Hady Ba's weblog

Steinbeck, les souris et les boat-people africains

Posted in Afrique, Littérature, Politique, Sénégal, Spéculation gratuite by hadyba on août 28, 2006

Ce weekend j’ai discuté avec une de mes amies de Dakar. A un moment, la conversation a tourné autour de toutes ces personnes qui embarquent à bord de pirogues absolument inadaptées pour essayer d’atteindre les îles Canaries. C’est vraiment stupide lui disais-je. Et que l’on m’épargne le couplet sur la misère : une fois en Espagne, ne parlant pas espagnol, souvent sans qualifications et sans papiers, ils vivront dans une misère encore plus noire et qui ne sera même pas éclairé par un temps clément. [Décidément, je ne me fais toujours pas à l’hiver au bout de 4 ans!] Et là, mon amie m’a confié une chose qui m’a un peu coupé le souffle et expliquerait le comportement, à première vue suicidaire, de ces personnes. Selon elle, une rumeur persistante dans les quartiers pauvres du pays veut qu’en Espagne il y ait pénurie de main d’oeuvre dans les fermes, le bâtiment and so on. Étant donné que ce sont là des emplois qui ne demandent pas vraiment de qualifications et qu’ils sont prêts à travailler, il n’est pas irrationnel que ces jeunes fassent le voyage. OK, mais c’est quand même franchement stupide de prendre la pirogue pour un si long périple non? Bof, il suffit juste d’être un peu désespéré (Ex: vous avez 33 ans, n’avez jamais travaillé de votre vie, squattez chez des parents qui ne gagnent eux-mêmes pas beaucoup d’argent, ne voyez aucun miracle par lequel vous trouveriez un emploi et observez que la majorité de vos amis sont dans la même situation que vous.) et de n’avoir aucune notion de navigation, pour se laisser tenter…. La question que se posait mon amie était celle de savoir si ce n’étaient pas les fabricants de pirogues qui faisaient courir ces rumeurs. Personnellement je me garderais bien d’accuser sans preuves une si respectable corporation qui prend le relais quand Air France et les autres compagnies aériennes se refusent à assurer…

Cette histoire de rumeur m’a en tout cas rappelé un livre de John Steinbeck qui a été adapté, je crois, au cinéma: Les raisins de la colère. Dans ce livre, Steinbeck nous fait suivre une famille de petits fermiers du Midwest qui décident d’émigrer en Californie. Petit à petit, on se rend compte que cette famille suit un mouvement général qui voit la majorité des agriculteurs de cette région partir vers l’ouest. Ce déplacement est motivé d’abord par la pauvreté: leurs fermes sont hypothéquées et ne rapportent plus assez d’argent pour payer les traites et nourrir la famille mais surtout ils reçoivent de très beaux prospectus dépeignant la Californie comme le paradis sur terre où les salaires sont élevés et où on n’a qu’à poser un fruit par terre pour qu’un arbre fruitier pousse. Non seulement le voyage est d’une tristesse infinie (globalement, le livre est très triste quoique souvent on ne puisse s’empêcher de rire.) mais en plus, un fois sur place, nos voyageurs se rendent compte qu’il y a plus de postulants que d’emplois grace à l’exode massif des midwesterns. Ce qui fait que l’on se demande qui imprimait ces prospectus: les banquiers désirant récupérer les terres et les revendre à de gros exploitants ou les fermiers californiens désirant attirer de la main d’oeuvre bon marché? De plus ils sont victimes de la xénophobie des autochtones qui les appellent tous Okies même quand ils ne viennent pas de l’Oklahoma. Les raisins de la colère est l’un des meilleurs de la période communiste de Steinbeck et se termine par une sorte de sermon affirmant que le mépris et la misère économique étaient le terreau sur lequel s’épanouiraient les raisins d’une colère juste des prolétaires et d’une révolution. Dans le cas du Midwest d’après la crise de ’29 tout comme dans le cas des boat-peoples africains actuels, il y a des gens qui profitent de la misère des uns pour s’enrichir mais personnellement je ne crois pas vraiment à la révolution. En revanche je crois en la science et en l’égoïsme humain, c’est pourquoi je m’en vais vous parler de la psychologie des souris.

