Hady Ba's weblog

Macky Sall vs Abubacarr Saidykhan Ceesay

Posted in Sénégal by hadyba on août 15, 2013

Je ne trouve pas vraiment que la société sénégalaise soit à ce point tolérante ni particulièrement accueillante pour l’étranger ou même la simple différence. Il y a certes une coexistence pacifique entre chrétiens et musulmans mais il serait pas exemple inconcevable qu’un Sénégalais actuel se déclare athée et à part chez les sérères, aucune famille sénégalaise n’accepterait qu’un des siens change de religion sans au moins le renier. Notre soi disant accueil bienveillant des étrangers n’est souvent qu’un leurre destiné à les dépouiller méthodiquement, avec un sourire hypocrite et sans aucun scrupule de leur argent. Je ne parle même pas de notre système légal dont le droit de la nationalité ôterait toute velléité de faire la leçon aux français que nous qualifions régulièrement de racistes.

Par un miracle sans doute du à l’activisme de Senghor et à la qualité de nos premiers dirigeants, nous avons réussi à maintenir une fiction prégnante selon laquelle le Sénégal serait le pays par excellence de l’hospitalité. Nous avons même réussi à imposer à tous les journalistes paresseux du monde le label pays de la Téranga. Nous sommes le pays de la Téranga. Nos équipes nationales sont passées de Lions à Lions de la Téranga. Et quiconque veut passer pour un spécialiste du Sénégal n’a qu’à prononcer le mot Téranga ; il nous flatte et passe pour expert. Ce mot teraanga vient du wolof et se traduirait par un mixte entre être hospitalier et faire des honneurs. Supposément, nous n’accueillerions pas seulement les étrangers, nous les comblerions d’honneurs. Bien sûr cela arrive mais l’étranger en question a intérêt à ne pas être trop pauvre et à ne pas trop s’attarder dans nos pattes.

Quoiqu’il en soit, que la téranga soit une réalité ou pas, la vérité était que notre état de droit garantissait jusqu’à très récemment les droits des étrangers en les traitant exactement avec la même indifférence qu’il traite nos concitoyens. Beaucoup de jeunes étrangers vivant ici ne découvraient pas exemple la différenciation des droits entre leurs camarades sénégalais et eux qu’au moment du bac en se rendant compte qu’ils devaient vraiment payer des droits exorbitants pour passer le premier examen universitaire du pays. Le Sénégal étant une démocratie, les hôtes étrangers vivant parmi nous bénéficiaient naturellement des droits dont jouissent les citoyens sénégalais. L’un de ces droits est la liberté d’expression. En tant que citoyens sénégalais nous nous faisons une joie d’agonir nos dirigeants. Nous les élisons pour avoir quelqu’un à blâmer pour ce qui ne marche pas ; ce qui marche étant bien entendu dû à notre génie propre, à nos marabouts ou à toute autre cause que nous choisissons. Bien sûr, les étrangers vivant au Sénégal ont tous les droits de participer à ce sport national. Nous ne faisons pas vraiment de différence entre indigènes et étrangers quand il s’agit de dire du mal de nos politiciens.

Les étrangers ayant le droit d’agonir nos dirigeants, ils ont a fortiori le droit de critiquer les leurs quand ils vivent chez nous. Le Sénégal a une longue tradition d’accueil d’activistes politiques en délicatesse avec leurs gouvernements, que ces gouvernements soient démocratiques ou dictatoriaux. C’est tout naturellement que les étrangers vivant ici se servent de leur liberté d’expression pour critiquer un régime n’acceptant aucune critique interne. Il n’a jamais été question pour aucun gouvernement sénégalais, de Senghor à Wade, de restreindre la liberté d’expression des étrangers. Il eut été en effet paradoxal qu’un chef d’État se faisant traiter de tous les noms par sa propre presse se fasse dicter des lois liberticides par ses collègues étrangers.

