Hady Ba's weblog

La CIA et mes vacances studieuses

Posted in Uncategorized by hadyba on juin 29, 2007

Il y a une chose qui m’a littéralement fasciné dernièrement: c’est la mise en ligne par la CIA de ses bijoux de famille. Rassurez vous, je ne suis pas en train de subitement devenir vulgaire à la faveur de l’été: Family jewels est le nom quasi officiel d’un document de 700 pages commandé par un ancien directeur de cette agence et qui en détaille les turpitudes. Le contexte est le suivant: nous sommes en 1973 juste après le Watergate, James Schlesinger demande à ses hommes un rapport sur tout ce qu’ils ont pu faire et qui pourrait leur être reproché par ces types ennuyeux que sont les congressistes, les juristes et les journalistes. Bien évidemment, après avoir reçu ce rapport explosif, il a sagement décidé de ne pas le publier. Faut pas déconner non plus!

C’est très intéressant et parfois amusant de lire ce rapport. Ca va de l’espionnage à des recherches en psychologie (c’est quoi le lavage de cerveau? Comment le faire scientifiquement? Etc…) en passant par des tentatives de meurtre (Par exemple un complot pour empoisonner Patrice Lumumba) ou par des séquestrations et des expérimentations sur des citoyens innocents. Vous allez me trouver d’un cynisme fou mais non seulement toutes ces turpitudes ne me surprennent absolument pas mais en plus je ne suis pas loin de les trouver tout à fait normales. Après tout, le rôle de la CIA est de protéger les intérêts de l’Amérique by any means necessary comme dirait Malcolm X et puisque leurs ennemis ne respectent pas vraiment la loi, on comprend que ces bons patriotes soient tentés d’outrepasser leurs attributions. C’est illégal mais c’est de bonne guerre dirons nous (OK, si vous vous faites assassiner ou séquestrer pendant des années c’est pas vraiment drôle pour vous mais vous connaissez l’adage sur l’omelette et les oeufs que l’on casse!)

Ce qui m’a en revanche fait hurler de rire, c’est le commentaire de Michael Hayden qui accompagnait cette annonce. Après avoir parlé du ‘contrat moral qui lie l’agence avec les Américains’ le directeur de l’Agence a enfin platement reconnu qu’il avaient fait des choses qu’ils n’auraient pas du faire avant de nous rassurer définitivement: «Le document fournit un aperçu d’une période très différente et d’une agence très différente». Là vous vous dites qu’il nous prend vraiment pour des crétins: les prisons secrètes de la CIA en Europe, le Camp de Guantanamo et la torture, ça date peut être d’il y a 30 ans?

N’empêche, je me demande s’il n’a pas raison d’une manière qu’il ne soupçonne même pas. Je m’explique: il y a 30 ans, quand la CIA essayait d’assassiner Lumumba ou Castro, elle le faisait très discrètement et on pouvait penser que c’était une partie obscure de l’Administration en place qui se comportait en voyou et outrepassait les ordres qui lui avaient été donné par le gouvernement. Bien évidemment, tout agent savait qu’en cas de fuite on attendait de lui qu’il rende un dernier service à son pays en essayant autant que possible de ne pas impliquer son supérieur hiérarchique. Ca peut paraître hypocrite mais je trouve que ça ne manque pas d’une certaine noblesse. Des types super brillants qui servent leur pays dans l’ombre et sans autre reconnaissance que d’avoir fait leur devoir… et en plus 40 ans plus tard, Hayden (dont je rappelle qu’il a supervisé les écoutes illégales de W) les traîne dans la boue! La différence entre cette période et l’Administration US actuelle, c’est qu’avec Guantanamo, les écoutes illégales and so on, c’est un gouvernement démocratiquement élu qui traite avec mépris, au vu et au su de tous, les principes démocratiques et de liberté individuelle qu’elle est censée protéger. Je suis peut être d’une hypocrisie délirante mais j’avoue que je préfère quand la CIA Old School faisait ses manips dans l’ombre!

