Hady Ba's weblog

Oh Satoshi

Posted in Recherche, Science by hadyba on septembre 17, 2011

Sur Slate:

Satoshi Kanazawa et ses collègues de la London School of Economics (LSE) ont mis à jour des différences significatives dans les préférences de timing du sommeil entre les individus en fonction de leur QI. Selon Kanazawa, les humains ancestraux étaient diurnes, et l’évolution vers des activités plus nocturnes est une «nouvelle préférence de l’évolution» qui se retrouve chez les individus plus intelligents et dénote un «niveau de complexité cognitive plus élevé».

Sachant que Satoshi Kanazawa est le même clown qui avait "expliqué" pourquoi les femmes noires étaient plus moches que celles des autres races et les hommes noirs plus beaux* embarrassant ainsi son prétendu domaine d’étude et son université, je pense que vous pouvez parfaitement aller vous coucher à 17h tous les soirs sans craindre pour votre QI.

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* A tout hasard, je vous signale que je suis un mâle noir qui se couche rarement avant 1h du mat’

Nisbett & les peuls

Posted in Recherche, Sénégal, USA, Vie quotidienne by hadyba on janvier 7, 2009

Je mets en ligne ce mini-mémo informel que j’avais écrit pour un de mes amis qui commençait à s’intéresser à Nisbett. Je me dis que cela pourrait être utile à certains d’entre vous.

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He shrugged. “There were rumors, of course. I don’t really know for certain. Eventually, Duck went bankrupt and his wife divorced him. Then of course he shot himself.”

Why ‘of course’?”

I don’t know, it’s another southern thing -how you’d expect the story to go. [...]”

Jay McInerney The Good Life, Vintage Contemporaries, p. 116 [édition de poche]

Un de mes amis médecin qui servait dans des villages peuls affirme que quand un mari découvre que son épouse est infidèle, la manière de sauver l’honneur consiste à attaquer l’amant au sabre mais à couvrir la belle infidèle de cadeaux.

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Il y a tout un courant de recherches qui va de la théorie des jeux à l’économie expérimentale en passant par la psychologie évolutionniste qui essaie de comprendre comment certaines caractéristiques des interactions humaines [caractéristiques plus ou moins morales mais non conformes à ce que prédirait une théorie du choix rationnel orthodoxe] ont pu émerger.

Ne sachant pas du tout quel est votre degré de familiarité avec ces recherches, je vais commencer par brièvement parler de l’altruisme et de la punition altruiste qui sont les tartes à la crème du domaine avant de passer sans transition à Nisbett.

Altruisme: supposons le jeu suivant. L’expérimentateur donne de l’argent à une personne (mettons 100 dollars) et lui demande de partager à sa guise cette somme avec une autre personne qui lui est totalement inconnue et qu’elle ne reverra plus jamais. Ce que l’on remarque, c’est que l’écrasante majorité des gens (et c’est un phénomène largement trans-culturel) donne plus de trente pour cent de la somme, quel que soit le soin que l’expérimentateur mets à leur expliquer qu’ils ont le droit de donner zéro dollar.

Punition altruiste: Le même jeu, mais cette fois, la personne qui reçoit a le droit d’accepter ou de refuser l’offre qui lui est faite. Il y a une série de jeux et si le protagoniste refuse l’offre, l’expérimentateur reprend la somme (en gros, refuser une offre trop faible pénalise les deux). Un complice de l’expérimentateur prend place dans le jeu et fait systématiquement des offres trop faibles. Ce que l’on remarque, c’est que même si ça leur coûte de l’argent, la plupart des gens prennent la peine de punir celui qu’ils considèrent comme un tricheur en refusant ses offres. De même si on donne un pécule à un observateur du jeu précédent en lui demandant de punir la personne qui fait une offre trop faible en choisissant une somme qui lui sera retirée, sachant que retirer 10 dollar à une personne qui n’a offert que 10% de la somme à son protagoniste vous coutera 10 dollars, la majorité des observateurs punit les offres jugées trop basse, se privant d’un pécule qu’ils auraient pu garder à la fin de l’expérience.

NB: Ces expériences se font évidemment avec de l’argent réel et ce qui gagné ou perdu par le joueur est gardé par lui à la fin du jeu.

