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Tartous

Posted in Politique by hadyba on août 29, 2013

Tout comme mon ami kalmatan, je suis écoeuré par l’hypocrisie des puissances occidentales concernant la Syrie. Non pas que j’aie la moindre sympathie pour ce psychopathe de Assad; je trouve juste que des gens qui ont utilisé des munitions à l’uranium appauvri en Irak et qui tuent sans vergogne des enfants en Afghanistan et au Yemen ne sont pas bien placés pour donner des leçons en humanité à un copain psychopathe.

Kalmatan écrit dans un autre post:

Le mystère est : pourquoi les Occidentaux veulent-ils, à tout prix, attaquer la Syrie ?

Je ne prétends pas, en ce moment, connaître les raisons stratégiques (nécessairement myopes) et les intérêts (nécessairement étroits) défendus. Nous les découvrirons bientôt, j’en suis sûr et elles nous renverront à quelque chose de bien fumeux, comme d’habitude.

Je crois avoir la réponse et c’est là qu’éclate l’hypocrisie des puissances occidentales soi disant démocratiques. Ces puissances et leur presse nous font croire que le soutien russe à la Syrie est irrationnel et que la guerre est la seule manière d’arrêter Assad. Il aurait pourtant été très simple de régler tout ceci dès le début. La seule raison pour laquelle la Russie soutient becs et ongles Assad, c’est parce qu’à Tartous se trouve la dernière base (pdf) navale russe en dehors de l’ancien bloc soviétique. Depuis deux ans la Russie préserve ses intérêts stratégiques, quel que soit le nombre de morts. Les USA jouent les père la vertu mais tout ce qui les intéresse c’est de bouter la Russie hors du Moyen Orient. Si les occidentaux avaient été sérieux dans leur désir de protéger la population syrienne, il leur aurait suffit de négocier avec les Russes le lâchage d’Assad contre l’assurance de conserver la base de Tartous. Cet autre psychopathe qu’est Poutine aurait laissé mourir Assad sans sourciller. Au lieu de ça, les occidentaux font semblant de défendre la démocratie et des valeurs soi disant universelles. Je veux bien qu’Assad et Poutine soient des psychopathes capables de tuer sans frémir des millions d’humains. Je ne vois pas en quoi Obama, Cameron ou Holande sont meilleurs. En vérité, je les soupçonne même d’être encore plus psychopathes eux qui risquent encore moins que Poutine et Assad qui, au moins, ne sont pas à l’abri d’une mortelle révolution de palais.

J’avoue partager le sentiment de Kalmatan:

Ce qui m’énerve le plus – si ces têtes molles de la Triade ne déclenchent pas une guerre mondiale – c’est de savoir qu’après avoir transformé la Syrie en champ de ruine et l’avoir ramené au niveau de Haïti du point de vue développement, Obama ira jouer au golf, Cameron sirotera du champagne dans une garden party et Hollande somnolera à la fin d’un apéro. Leur cœur ne sera pas troublé par la crainte que la guerre n’égratigne les chances électorales de leur parti. Il n’y aura pas, contre eux, la menace d’un procès à la Cour Internationale de Justice. Toute cette affaire, pour eux, n’aura pas été plus importante qu’un coup de fil entre dieux de l’Olympe. Lorsqu’en 1935 ou 1938 les hommes d’Etat d’Angleterre et de France calculaient leurs mouvements vis-à-vis de Hitler, c’était avec la terreur absolue et térébrante des conséquences directes et potentiellement fatales pour leur pays, leur population, leur personne même. Pour Obama, Cameron et Hollande, aujourd’hui, les calculs exterminateurs dont la Syrie est l’échiquier ne seront même pas cause qu’ils oublieraient de se brosser les dents avant de se mettre au lit. En ce sens, c’est eux, aujourd’hui, qui inspirent l’inquiétude amère et glacée qu’inspira jadis le Moloch allemand.

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9 Réponses

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  1. Tchaf said, on septembre 1, 2013 at 10:04  

    Il me semble qu’il a été proposé il y a un an aux russes que le changement de régime en Syrie permette le maintien de la base en question. La Russie a refusé.

    Bien cherché, mais ce n’est donc pas ça… De plus, pour des gens qui veulent foncer, la multiplication des consultations de parlements divers me semble un peu contradictoire.

