Dealer ou courtier
Cleveland contre Wall Street est une fiction dans la mesure où le procès qu’organise l’équipe du film n’a jamais eu lieu. Cependant, tous les personnages du film sont des amateurs qui jouent leur propre rôle. Les avocats sont des avocats dans la vraie vie, les jurés des citoyens ordinaires et les témoins des victimes de la crise des subprimes ayant perdu leur maison, de vrai experts et un courtier ayant vendu des produits financiers dans les quartiers pauvres qui ont subi de plein fouet la crise.
Par un de ces raccourcis saisissants dont seule la réalité (ou la très mauvaise fiction) est capable, on découvre qu’avant d’être recruté pour vendre des produits financiers aux pauvres, le courtier était dealer de cocaïne! Vous avez remarqué qu’on dit "dealer" dans le cas de la cocaïne mais "vendeur" dans le cas des produits financiers. Et pourtant ce sont là deux activités identiquement lucratives et socialement irresponsables. La différence étant que la seconde industrie est généralement le fait de gens qui sortent d’universités d’élites et qui savent comment on peut légalement acheter un politicien alors que les autres n’ont pas cette précieuse culture!
Notre boucher
J’aime bien cette citation du gestionnaire de fortune de LB:
"C’est le mari de MmeWoerth que vous employez, qui est l’une de mes collaboratrices, qui n’est pas très grande… Mais lui est très sympathique et c’est notre ministre du budget (…), en plus c’est lui qui s’occupe de vos impôts, donc je trouve que ce n’était pas idiot. C’est le ministre du budget. Il est très sympathique, c’est un ami."
Je suis particulièrement impressionné par le notre ministre du budget. Apparemment, dans certains milieux on a son ministre tout comme on a son boucher . Ça peut paraitre choquant, certains parleront même de corruption, mais que voulez-vous, il faut bien que l’on veille sur cette fortune inépuisable qui nous donne l’impression d’être protégé de tout.
PS: Un maître d’hôtel qui enregistre des conversations! N’y a-t-il donc plus rien de sacré sur cette terre?
Photo volée ici.
Sur la corruption de Karim Wade
Quand j’étais à Dakar ce janvier, deux amis, fonctionnaires de notre Glorieuse Administration et un autre ami qui est dans le business m’ont confié comme une chose avérée que Karim Wade (le fils de notre bien aimé Président et Ministre du Pillage du Pays) exigeait de tout investisseur qui voulait s’installer au Sénégal une certaine somme pour avoir les autorisations officielles. Ces gens étaient trop au cœur des affaires du pays pour que j’aie le moindre doute sur ce qu’ils disaient.
Ce papier du Business Insider sur le conflit entre les gens de Tigo et Karim suffirait à donner de la crédibilité à leurs accusations si j’avais le moindre doute.
In a meeting in the summer of 2008 with Millicom CEO Mark Beuls, the son of Senegalese President Abdoulaye Wade was clear: fork over $200 million — or kiss your license to operate a cellular business in Senegal good-bye.
That’s what Karim Wade, the groomed heir to the 83-year-old Abdoulaye Wade, indicated in the June 2008 meeting with Millicom, a Nasdaq-listed, majority American-owned global telecom company, according to a court filing.
Photo volée ici.
Fier de notre Eglise
Il y a presque un an, j’écrivais la chose suivante:
Enfin la chose qui m’avait le plus choqué, c’était que les élites religieuses, à l’exception notable de l’Église Catholique Sénégalaise, avaient résolument trahi le petit peuple.
Apparemment, Maitre Wade, notant que si sa corruption des élites religieuses musulmanes portait ses fruits, celle du clergé catholique ne servait à rien, s’est fait menaçant, reprochant aux catholiques leur ingratitude. Ce à quoi, Abbé André Latyr Ndiaye, curé de l’Ile de Gorée, prit sa plus belle plume pour répondre:
«La communauté chrétienne n´a envers personne une dette de reconnaissance, sinon envers Dieu seul !
[...]
Se désoler ou s’indigner de ne pas recevoir assez de marque de reconnaissance de la part de la communauté chrétienne du Sénégal, relève de la vantardise et d’une boulimie de louanges. L’orgueil pue dans les chaumières des paysans comme dans les palais des rois et des gouverneurs savamment désinfectés tous les jours »
Le reste de la lettre se trouve ici.
