Hady Ba's weblog

Faut pas forcer/Faux pas forcé

Posted in Sénégal by hadyba on décembre 29, 2011

Les leaders de YenAMarre ont un argument imparable. Selon eux, la limitation du nombre de mandats à deux n’est pas seulement une obligation légale. C’est un acquis citoyen. En tant que tel, il n’est pas question que le peuple sénégalais accepte que Maitre Wade essaie de briguer un troisième mandat. Cet argument me paraît le plus solide qui ait été donné contre la candidature de Wade jusqu’à présent. Ce qui me semble relever du génie, c’est que Thiat et Fadel Barro se positionnent délibérément en dehors des partis politiques affirmant que si le mouvement populaire qu’ils représentent peut avoir des convergences avec notre élite politique, ce qui les intéresse est tangent à l’objectif de conquête du pouvoir qui est celui des partis politiques. Ils se proposent de faire du peuple sénégalais le gardien de ce pourquoi il a voté au delà des arguties juridiques possibles.

Ma position de strict légaliste en ce qui concerne le droit ou non qu’a Maitre Wade de briguer un second mandat est : « Je ne sais pas mais les arguments juridiques semblent pencher pour quoique nos plus éminents constitutionalistes semblent partagés. » Je me dis donc qu’il faut attendre la décision de du Conseil Constitutionnel. Ça, c’est ma position d’intellectuel qui se refuse à violer la loi et qui essaie de réfléchir aussi froidement que  possible. Ma position de citoyen sénégalais est : « Maitre Wade et sa bande de gangsters sont des psychopathes à qui je souhaite les pires horreurs et dont j’espère qu’ils iront au moins en prison après 2012 et surtout de à défaut de mourir dans d’atroces souffrances. »

Poser le débat en termes d’acquis citoyens me paraît important parce que, même si légalement Maitre Wade avait le droit de se présenter, le fait est que quand nous avons voté la Constitution de 2000, nous considérions tous que nous votions pour un texte qui limitait strictement le nombre de mandats à deux. Nous avons élu Wade pour accomplir un véritable changement par rapport au régime socialiste précédent. Et l’un des acquis de cette refondation de notre démocratie était que nous ne subirions plus le gouvernement ininterrompu d’un même dirigeant ou d’un même groupe de personnes. C’est là le contrat que nous avons passé avec Maitre Wade en 2000. Il a explicitement accepté ce contrat dès lors que pendant une conférence de presse au Palais il a répondu clairement à un journaliste qu’il ne briguerait jamais un troisième mandat parce qu’il n’en avait pas le droit. Si le Conseil Constitutionnel n’a pas les moyens juridiques de faire respecter cette promesse, le peuple a le droit de s’en charger ; un peu comme ce qui se passe quand on manifeste pour refuser qu’une Représentation Nationale élue mais scélérate vote une loi qui serait légale mais inacceptable. Exactement ce qui s’est passé le 23 juin en somme.

Au vu de la subtilité de ce raisonnement, on penserait que le mouvement YenAMarre est un club de juristes et de philosophes diplômés des plus grandes facs du monde. Il n’en est rien. C’est l’émanation la plus pure de la jeunesse populaire du Sénégal. Comparez-les maintenant aux jeunes politiciens sénégalais qui, eux, viennent de familles bourgeoises et baignent dans le luxe. Je ne vous parlerais même pas des jeunes du parti de Wade dont on ne peut attendre rien d’autre que la vulgarité la plus crasse et la délinquance héritée de leurs pères. Au Parti Socialiste, nous avons Malick Noel Seck qui écrit une lettre dans laquelle il menace le Conseil Constitutionnel au cas où ce dernier validerait la candidature de Wade. Ce qui lui vaut (en toute justice selon moi) de croupir en prison. Toujours au PS, Barthélémy Dias maire d’un arrondissement de la capitale, se permet de tirer une centaine de balles de pistolet en pleine rue sous prétexte que des nervis ont été envoyés par ses opposants pour l’agresser. Les politiciens de l’opposition sénégalaise semblent penser que parce que Maitre Wade et ses sbires sont des brutes, ils ont le droit de se comporter comme des brutes. Ils pensent que les citoyens sénégalais accepteront que le pays passe d’une bande de brutes à l’autre. Si je veux qu’une fois son mandat terminé Wade aille en prison, je ne veux surtout pas qu’il soit remplacé par des gens qui, alors qu’ils ne sont même pas encore au pouvoir montrent un tel mépris pour nos institutions et pour la vie de nos concitoyens. La place de Barthélémy Diaz, de Malick Noel Seck et de tous ceux qui se comportent comme eux est en prison. Peu me chaut qu’ils y aillent avant Wade et parce que Wade les y aura envoyé. Si nous voulons que le désastre qu’a été la présidence Wade ne se perpétue pas après son départ, nous devons être encore plus sévère envers ceux qui aspirent à lui succéder que nous ne le sommes envers lui.

PS: Je n’arrive pas à retrouver la vidéo ou ils expriment cet argument.

Sir Michael Dummett

Posted in Philosophie by hadyba on décembre 29, 2011

Photo Pyke

Michael Dummett vient de mourir.

On dit souvent que les philosophes analytiques ne se préoccupent pas vraiment de la vie de la Cité se contentant de technicités oiseuses. En tant qu’exégète de Frege et philosophe du langage, Dummett était tout ce qu’il y a de plus analytique comme philosophe mais en même temps il s’est toujours intéressé aux problèmes de son époque retardant la publication de son premier livre de plusieurs années parce qu’il trouvait plus urgent de s’occuper du racisme en Grande Bretagne que de choses abstraites:

His first major publication, Frege: Philosophy of Language (1973), appeared when he was at the comparatively ripe age of 48. One reason why it had not appeared earlier was that he had made a conscious decision to pursue what he conceived as his duty to oppose the racism that had become manifest in Britain. He completed the book when he reluctantly concluded that he no longer had any significant contribution to make to the fight and felt justified in returning to "more abstract matters of much less importance to anyone’s happiness or future". He commented in the book’s preface on the deep shock of having discovered, some years previously, that Frege himself, whom he had always revered "as an absolutely rational man", was a virulent racist. "From [this discovery]," he wrote, "I learned something about human beings which I should be sorry not to know; perhaps something about Europe, also."

Source

En plus de ses travaux en philosophie, il a écrit sur des sujets aussi divers que le tarot, l’immigration, les systèmes de vote ou le catholicisme. Une des choses que j’aime chez lui, c’est que quand il écrivait dans des domaines extra-philosophiques, il ne se prévalait pas (comme peuvent le faire certains philosophes français) de sa qualité de philosophe. C’est en tant que citoyen conscient de ses devoirs qu’il le faisait, pas en tant qu’oracle détenant la vérité. J’avais beaucoup d’admiration pour lui, non seulement pour ses travaux en philo mais également pour l’exigence éthique qu’il avait de ne pas s’enfermer dans sa tour d’ivoire.

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