Une expérience de psychosociologie assez connue est la suivante: on prend des souris et on les met dans un milieu confiné avec des ressources limitées. Au début les choses se passent très bien. La communauté souris s’agrandit tranquillement et harmonieusement. Puis, à mesure que la population augmente et que les ressources se raréfient, les souris commencent à se battre entre elles, des maladies surviennent et le taux de mortalité augmente jusqu’à ce que la population revienne à un niveau compatible avec les ressources disponibles. Quel est le lien avec l’Afrique? Je sais que tout le monde va hurler devant tant de naturalisme voire de cynisme, mais je pense que dans la plupart des pays africains, nous nous trouvons exactement dans la même situation que ces souris i.e. confinés dans un espace clos avec des ressources très limitées (ou en tout cas très injustement réparties). La différence est que nous avons un cerveau plus grand ce qui fait que les plus pauvres se rendent compte de leur situation et essaient par tous les moyens de fuir cet espace confiné. Voici pour la science. Pour l’égoïsme, nous avons besoin de nos voisins du Nord qui n’ont aucune envie de se faire envahir par des bateaux d’immigrants clandestins. Cet égoïsme me semble être une chance pour les pays pauvres parce qu’une fois qu’il sera clair que les murs et patrouilles ne suffiront pas à stopper les clandestins, les européens n’auront d’autre choix que de promouvoir un système international plus juste dans lequel, par exemple, le paysan du Mali ne sera pas obligé d’abandonner sa ferme parce que les subventions aux producteurs du Nord empêchent son coton d’être compétitif. En attendant cette prise de conscience, nous pouvons toujours soutenir Madonna et Jeffrey Sachs!

PS: Je trouve ce post vraiment pourri mais je vais probablement le mettre alors si t’es arrivé jusqu’ici cher lecteur, soit t’es maso, soit ce post n’est finalement pas si pourri que ça. Dis-moi ce qu’il en est STP!

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Madonna & le Malawi

Posted in Uncategorized by hadyba on août 25, 2006

 »For the last few years […] I have felt responsible for the children

of the world I’ve been doing bits and bobs about it, and I suppose

I was looking for a big, big project I could sink my teeth into. »

Madonna

Vous ne connaissez sans doute pas le Malawi. Vous vous dites que personne ne connaît le Malawi, que ça n’empêche pas que vous soyez une personne cultivée et branchée: vous avez le net, avez lu Le diable s’habille en Prada et connaissez les dernières tendances de Lagerfeld. Eh bien détrompez-vous: vous êtes peut-être cultivé (c’est si facile: il suffit d’avoir lu quelques livres d’aller au cinéma et de savoir converser en plaçant quelques mots clé.), mais vous n’êtes en aucun cas in. Sans moi vous seriez même carrément out. Tout le monde connaît le Malawi!

Session de rattrapage donc: Le Malawi est un pays du Sud-Est de l’Afrique où vivent 13 millions de paisibles âmes en majorité chrétiennes. La capitale du pays est Lilongwe mais un connaisseur tel que vous s’est aventuré jusqu’à Gumulira charmante bourgade pas trop éloignée de Lilongwe. Apprenez-ça et remerciez moi!

Mais en quel honneur le fait de savoir ça ferait-il de vous une personne plus hype? Parce que Madonna Louise Veronica Ciccone Herself, plus connue sous le modeste patronyme de Madonna le sait et a également appris que parmi ces 13 millions d’âme, 1 million étaient des enfants dont au moins un des parents est mort du Sida. Plus important encore, La Madone a décidé qu’il fallait que ça change et a créé une organisation: Raising Malawi dont le but est rien moins que d’abord de prendre en charge ces orphelins puis accessoirement de développer le Malawi. Et là normalement vous éclatez de rire.

C’est bon, vous avez fini de rire? OK, il y a un détail que je ne vous ai pas confié et qui, à mon avis change tout: Madonna est accompagné dans cette aventure par Jeffrey Sachs. Pour ceux qui ne le sauraient pas, Sachs est l’un des experts mondiaux en matière de politique de développement économique et directeur du Earth Institute à la fac de Columbia . Sa théorie est d’une simplicité enfantine: si vous voulez vraiment développer un pays, dit-il, vous devez vous intéresser aux petites communautés, définir précisément leurs besoins puis définir avec elles les manières de combler leurs manques de manière pérennes. Autrement dit, apprend-moi à pécher plutôt que de me donner du poisson! Appliquer cette politique reviendrait par exemple à préférer construire des petites cases de santé dans les villages plutôt qu’un Centre Hospitalier Universitaire ultra-moderne dans la capitale. Le truc c’est que si vous prenez de petits villages, y construisez de petites cases de santé, enseignez de meilleures techniques aux agriculteurs pour qu’ils améliorent leur rendement, incitez les gens à mettre leurs enfants à l’école, petit à petit la situation économique globale du pays s’améliore.