Macky Sall semble avoir moins peur du paradoxe que ses prédécesseurs. En effet, depuis son arrivée au pouvoir, le Sénégal semble vouloir renoncer à son label de pays de la Téranga pour complaire aux diktats de despotes que nous n’avons pas élus. C’est maintenant au moins la troisième fois que le gouvernement de Macky Sall s’emploie à éloigner du territoire national un hôte étranger n’ayant d’autre tort que d’avoir usé de sa liberté d’expression. Le Sénégal accueillait depuis des lustres Koukoy Samba Sagna opposant gambien. Dans sa folle jeunesse ce dernier avait fomenté un coup d’État contre Daouda Diawara premier président de son pays. Un corps expéditionnaire sénégalais avait empêché le coup d’État ; le Sénégal avait néanmoins accepté Koukoy Samba Sagna comme réfugié politique. Ce dernier avait même fini par acquérir la nationalité sénégalaise. Nonobstant ce fait le gouvernement de Macky Sall a pris sur lui d’expulser du Sénégal un Koukoy malade causant par là même sa mort au Mali. En mars dernier notre gouvernement nous a fait honte en essayant de complaire au dictateur Tchadien en expulsant Makaila NGuebla vers la Guinée. Cela avait donné l’occasion à la France de nous donner une magistrale leçon de Téranga en l’accueillant comme réfugié politique. L’on aurait cru que notre gouvernement comprendrait que, vues les valeurs et la réputation du Sénégal, essayer de complaire aux dictateurs étrangers en éloignant leurs opposants de notre territoire national n’était pas une bonne idée. Apparemment c’est gens là n’apprennent jamais. PressAfrik nous apprend en effet qu’ils essaient encore une fois d’expulser un réfugié politique Gambien, le journaliste Abubacarr Saidykhan Ceesay.

Présenté comme un journaliste d’investigation, il avait dénoncé l’exécution en Gambie des sénégalais Tabara Samb et Djibril Bâ et a voulu à l’époque organiser une manifestation de protestation. Ceesay était arrêté et emprisonné après sa libération avec l’intervention de l’Ambassadeur des Etats-Unis à Banjul, il s’était refugié à Dakar.
Abubacarr Saidykhan Ceesay
Abubacarr Saidykhan Ceesay

Aujourd’hui, des informations font état de sa possible expulsion vers Banjul car il demeure critique vers les autorités gambiennes.

Au bout de trois expulsions, on peut considérer qu’il ne s’agit pas là d’accidents mais d’une inflexion majeure de la politique diplomatique Sénégalaise. Le Président Macky Sall a clairement décidé que ses relations avec des dictateurs étrangers étaient plus importantes que la tradition sénégalaise qui veut que nous fussions un pays respectueux des droits des étrangers. Cette inflexion a été adoptée sans aucun débat démocratique. Au moment de renouveler le mandat du Président de la République, nous saurons nous en souvenir. En attendant, j’espère que la presse et notre opinion publique se mobiliseront suffisamment pour que M. Ceesay reste au Sénégal.

État du Sénégal vs Makaila Nguebla

Posted in Afrique, Sénégal by hadyba on mai 27, 2013

Ce qui est pathétique dans cette justification par notre gouvernement du fait d’expulser du territoire Sénégalais un réfugié politique tchadien, c’est la contradiction qui se trouve pile à la fin du communiqué.

 Après avoir déshonoré notre pays en convoquant et en virant manu militari un citoyen tchadien présent au Sénégal depuis 2005 et auquel nous avons systématiquement refusé non seulement le statut de réfugié politique mais même le moindre titre de séjour l’autorisant à légalement résider dans ce pays, notre gouvernement est à la peine face au tollé suscité au Sénégal et à l’étranger par sa forfaiture. Il est en effet difficile d’expliquer qu’un blogueur dénonçant une dictature est plus dangereux que les milliers d’étrangers dépourvus de titre de séjour qui vivent dans ce pays sans être inquiété par qui que ce soit. Surtout quand on sait que certains de ces étrangers ont gouté aux joies des prisons sénégalaises sans qu’à leur sortie nous ayons jugé que leur délinquance était un motif d’expulsion.

Même si tout ceci me fait infiniment honte, je suis heureux que la mobilisation ait lieu et ne serai satisfait que si notre gouvernement se décide à adopter la seule attitude honorable : s’excuser pour avoir inconsidérément bouleversé la vie de Makaila Nguebla et lui attribuer un document lui permettant de vivre paisiblement dans ce pays et de voyager. Nous autres, citoyens sénégalais, sommes fiers de vivre dans un pays où nous avons le droit d’user de notre liberté d’expression pour critiquer nos gouvernants. Nous n’élisons pas ces derniers pour qu’ils servent de supplétif à des dictateurs étrangers.

