Lorem at Yale
L’un des livres mythiques pour les gens qui deviendront la Lost Generation americaine est Stover at Yale. Ce livre raconte comment un américain pauvre parvient à s’insèrer dans cette fac d’élite et dans son système de sociétés secrètes.
Je ne sais pas si la vie de Paul Lorem aura la même influence sur les gosses de sa génération mais ce qui est clair, c’est qu’elle suffit à rhabiller Dink Stover. Non seulement, contrairement à Stover, Lorem n’est pas un personnage de fiction, mais en plus, à 21 ans, il a survécu à des aventures bien plus trépidantes. Ce garçon est né dans un village du Sud Soudan tellement déshérité que ses parents, pour lui donner une chance de s’en sortir, l’ont laissé dans un camp de réfugié. Sous la surveillance d’enfants à peine plus âgés. Le plus beau est que ces gamins l’ont protégé en l’obligeant à aller à l’école où eux n’allaient pas. Long story short, grâce à son incroyable talent et à la bienveillance des personnes avec lesquelles il a eu à interagir, Paul Lorem est actuellement étudiant à Yale. C’est Nicholas Kristof qui raconte tout ça dans le Times d’hier et c’est une bouffée d’air frais. Je suis persuadé qu’un éditeur proposera à Lorem d’écrire son autobiographie avant qu’il ait fini ses études mais en attendant, vous devriez vraiment lire l’article de NK. Perso, j’aime bien la candeur avec laquelle Lorem avoue que Yale, eh bien, c’est un peu dur sur le plan académique
. Je veux dire, c’est juste la 11e meilleure fac du monde!
Lorem loves Yale, but, academically, it has been a tough transition, partly because English is Lorem’s fifth language (he also speaks Didinga, Toposa, Arabic and Swahili). Jeffrey Brenzel, the Yale admissions director, puts it this way: “On the one hand, these adjustments are greater for him than for many, but, on the other hand, he has already overcome far greater challenges than other students have just to get here.”
Le Programme Marzouki
Sur Médiapart une interview du nouveau Président Tunisien Moncef Marzouki dont toute la punditocratie française sait qu’il est sous la coupe d’islamistes dangereux:
C’est un même type de système politique où règnent la corruption, la brutalité, la force, l’information biaisée, fantasmatique… qui a amené les arabes là où ils sont, c’est-à-dire à être une nation divisée, sous-développée, stérile sur le plan scientifique. Il y a quand même 300-400 millions d’hommes aujourd’hui qui ne produisent pratiquement rien sur le plan scientifique, sur le plan technologique, pourquoi? Non pas parce qu’ils ne savent pas réfléchir ou ne savent pas raisonner, mais parce qu’ils ont été stérilisés par leur régime politique.
Donc je ferai tout pour que cette expérience tunisienne réussisse, qu’elle puisse être étendue au monde arabe et qu’enfin ces peuples qui se sont réveillés redeviennent une partie de ce monde. Qu’ils soient une partie de la solution et non pas une partie du problème.
Maintenant, est-ce que cela peut apporter quelque chose au reste du monde? Mon dieu, si jamais on réussit, le long de cette rive sud de la Mediterrannée, à avoir des peuples pacifiés qui vivent sous le règne de la loi, qui règlent le problème de la corruption, qui participent au développement, eh bien, nous aurons participer aussi à l’amélioration de la situation du monde entier!
Par ailleurs, il y a longtemps que je rêve d’une Cour constitutionnelle internationale. Ici dans le monde arabe, il y a en fin de compte beaucoup de dictatures qui organisent de fausses élections, installent de fausses démocraties. Si l’ONU disposait d’une Cour constitutionnelle internationale – comme elle dispose déjà d’un Tribunal pénal international où peuvent comparaitre des criminels – les opposants de tel ou tel pays (la Birmanie, la Corée du Nord…), pourraient déposer plainte contre des Etats afin que cette cour invalide par exemple des élections, ce qui pourrait permettre au Conseil de sécurité de prononcer des sanctions. Cela serait une étape importante pour la mise en place d’un état de droit international. J’y crois beaucoup et en Tunisie, nous allons y travailler et peut-être proposer cela aux Nations Unies durant mon mandat.