La question que ces résultats posent, c’est celle de savoir comment de tels comportements, certes moraux, mais couteux sur le plan évolutionnaire ont pu émerger? La réponse que les psychologues cognitifs font est double. D’abord du point de vue de la survie du groupe plutôt que de l’individu, il est avantageux d’avoir des individus qui font strictement respecter la loi et qui coopèrent avec leurs semblables. Du point de vue individuel, si nous considérons que nous sommes essentiellement des êtres grégaires, il est important pour chacun de nous de recruter des alliés. La meilleure manière de se faire des alliés, c’est d’être fiable dans les interactions sociales quoi que cela nous coûte. Étant donné que dans une société de coopération généralisée, l’émergence d’une catégorie de tricheurs serait une catastrophe parce que cette catégorie profiterait de la bienveillance généralisée et ruinerait le système tout entier [cf. Wade et sa bande de gangsters au Sénégal] il est également important qu’émerge dans la société une catégorie d’impénitents ‘punisher‘ qui veille à ce que les tricheurs ne prolifèrent pas. Sur le plan personnel, punir un tricheur même si c’est couteux est un signal envoyé à ses semblables qui fait de vous une recrue de choix dans le jeux des alliances sociales.

Ce genre de recherches a bien évidemment beaucoup de limites notamment celle que pointaient Gould & Lewontin dans leur critique du programme adaptationniste i.e. qu’elles font l’hypothèse très forte que tout ce qui existe et est utile a été sélectionné parce que utile. Elles sont cependant intéressantes je pense, ne serait-ce que parce qu’elles permettent d’avoir une approche empirique des comportements humains effectifs; sans préjuger du fait de savoir si elles permettront ou non d’expliquer l’émergence de la morale. C’est dans ce cadre général que s’inscrivent les recherches de Nisbett qui ont donné son livre Culture of Honnor.

Dans Culture of Honnor, Nisbett montre que les habitants du Sud des États Unis acceptent plus volontiers que l’on utilise la violence pour régler des disputes et sont plus tolérants envers le meurtre; à condition que l’on ait tué pour protéger son honneur. Une des expériences qu’il utilise pour étayer sa thèse est la suivante. Un chômeur envoie des lettres de candidature à des employeurs potentiels en expliquant qu’il sort de prison ayant malencontreusement tué dans un bar une personne qui l’avait insulté. [On fait varier la raison du meurtre qui peut être purement crapuleux, de légitime défense ou bien lié à une question d'honneur]. On trouve qu’en cas de meurtre motivé par une question d’honneur ou par la réaction à une insulte, les sudistes sont plus susceptibles de se montrer compréhensifs voire d’offrir leur soutien à un individu qui a certes commis un meurtre mais est essentiellement un homme d’honneur. Nisbett pense qu’on peut lier cette tolérance envers les crimes d’honneur au fait que le Sud des USA avait été pr
incipalement colonisé par des peuples de bergers. Or dans un système pastoral, étant donné que l’on est souvent isolé à surveiller des troupeaux et que les vols de bétail sont théoriquement faciles, il est important d’envoyer clairement le signal que l’on est prêt à sur-réagir à toute attaque. Et une excellente manière de le faire est de se montrer extrêmement susceptible et de faire de tout et n’importe quoi une question d’honneur qui se règle dans le sang. Si les gens savent que vous êtes prêt à tuer pour un regard de travers, ils hésiteront à attaquer votre troupeau! En lisant Nisbett, je pensais à mes parents peuls notoirement violents et c’est pour cela que j’ai commencé par l’histoire de mon ami médecin qui sert dans la région de Thiès. Il me semble qu’un modèle comme celui de Nisbett peut expliquer à la fois pourquoi l’infidélité des femmes mariées est si répandue chez les bergers peuls (comparés aux wolofs aux cotés desquels ils vivent par exemple) et pourquoi elle déclenche souvent des bains de sang qui s’étendent rarement jusqu’à la femme infidèle. Cette dernière en effet donne l’occasion à son mari d’envoyer à la communauté toute entière le signal qu’il ne se laissera pas faire et qu’il est assez ‘fou’ pour tuer quiconque touchera sa femme. Well, s’il réagit ainsi pour une simple infidélité, qui sait ce qu’il fera à la personne assez inconsciente pour toucher son bétail dont chacun sait que c’est le vrai amour du peul?

Nisbett considère que d’un point de vue évolutionniste, c’est un avantage sélectif pour un berger que d’être susceptible et de laver dans le sang toute atteinte à son honneur parce que contrairement à un paysan, le berger peut perdre la totalité de son patrimoine en cas d’attaque alors que dans le pire des cas, il restera au fermier son terrain pour rebâtir sa fortune.