  2. hadyba said, on septembre 2, 2013 at 3:02  

    Après, je suis plutôt très bien informé et j’étais même pas été au courant de l’existence de cette offre. Cela signifie peut être que si elle a été faite, ça n’a pas été avec insistance et suffisamment de sérieux pour que les russes la prennent pour une offre sincère?

    Je n’ai jamais dit que les occidentaux voulaient foncer! Je pense que ce qui les intéresse, c’est 1) de virer les Russes 2) de ne pas avoir de démocratie fonctionnelle au moyen orient. Les moyens pour maintenir cet état de fait sont divers. La guerre civile en fait partie. (Et non, Israel n’est pas une démocratie à mon avis)

  3. Tchaf said, on septembre 2, 2013 at 10:10  

    C’était dans le Monde il me semble. Je ne sais pas si vous avez accès.
    C’est curieux et, s’il n’y avait autant de morts, ce serait même amusant: vous avez, à partir des même faits, une interprétation diamétralement opposée à celle que je peux avoir sur l’entrain et la volonté d’intervention de la france et des usa.

    Pour moi, une chose claire depuis deux ans, c’est que les gouvernements français et américains cherchent toutes les excuses pour ne pas intervenir, en espérant qu’Assad écrasera la rébellion (et donc les islamistes) le plus vite possible. D’autant que l’arsenal à disposition de l’armée syrienne est de bien meilleure qualité que celui de la Libye (Khadafi a dû bien regretter de ne pas avoir acheté d’armes à la France…)

    Si Assad était malin, il réprimerait "en douceur", c’est à dire sans trop de massacres de civils, de façon à ne pas choquer les opinions publiques occidentales, et en évitant de trop s’afficher avec le Hezbollah et les iraniens. Moyennant quoi, il aurait la paix pour égorger ses opposants, comme tous les dictateurs du tiers monde des cinquante dernières années.

    Hélas pour lui, et heureusement pour les civils syriens, il s’est fait débordé par ses opposants en fin d’année dernière, et se retrouve du coup obligé de taper un peu trop fort aujourd’hui, en utilisant des armes chimiques. C’était le seul moyen de faire changer d’avis Mme Michu sur l’opportunité d’une intervention…

    Au delà du cynisme que je peux montrer ici, quelle est la position éthique à prendre pour nous, occidentaux? Devons prendre le risque d’une intervention militaire, qui ne débouchera sûrement pas sur la paix mais limitera les massacres à court terme, ou devons nous simplement regarder le massacre: après tout ce ne sont que des arabes qui se tuent entre eux… (Nda: remarque volontairement choquante).

    Quel est votre avis?

  4. hadyba said, on septembre 2, 2013 at 11:01  

    Ma thèse depuis le début était qu’ils auraient été contents qu’Assad parte mais qu’il n’y avait pas suffisamment d’enjeux et surtout la suite était trop incertaine pour qu’ils s’impliquent à fond. Ce d’autant plus que le risque de déclencher une guerre avec la Russie n’est pas nul. Si le sort du peuple syrien intéressait le moins du monde les occidentaux, ils auraient dealé avec les russes.

    Ne croyant absolument pas à l’existence de guerres justes ou à la possibilité d’une justice internationale, ça ne me choque absolument pas. Les armes chimiques sont off limit non pas parce que c’est contraire à de quelconques conventions mais parce que si on les autorise, ça met les soldats occidentaux en danger. Tant qu’il n’y a en pas, les USA peuvent réduire en poussière n’importe quel pays et l’occuper. Si on commence à les utiliser ça change la donne. Ils ne pourront plus envahir aucun pays parce que c’est facile à fabriquer et horriblement efficace. Or les puissances occidentales ne supportent plus d’avoir beaucoup de morts au combat.

    "quelle est la position éthique à prendre pour nous, occidentaux?" Je répondrai: "Bahrain!" Il n’y a pas de position éthique dans les relations internationales à mon avis, juste des intérêts. Les horreurs d’Assad ont été ultra-médiatisées par ce que c’est utile à a propagande occidentale. La répression à Bahrain ou l’usage d’armes chimiques par les USA ne sont pas vraiment étouffés mais presque! Je n’ai pas d’avis sur la Syrie. J’espère qu’il y aura une démocratie après le départ d’Assad… mais j’espère aussi qu’il y aura la paix dans le monde et que j’aurais une maison près de la plage avec un compte en banque bien fourni :-)

    PS: À mon avis Assad n’avait d’autre choix qu’un répression à la Poutine parce qu’il est chef d’une minorité détestée qui se serait fait tuer jusqu’au dernier s’il partait du coup il a dès le début envoyé le signal totalement rationnel que ce serait une lutte à mort en se disant que peu de gens sont prêts à mourir.

