailler et de mener une carrière exemplaire au service de l’État; le seul moyen, c’est de militer dans un parti politique.
Toujours concernant l’omniprésence du politique, probablement par souci d’assurer son pouvoir, Macky Sall s’est entouré d’une large coalition. Justement, cette coalition est trop large. Il n’y a quasiment plus d’opposition crédible et en plus cela nous donne l’impression, plus ou moins justifiée, que la classe politique a trouvé un gentlemen’s agreement pour se partager les ressources de l’État sans qu’aucun d’eux ne soit frustré. Cette impression est renforcée par le fait que le Parti de Macky Sall n’a même pas la dignité de rejeter le ralliement de responsables politiques venus du Parti de Maitre Wade. À quoi ça sert que nous ayons viré Wade si sa bande de gangsters peut tranquillement faire allégeance au nouveau sheriff et continuer ses méfaits? De plus comment pouvons-nous parler de démocratie s’il n’y a aucune voix crédible pour porter les désaccords qui surgissent? Cette situation est d’autant plus dangereuse pour le pays que les seules forces actuelles à s’opposer frontalement au Président Wade sont soit le PDS de Wade, soit le parti de Idrissa Seck, qui conformément à la duplicité de son chef, est à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la coalition au pouvoir. La hantise de tous les sénégalais est d’avoir à élire un Président comme Seck dont nous sommes intimement persuadés qu’il est au moins aussi maléfique Wade mais plus jeune. Nous n’aurions cependant pas d’autre choix s’il était le seul opposant à un Macky Sall qui aurait continué à s’auto-saboter comme il le fait actuellement.
Les enquêtes sur les biens mal acquis progressent certes, et à défaut de mettre Abdoulaye Wade en prison, nous devrions y envoyer son fils. Même ces enquêtes laissent cependant un goût amer au peuple. Non seulement elles sont lentes (comme il est normal qu’elles le soient) mais les déclarations intempestives des ministres et des cadres du parti au pouvoir montrent que ces gens là n’ont aucun sens de l’indépendance de la justice. S’ils continuent à intervenir à tout bout de champs, ils risquent de tellement discréditer notre système judiciaire que toute décision qui serait rendue serait perçue comme illégitime et pourrait être cassée par la Cour de Justice de la CEDEAO qui nous a déjà infligée un camouflet cinglant.
Encore une fois il n’y a aucun doute que Macky Sall vaut infiniment mieux que Wade. Il serait cependant temps qu’il se mette à la hauteur du peuple qui l’a élu, cesse de s’entourer d’amateurs et de cajoler les politiciens pour faire ce pour quoi il a été élu i.e. faire respecter la loi dans tous les domaines et promouvoir la justice sociale. J’avoue que j’ai très peu d’espoir qu’il y arrive mais j’espère me tromper.
Austin et la présomption d’innocence
J’ai toujours trouvé presque contradictoire la notion juridique de présomption d’innocence. Les juristes disent que tout individu est présumé innocent tant qu’il n’a pas été déclaré coupable par un tribunal. Supposons que nous prenions vraiment au sérieux cette affirmation. Que se passerait-il si la police ou la justice mettait en cause un individu dans une affaire criminelle quelconque ? Il me semble qu’une telle définition de la présomption d’innocence aurait pour conséquence de rendre impossible toute enquête.
Supposons que les policiers aient de bonnes raisons de penser que j’ai assassiné quelqu’un. Pour qu’ils puissent étayer leur dossier contre moi, il faut qu’ils mènent une enquête et cherchent des preuves leur permettant de m’inculper. Dans le cours de l’enquête, ils peuvent certes m’innocenter mais ils peuvent également trouver suffisamment de preuves pour me faire comparaitre devant un juge. Supposons que je sois au courant que les flics me soupçonnent et interrogent mon entourage sur mes allées et venues. Si nous acceptons le principe selon lequel tout homme est présumé innocent jusqu’à ce qu’il soit déclaré coupable par une autorité judiciaire et si nous l’associons avec cet autre principe selon lequel tout citoyen a droit au respect de sa vie privée, alors je pourrais empêcher que l’enquête n’ait lieu. Il me suffirait de porter plainte contre la police en argumentant que puisque je suis présumé innocent et puisque j’ai droit au respect de ma vie privée, la police n’a aucun droit d’ouvrir une enquête sur moi. Elle peut et doit certes enquêter sur le meurtre mais tant que je suis présumé innocent, elle doit strictement respecter ma vie privée et ne pas me harceler.
