Nos nouveaux héros
Sur les dernières provocations de Maître Wade, une réponse:
On ne donne aucun crédit à ce qu’il a dit. (…) Nous pensons et nous réitérons que (…) Wade est dans une bulle entourée par des médiocres (…)
Thiat du Mouvement YenaMarre.
La journée de demain sera chaude avec l’opposition qui manifeste le matin et les gangsters du parti au pouvoir l’après midi.
Boire le calice
Une chose que l’on a tardé à réaliser au Sénégal, c’est qu’en portant Maitre Wade au pouvoir, c’est vraiment la lie de notre société que nous avons fait accéder aux plus hautes fonctions. Et bien évidemment, ils se sont comporté ainsi que le leur permettait leur éducation c’est à dire de la plus abjecte des façons. L’une des premières mesures que Maître Wade avait prises à son accession au pouvoir avait été de nommer capitaines de gendarmerie certains membres de la milice privée (les calots bleus qui viennent d’être réactivés)* qui le protégeait quand il était dans l’opposition. Cela avait fait scandale à l’époque et je n’ai jamais su si la décision avait effectivement été implémentée ou non. Toujours est-il que même si ces gros bras n’ont pas intégré l’armée ou les autres Corps de l’État sénégalais qui recrutent sur concours, ils ont pullulé dans la vie politique ainsi qu’aux postes d’administrateurs d’entreprises publiques où le chef de l’État pouvait nommer qui il voulait. Ce sont ces nominations politiques qui expliquent que certaines grandes entreprises semi-publiques sénégalaises, comme les ICS, aient presque fait faillite sous Wade.
L’une des meilleures illustrations de la nature proprement mafieuse de notre pouvoir actuel est ce qui s’est passé après le 23 juin. Ce forban de Maitre El Hadji Diouf, voyant que le peuple était devant l’Assemblée Nationale et qu’ils allaient tous se faire lyncher s’ils votaient le coup d’État de Wade tint un discours très dur contre ce projet de loi. Le 13 juillet, le groupe libéral se réunissant, Maitre Diouf, qui n’avait pas été invité décida d’y aller quand même. A son arrivée, il se fera huer par ses collègues puis tabasser par un de nos “honorables députés” en l’occurrence M. Famara Senghor qui se trouve être un ancien calot bleu. Qu’un député se fasse tabasser par un de ses collègues est choquant pour nous autres sénégalais normaux mais la vérité est que nous n’attendons pas de comportement honorable de ces gangsters que nous avons malencontreusement élus. Par ailleurs l’honorable M. Senghor a des références philosophico-géopolitiques pour expliquer son geste:
En Italie, les députés se battent, tente-t-il de se justifier. Après tout, un député, c’est un responsable politique qui défend ses positions.
Là, vous vous dites que c’est juste un règlement de compte entre gangsters et que nous n’avons qu’à prendre une chaise, ouvrir le pop corn et compter les points en attendant 2012.
… Sauf que, non seulement M. Senghor est désormais le héros de son parti mais en plus il a été récompensé par le Président de le République Sénégalaise, Maître Abdoulaye Wade himself:
Le président de la République aurait offert un véhicule 4X4 au député Famara Senghor qui a violemment agressé son collègue El Hadji Diouf mardi dernier.
Ces va nu pieds, Maitre Wade en tête, ne quitteront pas le pouvoir sans se battre et s’ils doivent faire exploser le pays, ça ne leur posera aucun problème. Avant l’élection de Maître Wade ils n’étaient rien; ayant goûté aux délices du pouvoir et de la richesse, ils n’accepteront jamais de retourner au néant que leur promet leur talent.
Nous avons rempli notre calice de lie et nous allons le boire en entier, je le crains.
Un Signal de la Police Sénégalaise?
C’est drôle comme la théorie des jeux a tendance à pointer le bout de son nez dès que les choses deviennent un peu complexes.
Une théorie intéressante dans ce champs est la théorie du signal qui dit que très souvent, il y a une asymétrie dans la détention de l’information et il faut que les intervenants du marché trouvent le moyen de communiquer ce qu’ils savent à ceux avec qui ils doivent potentiellement interagir. Diego Gambetta a par exemple appliqué la théorie du signal à son étude de la mafia dans le sud de l’Italie. Tout le jeu, nous montre Gambetta consiste à envoyer un signal plus ou moins couteux de sorte que les intervenants des milieux interlopes puissent savoir avec certitude qu’ils peuvent avoir confiance en vous. Ainsi, le Yakusa qui se tatoue le corps entier ou qui se coupe le bout de l’auriculaire envoie-t-il un signal difficile à copier par un outsider et qui dit à ses collègues mais également aux innocents qu’il a payé le prix qu’il faut et que ni la douleur, ni l’affichage de son appartenance à un clan ne lui font peur.
Envoyer un signal n’est bien évidemment pas l’apanage des mafieux. C’est ce que font de manière routinière les hommes politiques, les chef d’entreprise et même les gens qui s’habillent pour sortir (pas de burka en boite de nuit, pas de minijupe microjupe à l’église!).