Un mec dangereux à tout point de vue, ainsi qu’on le voit. Avec des pratiques aussi transparentes, cette élection, celle-ci et certainement d’autres plus importantes encore auraient été annulées.
La Dame aux Arbres
On pourrait se dire que planter des arbres est une activité bien bénigne, même dans une dictature. On aurait tort.
Prenez Wangari Maathai. Elle fait une thèse de biologie, rentre au Kenya, enseigne à l’université et se marie avec un honorable membre du Parlement de son pays. La vie rêvée quoi ! Puis elle se rend compte que certaines de ses compatriotes n’arrivaient ni à se nourrir, ni à trouver du combustible pour faire la cuisine. Logiquement, elle leur conseille de planter certains arbres comme les acacias qui, non seulement leur permettront d’avoir du bois de cuisson, mais en plus limitent l’appauvrissement des sols. Conseil judicieux s’il en est. Sauf que c’est là mettre le doigt dans un engrenage dangereux ! En effet, en travaillant avec ces dames, Mme Mathai
- se rend compte que les exploitants forestiers polluent les rivières
- va à l’encontre de la politique de ces exploitants qui promeuvent des arbres au cycle de vie plus court
Mme Mathai étant une femme, c’était de la responsabilité de son mari d’arrêter ses enfantillages*. M. Mathai (notez s’il vous plait qu’il n’y a que deux « a » dans ce « Mathai » ci vous saurez bientôt pourquoi.) essaya, échoua et demanda le divorce arguant que cette femme avait décidément trop de volonté pour être une respectable épouse de député. Le juge en convint** et interdit à Mme Mathai d’user désormais du nom de son mari afin que ce dernier ne fut pas déshonoré par les activités de sa folle d’ex-épouse. La folle en question dénonça à haute voix l’incompétence ou la corruption du juge ce qui lui valut une condamnation à six mois de prison***. Pour se conformer à l’injonction du juge tout en faisant un pied de nez à ce dernier et à son mari, l’ex Mme Mathai ajouta un « a » et devint Mme Maathai la divorcée !
Mme Maathai continuant à s’occuper de ce qui ne la regardait pas, le gouvernement trouva le moyen de la virer de l’université et la persécuta plus ou moins férocement. Mme Maathai continua cependant à planter des arbres, créa une ONG et s’impliqua dans divers mouvements destinés à promouvoir la démocratie et le multipartisme dans son pays.
En 2004, un Prix Nobel de la Paix viendra couronner son combat de trente ans montrant sans doute à son ex mari à quel point cette folle a failli déshonorer son nom !
Wangari Maathai est décédée ce dimanche à 71 ans.
……………
*Vous savez bien, les femmes sont des enfants avec lesquels il faut se montrer indulgent mais ferme
**Entre mecs on se comprend
***Peine peut-être un peu mérité pour le coup et dont elle ne purgera de toute manière que trois jours
L’aspirant parrain
J’avoue que là je commence à aimer ce parasite de Robert Bourgi…
Parfois des français me disent avec condescendance et arrogance qu’ils veulent “aider l’Afrique” et souvent ma réponse ne leur plait pas. “Si vous voulez vraiment nous aider, surveillez ce que font vos dirigeants et chefs d’entreprise en Afrique, luttez contre l’incroyable corruption de votre élite et nous, nous nous chargerons du reste. Nous n’avons pas vraiment besoin de votre aide, nous avons besoin que vous cessiez de nous nuire.” Ça ne passe pas parce que ce sont nos dirigeants qui sont censé être corrompus. Si nos pays ne fonctionnent pas, c’est notre faute et uniquement notre faute. Ça fait 60ans qu’on nous aide et nous sommes incapables de nous développer. La vérité, selon moi, c’est que la corruption des élites africaines n’est pas le principal problème. C’est un processus normal qui se résorbe avec le temps, au fur et à mesure que le peuple prend conscience de son pouvoir et commence à exiger que les politiques s’occupent de lui. Mais un tel processus n’est possible que si les politiciens ont face à eux le peuple et qu’ils sont obligés de négocier la servitude de ce dernier. Dans la plupart des pays africains, les élites sont entre l’enclume du peuple et le marteau des forces occidentales. Si elles s’accommodent du marteau, il les aidera à battre l’enclume. S’ils se placent du coté du peuple le marteau les écrasera tous les deux comme il le fit avec Sankara. Les élites africaines étant comme toutes les élites égoïstes et rationnelles, le choix est vite fait. Elles acceptent de devenir les forces supplétives de Shell, Bouygues, Bolloré, Areva, Total ou de l’État français contre leur peuple. C’est une question d’incitations.