Mais le plus beau dans l’histoire, c’est que de retour à Dakar, le Cardinal Théodore Adrien Sarr a apporté son soutien à son subordonné. Personnellement, j’adore par dessus tout son sibyllin:
"si l’occasion se présente, l’Église n’hésitera pas se prononcer et donner sa position sur des faits qui vont dans la bonne marche de notre pays"
Traduction: Si Wade ne reçoit pas de compliments de la part de l’Église, c’est juste qu’il n’a encore rien fait qui le mérite mais si jamais…
Les catholiques sénégalais ont vraiment de quoi être fiers. Même moi qui suis musulman, je suis fier de notre Église du Sénégal.
Président anticonstitutionnel
A propos de ceci, la Constitution de 2001 de la République du Sénégal [que Wade se vante d'avoir rédigée] statue en son article 38:
"Article 38 :
La charge de président de la République est incompatible avec l’appartenance à toute assemblée élective, Assemblée nationale ou assemblées locales, et avec l’exercice de tout autre fonction, publique ou privée, rémunérée. Toutefois, il a la faculté d’exercer des fonctions dans un parti politique ou d’être membre d’Académies dans un des domaines du savoir."
Oui je sais, il s’en fout de la légalité aussi…
Mais je me demande si c’est suffisant pour un impeachment… Oups, il contrôle également le Parlement…
PS: Non, je ne passe pas mes après midi à lire la Constitution; c’et un ami juriste qui me l’a signalé.
PPS: Je vois à l’article 37 que le Président prête serment "devant Dieu et devant la Nation sénégalaise", je me souviens que ça avait fait scandale quand Wade l’avait proposé (atteinte à la laïcité) et je croyais qu’on l’avait éliminé…
Kim Jong IL des tropiques
Si je ne vous ai jamais parlé de ça, c’est parce que j’avais beaucoup trop honte!
Ceci dit, cette phrase de mon président adoré est hilarante (une fois qu’on a fini de pleurer je veux dire ou si on n’est pas sénégalais):
Selon les propos d’Abdoulaye Wade, le président sénégalais, on doit y voir "l’Afrique sortant des entrailles de la terre, quittant l’obscurantisme pour aller vers la lumière. L’homme, la femme et leur enfant feront face au soleil, symbolisant l’ouverture du continent au reste du monde. C’est une force de propulsion et d’attraction dans la grandeur, la stabilité et la pérennité de l’Afrique".
Mais Wade étant Wade, i.e. affairiste jusqu’au sommet de son crâne dénudé et d’une corruption sans vergogne, il [je cite Natty n'ayant pas retrouvé l'article que j'avais lu samedi sur seneweb]:
"décidé de signer un contrat avec l’etat du senegal" de manière à ce que lui soit reversé 35% des retombés financière du monument au nom de la "propriété intellectuelle" (si si il l’a dit à la télé devant tous les quelqu’uns j’te jure wallah) . Ben Oui il a quand même pris de son temps précieux, de son intelligence incommensurable et de son génie indiscutable pour faire ce travail de réflexion. Il se doit quand même d’être remercier comme il faut. 35% des recettes et ce pour …tenez vous bien, 1200 ans à ce qu’il parait
Le pire, c’est que je pourrais écrire tous les jours sur la corruption de Wade et de sa bande de gangsters si j’en avais le temps. Ils ne se cachent même pas, il suffit juste de lira la presse sénégalaise pour les voir piller le pays en live and direct! OK, ils sont élus démocratiquement mais bordel, que fait notre foutu système judiciaire qui est censé être indépendant?
Vivement 2012 qu’on nettoie tout ça!
Omar Bongo
Mes condoléances à la France qui vient de perdre un de ses plus fidèles serviteurs. Omar Bongo a mis depuis plus de quarante ans son pays en coupe réglée au bénéfice exclusif de la France et accessoirement de sa famille.
Ce qui était intéressant avec Bongo, c’est qu’il est resté tellement longtemps au pouvoir et connaissait tellement bien les sales secrets de l’élite politique française qu’il jouissait finalement ces dernières années d’une certaine influence à Paris. Obtenant parfois la tête de certains ministres qui s’amusaient à mordre la main qui les nourrissait. Quant aux autres ministres français, ceci me paraît assez éloquent.
A mes amis gabonais, ne vous réjouissez pas trop vite: votre pays est beaucoup trop riche pour que la France vous laisse le contrôle de votre destin. Some day perhaps…
Révolution verte
Vous vous souvenez de ceci?
