Ben Laden est mort
Je suppose que l’on peut se réjouir.
Obama vient de gagner les élections de 2012?
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Deux discours africains
Ainsi donc, nous aussi nous avons reçu notre dû. Le Messie est allé à Accra, capitale de ce qui reste du mythique empire du Ghana, il est descendu de son blanc destrier volant et à nous, habitants noirs du Sombre Continent, il a adressé cette sage parole: « Aide-toi et Le Messie t’aidera! ». Les noirs habitants du Sombre Continent, devant tant de sagesse, ont ri, bruyamment approuvé et se sont retroussé les manches pour répondre à l’appel du Messie. Vexés, les admirateurs du Plus Grand Petit Homme du royaume béni de France ont protesté devant ce traitement différencié: le Plus Grand Petit Homme du royaume béni de France avait prononcé exactement les mêmes paroles devant des sages sénégalais et n’avait récolté que mépris et hués. Lui pourtant, ne s’était pas contenté de pâles propositions marchandes, il avait exploré les subtilités de l’âme de l’homme noir, avait décrit les mystères insondables du Sombre Continent et avait généreusement proposé sa main blanche enduit de Culture française aux jeunes noirs qui voulaient enfin rentrer dans l’Histoire. Et ces ingrats avaient dédaigné tant de générosité! Pourquoi donc tant de haine? Oui pourquoi?
Depuis samedi dernier, le spin dans certains milieux semble être que le discours d’Accra n’est qu’une pâle copie de l’infâme discours de Dakar et que si les africains ont acclamé le premier et honni le second, c’est là du pur et simple racisme. Je pense qu’effectivement, si Obama et Sarkozy avaient prononcé exactement le même discours en Afrique, le discours du premier serait mieux accueilli parce que le premier est intelligent et cultivé, américain, noir et n’a pas une politique d’immigration ignoble alors que le second est français, blanc, a une politique d’immigration ignoble et est en plus perçu par la grande majorité des africains comme totalement inculte et barbare. Malgré tout1 il me semble qu’il y a des différences fondamentales entre le discours de Dakar et celui d’Accra; même si l’un et l’autre ne me satisfont pas.
Laissons de coté les deux choses les plus clairement insultants du discours de Dakar à savoir le fait que jamais nous ne nous élancerions vers notre avenir mais sommes gouvernés par le rythme des saisons et que nous ne serions encore coincé dans l’antichambre de l’histoire quand les autres peuples s’y ébattent résolument. Il serait difficile de trouver dans tout le discours de Dakar, qui se voulait définitoire des nouvelles relations franco-africaines, une seule proposition concrète. La France cessera-t-elle de piller l’uranium du Niger? Silence. Les accords de défense avec certains pays vont-ils évoluer? Silence. La France offrira-t-elle de nouveau des bourses d’études pour que l’élite africaine vienne de nouveau se former en France plutôt que d’aller aux USA? Silence. Peut-être de nouveaux partenariats industriels alors? Euh, pas un mot sur ça non plus. OK mais dans ce cas, peut être la France va-t-elle faire de sorte que les subventions agricoles européennes soient éliminées des produits que concurrencent directement les productions africaines? Peut-être mais ce n’est pas ce discours qui nous l’apprendra.