Madonna et Sachs ont choisi comme point de départ le village de Gumulira que vous connaissez déjà. Bien sûr les enfants de Gumulira apprennent un peu de Kaballe en même temps que leurs leçons de maths et d’anglais mais franchement je ne crois pas que ce soit cher payé pour avoir un toit au dessus de la tête!

Dernière précision, si vous voulez avoir l’air définitivement in, laissez tomber négligemment que la chose qui vous plait le plus au Malawi, c’est que le pays est une vraie démocratie. Ça, je suis sûr que vous serez le (la) seul(e) à le savoir!

Gunther Grass comes out!

Posted in Uncategorized by hadyba on août 24, 2006

 »Ma position est la suivante. Otez tout espoir de votre vie,

et là, quand vous êtes au fond du gouffre, dans une situation

réellement sans espoir, commencez à travailler. »

Gunther Grass(1969)

Il a fait son coming out! Après presque soixante ans de silence, le grand Gunter Grass, Prix Nobel de littérature 1999, conscience morale de l’Allemagne et compagnon de route des sociaux-démocrates allemands a craqué et vient enfin de révéler son grand secret: durant la guerre, il a fait partie des terribles Waffen SS. Dans notre imaginaire collectif, les SS viennent juste après la Gestapo dans la course pour l’attribution de la médaille d’or de l’ignominie. Et encore, sachant que ce sont les SS qui étaient en charge de la gestion des camps de concentration, on se demande si la prééminence dans l’horreur accordée à la Gestapo n’est pas quelque peu injuste.

Les réactions ne se sont bien évidemment pas faites attendre. D’abord des théoriciens du complot de droite: si Grass nous a pourri la vie durant toute la guerre froide avec son gauchisme larmoyant, c’est parce que la Stasi le faisait chanter l’obligeant à défendre les intérêts des communistes. J’aimerais pas dire mais ce sont les troupes US qui l’ont arrêté à Marienbad à la fin de la seconde guerre mondiale et en plus, je viens de relire une interview de Grass dans le Magazine Littéraire datant de 1969 dans laquelle il attaquait autant les marcusiens (Personnellement j’aime bien Marcuse faudra qu’un jour je le lise sérieusement mais là n’est pas la question, revenons à nos moutons!) et autres gauchistes extrêmes que les anciens nazis de droite comme de gauche! En fait, les réactions les plus violentes sont peut-être venues des anciens amis de Grass. Leur critique est double: 1-Grass n’avait pas le droit de nous faire ça! Il a été notre guide pendant si longtemps; il nous devait la vérité. 2- Cet aveu tombe commercialement beaucoup trop bien: cette autobiographie se vendra comme des petits pains, c’est vraiment écoeurant!

Évacuons tout de suite la seconde critique: si un prix Nobel a besoin d’argent, il n’a pas besoin de créer un scandale ou de faire des révélations fracassantes sur sa vie. Il lui suffit d’aller enseigner, pardon donner des conférences, à Harvard, Yale, Princeton ou toute autre fac de la Ivy League. Ils sont pas comme nous, les Nobel : il leur suffit de prendre l’avion et de bavarder quelques heures pour que l’argent leur tombe dessus.

Maintenant est-ce que Grass devait la vérité à ses amis? A première vue, j’aurais tendance à répondre oui, mais après réflexion, j’avoue que je n’en suis plus si sûr. Pour comprendre mon point de vue, faisons un détour par le poste de police. Dans les films et les romans policiers, il y a toujours un flic qui pose cette question en forme d’accusation : « Vous avez quelque chose à cacher? » Cette phrase sous-entend que si nous nous refusons à la transparence la plus totale, nous sommes forcément coupables de quelque chose. C’est de la pure logique policière, mais sommes-nous obligés de nous y conformer et d’être des flics pour nos amis? Après tout si un de nos amis a honte de quelque chose ou estime simplement qu’un épisode de sa vie est privé et devrait le rester, n’est-ce pas à lui et uniquement à lui d’en décider? Ce qui est fascinant avec la pudeur, c’est qu’elle n’a pas de place précise: tel ne parlera jamais de ces échecs, tel autre jamais de ses succès, tel ne montrera jamais son corps, telle autre montrera volontiers ses seins mais jamais ses… orteils, etc. Bien sûr, quand nous ouvrons notre coeur à quelqu’un, nous estimons mériter en retour qu’il en fasse de même; mais y bien réfléchir, une telle attente revient à penser l’amitié, les rapports humains, sur le modèle du commerce. Alors, si Gunther Grass a été Waffen SS pendant trois mois, et à l’age de 17 ans en plus, s’il en a eu tellement honte qu’il n’a jamais osé l’avouer par la suite, je préfère compatir à la culpabilité qui a du le ronger toutes ces années, à la honte qu’il a du éprouver en voyant de plus en plus de personnes lui ériger des statues alors qu’il était persuadé de ne pas mériter de tels honneurs. Peut-être même cette honte et cette douleur ont-elles été le moteur qui l’a mu toutes ces années et l’armure qui l’a protégé de l’hubris qu’une trop grande gloire peut provoquer. Écrire du fond du gouffre vraiment…

