Tirailleurs sénégalais
Comme chaque 8 mai, on parle vaguement du problème des tirailleurs sénégalais qui gagnent 159 euros quand leurs homologues français en reçoivent 600.
Ces gens-là ont libéré ce que beaucoup d’entre eux considéraient comme la mère patrie. On les a traité comme des sous-hommes parce qu’à l’époque on les considérait comme des sous-hommes . La France continue à les traiter comme des sous-hommes parce que la France[1] continue à les conceptualiser comme des sous-hommes qui ne se sont pas battus de leur plein gré mais parce qu’il y étaient obligés. Il me semble que c’est aussi simple que ça.
Personnellement, la continuation du traitement différencié des vétérans des guerres mondiales et coloniales françaises me paraît plus révélatrice de l’État moral de la société française que d’autre chose. Ceci dit, si nos dirigeants avaient le moindre souci de la dignité de leur peuple, ils cesseraient d’adopter une posture de mendiants qui prient que la France veuille bien avoir la gentillesse d’augmenter le traitement des anciens tirailleurs pour exiger par voie de justice que ces gens-là soient traités équitablement. Mais ça, ça n’arrivera pas dans un proche avenir!
En attendant, reste ceci:
Oui Seigneur, pardonne à la France qui dit bien la voie droite et chemine par des sentiers obliques
[…]
Oui Seigneur, pardonne à la France qui hait les occupants et m’impose l’occupation si gravement
Qui ouvre des voies triomphales aux héros et traite ses Sénégalais en mercenaires , faisant d’eux les dogues noirs de l’Empire
Qui est la République et livre les pays aux Grands Concessionnaires
[…]
Ah! Seigneur, éloigne de ma mémoire la France qui n’est pas la France, ce masque de petitesse et de haine sur le visage de la France
Ce masque de petitesse et de haine pour qui je n’ai que haine -mais je peux haïr le Mal
Car j’ai une grande faiblesse pour la France.
[...]
LS Senghor[2], Prière de Paix in Hostie Noire
…………………..

Même s’il était vrai qu’ils ne se sont pas battus de leur plein gré mais parce qu’il y étaient obligés, je ne vois pas en quoi cela justifierait la différence de traitement actuel.
Je suppose qu’on pourrait même argumenter que des personnes que l’on auraient obligé à se battre mériteraient un meilleur dédommagement que des volontaires!
A noter dans le discours de NS hier: "Il se sont battus COMME pour leur mère patrie" (Je cite de mémoire.) Sauf que la plupart d’entre eux considéraient vraiment la France comme leur mère patrie. Une mère souvent injuste, certes… mais bon
"la plupart d’entre eux considéraient vraiment la France comme leur mère patrie"
Vous connaissez des travaux d’historiens sur le sujet? J’ai du mal à comprendre rétrospectivement comment le discours et les promesses du colonisateur ont a pu être cru par les colonisés. Qui y croyait ? qu’est ce qui fait qu’ils ont cessé d’y croire?
Dans mes cours d’histoire au Sénégal, on nous expliquait que l’un des principaux facteurs d’émancipation des anciennes colonies a été le fait d’aller combattre en Europe et de voir que les blancs n’étaient pas un peuple supérieur. Au retour, les soldats seraient devenus des activistes réclamant pour eux-mêmes la liberté et l’égalité qu’ils avaient contribué à préserver ailleurs.
Au Sénégal, une partie de la population: les ressortissants des quatre communes, étaient censé être des citoyens français au même titre que les autres [voir cependant ceci ]. Ces gens-là avaient totalement intégré un système dans lequel leur lieu de naissance en faisait des êtres supérieurs (diviser pour mieux régner!). Je connais personnellement un vétéran de la 2nde GM qui s’est vieilli pour pouvoir s’enrôler sous les drapeaux français et sauver la mère patrie. Mon impression est que globalement, et pendant très longtemps, la plupart des colonisés ne se préoccupaient pas d’une séparation d’avec la France même s’ils aspiraient aspiraient parfois à plus de justice. La rhétorique selon laquelle l’Occident était ‘civilisée’ alors que nous ne l’étions pas était très prégnante et je soupçonne certaines personnes de ces générations là, comme notre président actuel par exemple, d’en être toujours intimement convaincues!
Ce livre de Mamadou Diouf pourrait être intéressant (mais je ne l’ai pas lu!). Je pourrais cependant vous envoyer son papier suivant si vous n’avez pas d’accès JSTOR.
Je viens de découvrir ce blog par le biais d’une collègue qui; semble t-il, se surnomme Tchitchi. Bravo je reviendrai souvent. Pour le débat sur les tirailleurs Sénégalais; je suis assez tiraillé; je suis Béninois et non sénégalais mais je suis quand ,meme assez au fait de cette histoire pour soutenir que ce que vous venez d’écrire; monsieur Bah est tellement vrai que ça sonne comme des poncifs; justement.
Merci. Sur: "je suis Béninois et non sénégalais": à dire vraie, beaucoup de ces tiralleurs "sénégalais" n’étaient pas sénégalais mais venaient de toute l’Afrique Occidentale Française. Dont le Bénin donc. A contrario, certains soldats nés dans les quatre communes de ce qui deviendra finalement le Sénégal n’étaient pas des tirailleurs étant de nationalité française!