Si ce que je dis là ne vous paraît pas convaincant, considérez ce qui se passerait dans un cas vous prendriez vraiment au sérieux ma présomption d’innocence. Supposons que je sois à Dakar et qu’un inconnu soit tué à New York. Supposons que la police New Yorkaise persiste à m’accuser d’avoir commis le meurtre lors même que je lui ai dit que je me trouvais à Dakar et ne connais pas du tout la personne tuée et ne suis jamais allé à New York. Dans ce cas, je serais totalement justifié à porter plainte contre la police new yorkaise pour harcèlement et à ignorer les éventuelles convocations qu’elle pourrait m’adresser. Dans un cas où mon innocence n’est pas aussi évidente, il me serait plus difficile d’échapper à un éventuel harcèlement de la police new yorkaise même si je suis vraiment innocent. Et pourtant, dans les deux cas, je suis également présumé innocent et je devrais être traité de la même manière jusqu’à ce qu’un juge me déclare coupable.
Quoique la notion de présomption d’innocence soit censée garantir que les prévenus soient traités comme des innocents tant qu’un tribunal ne les a pas déclaré coupable, il me semble qu’elle est fondamentalement contradictoire. Le système judiciaire d’un état démocratique n’a absolument aucune raison de s’intéresser à un individu qu’il présume innocent. C’est parce que les flics et juges présument que vous êtes impliqués qu’ils mènent une enquête sur vous.
Il me semble que c’est cette contradiction de la notion de présomption d’innocence que Karim Wade et ses complices ont réussi à mettre en lumière en faisant condamner l’État du Sénégal par la Cour de Justice de la CEDEAO. Dans le cadre de l’enquête sur les biens mal acquis, ils sont interdits de sortie du territoire national. L’on peut considérer que c’est là une décision parfaitement raisonnable. Karim Wade est français et sénégalais, il a volé immensément d’argent à l’État du Sénégal et s’il retourne en France, il nous sera impossible d’obtenir son extradition et de le juger. S’il s’installe dans un pays n’ayant pas d’accords d’extradition avec le Sénégal, ce sera encore pire. Malgré tout, la Cour de Justice de la CEDEAO a décidé de condamner l’État du Sénégal parce que Karim et consorts étant présumés innocents, une interdiction de sortie du territoire national est une violation de leur liberté de circulation. L’État du Sénégal a courageusement décidé d’envoyer la Cour sous régional se faire voir. Ce que j’approuve.
Reste le problème conceptuel. La présomption d’innocence est elle incompatible avec la possibilité même d’une enquête judiciaire ? Il me semble que c’est l’expression présomption d’innocence elle-même qui est fallacieuse et sa que compréhension littérale est potentiellement dangereuse. Pour le voir, intéressons-nous un peu à ce que dit Austin sur le performatif.
Prenons le cas du mariage religieux chrétien. Un couple chrétien n’est marié religieusement qu’après qu’un prêtre aura prononcé lors d’une cérémonie la phrase rituelle : « Je vous déclare mari et femme. ». Par cette phrase, le prêtre ne décrit pas ce qu’il est en train de faire. Cette phrase crée littéralement le mariage. Il suffit qu’un prêtre prononce cette phrase dans certaines conditions bien définies pour qu’un mariage soit créé. C’est une phrase qui accomplit une action. Austin nomme ce type de phrase des performatifs. Il ne suffit cependant pas de prononcer la phrase « je vous déclare mari et femme » devant un couple pour créer un mariage. Si par exemple un prêtre catholique prononçait cette phrase devant un couple qui ne lui a rien demandé ou si un fou avait pris la place du prêtre lors d’une authentique cérémonie de mariage, l’action échouerait. Les performatifs obéissent à des conditions bien déterminées ; c’est quand ces conditions sont réunies que la simple prononciation de la phrase appropriée vaut action et crée un fait nouveau.