Au moment des indépendances africaines, ce système avait été mis en place par des gaullistes patriotes qui avaient à coeur de préserver les intérêts de la France sans maintenir une colonisation qui était devenue moralement et intellectuellement injustifiable. On peut difficilement leur en vouloir. Ça s’appelle de la realpolitik. Petit à petit, c’est devenu un système occulte grace auquel les élites africaines et européennes se sont enrichies de manière phénoménale en buvant le sang des peuples africains. Pour couvrir ce fait brut, on a adopté un langage misérabiliste dans lequel l’Afrique est vue comme un océan de douleur dont on ne comprend pas vraiment d’où viennent les malheurs qui l’emplissent mais qu’il s’agit de vider. Or chacun se doute bien que vider l’océan est une tâche sans fin! L’étape suivante a été celle de la montée en puissance de Bongo qui est passé de frêle dirigeant corrompu installé au pouvoir pour veiller sur des puits de pétrole et réprimer la révolte des indigènes à corrupteur tout puissant arrosant les politiques français qu’ils soient de gauche ou de droite. Ayant compris la puissance relative que lui donnait son argent sur les politiques français, Bongo en arriva à transmettre des ordres au Président de la République française; ordres qui furent exécutés promptement.
Nicolas Sarkozy, malgré ses rodomontades habituelles et son affirmation durant la campagne électorale qu’ il établirait de nouvelles relations franco-africaines, a été obligé d’obéir à un ordre direct de Bongo. “Virez-moi Bockel!” Foccart et le Général s’en sont sans doute retourné dans leurs tombes! Et on voudrait nous faire croire qu’un Nicolas Sarkozy qui obéit sans broncher à un ordre du corrupteur en chef, n’était pas au courant ni n’était bénéficiaire des magouilles de ce corrupteur? Come on!
