Hady Ba's weblog

Morale et bonheur (via twitter)

Posted in Philosophie by hadyba on avril 12, 2014

Les Anciens avaient cette conception selon laquelle une vie bonne menait nécessairement au bonheur. Le sage qui mène une vie conforme à la morale est nécessairement un homme heureux. Ce seront les stoïciens qui iront le plus loin dans cette conception affirmant même que le sage est heureux même sous la torture. Que Épictète, l’un des maitres du stoïcisme ait été un esclave ayant subi la torture dans sa chair et que ‘autre maître soit Marc Aurèle qui dirigeait ce qui était encore le plus puissant empire au monde semble donner un relief saisissant à cette pensée. Aristote, quoique faisant du bonheur le Souverain Bien, affirmera cependant que « c’est parler pour ne rien dire que de dire que le sage peut l’être sous la torture. » Il soutient donc que notre bonheur dépend au moins en partie des circonstances extérieures, aussi sage que nous fussions.

Hier sur twitter, le philosophe Guy Longworth  a affirmé que la moralité n’a pas pour objectif de nous rendre heureux mais de nous rendre digne du bonheur.

À quoi j’ai répondu qu’à mon avis la morale n’a rien à voir avec le bonheur.

Ce qu’il a trouvé un peu fort quoique pas totalement antipathique comme position.

À ce point, une philosophe française utilisant le twittonyme de Gadiouka a rejoint la conversation affirmant l’on ne pouvait déconnecter la morale d’avec le bonheur même si l’acte vertueux n’a pas pour but le bonheur..

J’ai donc dit qu’il fallait que j’écrive un post de blog pour clarifier ma position.

Remarquons déjà que tous les trois protagonistes de la conversation ont un peu évolué par rapport aux Anciens : nous ne croyons pas que la morale mène au bonheur. Mon affirmation est clairement a plus forte. Je pense que la morale n’a pas de relation du tout avec le bonheur.

J’entends par là que les mécanismes pour arriver à l’une et l’autre ne sont pas les mêmes et que c’est une illusion que de penser que le fait de poursuivre l’une contribuera à l’atteinte de l’autre.

Il est toujours difficile de définir le bonheur. C’est censé être un état de plénitude dont toute peine est absente et de joie sans mélange. Un tel état est probablement impossible à atteindre. Le cas d’Épictète est instructif à deux égards sur ce point. D’une part, que son odieux maitre lui ait brisé les jambes illustre bien que nos douleurs peuvent être inévitables et provenir de circonstances indépendantes de notre volonté. D’autre part, qu’Épicure affirme être heureux malgré sa douleur peut nous aider à réviser notre définition du bonheur et adopter une définition minimale selon laquelle le bonheur serait l’acceptation équanime de ce qui ne dépend pas de nous. Même sous cette acception minimale, le bonheur dépend-il de la vertu ? Je ne le crois pas.

La moralité, c’est la soumission de tous nos actes au critère du bien et du mal. Nous essayons de savoir quels sont nos devoirs et d’agir conformément à eux. C’est Platon qui affirmait qu’une vie non soumise à l’examen ne mérite pas d’être vécue. Il me semble que l’essence de la moralité réside dans la permanente soumission de notre vie et de nos actes à l’évaluation normative en vue de faire le bien. Le fait de vivre ainsi contribue-t-il au bonheur ? Il me semble qu’il y a au moins trois raisons de penser que non.

  1. La constante soumission de nos actes à l’examen est le contraire de la tranquillité d’esprit nécessaire à l’atteinte du bonheur. Le sage grec est heureux parce qu’il fait à chaque fois automatiquement ce qu’il faut faire sans devoir s’interroger. Il me semble que cette vision d’un sage algorithmique est irréaliste. La vie est complexe et n’est pas composé d’un ensemble de cas moralement clairs dont on peut mécaniquement décider. Donc le fait même de vouloir mener une vie vertueuse me semble devoir diminuer la capacité à être heureux ou en tout cas à être serein. Être moral, c’est être scrupuleux et n’oublions pas ce qu’est à l’origine le scrupule : c’est la pénible petite pierre qui rentre dans nos chaussures et qui nous fait mal en grattant notre peau.
  2. Ensuite, ainsi que l’avait signalé Aristote, les circonstances extérieures interfèrent avec notre bonheur, de quelque manière qu’on le définisse. Épictète peut affirmer être heureux malgré la torture parce qu’il est résistant à la douleur ; que se serait-il passer si son maitre l’obligeait à renoncer à la philosophie et à constamment travailler et entretenir des conversations oiseuses plutôt que philosophiques ?  De plus, sur le plan social, être vertueux dans une société vertueuse n’est pas la même chose qu’être vertueux dans une société en déréliction. Si l’on est vertueux dans une société vertueuse, l’on est évidemment à l’aise et proche du bonheur. Dans une société en déréliction, quand on est vertueux, on est un facteur de trouble et donc combattu en permanence. Même si on a la satisfaction de faire ce que doit, il est douteux que l’on puisse atteindre le bonheur dans de telles circonstances, l’homme étant essentiellement un animal social.
  3. Enfin, le point le plus important me semble être que notre capacité à être heureux est largement gouvernée par notre biologie. Le fait d’être optimiste ou pessimiste, d’accepter ce qui nous arrive ou pas, de sourire à la vie en appréciant ce qu’il nous apporte de positif ou de nous focaliser sur les détails négatifs est largement une question d’équilibre hormonal et de neurotransmetteurs. Cela n’a rien à voir avec la moralité qui est recherche et application de règles normatives. Comme toujours en biologie, on a un ensemble de facteurs qui vont de la génétique à l’éducation qui interviennent mais supposons que notre plasticité soit telle que l’éducation soit déterminante. Dans ce cas une personne qui serait éduquée dans un milieu au système de valeurs moralement aberrant mais joyeux serait totalement heureuse tout en commettant des horreurs. Il nous est agréable de penser que les monstres ne peuvent pas être heureux. Je pense que c’est une question empirique. Il me semble cependant que le monde est bourré de monstres qui tuent d’un trait de plume. Je ne crois pas qu’ils soient moins heureux que les plus sages philosophes… bien au contraire !