Revenons au communiqué en question : les amateurs qui gèrent notre communication gouvernementale essaient de nous faire gober que l’expulsion de M. Nguebla entre dans le cadre d’une opération de police routinière. Cet homme, nous disent-ils, vit au Sénégal de manière illégale, il l’a reconnu, nous l’avons expulsé du pays. Fin de l’histoire. Soit. Un crétin fini, ignorant de la présence d’étrangers sans titre de séjour au Sénégal, aurait pu gober cette histoire. Sauf que nos communicants ne peuvent s’empêcher de se vanter de leur magnanimité ruinant par là leur argumentaire. Ils affirment en effet que :

 ‘’M. Nguebla a alors reconnu être dans une situation irrégulière avant de solliciter la bienveillance des autorités sénégalaises, afin qu’il lui soit accordé la possibilité de choisir un pays d’accueil où sa sécurité serait garantie’’, a dit M. Guèye, dans le communiqué.

Cette dernière demande, poursuit la même source, lui a été accordée par lesdites autorités ‘’qui l’ont, du reste, assisté jusqu’à son départ du territoire national, le 08 mai 2013’’.

Seulement, si Monsieur Nguebla n’est pas un réfugié politique si sa vie n’est pas en danger, quelle pertinence y a-t-il à le laisser choisir un pays où sa vie ne serait pas menacée ? Si nous reconnaissons qu’il y a des pays dans lesquels sa vie serait menacée n’est-ce pas là une raison suffisante de respecter nos obligations internationales, de lui reconnaitre le statut de réfugié politique et de veiller a son intégrité physique.

PS: Je dois avouer que ce qui me consterne le plus dans cette histoire, c’est le total amateurisme dont font preuve nos autorités incapables de voir où est leur propre intérêt ainsi que celui de notre pays et encore plus incapables de donner une justification cohérente de leurs choix. Plus que leur forfaiture, c’est leur stupidité qui m’inquiète.

Pas mieux

Posted in Sénégal by hadyba on décembre 31, 2011

Sur Facebookun groupe s’est formé pour exiger le retrait du site dakarois de la Toile: Tous contre Facedakar compte 1406 adhérents le 30 décembre 2011.

En réaction aux vives critiques dont il fait l’objet, le propriétaire de Facedakar n’a pas manqué de publier sa défense sur le mur de son profil.

«Nous sommes en démocratie, la liberté recommande à chacun de choisir sa manière de s’informer. Je pense que ce qui doit choquer dans ce pays, ce ne sont pas les belles images des filles, mais plutôt l’argent qu’on a détourné à des fins personnelles. Le problème du pays vraiment ce sont les milliards volés et non Facedakar et les belles femmes qui y sont montrées. Les filles dénudées, cela fait partie de la vie. Qui n’en veut pas?»

Ancien directeur de publication du journal 24H Chrono, El Malick Seck a écopé de neuf mois d’emprisonnement ferme en 2008 à la suite d’un article où il incriminait Abdoulaye Wade, président de la République et son fils, Karim Wade, de blanchiment d’argent provenant du casse de la Banque centrale en Côte d’Ivoire. A sa sortie de prison en 2009, il a tourné le dos aux affaires politiques pour se consacrer à l’information people.

via

Charlie, Norbert et moi

Posted in France by hadyba on novembre 5, 2011

Puisque demain c’est l’Aïd et que je vais passer ma journée à écrire au lieu d’égorger mon mouton dans ma baignoire comme tout bon musulman, autant que je prenne un peu de temps pour écrire sur un sujet éminemment « religieux » histoire de me souvenir que je fais encore partie de la communauté musulmane française …

Commençons par une histoire profane. En janvier 2010, j’étais invité à une conf’ à Dakar alors que mon titre de séjour avait expiré. Normalement, quand tu es étranger en France, tu ne voyages pas quand ton titre de séjour a expiré parce que tu sais qu’on ne te laissera pas rentrer. J’appelais quand même l’ambassade de France à Dakar, leur dit que j’arrivais avec un titre de séjour ayant expiré et qu’il me faudrait un visa de retour pour revenir. Ils me répondirent « Oh, mais venez donc ! » Je vins, fis ma conf’, me rendis au Consulat et me vis plus ou moins refuser le visa.  Après moultes péripéties que je vous épargne, mon labo intervint, je reçus mon visa et revint en France.