Au fait, une dernière précision: les Waffen SS n’étaient pas vraiment les SS: alors que la SS était une force paramilitaire et policière nazie s’occupant essentiellement de la sécurité intérieure du Reich et de la gestion des camps de concentration, la Waffen SS était une unité d’élite, émanant certes des SS, mais engagée dans les champs de batailles les plus chauds et encadrant les supplétifs étrangers. De vrais militaires quoi!

Absence

Posted in Uncategorized by hadyba on août 18, 2006

Juste pour dire que je serai absent du net jusqu’à Jeudi. Laissez moi quand même un message, ça me fera plaisir. … Et peut être qu’à mon retour je parlerai du coming-out de Gunther Grass.

Insomnia ergo Senghor

Posted in Uncategorized by hadyba on août 16, 2006

 »Les poétesse du sanctuaire m’ont nourri

Les griots du Roi m’ont chanté la légende véridique de

ma race aux sons des hautes kôras. »

L. S. Senghor

1h30 du mat’: Je pense que je ne me rendormirais définitivement plus cette nuit. J’ai essayé tous les trucs qui ne marchaient déjà pas chez Scott Fitzgerald: faire des listes dans sa tête, faire semblant de croire que l’on vient de sauver le monde libre; sans compter d’autres choses plus contextuellement pertinentes dans mon cas : penser à cette fichue thèse qui refuse de s’écrire toute seule, à tous mes amis à qui j’ai promis que je les appellerais pour qu’on se prenne un verre, aux amis qui m’ont appelé sont tombés sur ma boite vocale et que je dois rappeler (je sais, je suis le pire ami qui soit sur cette terre mais je me soigne.), essayer de faire le vide dans mon esprit, respirer profondément jusqu’à ce que sommeil s’en suive… Eh bien, j’ai gagné 30 mn mais ça marche pas non plus! En même temps je l’ai un peu cherché : quelle idée de se coucher à 23 h sous prétexte que l’on est fatigué!

De guerre lasse, je me suis décidé à prendre un livre. Mais pas n’importe lequel: si tu prends un roman policier ou simplement un bon roman tu es fichu: tu le liras jusqu’au petit matin. Pas grave, j’ai ce qu’il faut dans ma bibliothèque: pas de philo et pas de romans, rien qui soit susceptible de me passionner au delà du raisonnable. Ca existe: j’avais acheté, un peu par acquit de conscience, un peu par patriotisme, un peu parce que c’était tentant-d’avoir-ça-sous-la-main-c’est-pas-cher-et-on-sait-jamais-t’es-sénégalais-quand-même (en fait beaucoup pour cette dernière raison!) l’oeuvre poétique de Senghor. C’est maintenant que sa lecture s’impose en guise de somnifère. Étant donné que d’une part il y a très peu de poètes qui me touchent et que d’autre part je n’aime pas Senghor, ça devrait marcher. Merci Président!

Et bien sûr, ça n’a absolument pas marché. Bon sang j’adore ces poèmes! D’abord c’est très bien écrit ensuite c’est un vivant témoignage de presque un demi siècle d’histoire franco-africaine. En plus Senghor, me semble être infiniment meilleur poète que théoricien. Même quand les poèmes sont engagés, ils le sont souvent de manière subtile, intelligente et retenue. C’est plus un témoignage quasi objectif de ce qui vient de se passer (l’épisode du camp de Thiaroye par exemple : «[…] est-ce / donc vrai que la France n’est plus la France? […]/Est-ce donc vrai que la haine des banquiers a acheté ses bras /d’acier?» ) qu’une violente diatribe. Bien sur, il y a des remontées de sa théorie de la négritude mais ça reste supportable.

Au fait, pourquoi je n’aime pas Senghor? A cause de la théorie de la négritude bien sûr : affirmer que parce que l’on est noir on aurait une manière particulière d’appréhender le monde c’est purement et simplement du racisme de mon point de vue. Sans compter que c’est faux, je suis loin d’être convaincus que les sahéliens partagent plus de choses avec les noirs d’Afrique du Sud qu’avec leurs voisins bédouins du Maghreb. Bien sûr la théorie de Senghor se comprend dans un contexte de lutte pour la décolonisation et dans sa filiation intellectuelle avec la pensée de Bergson mais ça n’excuse rien.