Le seul endroit possible où je vois un lien entre moralité et bonheur, que la moralité fait intervenir ce que Damasio a appelé des marqueurs somatiques. Quand nous prenons une décision immorale, les marqueurs somatiques nous le signalent avec un certain sentiment douloureux mais justement c’est de nature à rendre les être moraux plus malheureux que les autres puisque ce sont eux donc l’activité est moralement évaluée par ces marqueurs biologiques alors que les sociopathes n’éprouvent aucune douleur quand ils font le mal.

PS : Il me semble que Kant défendait beaucoup mieux que moi les idées que je viens d’avancer, non ?

PPS: Ce blog renonce à toute prétention à être tenu jusqu’à ce que je sois mieux réadapté à mon nouvel environnement. Je m’en excuse.

Émile Sombel Sarr

Posted in Sénégal, Vie quotidienne by hadyba on février 16, 2014
I had not thought death had undone so many.
Sighs, short and infrequent, were exhaled,
And each man fixed his eyes before his feet.
T. S. Eliot

Hier, avec une vingtaine d’étudiants et trois collègues, nous avons fait trois heures de route pour présenter nos condoléances dans un village près de Fatick. Un de nos étudiants, Émile Sombel Sarr est décédé samedi dernier. Nous tenions à y aller, à voir sa famille et à leur dire que leur fils appartenait à une communauté pour laquelle il comptait et surtout que la bonne éducation qu’ils lui avaient donnée en avait fait quelqu’un de bien malgré que sa vie ait été courte. J’espère que notre déplacement a pu les réconforter un peu. Nous avons trouvé une famille extrêmement modeste dont la douleur était très digne. En partant, j’ai un peu discuté avec son frère qui semble-t-il s’en est occupé pendant sa dernière semaine de vie. Il m’a confié qu’ils n’avaient aucune idée de certaines des choses que nous avons dites sur Sombel et que ce qu’il regrettait le plus, c’est qu’il n’ait même pas un neveu auquel se raccrocher.

Le décès de Sombel a été un choc pour nous tous. L’une des raisons en est qu’il venait de réussir le concours de la Fastef qui est la faculté de notre université qui forme les futurs professeurs pour l’État du Sénégal. Il avait donc, malgré les embûches de l’UCAD, obtenu un master en philosophie et était à une année d’un vrai salaire et d’un boulot à vie. Dans un pays comme le Sénégal, où la solidarité nationale est une vaste blague et où la pauvreté est endémique, c’est quelque chose d’important. Voir tous les efforts investis par Sombel et sa famille anéantis au moment où ils semblaient sur le point de produire leurs fruits est une horreur.

Il se trouve que je ne connais pas (encore) la plupart de mes étudiants. Je ne les ai pas côtoyés au Département et je viens tout juste d’arriver à la Fastef. As it happens, Sombel était l’un des rares que je connaissais. Je l’avais un peu aidé pour son travail de master quand j’étais au Département de philo et 2012. Il avait proposé un projet de recherche sur le mind body problem et son directeur m’en avait sous-traité le suivi. C’était d’abord un étudiant attachant : il avait un accent sérère très fort et très agréable qui fait qu’en l’entendant parler on avait toujours un petit sourire. Je l’ai (encore) interrogé en classe il y a deux ou trois semaines et avant même qu’il ouvre la bouche j’avais cette joie anticipatrice.  En travaillant avec lui en 2012, j’avais eu l’impression d’un étudiant sérieux et ambitieux. En tout cas aussi ambitieux que je l’étais à son âge. J’avais fait un projet sur le même thème exactement que Bachir m’avait fait envoyer à Pascal Engel. À Sombel, je m’étais retrouvé à faire les mêmes critiques que Pascal Engel m’avait faites : le projet était trop vaste. Il fallait choisir un minuscule point où se nouaient les problèmes et travailler dessus.

Une discussion que nous avons eue avec les collègues est celle de tous les obstacles que cet étudiant avait franchies pour devenir ce qu’il était. Il est né dans un petit village d’un pays très pauvre et très inégalitaire. Dieu seul sait quelle école primaire il a fréquentée. Il a du aller dans la plus grande ville voisine pour le collège et le lycée puis il est arrivé à Dakar pour faire ses études dans une université surpeuplée aux enseignants indifférents ou débordés. Notre système d’enseignement est devenu une mascarade depuis la fin des années 80 avec à tous les niveaux des enseignants sous qualifiés et sous payés. Venant du milieu dont il venait, il était improbable que Sombel ait bénéficié des avantages dont les gens comme moi -qui étions fils d’instituteurs voire plus- ont pu bénéficier pour naviguer dans ce système. Il avait pourtant réussi à y survivre et à en être diplômé.

Je fais désormais parti des vieux cons et mes collègues et moi nous plaignons souvent que nos étudiants sont « nuls » ou qu’ils « n’ont pas le niveau ». La plupart de mes collègues ne le disent jamais aux étudiants se contentant soit de leur donner de mauvaises notes, soit d’adapter leurs exigences à ce qu’ils croient être le niveau de la classe. Je mets un point d’honneur à dire à mes étudiants exactement ce que je pense de leur niveau. Je ne leur dis pas qu’ils sont « nuls » (ils ne le sont pas et pour la plupart, ils ont une qualité que peu de gens ont: ils sont extrêmement motivés: ce sont des survivants) mais je leur dis qu’il y a des choses qu’ils auraient du savoir mais qu’ils ne savent pas. J’essaie d’être aussi précis que possible sur ce dont j’estime qu’ils doivent le savoir et j’essaie de les aider à acquérir ce savoir. Si nos étudiants ne sont pas aussi bons qu’ils le devraient, ce n’est pas leur faute. C’est que collectivement, en tant que société, nous les avons laissé tomber. Les gens qui réussissent actuellement dans notre système scolaire sont des gens qui se meuvent dans ce système accompagnés de privilèges dont ils ne sont même pas conscients. Les gens comme Sombel qui n’ont pas bénéficié des mêmes privilèges mais qui sont arrivés s’en sortir à l’université sont largement plus méritants que moi. Mon rôle en tant qu’enseignant est de les respecter suffisamment pour leur dire la vérité et les inciter à combler les trous que le système laissé dans leur éducation. Ce qui est terrible pour nous avec le décès de Sombel, c’est que nous qu’il avait déjà montré était suffisamment motivé pour dépasser tous les obstacles. C’est vraiment une perte énorme pour notre communauté.