Tout à fait autre chose : ce post sera sans doute le dernier avant longtemps. Rassurez-vous, ce n’est pas la CIA qui va me descendre pour avoir révélé ses secrets: il se trouve juste que je prévois de m’enfermer sans Internet (je vous jure que c’est possible!) pour écrire un peu. Je mettrai peut être en ligne un papier de temps à autre mais devrais être complètement autiste.

Au fait, c’est quoi un Blanc?

Posted in Uncategorized by hadyba on juin 26, 2007

Jeudi dernier, j’étais à un colloque organisé par le Centre d’Etudes Africaines de l’EHESS, normalement j’évite comme la peste ce genre de discussions sur l’Afrique d’une part parce que je n’en voit souvent pas l’utilité et d’autre part parce que ça finit toujours en discussion sur la race mais là, il y avait entre autres Bachir dont je vous ai déjà parlé et c’était une bonne occasion de le revoir. Finalement c’était très intéressant: il y avait Mamadou Diouf qui comme d’habitude a été intelligent et un subversif juste ce qu’il faut (Je le cite de mémoire: "Les français feraient mieux de s’inspirer de l’un de leurs députés et ministres du siècle dernier quand ils discutent d’identité nationale: le nom de ce député est Blaise Diagne"). Il y avait également Jean-François Bayart dont j’avais adoré le livre L’illusion identitaire qui est une critique à la fois intelligente et hilarante des interprétations culturalistes et identitaires de la politique notamment africaine. A la fin j’ai fait ma groupie et suis allé dire à JFB que j’avais adoré ce livre que j’avais trouvé très drôle. Puis je me suis illico dit: ‘Oups, ce livre n’était peut être pas censé être drôle: c’est une analyse très sérieuse d’une phénomène dévastateur!’ mais il m’a rassuré en me répondant qu’il s’était effectivement beaucoup amusé en l’écrivant quoique de son point de vue le culturalisme soit l’un des pires fléaux de notre temps. Il y avait également le philosophe Jean Godefroy Bidima mais son talk m’a moins accroché.

Ainsi que je m’y attendais, la discussion a rapidement dérivé vers la ‘question noire’ mais globalement c’était très intéressant. A un moment, Bachir a parlé de Tommie Shelby qui soutient que si la solidarité noire se justifie, ce n’est pas parce qu’il y aurait une essence noire ou une culture noire mais tout simplement parce qu’il se trouve que ceux qui sont considérés comme noirs sont souvent victimes de discrimination. C’est donc un besoin de justice sociale qui fait qu’un noir trader à la bourse de Londres peut (et doit?) se sentir solidaire de celui qui vit dans le gettho. Et dans l’absolu, cette solidarité ne devrait même pas être l’apanage des seuls noirs. J’avoue que je suis assez d’accord avec cette vision. Je sais à peu près ce que c’est qu’un noir mais je dois reconnaître que je suis absolument incapable de trouver un sens à une expression comme LA culture noire.

En y réflechissant, je me rends compte que si je sais à peu près ce que c’est qu’un noir, il y a un mot qu’apparemment j’utilise très mal: le mot blanc. Je m’explique. Normalement, je ne passe pas mon temps à me demander si les gens sont noirs, blancs ou jaune mais quand il m’arrive de devoir caractériser les gens par leur couleur, j’ai dans mon stock quatre termes: les blancs, les noirs, les asiatiques (hum disons jaunes) et les métis qui sont blancs en Afrique et noirs en Europe. Un classement simple donc. Le problème c’est que quand j’ai dit à un ami sud américain qu’il était blanc (le contexte: une discussion sur l’été qui arrivait et son bronzage après un pique nique. Je lui ai donc fait remarquer qu’en tant que noir je n’avais pas cette préoccupation mais que je le trouvais de toute manière plutôt bronzé pour un blanc. ); ça a eu l’air de le choquer. De même, je suis souvent incapable de distinguer un magrébin d’un caucasien ce qui a le don de vexer les uns et les autres quand ils s’en rendent compte. De même, je classe les indiens (non dravidiens) et les asiatiques non extrême-orientaux parmi les blancs. Comme pour les noirs, je ne m’attends pas à ce qu’il y ait quelque chose comme LA culture blanche mais je me demande s’il ne serait pas judicieux qu’un Tommie Shelby blanc réfléchisse aux fondements philosophiques de la solidarité blanche. Après tout, certains blancs sont également discriminés dans les sociétés dites occidentales non?