Mes amis choqués par l’attitude du consulat me demandèrent de bloguer mes aventures.  Je ne pus me résoudre à le faire. Certes, les gens du Consulat s’étaient incontestablement mal comportés avec moi. Ceci dit, j’avais l’impression que je les avais manipulés et que ç’aurait été de la mauvaise foi que de prendre leur attitude envers moi comme illustration des horreurs qu’ils font subir aux demandeurs de visa. En venant à Dakar, je savais qu’au vu du climat et de la politique d’immigration actuels, ils refuseraient de me délivrer rapidement un visa même si j’avais tous mes papiers en règles. Il était inenvisageable pour eux qu’un africain prît le risque de se déplacer alors que son titre de séjour avait expiré. Moi même, je ne l’avais fait que parce que j’avais la certitude absolue que le CNRS me soutiendrait sur ce coup là. Je bossais sur un projet important et à ce moment là, me remplacer l’aurait retardé. J’aurais travaillé dans le privé ou sur quelque chose de moins important, j’aurais fait comme tout le monde et aurais sagement attendu de recevoir mon nouveau titre de séjour avant de me déplacer. Mon déplacement donc était en partie une provocation. Je l’ai fait parce que je pouvais me le permettre. Pas pour des questions de principes comme je le laissais croire à mes amis. Il aurait été ignoble que j’en fasse un post de blog illustrant mon courage face à l’adversité consulaire française. Cela ne veut pas dire que les gens du consulat se sont bien comportés avec moi, loin de là. Juste que j’avais agi en attendant certaines conséquences et que je devais les subir sans faire semblant qu’elles étaient inattendues.

Maintenant ce post peut devenir religieux :-) . La semaine dernière, le journal Charlie Hebdo, choqué, mais alors là absolument choqué que ces tunisiens que la France avait libérés de la dictature de Ben Ali et les Libyens que BHL avait initié à la philosophie française, aient osé respectivement voter pour un parti religieux et proclamer la charia, décida de donner une bonne leçon à tous les musulmans en invitant Mahomet comme réd-chef. Je n’ai franchement pas compris ce que Mahomet était censé faire dans ce numéro et j’avoue que je m’en fiche. Mon avis, avant même de lire ce numéro était que c’était une manœuvre facile surfant sur l’islamophobie de la société française pour renflouer les caisses du magazine et se donner un brevet de courage journalistique. Tout le monde sait que la plupart des musulmans n’aiment pas que l’on représente des images du prophète. Ce numéro était donc sûr d’offenser la majorité des musulmans. De plus que des français qui pendant des décennies avaient soutenu ou en tout cas s’étaient accommodés des pires dictateurs du monde arabe poussent de cris d’orfraie parce que 40% des tunisiens votent pour un parti certes religieux mais qui avait au moins eu le courage de lutter contre la dictature était pour le moins insultant. Ce que les français Charlie Hebdo en tête, nous disent, c’est : on s’en fout que vous vous fassiez torturer, tant que vous ne pratiquez pas ouvertement votre religion et ne compromettez pas nos vacances à 400 euros, ça nous va. Mais je digresse. Charlie Hebdo était sûr de choquer et d’offenser les musulmans, il voulait nous choquer et surtout, il attendait de pied ferme les menaces de mort pour jouir de son statut de journal courageux dont les dessinateurs sont menacés par ces méchants musulmans. Malgré tout, la veille de la sortie du numéro, une carpette souriante de la Mosquée de Paris est passée à la télé pour dire : « Mais non, vous n’y pensez pas, j’ai vu les dessins, je ne suis pas du tout choqué. L’islam est une religion de paix et nous sommes des musulmans modérés qui pratiquons l’islam de France. » Ou une quelconque connerie approchante. Boubekeur et ses affidés ont compris que pour la presse française, un bon musulman est un musulman qui s’excuse de ne pas boire de vin et de ne pas manger de porc.

Bien sûr, la réaction est arrivée ; dépassant les attentes les plus folles de Charb et de ses collaborateurs. Deux andouilles, certainement musulmanes, ont jeté un cocktail molotov dans les locaux de Charlie Hebdo détruisant tout. C’est inexcusable. La place de ces mecs est en prison et encore, ils ont de la chance que je ne décide pas, ils se retrouveraient dans un des cercles de l’enfer que je réserve aux idiots musulmans qui tombent dans des panneaux aussi énormes ! A condition bien évidemment qu’ils soient musulmans : si on découvre que ce sont des nazillons qui voulaient discréditer les musulmans, je les remercierait du fond de mon cœur de ne pas être musulmans.

Parce que pour l’instant, s’il est probable que ces mecs sont des musulmans, rien n’est certain. Ce qui n’empêche bien évidemment pas toute la France islamophobe de crier à l’attaque intolérable contre la liberté d’expression et à faire de Charlie le symbole de la menace obscurantiste qui plane sur les valeurs occidentales.

