Hady Ba's weblog

Sacrilège à l’UCAD

Posted in Sénégal by hadyba on juillet 22, 2011

Ceci est la pire insulte qui ait été faite à mon alma mater depuis le discours de Dakar! Je pense même que le discours de Dakar est moins sacrilège parce que cette infâme réunion a eu lieu dans l’un des lieux les plus sanctifié de ce temple qu’est l’UCAD: la salle Soweto du pavillon A. Comme tout initié le sait, cette salle sacrée est celle où les soirées dansantes les plus glauques du campus ont lieu tous les samedis soirs et donc l’endroit à partir duquel se nouent les relations qui aboutissent aux premières expériences charnelles des jeunes garçons et filles jusque là uniquement concentrés sur leurs études et surveillés de près par des parents sénégalais dont aucun parent occidental ne peut imaginer le régime de coercition qu’ils font subir à leur progéniture sur le plan moral. Mais qu’est le sacrilège en question? Ont-ils transformé cette salle en mosquée ou l’ont-ils fermée? Si seulement! Jugez vous mêmes de l’étendue de l’horreur qui s’est abattue sur ce lieu saint:

L’alliance nationale des étudiants concrétistes a organisé mercredi dernier un point de presse à la salle Soweto du pavillon A, sis au campus universitaire de Dakar. Il a été question pour eux de décliner une feuille de route visant à faire de Karim Wade le quatrième président du Sénégal.L’Alliance Nationale des Étudiants Concrétistes (Anec) est née récemment dans le but d’accompagner le ministre d’État Karim Wade dans son ambition de développer le Sénégal.

Ces gens-là ne respectent décidément rien, pas même les institutions les plus sacrées de notre pays. Pauvre UCAD! Pauvre Sénégal! Nous voila tombés bien bas.

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Sémou Pathé Guèye et Mamdani

Posted in Afrique, Sénégal, Science by hadyba on mai 5, 2011

Ce discours de Mamdani me donne l’occasion de rendre hommage, deux ans après son décès, à mon ancien prof de l’UCAD Sémou Pathé Guèye.

SPG était un philosophe politique, communiste Old School et membre historique de la direction du parti communiste local (le PIT). Pendant tout le temps où il faisait de la politique, il enseignait dans tout un tas de départements de l’université. Nous autres étudiant de philo considérions qu’il était NOTRE prof et c’était juste choquant de croiser un étudiant en sociologie ou en journalisme qui nous disait qu’il était LEUR prof!

Je n’étais plus vraiment l’un de ses étudiants quand je quittais Dakar parce que j’étais résolument dans la filière logique/philo des sciences. J’ai cependant assisté à certains de ses séminaires de troisième cycle. Une dizaine d’années avant son décès,  SPG a mis en place ce séminaire de philosophie contemporaine où ils discutaient de problèmes très actuels. Son idée était qu’il fallait que ses étudiants et lui se saisissent de problèmes qui se posaient à notre société et y réfléchissent sérieusement. C’était là une révolution par rapport à la tradition qui voulait que nos étudiants en philosophie politique travaillent sur des théories abstraites et ne s’intéressent pas à la pratique qui est laissée aux politistes et aux sociologues. Je ne suis pas sûr que SPG ait réussi à réorienter suffisamment ses étudiants pour que des travaux moins généraux que ceux qui portaient sur la Globalisation ou bien sur la Démocratie aient vu le jour. Mais ses efforts en ce sens et son effort symétrique pour inculquer un peu de sens théorique aux futurs sociologues et journalistes sénégalais étaient appréciables.