Revenons à présent à la présomption d’innocence. Il me semble qu’il n’y a pas du tout de sens à parler de présomption d’innocence sur le plan juridique. S’il y a une quelconque présomption, ce serait plutôt une présomption de culpabilité, en fait. La culpabilité et l’innocence juridiques ne sont pas la même chose que la culpabilité et l’innocence tout court. Dans le cas d’un crime par exemple, si on commet un crime, on est réellement coupable de ce crime, que ce soit découvert ou pas. En revanche, la culpabilité juridique est un performatif. Tant qu’une autorité judiciaire ne vous a pas déclaré coupable au terme d’une procédure obéissant à des règles fixées d’avance, vous êtes juridiquement innocent. Vous n’êtes pas présumé innocent, vous êtes, pour autant que la justice soit concernée, innocent. Ça n’a pas de sens de parler de présomption d’innocence parce que la seule chose qui peut vous rendre juridiquement coupable c’est le prononcé de la sentence par une autorité judiciaire. Et cette autorité judiciaire même si elle pense le contraire, ne fait pas que constater votre innocence ou votre culpabilité ; elle les crée littéralement en vertu du caractère performatif du jugement rendu. Bien sûr, dans un monde idéal, le performatif judiciaire coïncide avec la réalité et les juges ne créent coupables que des gens qui le sont déjà… Un peu comme l’Église catholique ne crée saints que des gens qui l’étaient déjà dans leurs vies. Mais ça c’est dans un monde idéal.
Maintenant que se passe-t-il quand vous êtes l’objet d’attention du système judiciaire alors que vous n’avez pas encore été déclaré on peut tourner ça comme on veut mais dans l’absolu, ça signifie qu’il y a une présomption de culpabilité à votre encontre. C’est parce que la police a de bonnes raisons de croire que vous êtes impliqués dans les faits sur lesquelles elle enquête qu’elle a le droit de s’intéresser à vous. Cela vous fait-il perdre tous vos droits ? Certainement pas. En revanche, il y a une différence entre une personne juridiquement innocente et contre laquelle la justice n’a aucune présomption de culpabilité et une personne juridiquement innocente mais contre laquelle la justice a une présomption de culpabilité. C’est cette différence que la fiction de la présomption d’innocence obscurcit. Si la police veut enquêter sur moi, elle n’en a le droit que si elle peut argumenter qu’elle a de bonnes raisons de me soupçonner de quelque chose. Autrement elle viole mon droit à l’indifférence.
Karim Wade (presque) en prison
Quand Karim Wade avait été nommé ministre de la Coopération Internationale du Transport aérien, de l’Aménagement du territoire et des Infrastructures en 2009, j’avais automatiquement parlé de Ministère du Pillage du Pays pour désigner un ministère hypertrophié qui gérait exactement la moitié du budget national (400 milliards de FCA/ 615 millions d’euros). Avant cela, Karim Wade gérait une agence nationale, créée de toute pièce pour lui et qui avait également contrôlé à peu près le même budget annuel de 2004 à 2009.
La question n’était donc pas, pour moi, de savoir s’il avait activement pillé le budget national mais si nos nouvelles autorités avaient la volonté de traquer le fruit de ses rapines. Apparemment, le Procureur de notre Cour de Répression de l’Enrichissement illicite a au moins réussi à faire remonter un milliard d’euros mal acquis vers Karim Wade. Comme dans toute bonne série B qui se respecte, le mode opératoire du criminel a même été repéré. Les criminels étant essentiellement paresseux, c’est la même signature qui se retrouve dans la plupart des affaires financières auxquelles il est mêlé. En gros il approchait une respectable société (Dubai Ports, Menzies Aviations…), lui proposait de créer au Sénégal une franchise que la société mère ne contrôlerait pas. En échange de son nom, la société mère recevait une participation minime dans une affaire lucrative. Grace à ce montage, les sénégalais croyaient avoir affaire à la filiale d’une boite internationalement reconnue alors qu’en fait la franchise appartenait à Karim Wade via des montages financiers off shore et divers prête noms.
Aussi, la société Ahs (African handling service) implantée à Dakar n’appartient pas à Menzie aviation (une société londonienne). En fait, note l’enquête sur l’enrichissement illicite, l’aéroport Léopold Sédar Senghor est desservi par une société dénommée Ahs Limited dont les comptes sont ouverts aux îles vierges. Elle est la propriété à 99% d’une société de droit luxembourgeois, Menzie Middle East and Africa, qui appartiendrait à Karim Wade. «C’est cette même société qui gère l’assistance au sol dans d’autres pays comme au Ghana, en Jordanie, à Malabo (Guinée équatoriale)…. Nous n’avons jamais dit que l’aéroport de Malabo appartenait à Karim Wade. A Malabo, c’est la société Adge qui gère l’assistance au sol. Et cette société est détenue en majorité par Ahs/limited, une propriété de Karim Wade», note l’Obs qui ajoute que l’enquête a pu déterminer que Ahs/Limited (de Karim Wade) a acquis les franchises de Menzie aviation de Londres contre le versement de 7% de toutes ses retombées financières. Il y a également une clause qui oblige Ahs/Limited à s’approvisionner à Menzie aviation.