Happy 2014

Posted in Vie quotidienne by hadyba on décembre 31, 2013

L’on pourrait penser que ce blog est mort mais il ne l’est pas encore. Il est victime d’une maladie assez grave: le syndrome de dispersion du blogueur. Ne vous inquiétez, il va s’en relever en 2014. En 2013, j’ai vécu des choses soit trop graves, soit insuffisamment énervantes pour que je les blogue. La bonne nouvelle est que presque deux ans après avoir soutenu ma thèse, je sais désormais que je reste à Dakar pour les siècles et les siècles à venir. J’ai un poste à la Fastef (Faculté des Sciences et Technologies de l’Enseignement et de la Formation) de l’UCAD (Université Cheikh Anta Diop de Dakar). L’autre bonne nouvelle est qu’avec quelques amis nous avons créé un Think Tank (le think tank Ipode www.thinktank-ipode.org, centré sur le Sénégal) qui commence à produire pas mal de textes de qualités. Je ne voulais pas vraiment en parler avant que nous n’ayons des choses à montrer. Je suis plutôt fier de ce que nous avons fait en une  année et nous avons un programme prévisionnel assez excitant pour l’année qui arrive.

2014 sera donc une année à la fois stable et passionnante pour moi. Je souhaite qu’il en soit de même pour vous tous. Que ceux qui vous sont chers se portent à merveille, que vous ne soyez pas trop pauvres et surtout que vous soyez heureux quelles que soient vos circonstances particulières. Souvenez-vous de cette sage parole de Dumbledore: "Happiness can be found even in the darkest of times, if one only remembers to turn on the light."

Je ne formule généralement pas de résolutions pour la nouvelle année mais j’en ai une cette fois: c’est d’écrire plus, dans tous les domaines et donc également sur ce blog. J’espère que vous m’aiderez à la tenir. En attendant, puisse 2014 vous apporter plein de belles surprises.

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Hydro-guerre au Sénégal #EauSecours

Posted in Oh my God!, Politique, Sénégal by hadyba on septembre 28, 2013

Ça fait maintenant plus de 15 jours que la capitale sénégalaise, Dakar, n’a pas d’eau courante. C’est variable. Une minorité de quartiers a eu de l’eau courante durant toute cette période. D’autres en ont à certaines heures de la journée, habituellement entre 4h du matin et 7-8h du matin. La plupart des quartiers, notamment la grande banlieue dakaroise mais pas uniquement, n’ont pas vu une seule goutte d’eau couler du robinet de toute la quinzaine.

Pénurie

Ces coupures ont commencé le 12 septembre, nous sommes aujourd’hui le 28 septembre aucune amélioration n’est en vue. La cause de la rupture de la fourniture d’eau est l’éclatement d’un tuyau qui se trouve dans un village perdu pas très loin du Lac de Guiers. Le village de Keur Momar Sarr est instantanément devenu célèbre et, le Sénégal étant le Sénégal, tout le monde est devenu ingénieur hydraulique spécialisé dans les tuyaux et canalisations. Le consensus semble être que la Société des Eaux (SDE) est fautive. Ce d’autant plus que l’ancienne société nationale des eaux (Sones) a été démantelée en 96 et divisée en deux boites : une privée ; la SDE vendue à Bouygues et une public, la Sones. Personnellement, je me hâterai d’autant moins d’accuser les méchants pillards capitalistes et étrangers qu’il me semble me souvenir que le rôle de la SDE est de vendre l’eau et de s’occuper des petites réparations alors que la Sones serait chargé du gros œuvre ; d’où cette molle justification. La suite nous édifiera. Le Sénégal ne manquant pas de juristes capables de lire un contrat d’affermage.

Ce qui m’a intéressé, c’est l’incompétence avec laquelle notre gouvernement a géré cette crise.

Les 6 premiers jours, il y a eu exactement zéro réaction de la part d’un membre quelconque de cette auguste équipe. Aucun de nos ministres n’a exprimé la moindre compassion envers le peuple qui souffrait et encore moins proposé de solutions. Puis la presse nous a appris que les Sapeurs pompiers avaient été mobilisés pour distribuer de l’eau à nos prétendues personnalités ainsi qu’aux… hôtels !

Plus que l’absence de réaction gouvernementale, c’est cet amalgame entre personnalités et hôtels qui m’a choqué. Notre élite politique actuelle ne partage pas le sort qui est le lot commun du peuple. D’une certaine manière ça peut se comprendre. Des ministres puants ne nous seront d’aucune aide. Mais pourquoi approvisionner des hôtels dans lesquels résident pour la plupart des étrangers de passage ? Précisément parce que ce sont des étrangers qui s’y trouvent. Nous sommes gouvernés par une élite qui méprise le peuple qui l’a élu mais nourrit des complexes face aux étrangers surtout blancs.

Quoiqu’il en soit notre gouvernement a fini par se rendre compte qu’il y avait un petit problème. Nous avons d’abord eu droit au sinistre Latif qui a affirmé que le gouvernement n’était pas fautif, la SDE étant une entreprise privée. Ensuite ce furent les rodomontades de Mimi Touré notre première ministre et les promesses de notre ministre de l’hydraulique. Après avoir été dûment tancée, la SDE a achevé les réparations en début de semaine… pour voir le tuyau exploser de plus belle. Mimi Touré s’est donc rendue à Keur Momar Sarr et s’est fait filmer en train d’engueuler le directeur de la SDE. Elle a promis la fin de l’impunité de la SDE et ordonné au directeur de la SDE de rester dans ce bled pourri tant que le tuyau ne serait pas réparé. J’aurais adoré que le directeur de la SDE lui signale 1) qu’en tant que privé il n‘avait pas d’ordre à recevoir de la première ministre et 2) que c’était l’État et en l’occurrence le ministre de l’hydraulique de l’époque à savoir un certain Macky Sall qui avait commandé ce tuyau problématique pour commencer ! Mais le directeur de la SDE semble être un homme pondéré.