Au lieu de réponses à ces intéressantes questions, les professeurs et étudiants de troisième cycle qui avaient interrompu leurs travaux pour assister à ce discours ont eu droit à une dissertation de seconde zone sur la soi-disant âme africaine. Bien qu’il ait commencé en affirmant que les peuples africains étaient divers et que ce serait là un mystère, NS continue en généralisant sur ”l’homme noir”, ses sanglots, ses malheurs, il s’étend largement sur la colonisation et l’esclavage alors qu’on ne lui en demandait pas tant. Mais, sur ces deux sujets, il prend bien soin de faire comprendre qu’il ne s’excuserait pas parce que si la colonisation a été destructrice de nos sociétés, elle nous a quand même apporté des principes qui étaient inconnus chez nous comme l’égalité homme/femme, l’idéal de justice et la quête de la liberté. Oh, il ne nous a pas demandé de remercier les colons pour tant de générosité mais bon…
Oui, bien sûr, il y a toute cette dernière partie où il affirme au Jeune Africain que s’il veut faire cesser la corruption, venir étudier en France (pour après rentrer chez lui), lutter contre la pollution, éradiquer la famine de la terre d’Afrique ou soigner toute maladie, la France sera à ses cotés. Mais il prend bien soin de ne rien dire de spécifique sur ces différents points. Lutter contre les maladies en Afrique, cela signifie-t-il que la France essayera de rendre plus difficile l’expatriation des médecins et infirmiers formés en Afrique et aidera nos gouvernements à mieux les payer? Certainement pas: ces personnels, la France en a besoin et il continuera à les piller et à mal les payer en plus2!
Si je résume, le discours de Dakar est clairement vide de tout contenu utile, totalement insultant pour l’assistance et limite raciste. Si je veux vraiment être gentil, je dit juste que s’apprêtant à parler devant des intellectuels, le Plus Petit Grand Homme de France a voulu les impressionner par un grand discours anthropologico-lyrique et qu’il a lamentablement échoué. Il n’y a pas d’argumentation possible face à ce discours parce qu’il ne dit rien d’intelligible, ne propose rien et que si l’on prend sa rhétorique copiée du siècle dernier au sérieux, on ne peut que se sentir insulté.
Venons-en présent à l’Adresse du Messie. Déjà, le fait que non seulement il ait choisi le Ghana mais qu’en plus il ait communiqué sur la symbolique du choix de ce pays qui, non seulement est démocratique, mais en plus a un système économique résolument transparent et aux performances (parfois) inégalables est un bon signe. Même le Sénégal, démocratique bien avant le Ghana et qui n’a jamais connu de coup d’état mais que Maître Wade et sa famille sont en train de méthodiquement piller n’a pas été jugé digne de la visite inaugurale du Messie. Mais c’est le texte du discours qui est le plus intéressant. Ici, point d’étalement obscène sur l’âme africaine ou sur les bienfaits ou les méfaits de la colonisation. La colonisation était une aventure ignoble et dégradante pour les personnes qui l’ont subi, c’est dit clairement et nettement. Ceci dit, la colonisation n’excuse pas la situation actuelle de l’Afrique. Dans l’Afrique post-coloniale se sont mis en place des systèmes de gouvernement qui ont favorisé la corruption et fait reculer le PNB de la plupart des pays. Ici, point d’essentialisme, ce sont des problèmes systémiques qu’il s’agit de régler en soutenant les personnes de bonne volonté et en isolant autant que possible les despotes. Dans le strict respect des souverainetés nationales bien sûr. Il faut une meilleure gouvernance, des politiques qui rendent des comptes à leur peuple et des procédures transparentes si nous voulons que l’Afrique se développe et si Obama est prêt à aider ceux qui s’y mettent, il ne le fera pas pour eux. Le développement de l’Afrique est aux mains des africains.
Tout comme Idriss, j’ai des critiques envers le discours d’Obama. Je pense que c’est d’une hypocrisie crasse de faire comme si le sous développement de l’Afrique était uniquement du à des facteurs endogènes. Je vais vous donner deux exemples plus ou moins graves:
Exemple 1: il y a presque un an maintenant, l’État du Sénégal était en quasi faillite3 et la France a ”prêté” sans aucune conditionnalité 300 millions d’euros à ce pays. Le problème c’est que non seulement l’ambassadeur de France au Sénégal désapprouvait ce prêt mais que toutes la société civile et les partis d’opposition sénégalais ne voulaient pas d’un prêt que nous serions obligé de rembourser et qui ne servirait à rien d’autre qu’à prolonger l’emprise sur notre pays d’un parti certes démocratiquement élu mais corrompu jusqu’à la moelle. Sans compter que personne ne sait exactement quelles contreparties économiques Wade a promis à la France pour obtenir une telle somme. On a là, une aide, soi-disant désintéressée mais qui au final coûtera très cher à notre peuple et pour l’obtention duquel nous n’avons pas eu voix au chapitre.