Il me semble que c’est à l’aide de la théorie du signal qu’il convient de lire cette interview de M. Harouna Sy, Commissaire Central de Dakar. En général, au Sénégal, les flics ne parlent pas. Sauf pour dire que le Président de la République est un génie, qu’ils ont réceptionné de nouvelles voitures ou qu’ils ont incinéré tant de tonnes de drogue. Tout le monde sait que le GMI est un corps n’ayant d’autre objectif dans la vie que de casser du manifestant. On les distingue du flic “normal” qui fait son boulot d’aide à la population et on ne lui en veut même pas. C’est un mal nécessaire dans un État bien organisé. Quiconque manifeste le fait à ses risques et périls. Les GMI le tabasseront et et enverront des gaz lacrymogène s’ils en reçoivent l’ordre. De manière symétrique, tout manifestant qui en a l’occasion peut et doit jeter des pierres sur le GMI qu’il a en face de lui. C’est ça le statu quo depuis toujours. Et il est arrivé que des manifestants meurent sous les coups des forces de l’ordre (au moins trois étudiants lors de diverses grèves dont un quand j’étais à l’UCAD) ou que des flics meurent sous les coups des manifestants (vers la fin du règne de Diouf si je ne m’abuse).
En théorie des jeux, les statu quo sont intéressants en ce sens qu’ils permettent une transparence de l’information. Mais qu’arrive-t-il quand l’une des parties a envie de changer le statu quo? Pour cela, il lui faut envoyer un signal pour informer les autres intervenants du marché que l’équilibre a changé et qu’un nouvel équilibre est souhaitable. Pour que ce signal ne paraisse pas trompeur, il faut qu’il soit couteux pour son émetteur. S’il se met en danger pour l’envoyer, cela veut dire qu’il tient vraiment à ce que le nouvel équilibre soit accepté par les autres. Il me semble que c’est exactement ce que fait le Commissaire Harouna Sy dans l’extrait d’interview que je vous mettrai à la suite. Il est en train d’envoyer aux manifestants le signal que la police aimerait désormais ne plus se cantonner à la féroce répression qui était jusque là son domaine de prédilection mais voudrait se contenter d’encadrer paisiblement les manifestations. L’on pourrait penser que ce signal n’en est pas un mais je suis sûr que si et qu’il est même couteux. Si le Président de la République n’avait était aussi affaibli, une telle interview aurait valu à son auteur une rétrogradation et une nomination dans la ville la plus pourrie du Sénégal. Et il n’est pas évident du tout que dans un soubresaut de fierté, les crétins qui nous dirigent n’essayeront pas de nuire au Commissaire Sy. Quoi qu’il en soit, s’il a osé donner cette interview, je pense que c’est parce qu’il transmet une “offre de paix” avec laquelle une majorité des officiers supérieurs de la Police Sénégalaise sont d’accord. Il sera intéressant de voir si d’autres institutions sénégalaises vont envoyer des signaux à la population. Il me semble que l’armée avait ouvert le bal par la voix du Général (à la retraite) Mansour Seck.
Maintenant la partie de l’interview que je lis en termes de théorie du signal:
Le Sénégal a été secoué par des émeutes les 23 et 27 juin 2011. Comment la police les a gérées ?
Je voudrais avant tout lancer un appel aux organisateurs des manifestations, pour qu’à l’avenir, lorsqu’ils déroulent une manifestation de surcroît autorisée, qu’ils sachent d’abord que la police est là pour assurer leur protection, assurer la bonne tenue de leur manifestation. Je n’ai pas compris le comportement des manifestants le 23 juin devant l’Assemblée nationale. Ils ont fait preuve d’une violence inouïe contre les forces de l’ordre qui n’étaient là que pour que tout se passe bien. Les forces de l’ordre sont des gens armés, mais également des citoyens comme tout le monde, qui ont des droits et des devoirs. Je connais de grosse démocratie où les gens allaient utiliser leurs armes dans pareils cas. Toutes les conditions étaient réunies pour le faire, les armes à feu, nous les avions, mais nous ne les avons pas utilisées.
On a vu que les policiers étaient dépassés…
Nous avons bien préparé nos hommes dans l’optique d’une gestion intelligente de la manifestation. Ils ont été rassemblés la veille à partir de 4 heures du matin pour une séance de briefing très profond. Ils ont suivi à la lettre les consignes. Au finish, ils ont été héroïques, pour contenir l’ire des manifestants. Il y avait des milliers de personnes contre une centaine de policiers. Nous nous sommes sacrifiés, voilà le mot, et nous avons sauvé beaucoup de choses, au point qu’à un moment donné, nous étions au point de rupture, mais nous avons tenu bon. C’est le lieu pour moi de féliciter et rendre un vibrant hommage aussi bien à mes chefs qu’aux commandants qui étaient avec moi, avec une mention spéciale à l’endroit des éléments, les gardiens de la paix qui ont fait preuve d’une bravoure extraordinaire. Je sais qu’ils en ont payé de leur personne, parce qu’on n’a eu plusieurs blessés, 23 au total, malgré nos protections, dont le commandant du Gmi et moi-même.
Leave us alone
Lundi soir, les émeutes qui se sont déclenchées spontanément un peu partout dans le pays pour protester contre les coupures à répétition ont bien failli avoir raison du fils. Réfugié dans sa maison du Point E, ce dernier aurait appelé “en catastrophe” son ami Robert Bourgi pour qu’il intercède auprès de l’Élysée. Réponse de ce dernier quant à une éventuelle intervention de l’armée française stationnée à Dakar: “Jamais, tant que des ressortissants français ne sont pas menacés!”. Un lâchage en règle puisque, selon une source bien informée, l’intéressé aurait déjà jeté son dévolu sur deux anciens du sérail wadien, Idrissa Seck et Macky Sall.
Ce serait bien que Sarkozy ne s’amuse pas à décider de qui succédera à notre Président.


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