Notre président a donc convoqué en grande pompe les gouverneurs et préfets des régions et départements du pays. Une fois que ces derniers sont venus, vêtus de leur tenue d’apparat, notre président leur a dit que pour faire éclater la vérité à la face du monde, le Sénégal n’allait pas se contenter de réaffirmer l’absence totale de famine dans notre beau pays, non, le Sénégal fera mieux. Le Sénégal va carrément engager un combat sans merci afin d’atteindre l’autosuffisance alimentaire. Calomniateurs de tous pays, le Sénégal vous fera honte et prouvera votre forfaiture! Bien évidemment, cette importante réunion-de-non-famine a été filmée et abondamment retransmise à la télé. Et tenez vous bien, dès le lendemain, mon président, qui je vous le rappelle en plus d’être révéré par moi est officiellement un libéral, a inauguré une ferme privée et s’est déclaré ému que le patronat sénégalais ait décidé de prendre la tête du combat contre la famine (qui je vous le rappelle est un non problème au Sénégal et inventé de toute pièce par des journalistes jaloux des succès du Sénégal) et pour l’autosuffisance alimentaire.
Voici le résultat!
La Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance n’a pas produit les effets escomptés. Et, même si le Président Wade rappelle que la Goana a permis de produire 350 000 tonnes d’arachide, représentant la moitié des importations du Sénégal, il se désole, pour autant, de constater que l’argent investi n’a pas permis le succès attendu.
Ministre du pillage du pays
Je vous avais signalé que le Sénégal avait un nouveau gouvernement et que Le Fils l’avait rejoint1 faute d’avoir pu gagner des élections municipales. Ce que j’avais tu, tellement j’en avais honte, c’est qu’il était officiellement devenu ministre de la Mendicité Nationale et du Pillage du Budget de l’État de la Coopération Internationale du Transport aérien, de l’Aménagement du territoire et des Infrastructures. Juste pour rappel, à l’occasion du sommet de l’OCI, Le Fils nous avait montré qu’il était totalement incapable de mener à bien d’élémentaires travaux de génie civil. Mais cette incapacité n’est pas le plus grave. Décortiquons son ministère et nous serons réellement effrayé.
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Coopération Internationale: Au Sénégal, nous avons un avantage: nous sommes une démocratie, non vraiment. Notre presse est libre, nos juges le seraient s’ils osaient parce que les textes le leur permettent, nos élections sont plutôt transparentes… Ce système démocratique a un énorme avantage: c’est un levier qui permet à nos dirigeants d’aller mendier en notre nom dans le monde entier. Le FMI, la Banque Mondiale, l’UE, la France, le Japon etc… déversent de l’argent chez nous, sous forme de dons ou de prêts chacun s’imaginant que c’est grâce à lui que le fragile équilibre démocratique sénégalais tient et qu’un peuple aussi primitif que le nôtre a besoin d’être récompensé pour ne pas devenir aussi peu démocratique que ses voisins. Nommer Karim Wade ministre de la Mendicité Nationale Coopération Internationale revient à s’assurer que c’est lui même qui récupérera le fruit de ce complexe du bienfaiteur2 des pays soi-disant développés.
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Aménagement du territoire: Pour diriger un pays, rien de tel que d’avoir la latitude de le redécouper à sa guise, de pouvoir décider du placement des districts médicaux, des industries et de tous les services publics ou parapublics. Si les gens ne veulent pas retourner/demeurer au moyen âge, il faut qu’ils fassent plaisir à la personne qui s’occupe de ces choses-là. Le peuple sénégalais dans son ensemble ayant décidé il n’y a pas si longtemps qu’il ne voulait pas de fiston, Le Père pense qu’il faut lui faire du chantage pour qu’il change d’avis.
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Transport aériens: Air Sénégal International vient tout juste de faire faillitte.Il y aura forcément du fric à se faire de ce coté là.
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Infrastructures: Well, Quand on vous confie de l’argent, la meilleure manière de le voler est de faire semblant de le dépenser! Fausses factures, gonflement du coût des travaux et autres ne sont possibles que si c’est vous qui êtes chargés de dépenser l’argent. Dans la famille Wade, on ne veut pas le pouvoir pour le pouvoir, on veut le pouvoir pour le fric!
Devant un poste aussi manifestement taillé pour permettre au fiston de piller le pays, il me semble que ce serait criminel pour toute institution internationale de prêter de l’argent à l’État du Sénégal: ces gens là ne nous représentent plus mais veulent piller nos ressources, les opposants devraient d’ores et déjà dire qu’ils ne paieront jamais les dettes qu’un tel gouvernement contractera en notre nom et qu’ils ré-examineront tous les contrats qu’il aura passé. Parce que franchement là ça commence à faire un peu trop!