Ousmane Sembène & Richard Rorty

Posted in Philosophie by hadyba on juin 17, 2007

 

La semaine dernière j’ai appris coup sur coup le décès de deux membres éminents de mon panthéon personnel : le romancier et cinéaste sénégalais Ousmane Sembène et le philosophe américain Richard Rorty. Bizarrement, ce télescopage m’a fait l’effet d’une révélation : je me suis rendu compte que l’œuvre de Sembène étaient la meilleure critique qui soit à tout ce qui me déplait si prodigieusement dans la philosophie de Richard Rorty. Dans ce qui suit, je vais d’abord rappeler brièvement (ce sera donc forcément un peu caricatural) les traits essentiels de la pensée de Rorty puis je vous parlerai de Sembène et vous verrez comment on peut les faire dialoguer (Je déteste ce verbe mais bon…)

 

L’homme spéculaire est sans doute LE livre de Rorty. Dans ce livre, il affirme que la métaphore essentielle qui permet de comprendre toute l’épistémologie occidentale est la métaphore spéculaire selon laquelle l’esprit serait une sorte de miroir sur lequel le monde viendrait se refléter. Si l’on accepte cette métaphore, la science n’est rien d’autre que le bon usage de notre esprit de sorte à produire le reflet le plus fidèle possible, l’image la moins déformante possible du Réel. Si nous usons correctement de ce miroir, nous atteignons une vérité objective et universelle. Dans ce cadre, il y a quelque chose que l’on pourrait appeler l’épistémologie et qui définit les conditions qu’il faut réunir si nous voulons braquer sur le monde un miroir bien dépoli et donc atteindre la vérité. De plus, étant donné que tous les humains sont dotés d’un esprit et partagent les mêmes processus cognitifs, la théorie spéculaire prédit que non seulement nous pouvons découvrir la vérité, mais en plus, nous pouvons la partager avec tous les autres humains, quel que soit leur background culturel. Il suffit juste de leur montrer l’objectivité de notre savoir et en tant qu’être rationnels, il leur sera impossible de ne pas reconnaître cette vérité.

Le problème selon Rorty, c’est que cette métaphore est fallacieuse. Nous croyons que chacun braque sur le monde un miroir plus ou moins bien nettoyé et nous disons que si nous ne sommes pas d’accord, c’est que l’un de nous se trompe mais qu’il est toujours possible de lui montrer qu’il a de la poussière sur son miroir. Mais qu’en serait-il si nous avions tous des miroirs déformants ? Rorty affirme que le plus souvent, en cas de désaccord, une réconciliation est impossible parce que nous raisonnons à partir de prémisses diamétralement opposées et ce que l’un considère comme preuve n’a aucune valeur pour l’autre. Prenons l’exemple de l’astrologie : les scientifiques (quand ils daignent en parler) se tuent à dire que ça ne peut pas marcher parce que la cosmologie sous jacente est fausse, que l’idée d’une action à distance des astres sur le moral ou le destin est absurde et surtout, ils montrent, statistiques à l’appui que les prédictions qui ont été testé se sont révélées fausses de manière significative. De telles critiques n’entament bien évidemment pas la sérénité de Mme Teissier et de ses collègues faiseurs d’horoscopes qui sont largement au dessus d’une vision aussi bassement matérialiste de la réalité et qui conviennent avec Hamlet qu’il y a bien plus de chose sur terre et dans les cieux que toute notre philosophie n’en saurait découvrir. Vous vous dites sans doute qu’objectivement ce sont les scientifiques qui ont raison. D’après Rorty, si vous dites ça, c’est juste parce que vous êtes enfermés dans une vision du monde dans laquelle ce sont les critères scientifiques qui prévalent et vous éliminez tout ce qui ne se conforme pas à ces critères. Seulement, il n’y a aucune raison a priori de préférer vos critères à ceux de Madame Teissier. Certes, la science fait voler des avions ce que la magie n’arrive toujours pas à faire ; mais ce n’est là un avantage que si vous croyez que faire voler des avions est plus important que ce que l’on apprend dans l’initiation magique ; ce que le magicien ne croit probablement pas. Nous devons donc accepter du point de vue de Rorty que nul n’a le monopole de la vérité et que la science est une manière comme une autre d’approcher le réel, ni pire, ni meilleure que la magie, la poésie ou la religion. Par ailleurs, il y a d’après lui une impossibilité d’avoir une discussion rationnelle avec ceux qui n’ont pas un minimum de préjugés en commun avec nous : nous n’avons pas les mêmes critères du vrai ou du faux, de ce qui est pertinent ou non, du bien et du mal, etc. Quant à la vérité, ce n’est rien d’autre qu’un compliment que nous faisons à nos propres conceptions.