Jeudi alors qu’on espérait un retour de l’eau le lendemain, le tuyau a de nouveau explosé expédiant 6 ouvriers à l’hôpital. Voyant enfin que la situation était grave, notre Président de la République décidât de prendre les choses en main.

Stephen Colbert avait eu une phrase dévastatrice pour Bush après Katrina :

I stand by this man. I stand by this man because he stands for things. Not only for things, he stands on things. Things like aircraft carriers, and rubble, and recently flooded city squares. And that sends a strong message: that no matter what happens to America, she will always rebound—with the most powerfully staged photo ops in the world.

Macky Sall et son équipe ont décidé de montrer au monde que le Sénégal aussi savait mettre en place des photo-ops dignes de Bush Jr. Pour que la référence fut claire, notre Président commença son offensive par une référence à Kartina et par une injonction religieuse digne de Bush Jr : « Quand il y a des difficultés il faut s’en remettre à Dieu. » Puis il continua en menaçant un peu les éventuels fauteurs de troubles : « Ce n’est pas en brûlant des pneus qu’on arrivera à déstabiliser le pouvoir »

Le soir même le Président se fit habiller en militaire par son équipe de com’ et se rendit à Keur Momar Sarr. C’est donc officiel, Son excellence Monsieur Macky Sall, Président de la République du Sénégal, Chef des armées a décidé de faire la guerre au tuyau de Keur Momar Sarr. Mettons donc-les images pour effrayer un peu ce tuyau.

DébarquementMackyen

MiliMacky

Maintenant, cet accoutrement est la chose la plus stupide qu’une équipe de com’ sévissant au Sénégal ait jamais pondue. Et Dieu sait que nous avons eu droit à notre lot de communicants !

D’abord, Macky Sall fait bien 450 kilos ce qui n’est pas génial pour donner l’image d’un chef de guerre. Ensuite, même si au Sénégal nous respectons notre armée, la société n’est absolument pas militarisée et les gens ne sont pas habités par une admiration délirante pour les hommes et femmes en uniforme. Ces derniers sont simplement des citoyens sénégalais, certes fiables et respectables mais pas plus que le reste du corps social. Nous n’avons absolument pas la tentation de voir un militaire prendre le contrôle du pays pour mettre de l’ordre dans les affaires civiles. Nous préférons notre désordre démocratique même s’il produit des dirigeants comme Macky Sall. Enfin, c’est une occasion en or pour les opposants de parler de tentation dictatoriale de la part de Macky Sall. Ils vont affirmer qu’il veut instaurer une dictature militaire et qu’il se prend pour son Excellence Yaya Jammeh.

Le pire dans tout ça, c’est que ça n’effraiera même pas le tuyau de Keur Momar Sarr et que ce tuyau ne se réparera pas tout seul, impressionné par la prestance militaire de Macky Sall… Décidément, ce mandat sera  long !

MackyFatigué

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Tartous

Posted in Politique by hadyba on août 29, 2013

Tout comme mon ami kalmatan, je suis écoeuré par l’hypocrisie des puissances occidentales concernant la Syrie. Non pas que j’aie la moindre sympathie pour ce psychopathe de Assad; je trouve juste que des gens qui ont utilisé des munitions à l’uranium appauvri en Irak et qui tuent sans vergogne des enfants en Afghanistan et au Yemen ne sont pas bien placés pour donner des leçons en humanité à un copain psychopathe.

Kalmatan écrit dans un autre post:

Le mystère est : pourquoi les Occidentaux veulent-ils, à tout prix, attaquer la Syrie ?

Je ne prétends pas, en ce moment, connaître les raisons stratégiques (nécessairement myopes) et les intérêts (nécessairement étroits) défendus. Nous les découvrirons bientôt, j’en suis sûr et elles nous renverront à quelque chose de bien fumeux, comme d’habitude.

Je crois avoir la réponse et c’est là qu’éclate l’hypocrisie des puissances occidentales soi disant démocratiques. Ces puissances et leur presse nous font croire que le soutien russe à la Syrie est irrationnel et que la guerre est la seule manière d’arrêter Assad. Il aurait pourtant été très simple de régler tout ceci dès le début. La seule raison pour laquelle la Russie soutient becs et ongles Assad, c’est parce qu’à Tartous se trouve la dernière base (pdf) navale russe en dehors de l’ancien bloc soviétique. Depuis deux ans la Russie préserve ses intérêts stratégiques, quel que soit le nombre de morts. Les USA jouent les père la vertu mais tout ce qui les intéresse c’est de bouter la Russie hors du Moyen Orient. Si les occidentaux avaient été sérieux dans leur désir de protéger la population syrienne, il leur aurait suffit de négocier avec les Russes le lâchage d’Assad contre l’assurance de conserver la base de Tartous. Cet autre psychopathe qu’est Poutine aurait laissé mourir Assad sans sourciller. Au lieu de ça, les occidentaux font semblant de défendre la démocratie et des valeurs soi disant universelles. Je veux bien qu’Assad et Poutine soient des psychopathes capables de tuer sans frémir des millions d’humains. Je ne vois pas en quoi Obama, Cameron ou Holande sont meilleurs. En vérité, je les soupçonne même d’être encore plus psychopathes eux qui risquent encore moins que Poutine et Assad qui, au moins, ne sont pas à l’abri d’une mortelle révolution de palais.

J’avoue partager le sentiment de Kalmatan:

Ce qui m’énerve le plus – si ces têtes molles de la Triade ne déclenchent pas une guerre mondiale – c’est de savoir qu’après avoir transformé la Syrie en champ de ruine et l’avoir ramené au niveau de Haïti du point de vue développement, Obama ira jouer au golf, Cameron sirotera du champagne dans une garden party et Hollande somnolera à la fin d’un apéro. Leur cœur ne sera pas troublé par la crainte que la guerre n’égratigne les chances électorales de leur parti. Il n’y aura pas, contre eux, la menace d’un procès à la Cour Internationale de Justice. Toute cette affaire, pour eux, n’aura pas été plus importante qu’un coup de fil entre dieux de l’Olympe. Lorsqu’en 1935 ou 1938 les hommes d’Etat d’Angleterre et de France calculaient leurs mouvements vis-à-vis de Hitler, c’était avec la terreur absolue et térébrante des conséquences directes et potentiellement fatales pour leur pays, leur population, leur personne même. Pour Obama, Cameron et Hollande, aujourd’hui, les calculs exterminateurs dont la Syrie est l’échiquier ne seront même pas cause qu’ils oublieraient de se brosser les dents avant de se mettre au lit. En ce sens, c’est eux, aujourd’hui, qui inspirent l’inquiétude amère et glacée qu’inspira jadis le Moloch allemand.