Exemple 2: Les français se sont émus il y a deux ans de la famine qui sévissait au Niger et un grand intellectuel local, Pascal Sevran, a cru bon de constater franchement que la bite des noirs était une arme de destruction massive. Ce que personne n’a jugé bon de signaler, c’était ce simple fait que le Niger était le troisième producteur mondial d’uranium et que cet uranium était exploité par AREVA qui le payait à l’État du Niger, en vertu d’accords iniques, moins cher que le prix du marché. Étant donné que ces accords franco-nigériens vont contre l’intérêt du peuple nigérien, il est évident que la France ne peut pas permettre que le Niger ait un président réellement soucieux de l’intérêt de son peuple. Par exemple, le président actuel du Niger essaie à tout prix de faire réviser la constitution pour se maintenir au pouvoir et, du moins jusqu’à très récemment, il avait le soutien plus ou moins actif de la France pour ce faire. Gageons que, même si sous la pression du peuple il échouait, la France se débrouillerait soit pour maintenir le statu quo, soit pour faire assassiner le président élu s’il se montrait inflexible dans son désir de réviser ses accords avec AREVA.
Quel rapport ces deux exemples ont-ils avec le discours d’Accra? C’est très simple: reprocher aux nigériens d’avoir un gouvernement corrompu alors que le peuple du Niger manifeste contre une révision constitutionnelle illégale, que le Conseil Constitutionnel nigérien a courageusement fait son devoir en désavouant le Président et que la société civile nigérienne proteste quotidiennement dans la presse et ne pas faire pression sur la France pour qu’elle cesse d’interférer dans la politique intérieure du Niger est tout simplement hypocrite de la part d’Obama.
Malgré tout, dans le discours d’Obama, il y a au moins des propositions concrètes sur la forme que doit prendre l’aide, sur le fait d’empêcher que les médecins et les infirmières ne s’expatrient et sur une éventuelle force d’intervention africaine que l’on peut discuter et qui ne sont pas tout simplement stupides.
Personnellement, j’avoue que je suis très sceptique sur tout ce qui est aide au développement, je suis définitivement persuadé que nous ne nous développerons que quand nos dirigeants n’auront de compte à rendre qu’à notre peuple et qu’ils seront obligés de plaire à ce dernier et d’améliorer concrètement ses conditions de vie pour garder leur poste. Ça prendra du temps et franchement, les puissances étrangères en embuscade pour exploiter nos richesses ne nous aideront pas le faire parce que ce n’est objectivement pas leur intérêt. Et tous les Grands Discours Africains, qu’ils soient le fait du Messie ou du Plus Grand Petit Homme de France ne nous seront d’aucune aide.
PS: Et by the way, quand Obama affirme que l’occident n’a aucune responsabilité sur la situation actuelle au Zimbabwe, il raconte n’importe quoi. On peut4 parfaitement soutenir que c’est l’infâme lettre de 1997 de Claire Short qui a mis a branle la spirale infernale qui a mené à la réforme agraire mal menée de Mugabé et à la radicalisation de ce dernier. Que Mugabé soit par ailleurs un mégalomane psychopathe n’excuse aucunement le reniement de Mme Short et du gouvernement Blair ni n’amoindrit leur responsabilité.
Update du 18/07/09: Le commentaire N° 5 de Nathan Sperber qui avait déja écrit cecisur ce blog est plus intéressant et instructif que l’article!
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1Mais c’est sans doute mon racisme de noir qui m’aveugle
2Juste pour que ce soit clair, je n’ai aucune sympathie pour ces PDHUE qui acceptent des conditions aussi ignobles au lieu de rentrer dans des pays certes pauvres mais où ils pourraient soigner des gens qui en ont vraiment besoin en étant respecté. Il y a un minimum de reconnaissance à avoir pour le pays qui a investi dans votre éducation!