Le texte de Mamdani me rappelle une histoire qu’il nous avait racontée. Il était invité dans une fac de Washington (L’American University il me semble). Lors de sa conf’ il s’était plaint que les institutions de Bretton Woods nous imposaient des politiques idiotes et ne prenaient même pas la peine de consulter les universitaires locaux qui souvent avaient travaillé des années sur les solutions aux problèmes que nous rencontrions. Le lendemain les gens du FMI ou de la BM l’invitaient à leur rendre visite et lui demandaient:  "Supposons que je vienne chez vous, que je vous montre un plan de développement détaillé. Que je vous demande ce que vous en pensez, que vous me répondiez qu’il est excellent et que d’ailleurs vous aimeriez travailler avec moi. Que je vous recrute pour mettre en oeuvre ce plan en vous payant un salaire bien plus élevé que celui que vous aviez avant. Comment pouvez-vous après cela dire que je vous ai imposé un plan de développement dont vous ne vouliez pas?"

L’enseignement que tirait SPG de cette rencontre c’est qu’avant de critiquer les institutions de Bretton Woods, il faudrait que nous autres intellectuels africains ayons d’une part proposé des politiques de développement différentes et d’autre part dit sincèrement à nos interlocuteurs ce que nous pensions de leur proposition plutôt que de regarder avidement le poste qu’ils pouvaient nous offrir. C’est cette attitude responsable qu’il essayait de promouvoir dans ses différents enseignements au département de philosophie et dans les différentes institutions qui formaient l’élite locale.

Malgré tous les efforts de SPG et d’une poignée de ses collègues, je dois avouer que c’est l’attitude que dénonce Mamdani dans son discours qui est la plus répandue dans mon alma mater tout comme dans les autres universités africaines. Le rêve de la plupart de nos profs est vraiment de devenir des consultants auxquels les institutions étrangères sous-traitent des études empiriques grassement rétribuées. Ils sont souvent indifférents à produire une théorisation de ce qui se passe localement et utilisent des concepts élaborés dans des contextes totalement différents sans essayer de les adapter à ce qui se passe localement ni même vérifier l’adéquation empirique de ce qu’ils écrivent avec la réalité qu’ils sont censés décrire. C’est un cercle vicieux dans lequel, parce que nos universitaires désirent avoir le même niveau de vie que leurs collègues occidentaux, ils répriment leur originalité. Ce faisant, ils se condamnent sans s’en rendre compte à la situation subalterne qu’ils dénoncent et maintiennent l’indigence intellectuelle des universités africaines. Le pire, dans le cas de l’UCAD, c’est que nos profs n’ont même pas l’excuse de la pauvreté: ils ne sont pas mal payés. En plus, c’est une stratégie perdante parce que les seuls intellectuels africains qui intéressent les grandes facs sont ceux qui ne répètent pas bêtement ce que disent leurs collègues.

Via

Timshel

Posted in Philosophie, Recherche, Sénégal, Vie quotidienne by hadyba on juin 11, 2008

Dans la rubrique je-relis-les-livres-qui-ont-bercé-mon-adolescence-et-qui-sont-toujours-chez-mes-parents: viens juste de finir A l’est d’Eden de John Steinbeck. Je me demande comment j’avais fait pour rater ça! En fait je suppose que je ne l’avais pas vraiment raté mais que lors de ma première lecture j’étais trop jeune pour attacher la moindre importance au fait que ce livre n’est rien d’autre qu’une ré-exploration explicite de l’histoire de Caen et de Abel et de ses implications. A mon avis c’est à mettre au crédit du livre que le lycéen que j’étais alors ait pu en dévorer les mille pages sans discontinuer, sans en comprendre les implications profondes mais en en ayant gardé un souvenir tel que plus de dix ans plus tard, il a éprouvé le besoin de le relire.

D’une certaine manière, on peut lire le livre comme tentant de répondre à la question suivante: « Que se passe-t-il après que Dieu et le Diable se sont unis pour engendrer des enfants? » Si nous sommes le fruit d’une création/confrontation entre l’être absolument parfait et l’être absolument maléfique, sans une once de bonté en lui, quel est notre destin? Sommes-nous obligés de devenir parfaits ou maléfiques, sans nuance? Ce que montre Steinbeck, c’est que, parce que justement nous avons en nous le Bien et le Mal, parce que ces deux forces cosmiques se battent en nous, nous sommes absolument libres de construire notre destinée.