Pascal Engel…

Posted in Philosophie by hadyba on août 18, 2013

PascalEngel

a un blog: La France byzantine dont le nom reprend le titre d’un livre de Julien Benda.

Si un philosophe français a le style parfait pour le blogging, c’est bien lui! J’espère qu’il sera régulier.

(Photo volée ici.)

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Le geste de Soumaïla

Posted in Afrique, Politique by hadyba on août 17, 2013

Tout le monde semble s’émerveiller du geste de Soumaïla Cissé. Non seulement il a félicité son victorieux adversaire, mais en plus il a pris la peine de se déplacer jusqu’au domicile privé de ce dernier pour le faire. Et il n’y est pas allé tout seul : il s’est fait accompagner de son épouse. Une fois chez le nouveau Président, les caméras nous ont montré une scène que l’on ne peut qualifier que de familiale. M. Cissé a été reçu par M. Keita en présence non seulement de son épouse mais également de ses enfants. M. Cissé a longuement péroré, reconnaissant sa défaite, félicitant son adversaire et priant pour le succès du pays. La réponse de M. Keita a été plus courte mais tout aussi cordiale.

Pendant sa prise de parole, mais également plus tard devant les journalistes nationaux et internationaux, M. Cissé a souligné la signification de son geste. En Afrique a-t-il expliqué, nous ne nous contentons pas d’un coup de fil pour féliciter notre adversaire. Surtout si cet adversaire est également un ainé. Nous nous déplaçons pour lui présenter nos respects et prier pour son succès.

Cette scène semble-t-il a plu à tout le monde. Les journalistes, éditorialistes et simples anonymes ont embouché la trompette de la « Leçon de démocratie pour l’Afrique. » Le geste de Soumaïla montrait avec quelle grâce il fallait accepter la défaite dans une démocratie. M. Cissé illustrait à quel point la synthèse des valeurs africaines de consensus et de respect des ainés avec la démocratie procédurale occidentale était bénéfique au monde entier. Personnellement, j’ai assisté à la scène en oscillant entre incrédulité et peur panique pour le Mali.

D’abord évacuons une chose : cette scène n’a rien de démocratique et encore moins de républicain. Le mélange des genres entre le public et le privé est l’ennemi juré de la République. Si M. Cissé voulait reconnaître la victoire de son adversaire en respectant les formes républicaines, il ne se serait pas déplacé à son domicile privé, en pleine nuit, flanqué de son épouse pour se faire recevoir par un IBK accompagné de son épouse et de ses enfants. Il aurait pris rendez-vous pour un entretien entre leaders politiques au bureau de M. Keita, ils auraient discuté et fait une photo op’. L’entretien au domicile privé de M. Keita en présence de leurs familles respectives relève du privé et n’avait rien à faire dans la geste politique d’une République en construction, cette République fut-elle africaine.

Ce geste est-il au moins démocratique ? Je ne crois pas, contrairement à ce que beaucoup affirment, que la recherche de consensus et la connivence entre adversaires politiques soient démocratiques. Je préfère un leader politique amer et ne reconnaissant sa défaite qu’avec difficulté. La règle du jeu démocratique veut que l’on accepte la défaite. L’élégance veut qu’on le fasse avec un semblant de bonne grâce. C’est du théâtre démocratique. Il n’en demeure pas moins que le but du jeu dans une démocratie c’est non pas l’élimination des confrontations mais leur civilisation. Les plateformes proposées par les partis politiques sont la formalisation d’options fondamentales pour l’évolution de la société. Les partis s’opposent parce que justement sur des questions extrêmement importantes et déterminant la qualité de la vie de millions de personnes, ils proposent des solutions incompatibles. Dans ce cas, perdre une élection, ce n’est pas seulement perdre l’occasion d’occuper un palais présidentiel et de faire la fortune d’un certain nombre d’obligés. C’est surtout être persuadé qu’une grande partie de la population souffrira à cause de politiques que l’on estime inadéquates et dangereuses. Ce n’est pas quelque chose dont on peut se remettre facilement. Il faut l’accepter gracieusement en se disant que le peuple a malgré tout choisi son sort mais ce n’est pas parce que l’on est Cassandre que l’on doit se réjouir de la chute de Troie.  Il y a un double impératif démocratique quand on perd des élections : d’une part faire de sorte à atténuer la portée des politiques de l’adversaire que l’on juge nocives et d’autre part préparer le pays à comprendre les idées que l’on porte de sorte qu’elles s’imposent à la prochaine échéance électorale.

Ce qui m’a paniqué en voyant Soumaïla Cissé se faire recevoir en famille par Ibrahima Boubacar Keita, c’est que je n’ai pas vu deux leaders conscients de leurs responsabilités et en sincère désaccord sur ce qu’il faudrait faire pour améliorer le sort du peuple malien. J’ai vu un homme ayant de justesse raté le poste le plus lucratif du pays aller faire allégeance au nouveau patron pour préserver ses futurs intérêts. J’espère que je me trompe et que Soumaïla Cissé assumera avec dignité et férocité le rôle de chef de l’opposition. J’en doute vraiment et si les maliens veulent se protéger de leur classe politique, ils ont intérêt à ne pas trop vite se réjouir du geste de Soumaïla Cissé et de la rhétorique des valeurs africaines. La seule question qui vaille est la suivante : si la classe politique est unie, contre qui se coalise-t-elle ? La réponse pourrait bien être : « Le Peuple ! »

 

 

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Macky Sall vs Abubacarr Saidykhan Ceesay

Posted in Sénégal by hadyba on août 15, 2013

Je ne trouve pas vraiment que la société sénégalaise soit à ce point tolérante ni particulièrement accueillante pour l’étranger ou même la simple différence. Il y a certes une coexistence pacifique entre chrétiens et musulmans mais il serait pas exemple inconcevable qu’un Sénégalais actuel se déclare athée et à part chez les sérères, aucune famille sénégalaise n’accepterait qu’un des siens change de religion sans au moins le renier. Notre soi disant accueil bienveillant des étrangers n’est souvent qu’un leurre destiné à les dépouiller méthodiquement, avec un sourire hypocrite et sans aucun scrupule de leur argent. Je ne parle même pas de notre système légal dont le droit de la nationalité ôterait toute velléité de faire la leçon aux français que nous qualifions régulièrement de racistes.