A présent, Bongo est mort et brule en enfer. La place de parrain est à prendre. La seule manière de devenir parrain, c’est de tuer et de menacer. On envoie un signal très clair. C’est ce que ce médiocre Bourgi qui a été à bonne école et qui a vu comment Bongo s’est débrouillé pour devenir tout puissant à Paris est en train de faire. Son objectif est rien moins que de devenir le nouveau gouverneur général de l’Afrique. Ses accusations contre Villepin et Chirac ne sont pas gratuites, ce sont des menaces voilées contre le Chef de l’État français actuel pour qu’il lui laisse les coudées franche en Afrique et lui délègue les intérêts français dans le continent noir. Il y a cependant deux détails qu’il laisse de coté. Le premier est que la plupart des pays d’Afrique sont plus ou moins démocratisé et le système qu’il cherche à perpétuer appartient définitivement au passé. Le second est que les dirigeants français, même aussi médiocres que Sarkozy et Guéant, ne sont pas tout puissants mais dépendent de forces économiques, politiques et militaires qui n’ont pas nécessairement intérêt à ce qu’un aventurier comme Bourgi ait autant d’emprise sur eux et dispose du contrôle de l’armée française pour mener une politique personnelle en Afrique. La raison pour laquelle je commence à aimer Bourgi, c’est que sa mégalomanie est une bonne chose pour l’Afrique. Je suis sûr qu’il vient d’ouvrir une boite de Pandore grace à laquelle les sales secrets de la Françafrique seront (peut-être, il serait stupide de compter sur l’indépendance de la justice française dans certains domaines) soumis à la justice française ce qui contribuera à libérer les pays d’Afrique de l’emprise française. Croisons les doigts, achetons du pop corn et admirons comment le rejeton dégénéré des amours de Foccart et de Bongo fera imploser le chateau familial. La mort d’un parrain et la guerre de succession qui s’ensuit sont toujours porteurs d’espoir pour les bons citoyens…
Oui, rêvons…
Sarkozy comme Grand Homme
On reconnaît le grand homme à ceci que les conséquences de ses actions sont durables. Ainsi sommes-nous toujours plus ou moins gouvernés par le Code Napoléonien, plus de deux siècles après sa création. D’autres grands hommes eu ont une influence plus néfaste. C’est par exemple le cas de Ronald Reagan qui a durablement installé dans la psyché US l’idée que le gouvernement est TOUJOURS un problème renforçant ainsi la méfiance de ses concitoyens envers le pouvoir. Bush Jr, malgré les guerres qu’il a déclenchées et sa rhétorique de cow boy n’est pas un grand homme, n’ayant pas réussi à installer durablement dans son pays la culture de violation des droits individuels qu’il promouvait. A son successeur, il a suffi d’une loi: celle instituant une couverture médicale universelle pour assurer son statut de grand homme dont l’action influera durablement sur la vie de ses concitoyens.
Jusqu’à présent, il semblait assez clair que M.Sarkozy n’est pas un grand homme. Les soit-disant réformes qu’il a mises en oeuvre, quoique néfastes, ne dureront pas et selon toute probabilité il ne réussira ni à démanteler la sécurité sociale de son pays, ni à démanteler les services publics (singulièrement celui de l’éducation qu’il aimerait privatiser). Tout espoir n’est cependant pas perdu. Il me semble même que M. Sarkozy est discrètement en train de réussir son entrée dans le club très fermé des grands hommes. En effet, avec la campagne de Libye, il a enfin une influence durable sur la géopolitique. D’après le Canard en effet, dans son désir d’engranger une victoire guerrière, M. Sarkozy oblige son armée à livrer des tombereaux d’armes aux rebelles libyens. Oh, il finira par avoir sa bannière mission accomplished. Mais ce n’est pas pour cela qu’il deviendra un grand homme à l’influence qui perdure. Même s’il échouait lamentablement dans sa croisade anti-Kadhafi, son influence durable dans le Sahel est d’ores et déjà assurée et elle risque bien de se faire sentir pour au moins une vingtaine d’années en Afrique et en Europe. Parmi les rebelles qu’il est en train d’armer, il y a un certain nombre de groupes affiliés à AQMI qui ont d’ores et déjà exfiltré une grande part de cet arsenal sophistiqué vers le Niger, l’Algérie, le Mali et la Mauritanie. AQMI s’est déjà immensément enrichi grace aux prises d’otages. Avec cet arsenal qui lui a été gracieusement fourni par notre néo-Grand Homme, il peut déstabiliser encore plus les États fragiles du Sahel. Et ça commence. Avec le pouvoir qu’il acquerra grâce aux armes françaises et à l’argent de ses rapines, AQMI pourra tranquillement préparer des attentats en Europe. Avec un peu de (mal)chance, nous allons vers deux décennies d’attentats rendus possibles par l’action du président Sarkozy. Une telle infêxion de la géopolitique mérite assurément l’inscription parmi les Grands Hommes de notre époque.