1Ce qui nous fait rejoindre le Club des Pays dont le Fils de Chef est Ministre, club très sélect qui regroupe d’aussi éminentes démocraties que le Gabon ou la Lybie
2Sans compter que donner ponctuellement un peu d’argent permet de s’assurer des marchés juteux. Charité bien ordonnée…
Révolte des imams au Sénégal
Un certain nombre de choses m’avait choqué quand j’étais à Dakar au printemps dernier.
D’abord, il y avait le fait que mes pairs, je veux dire les gens jeunes, urbains et gagnant plutôt plus d’argent que la majorité semblait totalement déconnecté des souffrances de la population. J’étais venu à Dakar à un moment où sévissait plus ou moins une famine mais nous passions notre temps dans des restau où nous dépensions pour un repas assez d’argent pour nourrir une famille de 12 personnes. Et quand je disais que cela me paraissait légèrement cher, j’étonnais tout le monde.
Ensuite, il y avait le coté surréaliste du débat public. Les gangsters qui nous dirigent [et qui, rappelons-le, ont été démocratiquement élus par le peuple qui, en ce moment-là, crevait de faim] passaient leur temps à se déchirer dans la presse, parlant de milliards qui avaient été détourné comme si c’était là une chose normale et argumentant sur le fait que ce serait telle personne plutôt que telle autre qui aurait volé l’argent public. Il y a toujours eu de la corruption au Sénégal mais jusqu’à l’avènement de Wade, il y avait un certain décorum républicain qui faisait que les choses gardaient des proportions raisonnables et surtout que tout le monde était intimement convaincu, à tort ou à raison, que quiconque se ferait prendre la main dans le sac irait en prison. Avec Wade et sa manie de se comporter comme si les dépenses publiques étaient de l’argent qu’il sortait directement de sa propre poche, les officiels ont perdu tout sens de l’État et se comportent comme de vulgaires affairistes, avec le langage et les modes de pensée qui vont avec. Un exemple illustrera parfaitement le climat que je cherche à vous faire saisir. Quand j’y étais, la presse internationale et locale avait dénoncé un début de famine dans les campagnes. La réaction de Wade, après qu’il avait dénoncé une honteuse calomnie, avait été de dire qu’il offrait 10 milliards de Francs CFA au monde paysan. Vous avez bien lu, il offrait cette somme; c’est l’expression exacte qui a été employé partout. Le pire, c’est que la déliquescence des idées républicaines était telle que personne, ni dans la presse, ni dans l’opposition n’a fait remarquer ce simple fait qu’en République, il n’y a pas d’argent à offrir mais un budget que le chef de l’état dégage pour mener telle ou telle politique, que cette politique soit socialement motivée ou non, les citoyens ne sont en aucun cas des mendiants à qui l’état et a fortiori le président de la république offre quoi que ce soit. Fondamentalement, je n’ai aucun respect pour Maitre Wade parce qu’il a démoli méthodiquement le peu de formalisme républicain qui existait au Sénégal ouvrant ainsi les portes à tous les excès.
Enfin la chose qui m’avait le plus choqué, c’était que les élites religieuses, à l’exception notable de l’Église Catholique Sénégalaise, avaient résolument trahi le petit peuple. Les relations entre le pouvoir temporel et les confréries musulmanes ont toujours été assez complexe dans l’histoire du Sénégal. Pendant la colonisation, les confréries avaient certes fait allégeance aux nouveaux maitres français, mais dans le même temps, elles avaient contribué à l’élaboration de ce qui deviendra la nation sénégalaise en promouvant un mode de vie alternatif à la pure et simple assimilation voulue par les colons et en permettant le brassage entre les nouvelles élites occidentalisées et le reste de la population via les dahira et autres rassemblements religieux. Après l’indépendance, des chefs religieux aussi influents que Abdoul Akhad Mbacké ou Abdoul Aziz Sy ont apporté un soutien plus ou moins affiché au pouvoir socialiste mais en gardant une liberté de parole qui leur permettait à l’occasion de relayer les souffrances des plus pauvres qui constituaient la majorité de leurs disciples. En arrivant au pouvoir, Maitre Wade qui connaissait leur potentiel de nuisance a littéralement inondé d’argent la moindre autorité religieuse du pays et a affiché un mépris souverain pour la laïcité*. Je savais que nos familles religieuses étaient hautement corruptibles, même le cynique que je suis ne s’attendait pas à ce qu’elles le fussent à ce point. Dans tout le pays, leurs disciples mourraient littéralement de faim et personne ne pipait mot! Bien au contraire, tous les chefs religieux musulmans louaient le chef de l’état dès qu’un micro leur était tendu. Seule l’Église catholique par la voix de ses évêques avait émis ce qui pouvait vaguement ressembler à une critique claire [ce qui lui a valu mon éternelle admiration... et le règlement d'un litige foncier par décret présidentiel. Tant il est vrai qu'un corrupteur essaie toujours de corrompre!]