«L’enquête nous a permis de savoir que l’essentiel des entreprises appartenant à Karim Wade sont implantées sur la base d’homonymie. Par exemple, Dpw Dakar n’appartient pas à l’Emir de Dubaï et Ahs n’est pas une propriété de Menzie aviation, une société londonienne», nous expliquent des sources proches de l’enquête. Elles sont de droit luxembourgeois, panaméen ou britannique et ses comptes bancaires sont à Monaco pour la plupart. Ce qu’on a également pu déceler c’est que ce sont toutes des sociétés off shore avec des administrateurs non-actionnaires. Même la compagnie Sénégal Airlines est détenue en majorité par une société de droit panaméen agissant pour le compte de Karim Wade»
En tant que ministre et fils de son père, il était facile à Karim Wade d’attribuer des marchés à ses propres sociétés siphonnant ainsi une bonne partie du budget national.
On pourrait penser qu’il n’y a là qu’un classique conflit d’intérêt comme on en voit partout dans le monde mais en fait, c’est bien plus grave que ça. Notre ministre actuel des infrastructures et des transports expliquait hier dans un journal de la place comment de 2009 à 2012 par exemple 2,9milliards de FCFA avaient été facturé aux Aéroports du Sénégal sans aucune contrepartie, ce qui remettait directement en cause la viabilité de nos aéroports. Karim ne faisait pas du business, il rackettait l’État du Sénégal à travers ses sociétés écrans.
Comme dans toute série B également, il y a le traitre qui se met à table dès que les flics insistent un peu. En l’occurrence, un ami d’internat de Karim Wade qu’il avait fait venir au Sénégal pour lui servir de prête nom:
« A l’examen des pièces comptables à la base de la création de ces sociétés, les enquêteurs ont découvert que toutes les sommes avaient été versées en liquide par le chauffeur de Karim Wade, Victor Tendeng. Il apparaît aussi, que toutes ces sociétés avaient le même propriétaire en la personne de Patrick Joseph Ady Williams ». Ce dernier, souligne le confrère, « a été directeur général de Sénégal Handling Services, jusqu’à une période récente ». Au sujet de Patrick Joseph Ady Williams, il est le camarade d’internat de Karim Wade au collège Saint-Martin à Pontoise en France entre 1984 et 1988.
Williams affirme que « c’est Karim Wade qui l’a fait venir au Sénégal pour lui demander de porter certaines affaires qu’il comptait mettre en place », révèle le Quotidien.
« Je suis fils de chef d’Etat et j’occupe certaines fonctions officielles, cela fera désordre que mon nom apparaisse dans certaines transactions commerciales surtout que je compte mener des activités politiques », aurait déclaré Wade fils à Williams aux enquêteurs.
« Après que Karim Wade avait fait venir la notaire à son bureau pour nous présenter l’un à l’autre, je passais au cabinet de la notaire pour signer les documents chaque fois que Me Patricia Lake Diop me le demandait de la faire », s’est défendu Williams qui, confronté à Karim Wade, a maintenu ne rien savoir de ces sociétés créées en son nom.
Maintenant, Karim Wade a un mois pour expliquer au procureur l’origine de ce qui a été retracé vers lui. Sans explication satisfaisante, le dossier sera transmis à un juge pour poursuites. Quant à moi, je suis persuadé que ce qu’on a retracé vers lui n’est que la pointe de l’iceberg. J’espère que même après qu’il sera allé en prison, les enquêtes continueront et qu’on récupérera tout le fric qu’il nous a volé.
Après, on s’occupera de son père dont on a assez d’élément pour le juger pour haute trahison puisqu’il a lui-même avoué, pendant la dernière campagne électorale, qu’il avait financé les rebelles casamançais.