3 Ce qui n’est pas étonnant vu la corruption et le train de vie de nos dirigeants depuis presque 10 ans.
4Ce qui ne veut pas dire que je le fais: je n’ai franchement pas assez de connaissances sur le sujet pour avoir un avis tranché.
J’adore
Via.
J’ai trouvé le discours très bon mais ce n’est pas surprenant. C’est pas pour chipoter mais il me semble que “Qui tue un homme, tue l’humanité toute entière” n’est pas dans le Coran mais est un Hadith non?
Update de 8h50: Mea culpa, ça se dit musulman et ça lit tellement pas son Coran que ça rate S5V32 où il y a: “C’est pourquoi nous avons prescrit pour les enfants d’Israel que quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. Et quiconque lui fait don de la vie, c’est comme s’il faisait don de la vie à tous les hommes [...]“
La défaite qu’il cherche
D’abord ce post de Krugman sur la torture et l’attitude de l’establishment US à partir de 2002.
Je suis en train d’observer les manœuvres de l’Administration Obama qui d’une part déclassifie les documents concernant les agissements anticonstitutionnels de l’Administration Bush et d’autre part affirme hypocritement qu’elle ne poursuivra personne.
Contrairement à la plupart des gauchistes1, je considère que sur ce coup, Obama est très habile et diablement manipulateur. Je suis sûr que tout ce qu’il attend, c’est qu’une organisation ou un ancien prisonnier se dise: « Hey mais attendez, Obama n’est pas le système judiciaire! » Alors, cette organisation ou individu portera plainte et la justice sera obligée de faire son travail sans que ce soit l’Administration actuelle qui l’aura mise en branle. Il y aura même des analystes un peu crétins qui diront que le fait que des gens comme Rumsfeld se retrouvent traduits en justice est une défaite personnelle pour Obama qui avait essayé de les protéger. A cela, Obama rétorquerait hypocritement: « Comprenez-moi bien, ce qui m’intéresse, ce n’est pas la vengeance mais les valeurs US et si le justice me dit que je ne peux pas aimer et protéger mes ennemis, so be it! »2
Il me semble qu’Obama avait utilisé une stratégie semblable lors de l’adoption du budget anticrise. Après avoir ostensiblement fait semblant de chercher une solution bipartisane impossible, il était venu à la télé pour dire aux Républicains que s’il était prêt à beaucoup sacrifier à la réconciliation nationale, il préférait encore échouer dans ce désir de paix que de sacrifier le peuple américain! C’était censé être une défaite mais tellement cool qu’elle a servi à encore plus discréditer les Républicains.
De même dans le dossier de la torture les contorsions des républicains qui essaient de défendre leur trahison passée de tout ce qui est censé fonder l’Amérique finiront par encore plus choquer le peuple américain que le fait qu’ils aient autorisé la torture. Au final, je ne vois pas comment les USA pourraient ne pas juger des personnes aussi perverses que Rummy, Cheney et John Yoo qui ont en toute conscience autorisé la torture. Le peuple aura besoin de boucs émissaires pour se laver de ses péchés et en divulguant les photos de torture et les mémos de ces juristes dévoyés, l’Administration Obama s’assure du troupeau dont viendront ces boucs.
1Je suppose qu’on peut considérer que je fais partie des gauchistes même si je ne suis pas très orthodoxe!
2Normalement, il n’ajoutera pas: « contrairement aux apparences je ne suis pas vraiment Jésus! »
Obama chez Jay Leno
Lu la retranscription de l’interview de BHO chez Jay Leno. C’est presque totalement dénué d’intérêt. BHO était de toute évidence là pour faire du charme à l’Amérique et maintenir sa côte de popularité à un niveau assez élevé pour lui permettre d’intimider le Congrès et de mener à bien les réformes qu’il veut faire passer. C’est de bonne politique, limite populiste mais trop superficiel quant au fond pour être réellement intéressant. Malgré tout, au détour de la conversation, BHO a sorti ceci:
“In the meantime, we’re taking a lot of steps to, for example, opening up – open up separate credit lines outside of banks for small businesses so that they can get credit – because there are lot of small businesses out here who are just barely hanging on. There credit lines are starting to be cut. We’re trying to set up a securitized market for student loans and auto loans outside of the banking system. So there are other ways of getting credit flowing again.”