Depuis mon retour, j’étais donc totalement sceptique sur le potentiel révolutionnaire de la religion musulmane au Sénégal et craignait plus que jamais des émeutes sanglantes et incontrôlables vu le discrédit dans lequel toutes les élites (intellectuelles, politique, religieuse etc) locales se trouvent. Je suis intimement persuadé que Wade est en fin de règne. Il a trahi tous les espoirs qui avaient été placés en lui, sa corruption et son incompétence sont telles qu’il n’y a tout simplement plus assez de ressources pour acheter la paix sociale. Les pauvres vont de plus en plus voir leurs enfants mourir de faim et cela, personne ne le supporte stoïquement. Ce qui m’inquiète, c’est que personne ne paraît capable de canaliser le mécontentement populaire quand il éclatera.
Tout ceci semble assez stressant mais il s’est passé la semaine dernière quelque chose qui me redonne un peu d’espoir. Vous savez sans doute que la semaine dernière, c’était la fête de l’Aïd. A l’occasion de cette fête, il y a eu un rassemblement d’imams au palais présidentiel pour quémander (et recevoir) l’aide du président de la République; ce qui est proprement honteux. D’autres imams quant à eux ont choisi de se comporter honorablement. Dans toute la grande banlieue de Dakar, dans les quartiers les plus pauvres et les plus populeux, les populations se sont soulevées et ont manifesté dans le calme en réclamant la fin de la misère économique dans laquelle ils croupissent, une baisse effective des prix des produits de consommation courante et ont décidé que toutes les familles de la localité allaient refuser de payer leurs factures d’électricité jusqu’à ce que la sinistre SENELEC leur présente des prix raisonnables**. Et vous savez quoi, ce mouvement de désobéissance civile, pour l’instant non violent, a été orchestré à partir des mosquées de la banlieue par d’obscurs imams qui se trouvent être pour la plupart des fonctionnaires (enseignants, flics etc…) à la retraite. Le plus beau, c’est que ces imams ont décidé de rencontrer officiellement l’église catholique sénégalaise parce que tout ceci n’est en aucun cas une promotion de l’islam politique mais le cri de responsables locaux qui relaient les souffrances de leur communauté et exigent que ceux qu’ils ont élu fassent enfin leur travail ou bien se démettent. Mes amis me disent que dans tout le pays, les imams se sont montré solidaires de leurs collègues de la banlieue dakaroise durant leur prêche de l’Aïd et ont exigé que les autorités politiques s’occupent véritablement des problèmes de la population sénégalaise. Et bien évidemment, les autorités gouvernementales paniquées ont envoyé un aréopage de nos honorables députés à la rencontre de ces leaders d’opinion. Je ne sais pas encore comment toute cette histoire va se terminer mais j’avoue que cela m’a légèrement remonté le moral sur la capacité de notre peuple à se faire entendre.
Juste pour le plaisir, vous pouvez lire ce papier très factuel de Sud qui raconte la manif…. Et pour vraiment vous amuser, lisez-donc cette interview de cet imam vendu à Wade qui essaie de trouver des arguments pseudo-théologiques pour expliquer que des imams sunnites ne devraient jamais au grand jamais manifester et que ce serait là l’apanage des imams chiites que de se syndiquer et de faire de la politique!
……………….
* Rings any bell?
**Ma mère m’apprenais hier (samedi donc, j’écris ça du fonds de mon lit de malade ce dimanche) par exemple qu’ils avaient reçu une facture d’un montant égal à environ trois fois le salaire minimum local. Bien évidemment, ils ne vont pas tout payer, mon génie de mère ayant décidé d’estimer elle-même un prix acceptable, de le payer puis de voir venir!
Article original le 15/12/08 ici.




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