Talibés
Dans l’Aventure Ambiguë, Cheikh Hamidou Kane a de très belles pages sur les talibés. Traditionnellement au Sénégal, les parents confiaient leurs enfants à des érudits pour qu’ils leur apprennent d’abord à mémoriser le Coran puis, au fur et à mesure qu’ils grandissent, les sciences religieuses. Durant les premières années de cet apprentissage, ces enfants ne sont pas nourris par le marabout auquel ils sont confiés mais par la communauté toute entière. Chacun de ces enfants a une écuelle et, trois fois par jour, ces élèves qui sont appelés talibés (oui, c’est la même racine arabe que taliban J) font le tour des maisons de la ville ou du village et reçoivent des poignées de nourritures qu’ils recueillent dans ces écuelles et mangent. À propos de cette tradition de mendicité infantile, Cheikh Hamidou Kane affirme qu’elle avait des vertus profondément démocratiques et égalisatrices. Tout homme, qu’il soit d’extraction patricienne ou prolétaire, a –pendant un temps assez long– vécu de la charité publique, mangé le mélange proprement repoussant de tout ce qui s’est mangé dans la communauté et su exactement comment se nourrissaient ses concitoyens. Cette éducation était faite pour former des hommes stoïques se contentant de ce qu’ils ont, résistant à la faim et indifférents aux plaisirs de ce bas monde. Elle s’inscrivait dans une certaine vision du monde et dans un réseau social tel que toute la communauté se sentait responsable des enfants errants. Même s’il semblait que ces derniers vivaient dans des conditions absolument horribles, ces conditions étaient tempérées par le fait que ceux qu’ils croisaient quotidiennement avaient vécu la même chose et avaient dans la plupart des cas des enfants vivant la même chose dans un autre village.
L’Aventure Ambiguë date de 1961 et son caractère poignant est en grande part du au fait que Cheikh Hamidou Kane y décrivait une civilisation qui se savait confusément à son crépuscule. Au cœur du roman, il y a la question de l’école occidentale dont les villageois débattaient de la menace qu’elle faisait courir aux traditions et pratiques locales. 52 ans après la publication de cette méditation nostalgique, le système d’éducation traditionnel sénégalais a été perverti au delà de l’imaginable. On ne peut qualifier ce qui se passe actuellement au Sénégal autrement que d’esclavage infantile. Où que vous alliez au Sénégal, dans n’importe quelle ville, à n’importe quelle heure du jour et jusqu’à une heure très avancée de la nuit parfois, des enfants de moins de treize ans vous interpellent avec un pot de tomate vide et vous demandent la charité au nom de Dieu. Si traditionnellement les talibés ne mendiaient que ce qui était nécessaire à leur subsistance et passaient le plus clair de leur temps à étudier, nous savons tous que ce n’est plus le cas. Nous voyons tous trainer dans les rues des garçons incapables de réciter la moindre sourate du Coran et nous demandant, non pas de la nourriture mais de l’argent. Nous savons tous que ces garçons n’apprennent absolument rien mais sont exploités par des soi-disant marabouts qui exigent qu’aucun des gamins dont il a la charge ne rentre à la maison avant d’avoir réuni une somme fixée à l’avance. Nous nous doutons que certains de ces enfants sont soit vendus par leurs parents, soit enlevés par les marabouts. Nous ne faisons cependant rien. La société sénégalaise fait comme si la vision du monde qui justifiait la mendicité des talibés était toujours pertinente pour le mode de vie qui est à présent le nôtre. De temps à autres, nos politiciens décrètent la fin de la mendicité infantile. De temps à autres une ONG plus ou moins véreuse capte des financements pour sortir les talibés de la rue.
Cette semaine, un des taudis où un soi-disant maître d’école coranique entassait ses esclaves a pris feu et neuf des dix garçons qui dormaient dans une des chambres sont morts dans d’atroces souffrances. Nos politiciens, Président de la République en tête se sont déplacés. Notre ministre de l’intérieur, qui est pourtant un ancien officier de gendarmerie, s’est montré aux caméras submergé par l’émotion et incapable de s’exprimer. Notre Président a décrété que nous sortirions les enfants de la rue et régulerions le lucratif secteur de l’esclavage infantile les écoles coraniques. Mais déjà, de prétendus enseignants commencent à se faire entendre dans notre presse. Ils pensent que la décision de notre Président est hâtive et l’absence de consultation préalable fautive. C’est vrai qu’on ne parle que d’enfants qui meurent. Quel besoin y a-t-il de se hâter de sauver des vies d’enfants ? Que valent de telles vies face à leurs intérêts économiques ?
Le Sénégal étant le Sénégal, il y a fort à parier que la fermeté de notre Président durera ce que durent nos velléités réformatrices… le temps d’une rose.
Mon avis sur le Mali
Il y a plein de gens que j’aime bien qui affirment que l’opération française au Mali est motivée par les plus bas intérêts économiques. Ce serait parce que le Mali disposerait d’immenses réserves minières que la France y mène une guerre impérialiste destinée à mettre en place un régime néocolonial à la botte de Paris.