Si ce paragraphe a attiré mon attention, c’est parce que depuis le début de cette crise, je me demandais pourquoi personne ne disait cette chose qui me paraissait absolument évidente et a priori simple à mettre en œuvre qu’étant donné que l’urgence était d’éviter que la crise ne se propage à l’économie réelle, il fallait que les États ouvrent leurs propres lignes de crédit à destination du grand public et des petits entrepreneurs. Je ne comprends juste pas pourquoi cette solution pragmatique n’a pas été adoptée dès qu’il a été évident que les banques étaient dans une incertitude trop grande sur leur propre santé financière (et celle de l’économie en général) pour prendre le risque de prêter de l’argent à qui que ce soit. En plus un avantage de l’ouverture de tels substituts aux banques aurait été que les États n’auraient pas eu besoin de renflouer les banques mais auraient laissé faire ce processus darwinien si cher aux libéraux, processus au terme duquel seules les banques les plus solides seraient restées debout. Mais peut-être est-ce justement ça le problème: les libéraux aiment bien que s’applique la sélection naturelle quand les conditions sont optimales pour leur survie, pas quand elles leur sont défavorables!
La Politique du plus Cool
Dans un des sketchs du Daily show du 20 janvier consacré à l’investiture du Messie, on voit Wyatt Cenac, qui est afro-américain, pérorer sur le thème qu’enfin Time has come et que depuis des générations, sa famille n’attendait que ça, qu’un président qui lui ressemble était enfin élu et tutti quanti. Bien évidemment, Jon Stewart fait la même assomption que tout le monde et lui dit quelque chose comme: « Oui Wyatt, je suppose que c’est là un sentiment que partagent beaucoup de familles noires d’Amérique. » Wyatt le regarde interloqué puis réplique:: « Quoi? Mais qu’est-ce que ça a voir? Nous venons d’élire notre premier président cool! » Et Wyatt d’embrayer pendant au moins une minute expliquant combien Obama est cool, combien sa fête d’investiture est hype et surtout que c’est là un événement extraordinaire puisque dans toute l’histoire américaine, nous avons eu une succession de nerds qui ont trusté la présidence empêchant les familles réellement cool d’avoir une personne qui leur ressemble comme référent.
Personnellement, j’ai tendance à penser que, sauf à considérer que nerd est le nouveau cool, Obama N’EST PAS cool. C’est comme Jospin, un nerd qui joue au basket[1]. Le fait est cependant que dans la culture US, noir est presque synonyme de cool et que cette coolitude réelle ou supposée d’Obama est sans doute l’une des multiples raisons de son succès. Si vous faites une échelle de la coolitude, il est probable que vous trouverez au sommet un rappeur, un jazzman ou un intellectuel [Cornell West ou Anthony Appiah?] noir, une working woman viendra juste après à moins que ce ne soit un gay. A l’autre extrême du spectre, vous aurez le mâle blanc d’un certain age.