Timshel

Posted in Philosophie, Recherche, Sénégal, Vie quotidienne by hadyba on juin 11, 2008

Dans la rubrique je-relis-les-livres-qui-ont-bercé-mon-adolescence-et-qui-sont-toujours-chez-mes-parents: viens juste de finir A l’est d’Eden de John Steinbeck. Je me demande comment j’avais fait pour rater ça! En fait je suppose que je ne l’avais pas vraiment raté mais que lors de ma première lecture j’étais trop jeune pour attacher la moindre importance au fait que ce livre n’est rien d’autre qu’une ré-exploration explicite de l’histoire de Caen et de Abel et de ses implications. A mon avis c’est à mettre au crédit du livre que le lycéen que j’étais alors ait pu en dévorer les mille pages sans discontinuer, sans en comprendre les implications profondes mais en en ayant gardé un souvenir tel que plus de dix ans plus tard, il a éprouvé le besoin de le relire.

D’une certaine manière, on peut lire le livre comme tentant de répondre à la question suivante: « Que se passe-t-il après que Dieu et le Diable se sont unis pour engendrer des enfants? » Si nous sommes le fruit d’une création/confrontation entre l’être absolument parfait et l’être absolument maléfique, sans une once de bonté en lui, quel est notre destin? Sommes-nous obligés de devenir parfaits ou maléfiques, sans nuance? Ce que montre Steinbeck, c’est que, parce que justement nous avons en nous le Bien et le Mal, parce que ces deux forces cosmiques se battent en nous, nous sommes absolument libres de construire notre destinée.

Présenté comme ça, ce livre a l’air chiant mais ce n’est absolument pas le cas! C’est d’abord et avant tout un excellent roman écrit par un type qui est sans doute l’un des meilleurs raconteurs d’histoire qui aient peuplé notre terre. C’est drôle, bien écrit et les personnages, mêmes secondaires, sont tous consistants.

Pour ceux qui aiment les psychopathes, je leur conseille de suivre le personnage de Kate. Ca m’a scié de voir ce personnage et d’en lire la description psychologique à la lumière de ce que quelqu’un comme Jesse Prinz dit des psychopathes. L’impression que Steinbeck a créé ce personnage en se documentant grâce aux recherches des gens qui essaient actuellement de comprendre comment fonctionne l’esprit des tueurs en série. Seul problème, le livre date de 1952 et je suis sûr que Jessee Prinz n’était probablement même pas encore né!

Toujours à propos de la liberté et de la nécessité. Il y a une semaine, j’ai présenté un talk devant le séminaire doctoral de Philosophie Morale et Politique de l’UCAD. J’ai défendu l’idée que vus les progrès des sciences, et vue la situation géopolitique actuelle, il fallait impérativement que la morale devienne scientifique et que seule l’éthique pouvait demeurer non scientifique. J’ai appuyé ça sur des données de neurosciences, sur les expériences du genre Knobe effect et sur la théorie de l’évolution. Même moi, j’y croyais presque! Je m’attendais à ce que ces philosophes absolument pas naturalistes me lynchent sur place mais ils ont été très civilisés. N’empêche qu’à un moment, l’un des étudiants m’a fait l’objection fatale suivante: supposons que tu aies raison, que tout soit question d’équilibre hormonal, de génétique et de neurotransmetteurs, comment la liberté humaine est-elle possible? Sur le coup, j’ai cru apporter une réponse en m’appuyant sur le truc de Pascal selon lequel en pliant suffisamment la machine, on change sa volonté. Étant donné que la décision initiale de ‘plier la machine’ est volontaire, le déterminisme mental qui en découle grâce au nouvel équilibre physiologique qu’induit cette pratique nouvelle est également le fruit de ma libre volonté. Hum… En y réfléchissant, je pense que si je suis vraiment un naturaliste conséquent, je dois dire que ma décision initiale de faire du sport par exemple est le fruit d’un équilibre physiologique et que donc il n’est pas possible de sortir du cercle des déterminismes. Si nous délirons un peu, nous dirons que dans le futur, on pourra cartographier précisément ma nature et on devrait créer des médicaments pour corriger cette structure génético-psychologique. Vous avez un enfant, il a telle structure, vous savez que ça signifie qu’il sera intelligent mais procrastinateur et vous lui ajoutez un peu d’antiprocrastinator pour la route! Ça ressemble un peu au monde de Fahrenheit 451 non? Mais si ça se trouve, c’est juste ma théorie initiale du tout biologique qui est stupide…. Mais franchement, ça me vexerait que ce soit le cas: j’y ai réfléchi au moins trois jours entiers

PS: Je ne vous ferais bien évidemment pas l’insulte de faire semblant de vous apprendre ce que signifie Timshel. Sachant que les honorables lecteurs réguliers de ce blog passent leur vie à fréquenter des séminaires d’hébreux ou d’étude biblique, je suis sûr qu’ils n’auront aucun mal à trouver… Les autres peuvent lire le livre et suivre dedans l’épisode des sages chinois qui font de la recherche.