Pour qui connaît l’histoire des relations franco-africaines, prêter des intentions malveillantes et cupides à la France n’est pas si irrationnel que ça. La France s’est arrangée pour maintenir son emprise sur les pays africains et piller leurs ressources bien au delà de nos théoriques indépendance. Ceci dit, il y a une contradiction fondamentale dans la théorie d’une France malveillante intervenant au Mali pour accaparer des minerais. Une France omnisciente, omnipotente et omnicupide aurait-elle en premier lieu laissé le Mali tomber dans l’escarcelle des islamistes ? Si vraiment la France était aussi cupide qu’on le dit et si le Mali était riche, pourquoi la France aurait-elle attendu une invasion islamiste avant d’exploiter les richesses maliennes ? La vérité est que le Mali est pays extrêmement pauvre. Ce n’est pas un de ces pays comme la Guinée ou le Gabon regorgeant de richesses, captées par une élite, mais dont la population croupit dans la misère la plus noire. Non, le Mali est vraiment pauvre.
D’abord le Mali se situe dans la partie nord du Sahel, ce qui signifie qu’une grande partie de son territoire est semi-désertique. Ensuite, le pays n’a quasiment pas d’industries et l’agriculture occupe 70% de la population ce qui n’est jamais bon signe. Si la productivité agricole avait été bonne, elle n’aurait pas employée autant de mains et enfin le Mali est enclavé étant dénué de façade maritime. Pour avoir une idée de la pauvreté du pays, il faut savoir que l’argent envoyé par les émigrés maliens est l’une des principales sources de richesse du pays. Oui, je parle de l’ouvrier ou du balayeur que vous croisez en France ! Certes, le Mali extrait de l’or et est même le troisième producteur d’or d’Afrique mais d’une part elle n’en produit que 63 tonnes par an et d’autre part ses réserves seront épuisées en 2014. Et comme souvent en Afrique, cet or est exploité dans des conditions désastreuses et bénéficie très peu à l’État mais beaucoup à des compagnies étrangères[1]. Il y a également de l’uranium à Faléa mais si vous jetez un coup d’œil à la carte ci-après, vous vous rendez aisément compte que cette zone est bien éloignée de la zone de conflit.
Et puis de toute manière, la France a déjà fait main basse sur l’uranium nigérien et peut laisser filer quelques miettes maliennes. Non, franchement, le Mali est vraiment très pauvre. À tous points de vue. S’il avait été riche, la France aurait beaucoup moins tardé à intervenir.
Une chose que ceux qui s’empressent d’accuser la France se refusent à envisager, c’est la médiocrité de l’élite malienne. Encore une fois, des gens qui se veulent bienveillants envers l’Afrique agissent comme si les africains étaient des pantins désarticulés mus de l’extérieur et n’ayant aucune responsabilité dans ce qui leur arrive. Cette bienveillance paternaliste ne me paraît pas moins insultante que le discours de Sarkozy je dois dire.
Si nous nous intéressons un moment à l’élite malienne, ce qui frappe, c’est une profonde médiocrité intellectuelle et politique de gens occupant des fonctions extrêmement importantes en temps de crise. Prenons l’ancien Président Amadou Toumani Touré. Il avait juste décidé d’abandonner de facto une partie de son territoire national (Le Nord Mali) à qui en voulait à condition que les Touaregs se calment. Du coup, Touaregs et islamistes se sont alliés pour enlever les touristes occidentaux en ballade dans la sous région et les garder en otage au Mali le temps de négocier des rançons conséquentes auprès des gouvernements français, italiens ou espagnols. Longtemps, ce stratagème a semblé satisfaire tout le monde : les Touaregs, trop occupés à s’enrichir en trafiquant des blancs avaient oublié leurs revendications territoriales de fiers hommes du désert. L’Algérie était assez contente qu’Aqmi ne l’emmerde plus tant que ça. Bamako n’avait plus à gérer de revendications d’indépendance ni à corrompre des leaders Touaregs qui avaient trouvé là un bien plus lucratif business. Seuls le Niger et la Mauritanie protestaient mais on s’en fichait un peu. Ce statut quo était de toute manière fragile et ce n’était qu’une question de temps avant que les Touaregs ne se souviennent qu’ils n’avaient aucune raison d’être « les seuls blancs au monde à être dirigé par des noirs »[2] . La recherche d’un territoire leur appartenant étant d’autant plus pressante que la mort de Kadhafi les avait laissé 1) dépourvu de parrainage étatique 2) doté d’armes grâce au pillage de l’arsenal libyen et 3) libres de s’allier effectivement avec les islamistes, ce que leur interdisait plus ou moins leur souverain libyen. Le Niger et la Mauritanie étant solides, ils choisirent de s’allier aux islamistes pour s’attaquer au Mali et en occuper tout ou partie. On peut aisément pardonner à des Touaregs d’avoir fait entrer le diable islamiste dans les luttes maliennes… Ou on peut y voir une illustration du fait que l’élite touarègue est aussi stupide que le reste de l’élite malienne et avait cru qu’elle pourrait contracter avec des fous de Dieu !