Dans le sketch de Wyatt Cennac, une chose est incontestable: si jusqu’à présent les noirs avaient le leadership dans le domaine de la coolitude, c’est parce que la division était très étanche: les nerds qui dirigent le monde n’avaient aucune envie d’être cool et considéraient qu’il y avait dans la coolitude quelque chose de trop superficiel pour être compatible avec l’exercice de responsabilités sérieuses. Tu peux bien te payer le luxe d’être cool si tu es noir, homo, ou une femme; personne ne te demandera jamais de toute manière d’exercer la moindre responsabilité alors, vis avec style! Les personnes sérieuses, elles, se doivent de vivre avec gravité et d’avoir conscience des responsabilités qui sont les leurs. On ne se préoccupe pas de son style quand on peut actionner le bouton nucléaire. Apparemment, la division n’est plus si étanche que ça. Un des corollaires de notre démocratie émotionnelle actuelle est que nos politiciens cherchent non plus seulement à convaincre les électeurs de leur talent mais à leur faire accepter qu’ils sont comme eux et à établir une relation empathique avec eux. Les politiciens ne disent plus: « Élisez-moi parce que je suis le plus compétent »; ils disent plutôt un truc du genre: « Votez pour moi; je suis comme vous sauf que ma femme est plus belle que la vôtre et mes amis plus cools que les vôtres. Ce serait tellement uncool de voter pour le/la plouc d’en face!» Dans un tel cadre, le pire qui pourrait arriver à un mâle blanc d’un certain age, c’est de se retrouver face à une femme, jeune et plus cool que soi. Surtout quand on se dispute les suffrages d’une région censée être aussi cool que l’île de France. C’est ce que semble avoir compris ce génie de Roger Karoutchi qui révèle fort opportunément qu’il est gay au moment où il se retrouve distancé dans les sondages par Mme Pécresse. Really well done non? Sauf si bien évidemment toute cette analyse sur la politique du cool n’est que bullshit et le sketch de Wyatt Cenac n’est rien d’autre qu’un sketch. Ce ne serait pas la première fois que les électeurs se révéleraient moins crétins que les politiciens!
………………..
[1] OK, la comparaison est un peu forte: Obama est meilleur politicien que Jospin; plus stratège et plus control freak sous ses dehors souriants
PS: On évitera s’il vous plaît les commentaires du genre: « les homos iront en enfer! » voire pire. D’une part, je suis sûr que la plupart des homos s’en fichent et d’autre part, laissons Dieu décider de qui il met en enfer et au paradis et n’essayons pas de l’influencer en public, c’est vulgaire! [Enfin, Dieu, si Vous voulez bien ne pas me faire brûler trop longtemps au purgatoire, je continuerai à bloguer Votre Gloire du paradis. Sans vouloir vous influencer bien sûr!]
Sur l’élection d’Obama

L’universaliste qui sommeille en moi aurait adoré pouvoir dire que le fait que Barack Obama soit noir/métis ne signifie strictement rien de particulier pour lui mais ce serait faux et malhonnête. Pour moi, en tant que noir, ça signifie exactement ceci: je n’aurais pas de sentiment de culpabilité si par extraordinaire je devais vivre et éduquer mes enfants aux états unis.
J’ai grandi à Dakar dans une famille dont on peut dire qu’elle est de la classe moyenne locale. Et rétrospectivement, une chose me paraît importante dans le fait d’avoir été éduqué au Sénégal: c’est que j’ai grandi avec la tranquille certitude que je pouvais faire tout ce que je voulais faire dans la vie. Entre ma naissance et mon arrivée à la fac, j’ai pensé, tout à tour que je serai policier, diplomate, pilote, trader à New York, physicien, prof, chercheur au CNRS…. Une chose ne m’a jamais traversé l’esprit: c’est qu’il se pourrait que l’une de ces carrières ne me fussent pas ouvertes parce que j’étais noir. Et de fait, certaines des personnes avec lesquelles j’ai grandi font actuellement certaines des choses que j’ai voulu faire à un moment ou à un autre de ma vie. En discutant avec des noirs qui ont grandi en France, je me suis rendu compte que la plupart d’entre eux n’ont pas grandi avec cette tranquille certitude d’avoir des possibilités infinies qui était la mienne et dont je pensais naïvement qu’elle était celle de tout enfant. Du coup, pour moi, être noir, ça signifie entres autres, que si je veux que mes futurs enfants grandissent en ayant l’absolue certitude qu’à condition qu’ils s’en donnent les moyens, ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent et que leurs échecs [s'ils viennent d'un milieu économiquement pas trop défavorisé] sont d’abord les leurs, il faut que je choisisse soigneusement le pays où je vivrais. La conséquence de ce constat, c’est que si j’avais des enfants en France Russie, j’aurais l’impression de leur donner moins de possibilités que j’en avais quand j’avais leur age. Ce qui ne veut pas dire qu’un noir ne peut pas réussir en France, juste qu’il réussirait dans un environnement, plus hostile, par certains cotés, qu’au Sénégal; à milieu socio-économique égal. L’élection d’Obama est le signe que même s’il y a toujours du racisme là bas, un enfant noir ou hispanique grandira en ayant la tranquille certitude que rien ne lui est impossible et que s’il veut devenir gardien de prison ou balayeur, ces deux métiers lui sont ouverts autant qu’à tous les autres.