Au fait il est presque 6h du mat’, je vais terminer tranquillement d’écrire ce post, prendre une douche et aller travailler. Je sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression que je ne serais pas hyper productif au bureau aujourd’hui!… Quoique … avec beaucoup de café bien fort….

Al Qaida & la haine de soi

Posted in Uncategorized by hadyba on août 13, 2006

 »Tuer un homme c’est détruire l’humanité toute entière. »

« 25-30 ans, un diplôme universitaire, musulman pratiquant » tel est le profil de ceux qui ont été arrêté à Londres, préparant un carnage. Pour l’instant, on est loin de savoir si ces arrestations sont toutes justifiées mais, globalement, l’expérience nous montre que ce portrait est assez typique du soldat d’al Qaida. Comme toujours, je suis étonné que des gens qui me ressemblent autant puissent en toute conscience se transformer en bouchers. On peut bien essayer de comprendre les motivations et justifications qu’ils donnent mais c’est souvent tellement dérisoire quand ce n’est pas franchement délirant! Bien sûr qu’il n’y a presque que des dictatures dans le monde arabo musulman, bien sûr que ces dictatures sont soutenues par les USA et la Grande Bretagne mais en quoi cela justifierait-il des attaques tuant principalement des innocents?

Me semble particulièrement intéressante la réaction de beaucoup de musulmans, londoniens ou non: ils condamnent certes les attaques mais se récrient immédiatement en se posant en victimes. « La communauté musulmane va encore se faire stigmatiser. », « Personne ne parle de terrorisme catho dans le cas de l’IRA alors qu’on parle de terrorisme islamique dans le cas d’al Qaida. » C’est vrai mais est-ce vraiment approprié? Ces gens là prétendent tuer au nom de l’islam et que cela nous plaise ou non, il nous faut répondre à cette question simple: « leur interprétation du coran est-elle la bonne? » Non? De toute évidence, ce n’est pas clair pour tous les musulmans, il ne faut donc pas se lasser de le dire, de le répéter et de l’argumenter. Il est clair que cela ne suffira pas à enrayer la tentation du terrorisme chez certains jeunes occidentaux de confession musulmane (désolé mais pour le moment la grande majorité des terroristes arrêtés en Europe sont des européens!) mais au moins cela contribuerait-il à rendre lisible le discours des musulmans et à montrer qu’il y a une vraie majorité qui se refuse à toute justification du terrorisme.

Mais au fait, pourquoi ces jeunes sont ils attirés par le nihilisme d’al Qaida? Officiellement ce serait pour lutter contre l’oppression des musulmans à la fois par les régimes arabes corrompus et par l’occident. Noble idéal! Mais un idéal se juge d’abord par les moyens mis en oeuvre pour sa réalisation. Or pour al Qaida ces moyens sont: 1- tuer des innocents, 2-sacrifier ses propres soldats. Il me semble que la considération de ces moyens peut nous aider à comprendre la motivation profonde des sbires de Ben Laden.

Prenons d’abord le fait de tuer des innocents. C’est dans la pièce Les justes me semble-t-il (il s’agit là d’un souvenir très lointain, je peux donc me tromper sur le titre [mais pas sur l’intrigue of course!]) que Camus met en scène un terroriste qui renonce au dernier moment à tuer un tyran parce que ce dernier était accompagné de ses enfants. Ce faisant, Camus nous montre que quelle que soit la justesse supposée de notre combat, nous ne devons pas nous permettre d’employer les méthodes qui nous paraissent détestables chez nos adversaires. Si nous ne veillons pas à la pureté de nos armes, nous gagnerons peut-être la guerre, mais nous aurons perdu notre âme en cours de route. Aussi, même si nous mettons de coté le fait que les USA et l’Angleterre sont certainement en ce moment parmi les endroits ou il est le plus confortable d’être musulman au monde (je suis très sérieux : essayez donc d’être Sunnite en Iran, Chiite ou tout simplement femme en Arabie Saoudite, de porter le voile en France ou en Turquie et vous verrez!), le fait de tuer si massivement des innocents annule tout discours de justice que pourraient tenir les membres d’al Qaida. Le désir de faire triompher la justice sociale ou la pratique de l’islam me semble donc pour le moins accessoire chez les soldats d’al Qaida.