Par un miracle sans doute du à l’activisme de Senghor et à la qualité de nos premiers dirigeants, nous avons réussi à maintenir une fiction prégnante selon laquelle le Sénégal serait le pays par excellence de l’hospitalité. Nous avons même réussi à imposer à tous les journalistes paresseux du monde le label pays de la Téranga. Nous sommes le pays de la Téranga. Nos équipes nationales sont passées de Lions à Lions de la Téranga. Et quiconque veut passer pour un spécialiste du Sénégal n’a qu’à prononcer le mot Téranga ; il nous flatte et passe pour expert. Ce mot teraanga vient du wolof et se traduirait par un mixte entre être hospitalier et faire des honneurs. Supposément, nous n’accueillerions pas seulement les étrangers, nous les comblerions d’honneurs. Bien sûr cela arrive mais l’étranger en question a intérêt à ne pas être trop pauvre et à ne pas trop s’attarder dans nos pattes.

Quoiqu’il en soit, que la téranga soit une réalité ou pas, la vérité était que notre état de droit garantissait jusqu’à très récemment les droits des étrangers en les traitant exactement avec la même indifférence qu’il traite nos concitoyens. Beaucoup de jeunes étrangers vivant ici ne découvraient pas exemple la différenciation des droits entre leurs camarades sénégalais et eux qu’au moment du bac en se rendant compte qu’ils devaient vraiment payer des droits exorbitants pour passer le premier examen universitaire du pays. Le Sénégal étant une démocratie, les hôtes étrangers vivant parmi nous bénéficiaient naturellement des droits dont jouissent les citoyens sénégalais. L’un de ces droits est la liberté d’expression. En tant que citoyens sénégalais nous nous faisons une joie d’agonir nos dirigeants. Nous les élisons pour avoir quelqu’un à blâmer pour ce qui ne marche pas ; ce qui marche étant bien entendu dû à notre génie propre, à nos marabouts ou à toute autre cause que nous choisissons. Bien sûr, les étrangers vivant au Sénégal ont tous les droits de participer à ce sport national. Nous ne faisons pas vraiment de différence entre indigènes et étrangers quand il s’agit de dire du mal de nos politiciens.

Les étrangers ayant le droit d’agonir nos dirigeants, ils ont a fortiori le droit de critiquer les leurs quand ils vivent chez nous. Le Sénégal a une longue tradition d’accueil d’activistes politiques en délicatesse avec leurs gouvernements, que ces gouvernements soient démocratiques ou dictatoriaux. C’est tout naturellement que les étrangers vivant ici se servent de leur liberté d’expression pour critiquer un régime n’acceptant aucune critique interne. Il n’a jamais été question pour aucun gouvernement sénégalais, de Senghor à Wade, de restreindre la liberté d’expression des étrangers. Il eut été en effet paradoxal qu’un chef d’État se faisant traiter de tous les noms par sa propre presse se fasse dicter des lois liberticides par ses collègues étrangers.

Macky Sall semble avoir moins peur du paradoxe que ses prédécesseurs. En effet, depuis son arrivée au pouvoir, le Sénégal semble vouloir renoncer à son label de pays de la Téranga pour complaire aux diktats de despotes que nous n’avons pas élus. C’est maintenant au moins la troisième fois que le gouvernement de Macky Sall s’emploie à éloigner du territoire national un hôte étranger n’ayant d’autre tort que d’avoir usé de sa liberté d’expression. Le Sénégal accueillait depuis des lustres Koukoy Samba Sagna opposant gambien. Dans sa folle jeunesse ce dernier avait fomenté un coup d’État contre Daouda Diawara premier président de son pays. Un corps expéditionnaire sénégalais avait empêché le coup d’État ; le Sénégal avait néanmoins accepté Koukoy Samba Sagna comme réfugié politique. Ce dernier avait même fini par acquérir la nationalité sénégalaise. Nonobstant ce fait le gouvernement de Macky Sall a pris sur lui d’expulser du Sénégal un Koukoy malade causant par là même sa mort au Mali. En mars dernier notre gouvernement nous a fait honte en essayant de complaire au dictateur Tchadien en expulsant Makaila NGuebla vers la Guinée. Cela avait donné l’occasion à la France de nous donner une magistrale leçon de Téranga en l’accueillant comme réfugié politique. L’on aurait cru que notre gouvernement comprendrait que, vues les valeurs et la réputation du Sénégal, essayer de complaire aux dictateurs étrangers en éloignant leurs opposants de notre territoire national n’était pas une bonne idée. Apparemment c’est gens là n’apprennent jamais. PressAfrik nous apprend en effet qu’ils essaient encore une fois d’expulser un réfugié politique Gambien, le journaliste Abubacarr Saidykhan Ceesay.

Présenté comme un journaliste d’investigation, il avait dénoncé l’exécution en Gambie des sénégalais Tabara Samb et Djibril Bâ et a voulu à l’époque organiser une manifestation de protestation. Ceesay était arrêté et emprisonné après sa libération avec l’intervention de l’Ambassadeur des Etats-Unis à Banjul, il s’était refugié à Dakar.
Abubacarr Saidykhan Ceesay
Abubacarr Saidykhan Ceesay

Aujourd’hui, des informations font état de sa possible expulsion vers Banjul car il demeure critique vers les autorités gambiennes.