Une seconde chose que l’élection d’Obama signifie, mais ça, c’est une catastrophe, c’est que Sarah Pallin risque de retourner en Alaska ce qui prive le monde d’un potentiel humoristique absolument sans fin. Je pense que, de la même manière que l’univers tout entier s’était mobilisé pour l’élection d’Obama, notre seul devoir en ce moment est de nous réunir et de réfléchir au meilleur moyen de faire élire Pallin en 2012. En attendant l’an de grâce 2012 je suggère la nomination de Mme Pallin comme analyste politique sur CNN ou Fox News.
PS: Hey, j’avais oublié le plus important: pour une fois dans ma vie j’ai correctement prédit, et des années à l’avance, le résultat d’une élection présidentielle!
Obama comme test
Je suis un optimiste forcené. Par exemple,depuis quelques années déjà, je soutiens, y compris face à des amis qui y habitent, que le racisme qui sévit aux USA n’est pas si grave que ça parce qu’il est tout simplement résiduel. Mon avis est que la société américaine est, depuis longtemps déjà, passé d’une époque où la grande majorité était volontairement (et activement?) favorable à la discrimination à une époque où la grande majorité n’accorde plus réellement d’importance à la couleur de la peau et croit réellement à l’égalité de tous les citoyens américains. Quid des statistiques qui montrent qu’être noir est effectivement un handicap dans la société US? Well, toute la subtilité de mon analyse iconoclaste consiste à voir que ce sont là les conséquences malheureuses de plusieurs siècles d’inégalité et de discrimination et qu’elles prendront du temps à se résorber et qu’en attendant, tout ce que l’on peut faire, c’est remercier des types comme Al Sharpton et Jesse Jackson d’en faire leur fonds de commerce parce que plus ils s’agiteront, plus la résorption de ces inégalités sera rapide. Bien évidemment, personne ne me croit et mes amis qui vivent aux états unis encore moins que tous les autres. Franchement, si vous croyez que je suis du genre à abandonner une aussi belle théorie face à quelque chose d’aussi peu fiable que l’expérience personnelle de mes amis, vous me décevez beaucoup. Je n’ai pas fait des études de philosophie pour me comporter comme un vulgaire sociologue obnubilé par ce qu’il croit être des faits! Moi, il me faut mieux, une véritable étude scientifique avec des données beaucoup plus importantes… ou Barrack Obama. Non sérieusement, il me semble que le phénomène Obama est un test parfait pour ma théorie.