Présenté comme ça, ce livre a l’air chiant mais ce n’est absolument pas le cas! C’est d’abord et avant tout un excellent roman écrit par un type qui est sans doute l’un des meilleurs raconteurs d’histoire qui aient peuplé notre terre. C’est drôle, bien écrit et les personnages, mêmes secondaires, sont tous consistants.

Pour ceux qui aiment les psychopathes, je leur conseille de suivre le personnage de Kate. Ca m’a scié de voir ce personnage et d’en lire la description psychologique à la lumière de ce que quelqu’un comme Jesse Prinz dit des psychopathes. L’impression que Steinbeck a créé ce personnage en se documentant grâce aux recherches des gens qui essaient actuellement de comprendre comment fonctionne l’esprit des tueurs en série. Seul problème, le livre date de 1952 et je suis sûr que Jessee Prinz n’était probablement même pas encore né!

Toujours à propos de la liberté et de la nécessité. Il y a une semaine, j’ai présenté un talk devant le séminaire doctoral de Philosophie Morale et Politique de l’UCAD. J’ai défendu l’idée que vus les progrès des sciences, et vue la situation géopolitique actuelle, il fallait impérativement que la morale devienne scientifique et que seule l’éthique pouvait demeurer non scientifique. J’ai appuyé ça sur des données de neurosciences, sur les expériences du genre Knobe effect et sur la théorie de l’évolution. Même moi, j’y croyais presque! Je m’attendais à ce que ces philosophes absolument pas naturalistes me lynchent sur place mais ils ont été très civilisés. N’empêche qu’à un moment, l’un des étudiants m’a fait l’objection fatale suivante: supposons que tu aies raison, que tout soit question d’équilibre hormonal, de génétique et de neurotransmetteurs, comment la liberté humaine est-elle possible? Sur le coup, j’ai cru apporter une réponse en m’appuyant sur le truc de Pascal selon lequel en pliant suffisamment la machine, on change sa volonté. Étant donné que la décision initiale de ‘plier la machine’ est volontaire, le déterminisme mental qui en découle grâce au nouvel équilibre physiologique qu’induit cette pratique nouvelle est également le fruit de ma libre volonté. Hum… En y réfléchissant, je pense que si je suis vraiment un naturaliste conséquent, je dois dire que ma décision initiale de faire du sport par exemple est le fruit d’un équilibre physiologique et que donc il n’est pas possible de sortir du cercle des déterminismes. Si nous délirons un peu, nous dirons que dans le futur, on pourra cartographier précisément ma nature et on devrait créer des médicaments pour corriger cette structure génético-psychologique. Vous avez un enfant, il a telle structure, vous savez que ça signifie qu’il sera intelligent mais procrastinateur et vous lui ajoutez un peu d’antiprocrastinator pour la route! Ça ressemble un peu au monde de Fahrenheit 451 non? Mais si ça se trouve, c’est juste ma théorie initiale du tout biologique qui est stupide…. Mais franchement, ça me vexerait que ce soit le cas: j’y ai réfléchi au moins trois jours entiers

PS: Je ne vous ferais bien évidemment pas l’insulte de faire semblant de vous apprendre ce que signifie Timshel. Sachant que les honorables lecteurs réguliers de ce blog passent leur vie à fréquenter des séminaires d’hébreux ou d’étude biblique, je suis sûr qu’ils n’auront aucun mal à trouver… Les autres peuvent lire le livre et suivre dedans l’épisode des sages chinois qui font de la recherche.

PPS: Rien à voir mais j’écoute en ce moment, grâce à mon grand frère, Marcus Miller qui rend hommage à Miles. Tout simplement divin!….. Et beaucoup de Springsteen. Ce type (Springsteen) m’impressionne

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