Une comparaison
Un de mes amis fait des comparaisons intéressantes avec un épisode de l’histoire nigérienne:
D’accord : la décapitation de place de marché était une action un tantinet plus corsée que l’immersion en haute mer. On en était encore à l’époque à l’impérialisme d’occupation, qui avait besoin de produire des effets de terreur pour décourager les turbulents. Mais la logique est la même : un jihadiste charismatique (en dépit de sa cécité, car il était aveugle !), une minorité dégoûtée par le système et prête au martyre, des princes collaborateurs (Aouta, Bayéro) prêts à se joindre aux expéditions punitives du suzerain impérial, un prince mécontent prêt à protéger le jihadiste – voir Pakistan et Ben Laden.
Peut-être aura-t-on du mal, aux Etats-Unis, à accepter cette petite comparaison avec un épisode lointain de notre obscure histoire nigérienne. « Au moins », me diraient certains, « vous, vous étiez attaqués par les Français. Mais nous, on a été agressé sans aucune raison. C’était comme Pearl Harbor. »
Le reste….
PS: Je vous conseille très fortement ce blog.
Sémou Pathé Guèye et Mamdani
Ce discours de Mamdani me donne l’occasion de rendre hommage, deux ans après son décès, à mon ancien prof de l’UCAD Sémou Pathé Guèye.
SPG était un philosophe politique, communiste Old School et membre historique de la direction du parti communiste local (le PIT). Pendant tout le temps où il faisait de la politique, il enseignait dans tout un tas de départements de l’université. Nous autres étudiant de philo considérions qu’il était NOTRE prof et c’était juste choquant de croiser un étudiant en sociologie ou en journalisme qui nous disait qu’il était LEUR prof!
Je n’étais plus vraiment l’un de ses étudiants quand je quittais Dakar parce que j’étais résolument dans la filière logique/philo des sciences. J’ai cependant assisté à certains de ses séminaires de troisième cycle. Une dizaine d’années avant son décès, SPG a mis en place ce séminaire de philosophie contemporaine où ils discutaient de problèmes très actuels. Son idée était qu’il fallait que ses étudiants et lui se saisissent de problèmes qui se posaient à notre société et y réfléchissent sérieusement. C’était là une révolution par rapport à la tradition qui voulait que nos étudiants en philosophie politique travaillent sur des théories abstraites et ne s’intéressent pas à la pratique qui est laissée aux politistes et aux sociologues. Je ne suis pas sûr que SPG ait réussi à réorienter suffisamment ses étudiants pour que des travaux moins généraux que ceux qui portaient sur la Globalisation ou bien sur la Démocratie aient vu le jour. Mais ses efforts en ce sens et son effort symétrique pour inculquer un peu de sens théorique aux futurs sociologues et journalistes sénégalais étaient appréciables.
Le texte de Mamdani me rappelle une histoire qu’il nous avait racontée. Il était invité dans une fac de Washington (L’American University il me semble). Lors de sa conf’ il s’était plaint que les institutions de Bretton Woods nous imposaient des politiques idiotes et ne prenaient même pas la peine de consulter les universitaires locaux qui souvent avaient travaillé des années sur les solutions aux problèmes que nous rencontrions. Le lendemain les gens du FMI ou de la BM l’invitaient à leur rendre visite et lui demandaient: ”Supposons que je vienne chez vous, que je vous montre un plan de développement détaillé. Que je vous demande ce que vous en pensez, que vous me répondiez qu’il est excellent et que d’ailleurs vous aimeriez travailler avec moi. Que je vous recrute pour mettre en oeuvre ce plan en vous payant un salaire bien plus élevé que celui que vous aviez avant. Comment pouvez-vous après cela dire que je vous ai imposé un plan de développement dont vous ne vouliez pas?”
L’enseignement que tirait SPG de cette rencontre c’est qu’avant de critiquer les institutions de Bretton Woods, il faudrait que nous autres intellectuels africains ayons d’une part proposé des politiques de développement différentes et d’autre part dit sincèrement à nos interlocuteurs ce que nous pensions de leur proposition plutôt que de regarder avidement le poste qu’ils pouvaient nous offrir. C’est cette attitude responsable qu’il essayait de promouvoir dans ses différents enseignements au département de philosophie et dans les différentes institutions qui formaient l’élite locale.