Considérons maintenant la seconde méthode d’al Qaida à savoir le fait de sacrifier allègrement ses propres soldats. Supposons que vous vous engagiez dans l’IRA, l’OLP ou même le Hamas: vous savez que vous avez une certaine probabilité de mourir. N’empêche que vous pouvez garder l’espoir de combattre pour votre camp, de gagner la guerre et de profiter du repos du guerrier quand vous aurez bouté les envahisseurs hors de votre patrie adorée. Pour un soldat du Djihad global actuel, la perspective est toute autre: on commence après le diplôme universitaire et on est à peu près sûr de se faire sauter avant 40 ans! Pourquoi accepter une telle carrière? Les milliers de vierges du paradis? Soyons sérieux, personne n’y croit vraiment! Si le paradis existe, il ne peut quand même pas se résumer à un Crazy horse (je ne résisterais certainement pas au plaisir de vous mettre le lien ici) amélioré! Je veux bien admettre que les fanatiques soient crétins mais pas à ce point. Pourquoi alors? Permettez-moi d’émettre une hypothèse que je serais le premier à qualifier de sauvagement spéculative. Cette hypothèse n’explique pas toutes les motivations des terroristes ni ne s’applique à tous les soldats d’al Qaida mais je pense vraiment qu’elle explique une partie de la force d’attraction d’une organisation aussi mortifère. Mon explication tient en trois mots : haine de soi. La haine de soi est une expression qui était utilisée à la fin du XIXe pour parler de certains auteurs comme Otto Weininger (Je vous mets un lien qui parle de lui : wiki ) qui, quoique juifs, se révélaient plus antisémites encore que les goys. A mon avis, elle s’applique parfaitement aux terroristes éduqués d’al Qaida: ces gens là détestent profondément ce qu’ils sont; ils se détestent en tant qu’individus et en tant que musulmans et le but de leur affiliation à al Qaida est d’abord l’autodestruction avant d’être la destruction de ce qu’ils ne sont pas et auraient voulu, en leur fond intérieur, être. Un peu tordu comme interprétation? J’avais bien prévenu que ce serait sauvagement spéculatif, non!!!?

Au fait, la phrase en épigraphe est du prophète Mahomet, vous savez, le type dont se réclament les terroristes d’al Qaida!

Hayek bis

Posted in Uncategorized by hadyba on août 11, 2006

Merci à Clément Levallois qui me signale que L’odre sensoriel n’est pas une oeuvre de vieillesse; Hayek l’ayant écrit en 1952 et sachant qu’il ne mourra qu’en 1992, ce serait là une bien longue vieillesse!

PS: Je vous mets le lien vers sa page : Clement Levalois

CERN et internet

Posted in Uncategorized by hadyba on août 11, 2006

Au fait, j’ai oublié de le préciser dans le post précédent mais c’est au CERN que se trouvait Tim Berners-Lee quand il a créé internet, je vous metsdeux liens pour les distraits qui connaitraient pas l’histoire. Le premier est en anglais, le second en français.

http://www.time.com/time/time100/scientist/profile/bernerslee.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tim_Berners-Lee

Hamlet, Genève et la théorie quantique

Posted in Uncategorized by hadyba on août 9, 2006

 »There are more things in heaven and earth, Horatio,than are dreamt of in your philosophy. »

Shakespeare

Cette phrase est définitivement ma préférée dans le Hamlet de ce cher vieux Shaky. Si nous comprenons comme lui par philosophie tout le savoir scientifique, elle nous rappelle que le savoir humain est toujours essentiellement incomplet. Garder cette phrase à l’esprit est à mon avis une assez bonne façon d’avancer parce qu’elle nous assure qu’il y a toujours de nouvelles choses à découvrir, de nouveaux champs de recherches à défricher mais surtout, elle sème en nous ce doute salutaire grace auquel nous gardons une petite distance et un regard critique sur notre savoir scientifique le plus établi. J’ai repensé à cette réplique de Hamlet en visitant le CERN la semaine dernière mais en attendant je vais un peu vous parler de Genève où je viens de passer mes vacances.