 

Intéressons nous à présent à Ousmane Sembène. Il est né il y a 84 ans dans une famille modeste au Sénégal. Ayant quitté l’école à 13 ans, il devient mécanicien et maçon puis s’engage chez les Tirailleurs Sénégalais lors de la seconde guerre mondiale pour libérer la Métropole occupée par les nazis. Après la guerre, il rentre au Sénégal puis retourne à Marseille où il devient docker. Autodidacte, il milite à la CGT et publie en 1956 un roman tiré de cette expérience (Le docker noir). Il milite bien évidemment pour la décolonisation et renonce à sa nationalité française dès que le Sénégal est indépendant. Il sillonne l’Afrique et publie des romans dont un Ceddo (1966) sera censuré par le gouvernement sénégalais qui n’était pourtant pas parmi les plus réactionnaires d’Afrique ! Dans les années 60, Sembène Ousmane décide qu’étant donné que la plupart des africains sont analphabètes, s’il voulait les toucher, c’est par le biais du cinéma qu’il devrait le faire. Il part donc à Moscou où il se forme au VGIK. A son retour, il tourne des films sans pour autant renoncer à son œuvre littéraire. Une chose que j’adorais dans ses romans et dans ses films, c’est que Sembène Ousmane était absolument sans complaisance. Pendant et après la colonisation, il a critiqué l’exploitation de l’Afrique, militant pour la décolonisation mais dénonçant également les arrangements post-coloniaux qui ont maintenu l’Afrique dans la dépendance et la pauvreté. Mais c’est facile de critiquer la France et de rejeter nos fautes sur les autres. Ce que Sembène Ousmane a fait de plus subversif, c’est de faire des films et d’écrire des livres destinés aux africains et dans lesquels il met en lumière et critique férocement leurs défauts. Il appuyait vraiment là où ça faisait mal dénonçant le parasitisme social, la corruption et même le télescopage hypocrite entre la religion et la politique. Il nous obligeait à nous dire que si nous étions pauvres, c’était aussi notre faute. Il recherchait passionnément la justice et la vérité et jugeait toutes les sociétés, selon les mêmes standards. S’il faut dénoncer le racisme en France, il ne faut pas justifier les hiérarchies et les stratifications sociales chez nous.