  5. Tchaf said, on septembre 3, 2013 at 11:21  

    C’est certain que des groupes d’intérêts vont pousser à telle ou telle action, mais, et vous me trouverez sans doute naïf, il me semble néanmoins que, au moins dans les pays occidentaux, et probablement dans beaucoup d’autres, il est nécessaire pour qu’une politique soit menée d’avoir un large accord populaire -démocratique donc, même si pas forcément intelligent-

    Quand Assad utilise les armes chimiques, il est dans une démarche, comme vous dites très bien, de soumettre son peuple par la violence. Quand les pays occidentaux se font pousser par leurs médias vers une intervention militaire, c’est qu’une partie importante (mais pas du tout majoritaire, en gros 20 à 30%) du peuple souhaite une intervention, indépendamment des intérêts économiques du pays (je doute que Mme Michu se pose la question en ces termes): la politique menée peut donc, à la fois, être une décision purement égoïste, inspirée par un lobby, et une décision démocratique, inspirée par le sentiment populaire.

    Quand les deux vont dans le même sens, l’intervention militaire est rapide: ça a été le cas au Mali pour la France typiquement: il y a beaucoup de maliens qui soutenaient l’intervention, et l’hostilité des français aux intégristes musulmans est notoire -liée à l’histoire, je pense, et en particulier aux épisodes franco-algériens.

    Est-ce que cette intervention est une bonne chose pour la paix et la prospérité du Mali? Je dirais oui à court terme (il n’y a plus de combats ni d’extension de la zone contrôlée par les islamistes), et peut-être à moyen-long terme , si tous les acteurs, y compris français, prennent les bonnes décisions à l’avenir pour apaiser les tensions ou parvenir à un accord satisfaisant. Mais rien, à long terme, n’est certain: il n’y a pas de destin ni de providence, et les français ne sont pas Dieu.

    Pour la Syrie, je pense que le dilemme est identique: soit il y a une intervention et des gens seront sauvés maintenant, au prix d’un bazar peut-être plus difficile à régler plus tard, soit ces mêmes personnes mourront sous les coups d’Assad dès aujourd’hui.
    Que choisira Mme Michu? Les lobbys eux, ont déjà choisi: non à la guerre en Syrie.

  6. hadyba said, on septembre 6, 2013 at 12:23  

    "il me semble néanmoins que, au moins dans les pays occidentaux, et probablement dans beaucoup d’autres, il est nécessaire pour qu’une politique soit menée d’avoir un large accord populaire -démocratique donc,"

    Oui mais l’opinion est vachement construite par une presse mainstream qui soit est directement soumise à des intérêts économiques, soit prônent des opinions centristes finalement pas très éloignées de celles des gouvernants. Par exemple en France la Presse appartient presque totalement à des conglomérats de vendeurs d’armes et aux USA un journaliste du Time Mag a pu souhaiter la mort d’Assange (http://www.huffingtonpost.com/2013/08/17/michael-grunwald-julian-assange_n_3773981.html) illustrant là sa neutralité toute journalistique :-) So long donc l’accord populaire démocratique. Les démocraties ont une sorte de génie pour ignorer les questions gênantes non pas en les interdisant mais en les ignorant et en snobant leurs porteurs. Ce n’est pas toujours efficace, ça l’est la plupart du temps à mon avis.

    Les français, me semble-t-il, étaient plutôt indifférents quant à une intervention au Mali. Hollande est intervenu contraint et forcé parce que les Jihadistes se rapprochaient trop de pays économiquement plus importants pour la France comme le Niger.