J’ai beau être musulman, je sais une ou deux choses sur la liberté d’expression. Et je pense que l’intelligentsia française a, en l’occurrence besoin de mes lumières africaines. La liberté d’expression menacée et le courage journalistique, c’est Norbert Zongo pour moi. Ce mec vivait au Burkina Faso, dictature soutenue par la France. Apprenant que le frère du président avait assassiné son propre chauffeur, il se mit à enquêter. Long story short, la garde présidentielle burkinabée l’assassinat en même temps que trois autres personnes dont le seul tort était de se trouver dans sa voiture et on retrouva leur corps calcinés. En initiant son enquête, Zongo savait que sa vie était en danger. Mais il ne le faisait pas pour emmerder François Compaoré. Tout ce qu’il voulait c’était informer son peuple sur ce qui se passait comme c’était son métier. Ce n’était pas un jeu, il faisait son devoir en prenant des risques. Et surtout, il ne tapait pas sur les plus faibles, non. Il s’intéressait aux turpitudes de l’élite de son pays. Charlie Hebdo qui tape sur les musulmans à partir de la France n’a rien à voir avec Norbert Zongo. Le président français actuel tout comme ses ministres de l’intérieur ont leurs moments d’islamophobie bien documentés. Charlie Hebdo qui met en scène le prophète énerve les musulmans certes mais est sûr de bénéficier du soutien de toute l’intelligentsia française et de se faire protéger par la police française qui, Ô surprise, a également ses moments de xénophobie bien documentés. Alors, I’m not impressed. Se faire brûler un siège (que les assurances rembourseront certainement) ne me paraît pas cher payé pour un tel branding. C’est certes plus que ce à quoi ils s’attendaient mais bon…  Je réserve mon admiration et ma compassion à des gens comme ceux à qui Al Jazeera consacre cette série documentaire ou alors, à la rigueur, aux gens de Médiapart ou du Canard qui n’ont pas peur de déplaire aux puissants de leur pays. Franchement, faire de Charlie le héraut de la liberté d’expression en France me parait insultant pour ce qui reste de la presse hexagonale.

Bruce Crumley chef de bureau de Time Mag a eu à peu près la même réaction que moi et ça lui a valu d’être accusé de dire à la fille violée qu’elle n’avait qu’à pas porter de minijupe. Je trouve que la comparaison est ignoble. Quand je vais à Dakar en sachant que mon titre de séjour a expiré ou quand Charlie Hebdo fait un buzz de trois jours sur son Charria Hebdo à venir, c’est de la provocation faite pour susciter une réaction dont nous savons que nous sommes en mesure de la neutraliser. Quand une fille porte une minijupe, elle s’habille selon son bon vouloir et ne s’attend absolument pas qu’un DSK se sente autorisé à lui sauter dessus. Les situations n’ont rien à voir. Si la comparaison vous vient à l’esprit parce que je dis d’une provocation que c’est une provocation, je me demande si vous ne pensez pas un peu que les prostituées qui se font violer l’ont quand même un peu cherché.

Bon c’était ma défense et illustration de mon obscurantiste religion à l’occasion de l’Aïd, je retourne à des choses plus amusantes. Bonne fêtes à tous ceux qui ont une baignoire où égorger un mouton..

PS : L’hommage d’Alpha Blondy à Zongo

Le phénomène Zemmour

Posted in France by hadyba on février 19, 2011

Je n’aurais jamais pensé que je me retrouverais un jour aux cotés du distingué ancien Président du Groupe d’amitié France-Kazakhstan à l’assemblée nationale, pizzaïolo notoire et actuel ministre, M. Thierry Mariani, de l’homophobe Christian Vanneste, de l’anti logements sociaux Claude Goasguen et du raciste et misogyne Éric Zemmour mais je dois avouer que je suis plutôt choqué (non pas par sa condamnation très nuancée par le tribunal mais) par la stupidité des organisations antiracistes qui ont porté plainte contre lui, lui donnant ainsi une tribune inespérée et lui ouvrant même les portes de New York Times.