PPS: Rien à voir mais j’écoute en ce moment, grâce à mon grand frère, Marcus Miller qui rend hommage à Miles. Tout simplement divin!….. Et beaucoup de Springsteen. Ce type (Springsteen) m’impressionne

De la savane à Wall Street

Posted in Economie by hadyba on décembre 5, 2007

Lu dans le Financial Time (oui, je sais que ça fait classe d’écrire ça et j’adore!) cette chronique sur un type qui apparemment applique les sciences cognitives à la banque d’investissement et s’en sort, semble-t-il, merveilleusement.

L’axiome de base du distingué M. James Montier est que homo sapiens sapiens (i.e. vous et moi) a beau être sage, il n’en a pas moins évolué dans et pour la savane africaine. Or pour survivre dans dans la savane hostile, il faut rester groupé, profiter des opportunités immédiates et éviter autant que possible de faire des plans à long terme. Voici le genre de travaux que notre distingué trader utilise pour justifier sa démarche. Dans notre cerveau, nous avons des neuro-transmetteurs parmi lesquels la dopamine qui, grosso modo, nous donne des sensations agréables (un peu comme de se prendre une ligne de coke par exemple). La plupart des gens, si vous leur proposez le choix entre leur remettre dix euros tout de suite ou quinze euros dans vingt jours, choisiront la première solution. Pour un économiste, un tel résultat est absurde au possible: les gens devraient essayer de maximiser leurs gains et donc attendre pour gagner plus. Ce qu’observent les neurologues, c’est que les gains immédiats entraînent un shoot de dopamine[1] de ce fait, alors qu’il serait plus rationnel, sur un plan strictement calculatoire, d’attendre vingt jours pour gagner cinq euros de plus, les drogués que nous sommes tous choisissent majoritairement le bénéfice moindre avec le shoot de dopamine qui va avec. De même, on peut montrer que le fait d’être exclu d’un groupe crée en nous un stress physique. Soit, mais quel rapport avec la finance?

D’après M. Montier sa connaissance si profonde du fonctionnement et de l’évolution du cerveau humain lui permet de mieux comprendre le comportement des intervenants des marchés financiers. Les investisseurs, comme tous leurs autres congénères, se meuvent en groupe, ont un biais de confirmation, préfèrent les profits à court terme aux profits à long terme etc. En investisseur avisé et féru de sciences cognitives, notre héros se montre extrêmement circonspect envers les modes qui sévissent dans les marchés financiers, se méfie de ses propres intuitions en s’en tenant strictement à l’évaluation comptable objective des entreprises qu’il veut acheter et surtout, plus important que tout, il se moque superbement des fluctuations à court et moyen terme du marché. Cette dernière résolution est la plus difficile à tenir mais notre héros s’y tient pour le plus grand bonheur de ses commanditaires puisque cela lui permet de faire mieux que le marché. J’avoue que l’idée que les études de sciences cognitives que j’ai fait peuvent servir à quelque chose ne me déplaît pas totalement. Savoir qu’un investisseur avisé peut s’en servir me plonge carrément dans l’euphorie: si ça se trouve, non seulement je ne finirais pas chômeur, mais en plus il se pourrait même que je trouve une planque lucrative dans une banque d’investissement!

J’étais en train de rêvasser agréablement à cet avenir doré lorsque je me suis souvenu de la fin de l’article: la méthode d’investissement de Mr Montier a beau être géniale, elle nne lui est d’aucune aide en période de crise. Il fait même pire que le marché. Désespérant non? Après réflexion, pas tant que ça: Mr Montier a définitivement besoin d’un spécialiste des sciences cognitives pour améliorer sa pratique pour un ou deux millions de dollars d’euros je suis disposé à rendre ce service à la communauté financière.

[1] attention, je donne cet exemple de mémoire, il faudrait vérifier les détails du papier si vous utilisez cette info dans un contexte sérieux!