Malgré tous les efforts de SPG et d’une poignée de ses collègues, je dois avouer que c’est l’attitude que dénonce Mamdani dans son discours qui est la plus répandue dans mon alma mater tout comme dans les autres universités africaines. Le rêve de la plupart de nos profs est vraiment de devenir des consultants auxquels les institutions étrangères sous-traitent des études empiriques grassement rétribuées. Ils sont souvent indifférents à produire une théorisation de ce qui se passe localement et utilisent des concepts élaborés dans des contextes totalement différents sans essayer de les adapter à ce qui se passe localement ni même vérifier l’adéquation empirique de ce qu’ils écrivent avec la réalité qu’ils sont censés décrire. C’est un cercle vicieux dans lequel, parce que nos universitaires désirent avoir le même niveau de vie que leurs collègues occidentaux, ils répriment leur originalité. Ce faisant, ils se condamnent sans s’en rendre compte à la situation subalterne qu’ils dénoncent et maintiennent l’indigence intellectuelle des universités africaines. Le pire, dans le cas de l’UCAD, c’est que nos profs n’ont même pas l’excuse de la pauvreté: ils ne sont pas mal payés. En plus, c’est une stratégie perdante parce que les seuls intellectuels africains qui intéressent les grandes facs sont ceux qui ne répètent pas bêtement ce que disent leurs collègues.
Nettoyage
On dirait que Ouattarra n’est pas un tendre finalement! Let’s see si Soro passera l’année. Sur IB.
The leader of the so-called Invisible Commandos, Ibrahim Coulibaly, was killed in an offensive on Wednesday, a defence ministry spokesman said.
(…)
Mr Coulibaly, 47 and widely known as “IB”, had served as Mr Ouattara’s personal bodyguard.
But he has been reluctant to disarm his fighters, as he was said to be seeking recognition of the role they played in ousting Mr Gbagbo, who refused to accept defeat in last year’s election.
Understatement
La BBC écrit à propos du Burkina
Marches were held on Thursday in the capital and other towns to protest at rising food prices and alleged human rights abuses
Il faut savoir que quand un de mes amis séjournait au Burkina pour sa thèse, il a vu un de ses amis paniquer littéralement et lui hurler de dégager de l’endroit où il se trouvait parce que, tout simplement, il était adossé contre le mur d’une caserne.
C’est vrai que depuis le scandale mondial causé par l’assassinat de Norbert Zongo, le régime de Blaise Compaoré laisse une plus grande liberté d’expression à la presse et évite de tuer les journalistes. Cela ne veut pas pour autant dire que Compaoré et sa bande de criminels se sont assagis ou ont stoppé leurs crimes. Parler de “alleged human rights abuses” en ce qui les concerne, ce n’est plus de la circonspection, c’est soit de la désinformation, soit de l’incompétence.
Bon retour, Côte d’Ivoire
Je suis en train d’écouter Ouattara sur France 24 et j’avoue qu’il est assez impressionnant. Il a un discours très construit sur la nécessité de réaliser une véritable unité nationale, de ne pas céder à la chasse aux sorcières et sur l’édification d’institutions perennes qui puissent survivre aux hommes providentiels. Une chose importante sur laquelle il insiste et dont j’espère vraiment qu’il s’y emploiera est la nécessité de punir les siens quand ils ont été responsables d’exactions. S’il réussit à faire la police dans ses propres rangs, tous les espoirs sont permis. Croisons les doigts et espérons qu’il ira au delà des mots.
Ouattara est avant tout un économiste libéral. J’espère que mon principal commentaire le concernant dans les années qui viennent sera sur son idéologie économique plutôt que sur les libertés civiles.




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