Pourquoi est-ce que je considère que Sembène est l’anti-Rorty ? Dans Objectivisme, Relativisme & Vérité, Rorty nous propose l’adoption d’un ordre du monde dont le modèle serait un bazar environné de clubs strictement privés. Selon lui, nous avons nos propres valeurs, culturellement déterminés que nous ne devons en aucun cas essayer d’universaliser, ni même de partager avec les autres. Toute culture est un club privé fermé et le but du jeu est de faire de sorte que l’espace public interculturel soit le moins intrusif possible. En clair, si dans une société X les droits des femmes sont bafoués, c’est malheureux de notre point de vue mais totalement justifié selon les standards de X nous devons donc la fermer et nous occuper de nos propres affaires. C’est là tout l’opposé de la démarche de Sembène. Il était d’une curiosité dévorante en ce qui concernait sa culture et celle des autres et il n’acceptait pas qu’on puisse considérer qu’une manière de faire est respectable du simple fait qu’elle nous vient de la tradition ou de la prétendument très civilisée Europe. Il estimait que nous devions à tout moment exercer notre esprit critique et combattre sans complaisance l’obscurantisme, l’ignorance et l’injustice. Pour lui, le Bien et le Mal, le Vrai et le Faux existaient vraiment et le respect des autres exigeait que nous prenions au sérieux leurs options culturelles tout autant que les nôtres et essayions de les comparer pour en tirer le meilleur. Cette philosophie n’est peut être pas aussi sophistiquée que celle de Rorty mais je dois avouer que je la préfère et de loin.

L’hôpital & la charité

Posted in Uncategorized by hadyba on juin 13, 2007

Interrogé sur le bac philo, le Très Docte Luc Ferry répond :

Je vais être franc, je trouve cette épreuve calamiteuse, c’est le café du commerce. Tout d’abord, la philosophie n’est pas enseignée au lycée, il s’agit de super cours d’instruction civique qui ont pour fonction de permettre aux élèves d’être de bons citoyens. C’est louable mais ce n’est pas de la philosophie dont le but est d’accéder à la vie bonne, à la béatitude, à la sagesse, comme l’a écrit Epictète. Quant à l’épreuve de la dissertation, elle consiste à faire réfléchir entre elles des positions antagonistes. C’est un exercice intéressant, de rhétorique, ce n’est pas de la philosophie. Et comment juger les copies des élèves sur des idées ? Les professeurs vont en réalité juger des savoir-faire, des capacités d’argumentation, bien davantage que des savoirs. Et récompenser au final les élèves qui, par habitude de classe sociale, ont appris à bien s’exprimer.

Il est possible que le cours de philosophie de Terminale nous permette de devenir de meilleurs citoyens mais il me semble que c’est là typiquement l’effet que produit la philosophie : en nous apprenant à mettre à distance nos préjugés et à raisonner le plus rationnellement possible sur des notions comme l’Etat, la Conscience, la Démocratie etc., nous comprenons mieux le fonctionnement de notre société et devenons donc de meilleurs citoyens. Mes cours de philo m’ont fait cet effet, pas mes cours d’instruction civique dont je ne me souviens même plus.

Quant à cette idée selon laquelle la philo aurait pour but de nous permettre d’accéder à la vie bonne, à la béatitude : elle me semble d’une stupidité crasse. D’abord, je ne sais simplement pas ce que c’est que la béatitude c’est un concept qui avait peut être sa pertinence dans l’antiquité ou dans une vision du monde simpliste et dominée par la religion mais de nos jours, ça ne veut simplement plus rien dire. Pour autant que je sache les philosophes professionnels essaient tout simplement de comprendre certains concepts, de découvrir les lois du raisonnement, de résoudre des problèmes techniques… Si cela les rend plus sages et plus heureux, tant mieux pour eux mais c’est là un dommage collatéral, en aucun cas une fin.

Mais ce que j’ai préféré dans la réponse Luc Ferry, c’est cette idée selon laquelle ce qui est récompensé par les profs de philo, c’est la capacité à s’exprimer due à l’appartenance à une certaine classe sociale. Je trouve cette remarque savoureuse pour deux raisons. La première est que dans ma naïve vision du monde, je croyais que le rôle de l’école était justement de démocratiser cette capacité là. La seconde est que j’ai toujours considéré que le succès des livres de M. Ferry n’était du qu’au fait qu’il vendait aux gens les dissertations de philo qu’ils ne savaient pas écrire en Terminale. En d’autres termes, le savoir faire technique que ses études et son appartenance sociale lui ont permis d’acquérir. Excellent diagnostic vraiment… sauf qu’il s’applique mieux encore à ses propres livres !