Radiohead & la psychologie évolutionniste

Posted in Musique, Recherche by hadyba on octobre 15, 2007

Je dois vous confesser une chose: je ne suis pas vraiment un fan absolu de Rock. De ce fait, bien que je connaisse de nom le groupe Radiohead et que j’aie du voir un ou deux de leurs clips à la télé, je ne saurais me souvenir d’une quelconque de leurs chansons, ni même dire s’ils sont bons ou pas. Je n’ai donc aucune compétence pour parler de la musique de ce groupe. Il y a cependant un domaine dans lequel je suis compétent pour juger la vie et l’oeuvre de Thom Yorke (pas étonnant que je connaisse le nom du leader du groupe: Wikipedia sert à ça) et de ses acolytes: c’est, … accrochez vous bien, sur leur oeuvre scientifique. Comment ça, vous ne saviez pas que ce cher Thom était un scientifique? Et après ça se dit un fan! Avant de vous parler de l’éventuel Nobel de ces dignes oxfordiens (toujours d’après Wikipedia, le groupe s’est formé à Oxford, ce qui aurait du vous mettre la puce à l’oreille quant à leurs qualités scientifiques si je puis me permettre), laissez-moi d’abord faire un détour par la psychologie évolutionniste et la philo et vous comprendrez tout.

Autrefois, c’était assez simple de faire de la philo. Vous choisissiez un fauteuil confortable, vous lisiez Platon, Aristote Kant et consort et vous commenciez à réfléchir sur ce qu’est le Souverain Bien, la Vérité etc… On sortait des théories vraiment géniales mais parfois difficile à comprendre. Puis quelqu’un a eu l’idée saugrenue de s’intéresser à ce qui se passait dehors. Pis encore, les philosophes se sont même mis à s’intéresser aux sciences. Dans les sciences, il y a un truc très fun qui s’appelle la théorie de l’évolution. Et une fois qu’on a évacué les questions de savoir si cette théorie implique que nous descendions du singe ou pas, si elle implique logiquement la vacuité du Ciel et autres joyeusetés, se pose une énigme. L’évolution semble impliquer que l’égoïsme devrait toujours prévaloir. En effet, si nous acceptons qu’il y a une lutte pour la survivance du plus apte et une concurrence acharnée des individus pour transmettre leurs gènes à la génération suivante, on peut se demander comment il se fait que de temps à autres nous fassions des choses aussi stupides que de rendre service à des inconnus, nous sacrifier pour la patrie et autres. Au bout de millénaires d’évolution, de telles aberration n’auraient-elles pas du disparaitre? Et surtout comment tout simplement expliquer que la morale ait été sélectionné en premier lieu.

Pour répondre à ces questions, les philosophes ont donc quitté leur confortable fauteuil pour se mettre à faire des expériences et se sont associés à des primatologues par exemple pour voir si les chimpanzés ont un proto sens moral. Jusqu’à présent, ni les philosophes, ni les psychologues n’avaient encore pensé à s’associer aux rockers. Mon idée est que Thom York et ses amis viennent de lancer leur propre expérience de X-Phi sans doute frustrés que la communauté scientifique soit si sectaire et ne les ai jamais sollicité.

Vous ne comprenez toujours pas de quoi je parle? En fait c’est simple: Radiohead a décidé que son dernier album serait librement téléchargeable sur le net. Ils ont eu ce que je pense être une idée de génie autant sur le plan purement commercial que sur le plan scientifique. Au lieu de fixer le prix de cet album, ils laissent à chaque internaute la latitude de choisir s’il veut payer ou non et surtout combien il estime devoir payer. Sur le plan scientifique, il me semble que c’est là une expérience géniale parce qu’elle permettra, bien mieux qu’un protocole expérimental imaginé par des chercheurs, de voir comment les gens réagissent en situation réelle face à un dilemme moral. Mon hypothèse est que la plupart des internautes qui disposent d’une carte bancaire choisiront de rétribuer les artistes en payant à peu près ce que ça leur aurait coûté sur une plateforme normale. Dans tous les cas les cas, l’examen de l’attitude des internautes devant cette offre serait extrêmement instructive pour un psychologue évolutionniste ou un philosophe expérimental.

Si mon hypothèse se confirme, ce sera là un succès commercial monstre quand on sait qu’une grande part du prix du disque est capté par les maisons de disque et autres intermédiaires. Produire de la bonne musique, tout en faisant avancer la science et en gagnant beaucoup d’argent… c’est cool non?

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