Au bout de trois expulsions, on peut considérer qu’il ne s’agit pas là d’accidents mais d’une inflexion majeure de la politique diplomatique Sénégalaise. Le Président Macky Sall a clairement décidé que ses relations avec des dictateurs étrangers étaient plus importantes que la tradition sénégalaise qui veut que nous fussions un pays respectueux des droits des étrangers. Cette inflexion a été adoptée sans aucun débat démocratique. Au moment de renouveler le mandat du Président de la République, nous saurons nous en souvenir. En attendant, j’espère que la presse et notre opinion publique se mobiliseront suffisamment pour que M. Ceesay reste au Sénégal.

Le Sénégal est-il un narco-État?

Posted in Sénégal by hadyba on juillet 19, 2013

Je trouve qu’il y a quelque chose de vexant à ce que le Sénégal devienne un narco-état sans que j’en sois prévenu. C’est comme toute cette histoire de Obama qui vient au Sénégal mais qui ne fait aucun effort pour me rencontrer !

Plus sérieusement, du temps de Wade, j’avais eu une discussion avec un ami spécialiste de ces choses là et je lui disais que le Sénégal était bien paradoxal. La condition pour que Wade pille le pays était qu’il nomme à tous les leviers de pouvoir de êtres non seulement incompétents mais totalement dénués de scrupules. Il ne s’en est pas privé et tous les rapports de la Cour des Comptes et des organisme étatiques chargés de signaler les faits de corruption montraient que les gangsters de Wade ne se privaient pas de piller le pays avec encore moins de subtilité que le Président et sa famille. La presse sénégalaise, étant bien plus libre que la française, ne se privait pas de signaler ces turpitudes même si elles étaient royalement ignorées par notre justice aux ordres. Au moins deux États voisins du Sénégal (la Guinée Bissau et la Gambie) étaient devenues des plaques tournantes du trafic de drogue. Le paradoxe sénégalais que j’identifiais était que le Sénégal ne s’était de toute évidence pas transformé en narco-état. Je n’arrivais pas à comprendre une aussi anormale vertu de la part de la bande de gangsters dont le président Wade s’était entouré. Notre hypothèse était que le Sénégal était bien trop sous la coupe de la France et des USA pour que cette ligne rouge soit franchie.

À présent, il y a deux bonnes raisons de croire que le Sénégal est bien un narco état mais que, aussi vexant et douloureux à envisager que ce soit pour moi, je n’en ai pas été informé.

La première raison est l’épisode de ABC. Alioune Badara Cissé, ancien ministre des affaires étrangères et très proche du Président Macky Sall avait été viré sans ménagement du gouvernement. Peu après la presse (un exemple…) avait commencé à dire qu’il l’avait été parce qu’il avait des accointances avec un trafiquant de drogue nigérian incarcéré à Saint Louis. Ça m’avait paru tellement énorme que j’avais mis ça sur le compte des exagérations habituelles d’une presse trop libre. Quelle ne fut ma surprise de prendre un verre à Paris avec un prof spécialiste du Sénégal et de me voir confirmer que non seulement c’était vrai mais qu’en plus c’étaient les américains qui avaient intercepté ses conversations et exigé sa tête. Merci Prism :-) !

Seconde raison de se poser des questions. Bien avant que cette histoire n’éclate un ami m’avait confié qu’après avoir arrêté un trafiquant de drogue, le nouveau chef de notre service antidrogues (le Commissaire Keita) s’était vu proposé de reconduire le même deal que le trafiquant de drogues avait avec son prédécesseur. Quel deal donc? interrogea le commissaire alléché  Vous me confiez toute drogue que vous saisissez et je la revends pour votre compte ! Lui fut-il répondu. Le commissaire stupéfait écrivit vertueusement un  rapport retranscrivant ce dialogue et le transmit à qui de droit. Maintenant, il faut savoir que le prédécesseur en question (le Commissaire Niang) était entre temps devenu Directeur Général de la Police Nationale ! Que se passa-t-il donc ? Le vertueux commissaire Keita se fit relever de ses fonctions et on essaya de faire passer toute cette histoire pour un règlement de comptes entre flics. Sauf que la presse a eu vent de l’affaire et qu’apparemment Interpol et les services US s’intéressent à notre DGPN.

Au total, nous avons deux cas de personnes très proches du cœur du pouvoir sur lesquels des soupçons de narcotrafic se portent. J’ai tendance à penser qu’un cas isolé peut être ignoré mais que quand il y en a deux, ça devient suspect. Certaines questions se posent. Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de procédure judiciaire dans le cas ABC ? Pourquoi la première réaction de notre gouvernement a-t-elle été d’essayer d’étouffer toute cette histoire ? Y a-t-il de vraies enquêtes de moralité avant que notre Président de la République ne nomme ministre et hauts fonctionnaires ou bien le fait-il au gré de ses humeurs ? Et enfin, le Sénégal est-il -et jusqu’à quel point- gangrené par des réseaux trafics de drogue qui seraient  nichés au cœur du pouvoir ? Si ces questions ne sont pas franchement posées et si une réponse claire n’est pas apportée à chacune d’elles, il sera logique de penser que nous sommes un narco-état à l’instar de la Gambie et de la Guinée Bissau… auquel cas, le commissaire Keita (et dans une moindre mesure l’auteur de ce post) pourrait bien être victime d’un accident pas très accidentel :-)

Authueil et Zimmerman

Posted in France, immigration, USA by hadyba on juillet 16, 2013

"On which aspect one concentrates in judging others will depend on the character of the particular judge"

Nelson Mandela

Ce qui me fascine quand je suis le débat public dans un pays comme la France, c’est avec quelle vitesse ils sont en train de désapprendre les acquis du vingtième siècle. On a du mal à se rendre compte à quel point sous un vernis de sophistication, les pays européens étaient arriérés jusqu’au 19e siècle avec les pogroms, le nationalisme exacerbé, le patriarcat etc. Il suffit pourtant de lire ce qui est considéré comme la quintessence de la pensée et de la civilisation, la philosophie, pour s’en convaincre. Ne parlons même pas de Hegel, vous aimez Kant ? Ne lisez pas Emmanuel Ezze , vous découvririez que votre héros est un gros raciste ! Spinoza ? Allez à la fin du Traité Politique, et vous y apprendrez que les femmes sont des êtres inférieurs qui ne doivent en aucun cas diriger. Hume peut être ? J’ai ceci pour vous : « I am apt to suspect the negroes and in general all the other species of men (for there are four or five different kinds) to be naturally inferior to the whites. »