Vous avez bien lu, j’ai passé mes vacances à Genève! Là vous vous dites que c’est impossible: personne ne passe ses vacances à Genève. OK, j’aurais pensé la même chose il y a quelques années mais il se trouve que mon meilleur ami y vit ce qui me fait bénéficier de circonstances atténuantes. En plus, il y a bien des gens qui passent leurs vacances en France alors,… J’avoue que la première fois que je suis allé à Genève, j’ai été disons… étonné. C’est une ville calme, plutôt belle et apparemment très agréable à vivre. Comparé à Paris, c’est à bien des égards une sorte de paradis: on y trouve toutes les infrastructures d’une grande ville sans le stress permanent et surtout la rudesse des rapports humains qui sévissent dans la capitale française. De plus, les genevois sont polis, ce qui change un peu. Malgré tout je pense que je préfère le désordre parisien d’abord parce que j’adore les grandes villes bruyantes et stressantes (c’est un peu pervers et maso mais j’assume totalement) ensuite et surtout parce qu’il se dégage de Genève une impression d’efficacité et de propreté absolument effrayante. Un exemple vaut mieux qu’un long discours : j’ai assisté à un, hum disons, hum, sympathique carnaval. Certes, les processions m’ont marqué mais ce qui a encore plus retenu mon attention, c’est le fait qu’à la suite immédiate du défilé, progressant à la même vitesse, se trouvait la voirie qui nettoyait tout ce qui pourrait avoir été jeté par terre. La mairie de Paris peut, à mon humble avis, aller se rhabiller après ça! Quoiqu’il en soit, un tel niveau de performance dans la salubrité publique m’effraie un peu je dois avouer (imaginez-vous, vivre dans une ville dirigée par Bree van de Kamp de Desperate Housewives!). Un autre domaine où je préfère pour le coup franchement Genève à Paris est le cosmopolitisme ou plutôt le plurilinguisme: à Paris tout le monde est en quelque sorte  »obligé » de parler français alors qu’à Genève la plupart des gens parlent deux ou trois langues ce qui fait que la communication se fait indifféremment en anglais, en français, en italien, en allemand ou en espagnol. Personnellement je trouve un tel environnement plus agréable et enrichissant que celui dans lequel on demande aux enfants de  »sans-papiers » de ne pas parler leur langue maternelle s’ils veulent se faire régulariser!

Mais trêve de comparaisons, revenons à Shakespeare et au CERN. J’ai enfin visité le Centre Européen de Recherches Nucléaires où des physiciens du monde entier viennent tester leurs théories à l’aide des accélérateurs de particules. Le CERN se trouve à la frontière franco-suisse, sa visite est gratuite et inclut une mini-conf d’un chercheur sur le modèle standard, un film, très second degré, sur la glorieuse histoire du CERN (très bon film: ironique, drôle et instructif) et pour finir la visite (avec un guide qui est lui-même chercheur au CERN!) des accélérateurs de particules et du centre informatique. C’est la mini-conf sur le modèle standard qui m’a fait repenser à la phrase de Hamlet déjà citée. D’après la théorie quantique (et notre conférencier) en effet,  »Vacuum is not empty »: dans le vide se créent et s’annihilent en permanence des couples particules/antiparticules; tant que la somme totale est nulle, rien de grave pour un physicien. C’est d’ailleurs de cette manière qu’est survenu le big bang: des fluctuations du vide initial ont fait surgir de la matière et de l’antimatière. Le seul problème c’est que cette fois ci, au lieu que les charges s’équilibrent, il y avait légèrement plus de matière que d’antimatière ce qui fait que le processus ayant donné naissance à l’univers tout entier a pu s’enclencher. Pour le commun des mortels, c’est là un événement plutôt heureux; pas pour un physicien théoricien: il est anormal qu’il y ait une asymétrie entre la quantité de matière et celle d’antimatière. De là à envisager un être omniscient et fan d’asymétrie qui serait responsable d’un tel fiasco théorique, il n’y a qu’un pas que les croyants cultivés franchissent allègrement pensant renforcer leur foi. Personnellement, je crois qu’il vaut mieux ne pas appuyer sa foi sur quelque chose d’aussi fluctuant que la science.

Le second point du modèle standard qui m’a fait littéralement penser à Hamlet est le problème de la masse cachée: grace à la mécanique quantique et à la théorie de la relativité, les physiciens peuvent prédire la masse totale de l’univers. Cependant, cette masse totale théorique est largement supérieure à la somme de celle de la quantité de matière connue. Cela veut-il dire qu’il y a des particules élémentaires encore inconnues ou bien que certaines de celles déjà découvertes sont plus massives que nous le pensons? Dans l’un ou l’autre cas, nous pouvons convenir avec Le Prince de Danemark qu’il y a bien plus de choses dans les cieux et sur la terre que notre philosophie n’en saurait rêver. Ce qui est rassurant c’est de savoir que notre philosophie et notre science rêvent un peu plus qu’elles ne savent.

Quelqu’un a-t-il jamais lu  »l’ordre sensoriel » de Hayek?