  7. Benjamin said, on septembre 9, 2013 at 12:50  

    Salut Hady,
    Franchement, je ne suis pas d’accord avec toi.
    1) Obama et Hollande ne sont pas pire qu’Assad, c’est totalement absurde. Ont-ils massacré leur propre population ? Et par ailleurs, même en ignorant la nationalité des victimes, de combien de morts sont-ils personnellement responsables (sachant qu’Obama n’est pas responsable de la guerre en Irak) ? Je condamne totalement les attaques de drones, mais je pense qu’en termes de nombre de victimes, ce n’est absolument pas comparable.
    2) La vision des dirigeants comme étant *consciemment totalement cyniques et totalement indifférents aux vies humaines* est psychologiquement non-plausible. Je pense que, comme tout un chacun, ils rationalisent ce qu’ils font en imaginant de bonnes raisons pour faire ce qu’ils font – même quand ce qu’ils font est condamnable. "Tout un chacun", à l’exception des vrais psychopathes, justement, au sens clinique du terme, et clairement Obama et Hollande ne sont pas psychopathes en ce sens (cf. http://en.wikipedia.org/wiki/Psychopathy)
    3) Pour ce qui est des "vraies" raisons de l’intervention, il y en a probablement plusieurs, et je ne vois pas exactement ce qui permet d’exclure comme étant de "vraies raisons" certains des arguments avancés, notamment le fait que la guerre civile en Syrie peut produire des effets de déstabilisation nocifs pour les intérêts américains. Le pari est sans doute que l’intervention militaire permettra de hâter un changement politique et de contrôler la "transition" pour que la solution politique qui aura lieu un jour mette au pouvoir des gens pro-américains, ou en tout cas pas trop anti. Le désir de réduire l’influence russe est certainement là aussi, sans qu’il y ait de contradiction. Et Hollande et Obama se donnent certainement bonne conscience à eux-mêmes en se disant que ce qu’ils font est moralement justifié (que ce soit vrai ou non).
    4) Par ailleurs, pour évaluer cette intervention, les intentions supposées (vertueuses ou non) des acteurs ne sont pas si importantes. Le plus important, c’est d’évaluer les conséquences probables de l’intervention, comme le nombre probable de victimes et les conséquences à plus long terme, en regard des bénéfices éventuels (comme, peut-être, une certaine dissuasion à l’égard des attaques les plus sauvages du régime). Bien sûr, les intentions des acteurs jouent elles-mêmes un rôle dans l’évaluation des conséquences probables.

  8. Tchaf said, on septembre 16, 2013 at 4:02  

    Re-bonjour,

    Je viens de voir votre réponse sur la construction de l’opinion publique en occident. Je suis en désaccord avec cette thèse (qui est celle de la fabrique du consentement): autant je pense qu’il est possible d’influencer l’opinion, c’est à dire de convaincre certains individus, autant je crois qu’il n’est plus possible de fabriquer massivement une opinion dans le monde occidental. On a toujours un % important (10-20% d’une population) qui n’adhèrera pas/trouvera d’autres sources/etc. Pour monter au dessus, il faut un contrôle totalitaire de l’information, ce que même les régimes les plus autoritaires (Iran, Syrie, Chine…) trouvent difficile à faire. Je crois qu’un des rares exemples encore existant d’un contrôle total de l’info serait la corée du nord. Et même là, ils ont du mal, à cause des échanges avec la Chine, plus libre de ce point de vue.
    J’en veux pour preuve un cas pratique: malgré un acharnement très ancien, je n’arrive toujours pas à convaincre ma grand’mère que les socialistes n’ont pas le couteau entre les dents ;-) . J’invite tous ceux qui pensent pouvoir facilement conditionner un vote à essayer de convaincre leurs grand’parents… très bon exercice, peu importe le sujet.

    Dans le cas du Mali, le soutien était massif (environ 2/3 de la population), et n’avait rien à voir avec des "intérêts" français au Niger (dont la plupart des français se contrefichent): il y a 2500kms entre Arlit et Bamako, ce n’est pas la sécurité du site d’extraction d’uranium qui était en cause. Au passage, l’argument des futures mines d’uranium dans le nord mali (argument qu’on a entendu en boucle sur les sites web anti-intervention) était, excusez moi pour l’expression, particulièrement idiot: on a besoin de très peu d’uranium pour faire fonctionner des centrales (ça se compte en kilos), les gisements existants sont largement suffisant pour des dizaines d’années, et aucun argument économiquement rationnel ne justifie d’ouvrir d’autres mines dans un bled paumé. .

    Je termine en ajoutant que, jusqu’à présent, l’évolution de la situation me convainc que mon analyse de la situation n’était pas si mauvaise: les pays occidentaux n’ont aucune envie d’intervenir, et les réactions à la proposition russe de contrôle international des arsenaux le prouve (il faudra dix ans minimum pour que ce contrôle soit effectif, autant dire que la rébellion syrienne a trois fois le temps de disparaitre).

  9. Tchaf said, on septembre 16, 2013 at 4:03  

    Qu’en pensez vous?


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