Ce qui me gêne avec le phénomène Zemmour, ce n’est pas qu’il soit raciste, misogyne et homophobe. Je pense que cela relève de sa liberté de pensée et d’expression. Et de même que je n’ai aucun problème avec le fait que les gens insultent le Coran ou exigent qu’on augmente les impôts, je pense sans réserve que les racistes devraient avoir le droit de s’exprimer et de militer pour imposer leur vision du monde*. En revanche, ce qui me parait pour le moins inquiétant, c’est qu’un type comme lui, qui effiloche le tissu social en remettant en cause les droits des femmes et des minorités soit traité comme un journaliste respectable et ai tribune ouverte, non seulement dans un journal de droite mais encore sur le service public de la télévision et sur une chaine privée d’information continue. Que ces chaines mettent à l’antenne un type aussi clairement subjectif et qui triture les faits pour les faire cadrer avec sa vision étriquée du monde est scandaleux parce que la déontologie journaliste devrait au minimum consister à respecter les faits. Une fois que les faits sont établis, on peut discuter rationnellement de la meilleure interprétation à en faire. Être éditorialiste n’autorise pas à ignorer les faits. Par ailleurs, même si l’interprétation est libre, certaines interprétations sont justes dénuées de pertinence et dénotent un aveuglement idéologique. Je m’explique. Quand M. Zemmour affirme que les délinquants étant majoritairement noirs et arabes, leur contrôle accru par la police est normal, il ne fait pas seulement que présenter comme une réalité quelque chose à propos de quoi il n’existe aucune étude objective. Il en fait de plus une interprétation erronée. Pour le comprendre, considérons la délinquance financière. Je connais très peu de noirs ou d’arabes en France qui ont commis des délits d’initiés, ont fui le fisc pour s’installer en Suisse ou qui ont délocalisé leurs emplois en Chine. Tous les directeurs de multinationale, tous les pillards qui appauvrissent la sécurité sociale en évitant de payer les impôts qu’ils doivent à la communauté nationale sont des males blancs. Dois-je en conclure que le fisc doit prioritairement s’intéresser aux mâles blancs? Non, le fisc doit affiner le profil des contribuables fraudeurs et le paramètre racial n’est pas pertinent dans ce profil. Le paramètre sexuel encore moins. C’est évident. Ce qui est évident pour les délinquants en col blanc devrait également l’être pour les voleurs de poules**. Si un type qui se montre, de manière consistante, incapable de distinguer les paramètres pertinents de ceux qui ne le sont pas est l’éditorialiste vedette de la télévision française et si ses biais sont toujours dirigés contre une partie de la population, ce qu’il faut en déduire, ce n’est pas qu’il faut faire taire cet éditorialiste grace aux tribunaux. Ce n’est pas l’éditorialiste qui est en cause. Ce sont les chaînes qui lui laissent le champs libre qui doivent être critiquées. Cela ne relève plus de la liberté d’expression mais de la politique éditoriale. En particulier, j’aimerais assez que le service public m’explique pourquoi une partie des citoyens doivent payer la redevance audiovisuelle pour se faire insulter une fois par semaine par un histrion, rémunéré à prix d’or de plus. Cela peut se justifier (par exemple par le besoin de garantir une diversité des opinions) et cela doit l’être vu que ça persiste.

Notez bien que je ne suis pas en train de dire que l’on doit virer Zemmour ou tous ceux qui ne pensent pas comme moi de la télévision, y compris publique. J’ai découvert un instrument bien plus efficace: la télécommande. Quand il passe à la télévision quelque chose dont j’estime que c’est offensant ou vide, je change de chaine. Le téléspectateur a également une responsabilité et il doit l’exercer. Infantiliser le peuple, même au nom de l’antiracisme, n’est certainement pas le signe d’un respect pour la démocratie.

………….

*Notez que j’en ai autant au service des islamistes

**Je suis sûr qu’il y a encore des voleurs de poules quelque part en France

Franchises universitaires

Posted in France by hadyba on janvier 18, 2011

 

L’Université est censé être un lieu d’absolue liberté d’expression. On y accueille des jeunes de tous horizons puis on les expose à des visions du monde totalement en contradiction avec celles que leurs parents leur ont inculquées. Ils ont des professeurs qui ne sont pas d’accord entre eux et ils ont la liberté de jouer avec tout le spectre intellectuel disponible. On y reçoit également une éducation plus neutre qui non seulement fait acquérir des outils qui seront utiles dans la vie courante mais donnent également la maitrise d’outils de raisonnement sans lesquels on ne peut pas vraiment être un citoyen éclairé. Ce qui fait la qualité d’une université, à compétence technique égale des professeurs, c’est la pluralité et la virulence des visions du monde qui s’expriment dans ce lieu plus ou moins retiré du monde. Dans un tel environnement, on est incité à prendre position, à construire sa vision du monde et à la défendre sans recourir à la violence. C’est pour ça que j’adore les universités et que je ne me vois pas passer ma vie ailleurs que dans une université.