D’une certaine façon, l’exaspération qui a poussée l’armée malienne à prendre le pouvoir pouvait se comprendre. Les soldats se faisaient tuer au Nord dans l’indifférence générale de l’élite dévoyée de Bamako. En plus ils ne recevaient pas régulièrement leur solde et les veuves de soldat n’étaient pas pris en charge correctement par le gouvernement. Le problème, c’est que la révolte des militaires a été menée par un élément aussi médiocre que l’élite politique en question et tout ce qu’ils ont réussi, c’est favoriser la partition de leur propre pays en prenant le pouvoir sans y être préparé face à des rebelles surarmés. Ils ont pris un pouvoir dont ils ne savaient que faire, se sont fait très vite mettre la pâtée au Nord puis sont revenus à Bamako se conduire en enfants gâtés tyrannisant les politiciens. On se serait attendu à ce qu’une fois le Mali attaqué il y ait une union sacrée pour reconquérir le pays. L’élite malienne, non seulement a été incapable de faire preuve d’un minimum de patriotisme, mais en plus a continué ses médiocres combines dans les salons de Bamako. Prenons l’une des personnes les plus célèbres du Mali : Aminata Dramane Traoré. Elle aurait pu émerger comme un recours. Elle s’est contentée de plaquer sur la situation malienne un discours altermondialiste totalement hors contexte. Elle aurait pu rappeler ce fait simple que le Mali étant une démocratie, quels que soient les errements du président élu, l’armée n’avait aucun droit de prendre le pouvoir. Au lieu de ça, avec son groupe de pseudo intellectuels, elle a soutenu la junte dans un raisonnement surréaliste dont il ressortait que la mondialisation et l’ultralibéralisme étaient coupables. Au lieu de se focaliser sur la libération du Nord de leur pays, les politiciens maliens se sont perdus en intrigues de palais incompréhensibles et ont passé leur temps à accuser tout le monde (La France, la CEDEAO, l’Algérie) d’ingérence.
Le problème c’est que l’ingérence a justement trop tardée : le Mali est frontalier de trop de pays (9 si je compte bien) pour qu’on laisse le chaos s’y installer. Si la France n’en a rien à faire du Nord Mali et du Mali généralement, ni la France, ni les pays d’Afrique de l’ouest comme le Sénégal, le Niger, la Côte d’Ivoire etc… ne peuvent se permettre de laisser ce pays plonger dans le chaos. En tant que sénégalais, ça fait des mois que j’agonise en me demandant ce que nous attendions pour sonner la mobilisation. La vraie humiliation devrait être non pas l’intervention française mais le fait que nous ayons été incapables, un an durant de nous mettre d’accord sur un plan d’intervention et au moins de l’organiser à défaut de la financer et le mettre en œuvre. Encore une fois, nous nous sommes montrés incapables de nous prendre en main et nos pseudo intellectuels, se permettent de geindre et de crier à la néo-colonie quand une puissance occidentale défend son intérêt bien compris ; nous rendant au passage un énorme service. Bien sûr que la France est au Mali pour défendre ses intérêts mais cet intérêt n’est pas d’hypothétiques ressources minières, c’est la stabilité de toute l’Afrique de l’Ouest. La France a des investissements au Niger, au Sénégal, en Cote d’Ivoire… un Mali sous l’emprise des islamistes les menacerait. Sans parler du fait que si le Mali se transforme en Afghanistan, il est probable que des attentats auront facilement lieu en Europe via les filières d’immigration clandestines déjà existantes.
Maintenant que la France a décidé de prendre en main la situation, se posent deux questions : d’abord celle du l’unité du Mali et ensuite celle d’un éventuel enlisement français.