Kind of Blue

Posted in Uncategorized by hadyba on juin 12, 2007

Kind of Blue est le titre d’un album de Miles Davis qui aurait été l’album de jazz le plus vendu de tous les temps. OK, Miles aurait sans doute détesté la vague bleue actuelle mais étant donné que dans ce post je vais annoncer des concerts de jazz et parler de cette vague bleue qui dévaste la France, j’ai trouvé que le titre était approprié. Sans compter qu’il vaut mille fois mieux écouter Kind of Blue que d’aller manifester à Bastille.

D’abord les annonces. En hiver, je déteste vivre en France et je passe mon temps à pester et à me dire qu’il faut vraiment que je rentre, qu’un tel climat n’est pas humain etc.. Puis arrive le printemps d’abord et ensuite l’été et je trouve Paris tout à fait agréable avec les terrasses de café qui se remplissent, les parisiens qui partent en vacance ne laissant ici que les touristes, les jupes des filles qui raccourcissent et, surtout, les festivals de jazz qui commencent. Cette année, il y a deux festivals que j’attends avec impatience. D’abord le Paris Jazz Festival qui a commencé samedi dernier et continue jusqu’au 29 juillet. Je n’y étais pas le week-end dernier mais je vais sans doute y aller plusieurs fois cette année. En tout cas je ne vais pas rater Richard Bona le 23 juin ! CE qui est génial avec le PJF c’est que cela ne vous coûtera que 5 euros pour écouter des gens qui sont parmi les meilleurs jazzmen du monde. Le second festival est Jazz à la Villette qui aura lieu du 29 août au 9 Septembre. J’en parlerais sans doute quand le temps sera venu mais notons d’ores et déjà que Wayne Shorter (qui a joué avec Miles justement) y sera !

Sinon, revenons à l’autre Kind of Blue: la vague. J’ai bien évidemment suivi ces élections législatives et j’avoue que c’était assez pathétique. Normalement, je suis plus proche de la gauche française que de tout autre parti politique hexagonal mais à les voir supplier mollement à la population française de ne pas donner tous les pouvoirs à Sarko, je me demandait comment n’importe qui de sain d’esprit pouvait avoir envie de voter pour ces gens là. Au lieu de dire pourquoi ils estiment que Sarko était dangereux et ce qu’ils feraient pour empêcher l’hégémonie de l’UMP s’ils avaient assez de députés, tout ce que ces fins stratèges trouvaient à dire c’était un truc du genre : « OK, c’est perdu d’avance mais peut être que ce serait quand même bien qu’il y ait deux ou trois socialistes pour ajouter de la couleur à une assemblée qui autrement serait bien triste ! » Etant donné que les électeurs ne se voient pas comme des enfants qui vont en maternelle pour faire du coloriage, je comprends qu’ils aient préféré aller à la plage ou à Roland Garros. D’où un tsunami bleu ! Même le soir de l’élection, entendre Hollande signaler qu’il y avait des « majorités écrasantes qui écrasent » tandis que Ségo rappelait aux jeunes qu’il y avait encore des pays où l’on mourrait pour avoir le droit de vote me semblait particulièrement consternant. J’aimerais juste une fois qu’il y ait des gens qui meurent pour avoir le droit de ne pas voter pour que les politiciens arrêtent de nous bassiner avec ce pseudo argument !

Aux dernières nouvelles, les socialistes se sont ressaisis et commencent à expliquer à qui veut les entendre que la TVA sociale de Sarko-Fillon allait faire reposer sur les plus pauvres les baisses d’impôts consentis aux plus riches. Je ne suis pas économiste et ne sais pas si c’est vrai mais au moins c’est un vrai argument mais qui arrive bien trop tard pour avoir le moindre impact je le crains !