Il a fallu d’abord ceux que Ricoeur a nommé les maîtres du soupçon (Nietzsche, Marx et Freud) pour que l’occident sorte de son arrogance et se prenne véritablement comme objet d’étude. Après cela, il deviendra possible de ne plus considérer les valeurs et l’organisation des sociétés européennes comme un réglage par défaut reflétant la rationalité idéale ; tout ce qui s’en écarte relevant de la barbarie. Cette prise de distance survenue au XIXe siècle est qui a permis la véritable naissance de l’ethnologie et est le terreau sans lequel l’œuvre de Claude Lévi-Strauss n’aurait pas pu exister. La grande leçon de ce dernier a été de nous faire prendre au sérieux le relativisme culturel de se dire que nos organisations sociales sont aussi peu nécessaires que l’association par une langue d’un signe linguistique donné à un concept donné. Malgré cela affirme Lévi-Strauss, aucune organisation sociale n’est irrationnelle. C’est un ensemble de réponses qu’un groupe humain particulier apporte à un ensemble de défis que lui pose son environnement. Une lecture hâtive de Lévi-Strauss voudrait qu’il soit un relativiste culturel invétéré considérant que tout se vaut et que nous devrions nous abstenir de juger les autres cultures. Il n’en est rien. Tout ce qu’il dit, c’est que l’on ne peut pas se focaliser sur les valeurs de sa propre culture, en faire un absolu et juger toutes les autres cultures en fonction de la direction et des intérêts de sa propre culture. Pour véritablement juger une société ou une culture, encore faut-il s’assurer qu’on a compris ce qui est au fondement des agissements qui nous paraissent étranges. Les caractéristiques de notre société et de notre culture ne tiennent pas à un quelconque « génie » comme aurait dit Ernest Renan mais à un ensemble de conditions objectives tellement vastes qu’il nous serait difficile voire impossible de les récapituler.

Grace à son petit texte Race et Histoire, Lévi-Strauss avait réussi à définitivement assoir dans l’esprit de tout homme cultivé que « Le barbare c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie. » N’importe qui a passé le bac dans un pays francophone a nécessairement lu ce texte. Je ne crois pas que quiconque est doté d’un minimum de culture et a été éduqué en France aurait pu, jusqu’aux années 90, parler sérieusement de « barbares » pour désigner des populations dont il ne comprend pas les agissements.

Maintenant, considérez ceci. Il y a une semaine, un train déraille en région parisienne. La presse rapporte dans la nuit que les populations locales auraient agressé les forces de l’ordre et pompiers venus porter secours et détroussé les victimes. Automatiquement, un blogueur français écrit un post hallucinant oscillant entre paranoïa et racisme (au moins) de classe. Il fait clairement le distinguo entre le groupe auquel il appartient (nous/les centre ville/centre de Paris) et celui des assaillants (eux/populations/ils/). Il affirme que nous savions tous que la banlieue française était un « dépotoir » qu’y étaient « parquées » des populations dont les gens comme lui ne voulaient pas près d’eux… Partant du fait, à son avis établi*, que ces populations ont préféré aller dépouiller des morts et blessés plutôt que de leur porter secours**, il estime qu’il est urgent d’aller « mesurer le degré de "retour à l’état sauvage" de certaines franges de la population ».  Oh bien sûr, l’objectif avoué de l’article est d’inciter les pouvoirs publics à aller voir ce qui se passe en banlieue et au besoin à y investir encore plus. Mais tout l’article essentialise tellement la différence entre « eux » et « nous » qu’il est impossible d’en rater la charge raciale. Les commentaires seront moins pudiques sur la nature des barbares. Ils sont forcément étrangers et basanés.

Vous vous dites que c’est juste un post de bourgeois apeuré et un peu ridicule. En fait pas vraiment, Authueil est ce qu’on appelle un blogueur influent. Et s’il est certes probablement bourgeois, ce n’est pas un simple commerçant enrichi. Il travaille pour le Parlement français et est parfois repris dans la presse française. C’est à tout point de vue, ce que l’on pourrait appeler un honnête homme. Il est ce que la société française actuelle produit comme honnête homme. Et pour tant il a pu titrer: "Les barbares sont à nos portes!" Comment se fait-il qu’il ne se soit pas rendu compte de l’énormité de ce qu’il écrivait ? Parce que l’élite française actuelle et plus généralement l’élite occidentale a désappris ce qu’à grand peine Lévi-Strauss avait découvert et communiqué au monde. Les occidentaux actuels croient de nouveau aux barbares.

Est-ce vraiment grave ? Lévi-Strauss a une fois affirmé : « J’ai connu une époque où l’identité nationale était le seul principe concevable des relations entre les États. On sait quels désastres en résultèrent. » Plus près de nous, un jury de Floride a récemment libéré un jeune homme qui a intercepté un adolescent noir désarmé, puis l’a tué sous prétexte qu’il en avait peur. Une des jurées du procès a affirmé cette nuit que Zimmerman n’aurait certes pas du tuer cet enfant mais qu’il avait le cœur au bon endroit, voulant protéger la communauté d’une menace réelle. Des textes comme celui d’Authueil, distillant la peur de l’autre et affirmant que toute une frange de la population est soit barbare, soit aux portes de l’ensauvagement, créent les conditions pour qu’émergent des Zimmerman qui peuvent tuer impunément des enfants. En renforçant l’idée que la banlieue est un lieu mystérieux et menaçant où vivent des hordes d’autant plus sauvages que l’on ne sait exactement de quoi elles sont capables, ils créent une structure sociale dans laquelle la vie des banlieusards, surtout basanés, ne vaut pas grand chose.

*Et au fait, toute cette histoire de pillage des cadavres n’était sans doute rien d’autre qu’une grossière intox du syndicat policier fascisant Alliance.

**Et même si cette histoire était vraie, ce ne serait pas étonnant, comme je le signalais à Authueil sur twitter, c’est une partie certes peu honorable de la nature humaine; partie qui s’est d’ailleurs révélée après le 11 septembre y compris chez ces héros de notre temps :-) , les pompiers New Yorkais.

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