Pierre Haski a posé hier le premier problème et semble proposer une autonomie des Touaregs. Il ne serait pas surprenant que les français essaient de mettre en œuvre une solution semblable. Disons les choses comme elles sont, je crois que la seule raison pour laquelle les français en particulier et les occidentaux en général ont autant de sympathie pour les touaregs est ce que j’appellerait la « solidarité blanche » pour ne pas parler de racisme conscient ou inconscient (Oups, je l’ai fait
) Les sociétés touarègues sont des sociétés esclavagistes et ce qui énerve par dessus tout ces nomades, c’est d’être dirigé par des noirs. Ils trouvent que ce n’est vraiment pas dans l’ordre naturel des choses. Une indication de ce fait est que les touaregs algériens ou marocains ne pensent même pas à se révolter. Bizarrement les gens comme Pierre Haski ne semblent jamais voir cette dimension suprématiste de la lutte Touarègue. Tout ce qui les intéresse, c’est le fait que ces derniers sont des nomades dirigés par des sédentaires. C’est idiot : les peuls sont des nomades mais noirs. Ça ne choque personne au Sénégal ou ailleurs qu’ils soient dirigés par des sédentaires. De plus, si on procède à une partition, on fait quoi des Songhaïs noirs et sédentaires qui peuplent depuis des siècles et des siècles le Nord Mali et y sont d’ailleurs majoritaires ?
La seconde question est la crainte exprimée sur twitter par David Monniaux que la France ne s’enlise. J’avoue que je ne crois pas trop à un enlisement français au Mali. Je pense que les islamistes vont soit repartir en Algérie, soit se faire massacrer jusqu’au dernier. Ceci dit, je ne suis pas un spécialiste des guerres et mes prévisions de non enlisement n’ont aucune valeur. Ce que je crains un peu plus par contre, c’est qu’une fois les islamistes repartis, il y ait une revanche des populations locales qui s’en prendrait à tout ce qui ressemble à un touareg. Le MNLA essaie de se racheter en proposant son aide à l’armée française. Je ne sais ce qui va être décidé mais des massacres de Touaregs dans les mois qui viennent ne m’étonneraient pas du tout.
Le vrai problème que je vois dans toute cette histoire est celui de l’élite malienne. Tant que les mêmes idiots règneront sur Bamako, je ne vois pas comment le Mali pourrait se stabiliser. C’est dans ce genre de moment qu’un cynique comme moi regrette un certain Jacques Foccart !
[1] Non, ne vous écriez pas « Ah ha France ! », c’est plutôt AngloGold Ashanti les méchants dans l’histoire.
[2] Ce racisme (conscient chez les premiers, inconscient chez les seconds) est un élément essentiel de la révolte Touarègue au Sahel et du soutien romantique des occidentaux pour ce peuple à mon avis.
Justice pour Karim Wade
Justice comme dans "le glaive de la justice", bien sûr
Cette série de posts de ce blog devrait vous convaincre que la seule place où devrait légitimement se trouver Karim Wade en ce moment est en prison.
Il est donc compréhensible que cet article me rende particulièrement joyeux:
Le procureur spécial chargé de la Cour, Alioune Ndao, vient de lancer un mandat d’arrêt international à son encontre, a révélé le quotidien L’Observateur.
Karim Wade, «ministre du ciel et de la terre», comme l’avait surnommé la presse sénégalaise, devra répondre de l’origine de sa fortune.
En juillet dernier, le fils de l’ex-président du Sénégal avait déjà été convoqué à la Section de recherche de la gendarmerie nationale, où il a été interrogé par les enquêteurs sous la houlette du capitaine Ibrahima Mbow. Deux auditions qui ont duré plus de deux heures chacune.
Le quotidien L’Observateur explique que des vérifications faites par les gendarmes à la suite de sa première audition auraient permis de découvrir 767 millions de francs CFA (environ 1,6 million d’euro), versés dans les deux différents comptes de l’ancien ministre.
Interpellé sur ces versements, Karim Wade avait déclaré au cours de sa seconde audition, que l’argent lui a été offert par son père, Abdoulaye Wade (au pouvoir de 2000 à 2012).
Ceci dit, la perspective de voir Karim en prison est quand même un peu effrayant parce qu’il n’y a pas si longtemps, j’écrivais ici même :
Je m’engage solennellement, si jamais le fric volé par la famille Wade est rapatrié et si un membre de la famille Wade va en prison, à ne plus jamais écrire quoi que ce soit de négatif envers le Président Macky Sall et à faire activement campagne pour sa réélection.
Je suppose que si Karim va en prison et si l’argent que sa famille et lui nous ont volé est récupéré, je n’aurais plus d’autre choix que de prendre ma carte de l’APR et de me faire l’hagiographe officiel de ce Génie du Sahel, de ce visionnaire dodu, de ce grand géologue doublé d’un fin néanmoins gros politique qu’est son excellence le Président Macky Niaangal Sall kor Ndèye Marème Faye, Bur Siin ak Senegal.


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