Ok, je l’avoue, au début, je m’étais laissé prendre par la rhétorique de McCain le Maverick. Je croyais vraiment que McCain était un républicain indépendant et progressiste en ce qui concerne les moeurs et assez indépendant pour voir que la torture était une intolérable trahison de tout ce que pouvait représenter la Constitution US. Je me suis d’autant plus facilement laissé prendre que si j’étais, comme Obama, contre l’invasion de l’Irak, j’ai tout de suite eu tendance à penser que la solution, une fois la connerie faite n’était pas de se retirer mais de mettre assez de troupes pour vraiment nettoyer le merdier que l’on a créé avant de s’en aller. Puis j’ai vraiment écouté McCain et, pour être charitable, je me limiterai simplement à dire que ce type est incontestablement fou. Non, sérieusement, il ne se contente pas de croire, comme tout bon républicain que l’avortement c’est mal, que Dieu aime les armes et que les gays iront en enfer et qu’en attendant on devrait ici-bas leur donner un avant goût de ce qui les attends. Sa politique économique se limite à la blague: « je rappellerai Alan Greenspan » et on le laisserait faire, il attaquerait la Russie. Et en plus, il prends vraiment les femmes (toutes les femmes) pour des idiotes. Recruter cette Sarah Palin sans même vraiment faire une enquête approfondie sur elle juste parce que l’on s’imagine que les femmes (généralement diplômées et-ou actives) qui ont voté Hilarry accourent dès qu’elles voient une jupe sur un bulletin de vote, c’est vraiment le truc le plus irresponsable qui ait jamais été fait depuis la guerre en Irak voire même avant! Le type a 72 ans, il pourrait mourir d’un jour à l’autre et il choisit la personne qui pourrait le remplacer de manière aussi désinvolte alors que toute sa rhétorique jusque là consistait à dire que l’on était en guerre et qu’il nous fallait un leader expérimenté pour mener le monde libre.
Et comme si ça ne suffisait pas, voilà que la dame qui était censée nous montrer comment éduquer nos enfants dans la voie du Seigneur s’avère incapable de surveiller sa fille et qu’elle se révèle avoir tendance à vouloir virer ceux qui divorcent d’avec sa soeur et surtout qu’elle a été une ancienne membre d’un parti dont le but avoué était la partition des États-Unis d’Amérique. Vous vous rendez compte? Le parti Républicain qui fait mine de penser que quiconque n’est pas descendu du Mayflower doit donner des preuves supplémentaires de son désir d’appartenance à la Glorieuse Nation Américaine accepte sur son ticket une dame qui voulait faire sécession? C’est tellement énorme que je n’arrive juste pas à y croire et là Swampland m’apprends que M. Palin aussi militait pour ce fameux parti indépendantiste d’Alaska. Juste pour terminer avec Palin; John Bolton himself affirme que la dame a une expérience internationale puisque l’Alaska est frontalière avec le Canada et la Russie! Je ne doute pas un seul instant que la gestion de la migration transfrontalière des Ours Blancs et des rennes ne soit importante mais je me demande s’ils ne nous prennent pas un peu pour des cons. En ce moment, savoir distinguer un chiite d’un sunnite me paraît vachement plus utile pour un dirigeant américain que la familiarité avec les autorités sibériennes.
Qu’est-ce que tout ceci a à voir avec ma théorie du Bon Américain? Mon point est le suivant. Le ticket républicain est tellement bancal que le seul argument valable dont dispose à mon avis McCain est le suivant: « Hey mais attendez, son père est noir et musulman! » Bien sûr, il faudra tourner ça autrement mais l’idée y sera. Par exemple, vous pouvez avoir le subtil: ce type est un aristocrate de Harvard qui n’a rien à voir avec nous autres américains dont tout le monde sait que nous sommes notoirement fiers d’être totalement cons et ignorants et choisissons nos dirigeants parmi les idiots du village. L’idée est de faire penser: « uppity negro! » Ou alors vous avez le spot antéchrist mettant en scène Obama à Berlin. Tout ce que vous voulez mais il faut que ça suggère très fortement l’idée que Obama n’est pas l’un de nous. Nous ici représentant la nation américaine archétypalement blanche et chrétienne. Si j’ai raison contre l’avis de mes amis et s’il est vrai qu’il n y a plus de racisme que résiduel dans la société américaine, cela ne devrait pas marcher. L’économie US est en trop mauvais état, la guerre d’irak a fait trop de dégats pour que les citoyens américains puissent se permettre de voter sur la couleur de la peau et cela d’autant moins que pour l’instant McCain se montre totalement incompétent et incapable de choisir soigneusement sa colistière ou de proposer un plan de relance de l’économie intelligible.
Ceci dit, je vous rappelle encore une fois que j’avais prédit une victoire de Ségolène Royal!
Update de 13h: Vous savez quoi? Paul Krugman pense comme moi!

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