 

Une personne qui symbolise à jamais pour moi cet esprit est le très pieux Nathan Marsh Pusey, président de Harvard lors de la sombre ère du McCarthysme. Quand le Sénateur Joseph McCarthy lui ordonna de démettre quatre profs de Harvard soupçonnés de sympathies communistes, il répondit vertueusement:

 

Americanism does not mean enforced and circumscribed belief….Our job is to educate free, independent, and vigorous minds capable of analyzing events, of exercising judgment, of distinguishing facts from propaganda, and truth from half-truths and lies…..

 

et maintins ses enseignants.

 

J’ai été triste ce matin de recevoir un mail de la direction de l’institution à laquelle j’appartiens, mail dans lequel il m’était expliqué que si une conférence de Stéphane Hessel avait été annulée 8 jours à l’avance, ce n’était certainement pas parce que cette direction avait cédé aux intimidations du CRIF. En ne se débrouillant pas pour que cette conférence se tienne; justement parce qu’elle est controversée et que l’École qui forme l’Élite intellectuelle doit être le lieu de controverses par excellence, il me semble que la direction a failli à sa mission première.

PS: des anciens de l’École se posent des questions.

 

From an ethical point of view

Posted in France, Politique by hadyba on juillet 10, 2010

A vrai dire j’avais de très bonnes raisons de ne pas m’abonner à Médiapart. J’y ai soigneusement réfléchi à la création du site et avais décidé que le modèle économique n’était pas viable. Qu’on le veuille ou non, nous sommes entrés dans une ère de gratuité de l’information. Je parviendrai toujours à lire tout ce qui est publié par un site internet ou un journal et qui m’intéresse sans avoir à débourser un seul centime. L’affaire Woerth en est un exemple. Je sais ce qui se trouve dans les carnets de la comptable, ai suivi le déroulement de l’affaire et me suis forgé mon opinion sans avoir une seule fois visité Médiapart. Je pense donc que le site, sauf à devenir gratuit et à trouver des sources de revenus comme la pub ou le mécénat, a très peu de chance de survivre sur le long terme. Décision rationnelle donc que de ne pas m’abonner. Moyennant quoi je me suis abonné hier et ai payé l’année entière d’un seul coup.

Merci qui? Merci Sarkozy bien sûr. Ce régime français n’est pas seulement le plus pervers de l’histoire de la cinquième république avec son empressement à transférer les richesses du pays à une poignée de privilégiés. Il est surtout extrêmement violent, violence qu’il peut exercer impunément grâce à la complicité de la presse soi-disant responsable. Il n’y a pas si longtemps que ça, on a vu le Président de la République faire chanter le directeur du Monde pour lui indiquer quel repreneur choisir. Sous couvert de réforme on appauvrit les classes moyennes et on ponctionne les personnes qui sont déjà pauvres alors que l’on protège obstinément les plus fortunés en refusant que quiconque touche au bouclier fiscal. Sur le plan politique, il suffit juste de décortiquer le cas Ségo pour se rendre compte de la violence de ce régime. Ils ont tellement passé leur temps à la décrédibiliser, à se moquer de la moindre de ses paroles et à affirmer qu’elle était folle à lier que maintenant, à chacune de ses interventions, la presse, l’opinion et les politiciens, de gauche comme de droite, lèvent de concert les yeux au ciel avec une commisération infinie. Je ne suis pas en train de dire que Mme Royal n’est pas idiote, je pense juste qu’elle ne l’est en aucun cas plus que la bande de machos qui pontifie solennellement à l’assemblée nationale, au Sénat, au FMI et au gouvernement. Eux en revanche ne sont pas des opposants sérieux au grand chef.

C’est la violence de ce régime qui m’a décidé à m’abonner à Médiapart. Que le collecteur de fonds de l’UMP ait franchi des lignes jaunes n’étonne que les naïfs et les idiots de naissance. Que la presse française, habituellement docile le révèle est étonnant au plus haut point. Que Woerth refuse de démissionner est compréhensible vue l’impudence de ces gens là. Mais qu’un procureur notoirement connu pour être un ami de Nicolas Sarkozy dirige les investigations; que les flics interrogent pas moins de trois fois en deux jours un témoin, qu’ils fassent fuiter que cette dernière se serait rétractée et que l’on profite de cette fuite pour organiser un lynchage en règle de Médiapart comparé aux pires brulots populistes et antisémites des années 30 me paraît dépasser tout ce que l’on peut tolérer, y compris de ces gens là. Il me semble que là, donner de l’argent à Médiapart n’est plus une question économique; c’est une question éthique. Il faut que nous votions avec notre argent et montrions que nous voulons une presse libre et indépendante et sommes prêts à payer pour qu’elle survive.