Il y a une chose que j’adorais dans l’ancienne législature française : l’absence totale de parité. C’était extrêmement jouissif pour moi de faire remarquer à mes amis français qui présumaient que la situation des femmes au Sénégal était nécessairement mauvaise que chez nous, sans aucune loi sur la parité ni incitation particulière, il y avait 19% de femmes à l’assemblée nationale alors que dans un pays soi disant aussi respectueuse des droits des femmes que la France, il n y a que 12% de femmes à l’assemblée. Cet argument, dont je suis le premier à reconnaître qu’il est d’une extrême mauvaise foi (je crois objectivement qu’il est plus agréable et plus facile d’être une femme en France qu’au Sénégal quoique dans certains domaines ce ne soit pas vrai. Les choses sont toujours plus complexes qu’elles n’y paraissent et je suppose que l’on peut faire varier les critères pour défendre et justifier les injustices de sa propre société), avait la propriété magique de clouer le bec à beaucoup de ses prétentieux. Le Sénégal ayant voté pour ses législatives juste avant la France, il m’étonnerait que cet état de fait persiste : je crois et espère que la nouvelle législature française sera plus mixte que la précédente (pour la couleur, on attendra un peu je suppose.) et je crains que la législature sénégalaise devienne moins mixte (mais je n’ai aucune statistique pour le moment !) En revanche, avec un peu de chance, on aura un blanc à l’assemblée nationale sénégalaise et je pourrais argumenter sur l’absence de noirs à l’assemblée nationale française alors que chez nous… Je sais, je suis parfois d’une mauvaise foi effrayante mais bon, faut bien s’amuser de temps à autre…

Dieu et les Brocolis: les résultats

Posted in Uncategorized by hadyba on juin 8, 2007
Juste pour signaler à tous ceux qui ont passé le test sur les croyances religieuses que les résultats sont disponibles sur le blog de Julien. Les résultas sont très intéressants et la discussion qui bat son plein sur la signification de ses résultas ne l’est pas moins.

Pour ceux d’entre vous qui n’ont pas encore passé le test, je vous signale que vous pouvez toujours le faire en suivant le lien qui se trouve dans mon post précédent sur ce sujet (Désolé mais j’ai la flemme de rechercher l’adresse du document.) Vos données seront traitées et plus il y aura de participants, plus les nalyses seront pertinentes.