Posted in Economie, Recherche by hadyba on août 4, 2006

����������� Aujourd’hui, je vais vous raconter quelque chose qui m’est arrivé il y a un certain temps déjà mais que je trouve un peu drôle et finalement assez éclairant sur les moeurs universitaires.

����������� C’était en 2003, j’avais écrit un papier dans lequel je m’intéressais à la théorie néolibérale et aux conséquences de son application sur les marchés financiers. Étant presque totalement incompétent en économie, mon angle d’attaque était le suivant:

  1. revenir aux sources théoriques du néolibéralisme, en dégager les principes et surtout le background épistémologique (parce que ça je sais faire, on ne peut pas être incompétent partout n’est-ce pas?!)
  2. Confronter cette théorie au fonctionnement des marchés financiers et montrer aux maîtres du monde que leur prétendue bible ne décrit même pas la réalité qu’elle prétend modéliser (OK, aucun vrai croyant ne s’est jamais laissé toucher par des arguments aussi bassement rationnels mais bon, je suis un indécrottable optimiste et de toute manière là n’est certainement pas la question. Où alors? Ben!!! Heu!!! Je sais pas moi!)
  3. Essayer de comprendre pourquoi ça ne marche pas en m’aidant des approches fractales et cognitivo-évolutionnaires de l’économie.

����������� Parler d’épistémologie, de mathématiques fractales, de théorie de l’évolution et de sciences co dans un même papier, faut dire tout de suite que j’adorais!

����������� Comme théoricien néolibéral typique, j’avais pris rien moins que Son Excellence Friedrich Von Hayek Himself, Prix Nobel d’économie et tout. Pour ceux que les titres n’impressionnent nullement, Hayek c’est le type qui soutient très sérieusement qu’il ne faut surtout pas aider les pauvres ou les chômeurs parce que ce faisant nous faussons l’équilibre d’un système économique qui, laissé à lui-même, se stabiliserait en maximisant l’intérêt général. Cela semble assez Panglossien (souvenez-vous: Pangloss, le maître Leibnizien de Candide dont la maxime était : «�Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes�»), mais le pire c’est que je n’exagère presque pas sa position (OK, un peu pour le fun mais pas plus.) J’avais donc pris Hayek comme repoussoir et avais consciencieusement lu ses textes pour bien m’assurer de ne pas travestir sa pensée.

����������� Assez fier de moi, j’avais présenté une ou deux fois mon papier devant d’autresétudiants et profs pour recevoir des critiques et l’améliorer avant de passer à autre chose. Et à chaque fois le mêmeconseil revenait: «�Vous devriez vraiment lire  »L’ordre sensoriel » de Hayek, c’est dans ce livre qu’il expose les fondements de sa théorie économique.�» Bon garçon et chercheur dévoué, je pris note de cette remarque en priant de n’avoir pas fait de contresens sur la pensée du Grand Homme du fait de mon ignorance cette oeuvre majeure (Ca t’apprendra à parler de choses qui te regardent pas, t’avais qu’à écrire de la vraie philo, me gourmandais-je illico). Quelques mois plus tard, j’eus enfin l’occasion de lire ce livre (à Beaubourg pour les parisiens que ça intéresse.) et là quelle ne fut ma surprise de voir que ce livre était certes génial, mais traitait de … psychologie! En fait Hayek avait toujours eu tout au long de sa longue vie un intérêt marqué pour les mécanismes cognitifs humains et vers la fin de sa vie s’était décidé à mettre sur le papier ses intuitions, informations et spéculations. Ce livre est absolumentgénial parce que Hayek y invente carrément ou y redécouvre parfois des théories ou deslois psychologiques (si je me souviens bien, la loi de Hebb entre autres et le connexionnisme.) Le seul problème c’est que le lien entre ces théories psychologiques et le libéralisme de Hayek me paraissait et me paraît toujours pour le moins ténu! De plus, aucune des personnes qui me conseillaient si doctement de me pencher sur l’ordre sensoriel (et même parfois The sensory order, l’anglais c’est quand même plus classe!) n’avait pris la peine de me préciser que le livre traitait de psychologie. Étant donné que c’est quand même là un détail important et que l’on remarque presque immédiatement, une petite voix dans ma tête soulève parfois cette question: l’une de ces personnes a-t-elle jamais lu ce livre qu’elles me conseillaient tellement sans jamais préciser qu’elles ne l’avaient même jamais feuilleté? Bien sûr j’étouffe toujours cette voix impertinente parce que si on ne peut plus faire confiance à ses profs, où irait donc le monde?!!!���