Pour un droit au racisme

Posted in France by hadyba on janvier 17, 2007

J’ai vaguement suivi ce penseur pénétrant qu’est Pascal Sevran dans sa tournée des média pour expliquer que non seulement il était victime d’une cabale mais qu’en plus, il était notoirement non raciste et que de ce fait, il ne pouvait pas être coupable de ce dont on l’accusait. Quoiqu’il ait pu dire, étant donné qu’il n’était ni raciste, ni antisémite, ce ne pouvait relever que de son franc parler et ne méritait certainement pas tout ce tapage médiatique qui lui faisait après tout le plus grand tort.

Personnellement, je suis toujours très solidaire des belles victimes qui se font broyer par la machine médiatico-politique et j’étais donc sur le point de défendre l’honneur de ce cher protecteur de la culture musicale française lorsque je me suis rendu compte que dans sa plaidoirie, il jetait le bébé avec l’eau du bain. Son idée de base est en effet que puisqu’il n’est pas raciste, il ne peut avoir rien fait de grave. A contrario, cela voudrait dire qu’un raciste est toujours nécessairement coupable sans doute parce que le racisme est une pensée mauvaise. J’avoue que j’ai beaucoup de mal à accepter le racisme antiraciste qu’un tel principe cache. Prenez un pauvre raciste bien tranquille, nous l’appellerons Lepen, qui pense simplement que les blancs (ou les noirs ou les arabes ou les juifs ou les droitiers ou les myopes vous pouvez choisir) sont des êtres inférieurs mais qui n’hésite aucunement à leur louer son appartement ni à les recruter. Tout juste se permet-il d’exposer à ses chers enfants ses principes philosophiques et sa vision de ce que devrait être une société correctement hiérarchisée. C’est bon? Vous vous l’êtes bien représenté? OK. Maintenant considérez un autre type mais alors là absolument pas raciste. En fait tellement pas raciste, que nous l’appellerons Sevran. Sevran pense donc que les blancs, noirs, arabes, juifs, droitiers et même les myopes sont tous égaux. Seulement il ne recrute ni ne loue son appartement à des blancs (ou des noirs ou des arabes ou des juifs ou des droitiers ou des myopes vous pouvez choisir) parce que si lui, n’est pas raciste, ses voisins et clients le sont sans doute. Dois-je réserver mon mépris et ma contemption [Je sais bien que si ''contempteur'' existe, ''contempter'' et ''contemption'' n'existent pas, mais je trouve que ça devrait!] à ce pauvre Lepen?

Je vous laisse répondre à la question précédente mais plus sérieusement, je crois vraiment que les gens ont le droit d’avoir des opinions racistes et de les exprimer. Il m’arrive de temps à autre de surfer sur des sites internet plus ou moins racistes, antisémites ou anti-musulmans et quoique je ne puisse pas dire que je me réjouisse à leur lecture, je trouve assez normal qu’ils existent et s’expriment. La limite de la chose est bien évidemment la loi. On ne peut tout simplement pas accepter la discrimination ou l’appel à la haine. Par exemple quand je lis que les noirs sont des êtres inférieurs, sales ou tout ce que vous voulez, je n’aime pas ça mais je n’aimerais pas non plus que l’on s’arroge le droit d’interdire l’écriture de ce genre d’horreur. En revanche, si je lis qu’il faut tuer les noirs je pense que c’est à bon droit que je peux exiger que l’on ferme ce site. Une question que pose l’affaire Sevran me semble être la suivante. Une chaîne publique, financée en partie par les impôts de la population peut-elle maintenir à l’antenne une personne qui exprimerait des opinions insultant une partie de ceux qui paient ces impôts? Qu’il soit raciste ou pas ne me paraît absolument pas pertinent. Ce qui est important, c’est s’il a ou non exprimé les phrases qu’on lui attribue. Si oui, la moindre des choses est qu’il s’excuse clairement auprès de ceux qu’il a offensés. Si à l’inverse, il s’est fait calomnier, il devrait peut-être porter plainte pour clarifier les choses. En plus, cela lui permettrait de récolter des fonds qu’il enverrait à ces pauvres enfants africains dont il se soucie tant.

PS: Au fait, rien à voir mais j’écris ça mardi à 01h 45mn et il y a sur ARTE une émission super intéressante (Get Up Stand Up) sur les rapport entre musique et politique. Le cycle dure depuis au moins trois semaine maintenant alors, si vous avez le bonheur d’être insomniaque dans la nuit du lundi à mardi prochains…..

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