Cindy Sheehan se retire

Posted in Uncategorized by hadyba on juin 1, 2007
C’est l’histoire d’une dame. C’est l’histoire d’une dame qui est mariée et qui a des enfants, d’une dame qui est américaine et patriote ; d’une dame qui n’a rien d’exceptionnel quoi. En fait, c’est la banale histoire d’une mère plutôt banale.
Cette mère a un fils et ce fils est militaire. Un militaire, ça fait la guerre et puisque cette dame est américaine et son fils un militaire, et puisque Bush Jr est président des USA, le fils de cette dame s’est retrouvé en Irak. Un truc banal quoi.
En Irak, il arrive que des militaires américains soient tués (après tout, c’est la guerre et la guerre, ça fait des morts.). Manque de pot, c’est tombé sur le fils de la dame. Un truc banal quoi ; je vous avais dit que cette dame n’avait rien d’exceptionnel. En plus, la dame, elle a même un mari et d’autres enfants ! Banalement, on se serait attendu à ce que cette dame s’effondre, qu’elle pleure un peu puis reprenne ses esprits en réalisant que si son fils est mort, c’est pour apporter la démocratie au monde et défendre les valeurs sacrées de l’Amérique. Alors viendrait la douloureuse mais douce fierté des parents de héros qui se font décorer lors de funérailles grandioses et se font photographier auprès de gradés reconnaissants qui les consolent en les assurant que leur rejeton a fait honneur à sa patrie, à son corps d’armée et à sa famille. Un truc banal quoi !
Vous ai-je répété que cette dame n’avait rien d’exceptionnel ? En fait je me trompe peut être : cette dame a un défaut. Quel défaut ? Cette dame, elle pose des questions ; elle veut comprendre ! Ca n’a l’air de rien comme ça, vous pourriez même croire que le fait de ‘vouloir comprendre’ est une qualité mais détrompez-vous, c’est une malédiction. Pensez donc à tous ceux qui, au cours de l’histoire se sont mis à poser des questions au lieu d’accepter ce qu’on leur proposait comme vérité ; ça finit systématiquement mal (cas extrême : Giordano Bruno) !
Cette dame donc se pose des questions et cherche à comprendre pourquoi son fils est mort. OK, c’était un militaire mais, est-ce que la guerre pour laquelle il s’est sacrifié était juste ? Etait-il vraiment allé défendre la démocratie ? Pourquoi n’a-t-on pas trouvé d’armes de destruction massives ? La dame se dit que la seule personne qui peut vraiment lui fournir les réponses qu’elle cherche est celle qui a envoyée son fils à la guerre. Coup de pot, cette personne est officiellement en vacance dans son ranch au Texas.
La dame s’y rend donc en se disant que cette personne, dont la foi en Dieu est légendaire, aurait la décence de la recevoir pour lui répondre à ses questions. Il faut croire que l’on peut avoir la foi mais ne rien savoir de la décence parce que cette personne laissera une mère de héros camper à l’extérieur de son ranch et refusera obstinément de la recevoir. Du coup, il y aura des manifestations et des contre manifestations devant ce ranch durant tout le reste de l’été 2005. La dame deviendra la porte-parole de tous les américains qui se posent les mêmes questions qu’elle. Elle apprends de plus en plus de choses sur l’Irak, les sociétés musulmanes, la politique étrangère américaine, etc., et essaie de transmettre ce savoir à ses compatriotes. Dommage collatéral de cet engagement, le mari de la dame, qui ne supporte pas que la noblesse de la guerre pour laquelle son fils est mort soit remise en question demande le divorce. Le président qui avait refusé de laisser entrer la dame dans son ranch reçoit et se fait photographier avec le mari flanqué des autres enfants de la dame.
Je vous avais dit que de poser des questions, ça finissait toujours mal. Il y a deux jours, la dame a annoncé qu’elle arrêtait son activisme anti-guerre. Pourquoi donc ? C’est justement le moment de récolter les fruits de cet engagement non ? Le vent a tourné et même les Républicains commencent à expliquer que cette guerre était peut être un peu injuste. La dame donne deux raisons : d’abord son compte en banque est vide, ensuite si elle continue elle va perdre ses autres enfants qui ne partagent pas ses idées.
Des raisons banales quoi : fondamentalement l’engagement de cette dame est l’engagement d’une mère prête à tous les sacrifices pour ses enfants et qui essaie tant bien que mal de leur apprendre la décence. Et je trouve ça d’autant plus émouvant. Comme souvent (toujours ?), ses enfants sont des crétins ingrats qui ne méritent absolument pas une telle dévotion… A propos de crétins ingrats, il me semble bien que c’était hier la fête des mères et que je n’ai pas appelé ma maman !
PS : Au fait, la dame s’appelle Cindy Sheehan et vous l’aurez compris, elle est l’illustration de ce pour quoi je ne puis m’empêcher d’admirer les USA. Je me trompe peut être, mais il me semble qu’il y a aux états unis plus qu’ailleurs une culture démocratique qui fait qu’une desperate housewife peut sérieusement penser qu’elle a le droit de comprendre ce qui se fait en son nom et qu’elle peut légitimement exiger d’être reçu par le président des USA. J’idéalise sans doute mais déjà durant la seconde guerre mondiale, Anna Arendt s’émerveillait dans une lettre que des milliers de personnes qu’en Europe on classerait comme petites bourgeoises et réactionnaires aient écrit à leur représentant pour protester contre l’internement des japonais.
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