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Harry Potter peut-il mourir?

Posted in Uncategorized by hadyba on août 2, 2006

Beaucoup ne voient dans la série des Harry Potter qu’un superbe coup éditorial ou une histoire de sorciers tout juste bonne à amuser des enfants. J’avoue que je n’étais pas loin de partager cette opinion jusqu’à ce qu’une ado à laquelle je donnais des cours me fasse lire mon premier Harry Potter. J’ai alors été émerveillé: non seulement JK Rowling a réussi à créer un monde fantastiquement riche et totalement cohérent, mais en plus, elle transmet des valeurs. Sous couvert de raconter les aventures de ces jeunes sorciers, Rowling mène une réflexion sur la nature du Bien et du Mal, l’acceptation de la différence, le rapport à la mort, la loyauté and so on…

Bien sûr, du fait que Harry Potter combat le mal absolu personnifié par Lord Voldémord, certains critiques ont classé les livres parmi ceux produits par la réaction conservatrice actuelle. Et effectivement on pourrait facilement rapprocher ce combat de la lutte contre le terrorisme: dans les deux cas, il y a un bien et un mal clairement identifiés, dans les deux cas, les adversaires tiennent un discours manichéen et dans les deux cas, la lutte est une lutte à mort (souvenez-vous du «I want them dead or alive!» de ce cher Bush Jr ) A une époque où règne le relativisme postmoderne qui a comme credo sacré que la vérité, le bien et le mal sont relatifs au cadre de référence à l’aune duquel on les mesure, le moins que l’on puisse dire est que le message implicite des Harry Potter est quelque peu iconoclaste!

Malgré tout, je me demande si la manichéisme de façade de ces livres n’est pas l’une de leurs plus grandes qualités. En effet, assumer sans complexe que le mal existe nous permet d’abord de faire usage de notre libre arbitre: tout ne dépend pas de nous mais à un moment donné, nous sommes simplement face à une réalité inacceptable et devons prendre nos responsabilités pour la changer. Ensuite, le mal permet de mettre en scène toute la fragilité du bien. Il y a quelque chose d’assuré, de permanent et donc de séduisant dans la vision du monde de Lord Voldemort: chaque être a sa place dans une hiérarchie immuable. A l’inverse, le bien semble être essentiellement un principe désorganisateur. Harry Potter et ses amis se permettent de désobéir à tout bout de champs à leurs professeurs, y compris à Dumbledore. De plus, alors que Voldemort et ses sbires étalent leurs certitudes, il y a toujours des divergences entre leurs opposants sur la stratégie à suivre, sur la valeur des informations recueillies… Harry Potter n’est en aucun cas un leader incontesté: il doit toujours convaincre ses amis, répondre à leurs critiques sans parler de ses propres doutes! C’est là me semble-t-il la plus grande réussite de Rowling: montrer qu’il n’est pas besoin d’être fanatiquement attaché à des certitudes pour entrer dans l’arène. Cela a certes un coût. Par exemple quand Dumbledore demande à Harry de soutirer des informations au Professeur Slughorn (désolé je ne sais comment ce nom a été traduit dans l’édition française: j’ai lu le dernier tome en anglais. Slughorn est l’intriguant nouveau prof de Potions.), Harry se consacre à une tâche à son avis plus importante: espionner Malefoy. On imagine mal à l’inverse, un mangemort faisant passer au second plan les ordres de Lord Voldemort! C’est cette liberté laissé à chacun qui fait toute la fragilité du bien face au mal; mais c’en est également l’essence. Prenons un exemple: dans une démocratie on peut exprimer son opposition à ce qui est considéré par la majorité comme l’intérêt national, on sera certes accusé de haute trahison mais on restera libre d’être un sale traître. Dans une dictature, les traîtres sont impitoyablement éliminés. Ainsi Mussolini peut-il gagner des élections libres puis rentrer au parlement avec un flingue pour intimider les députés!

Harry Potter souligne donc la nécessité de s’engager et la fragilité du bien. J’accepte que cette fragilité soit une caractéristique essentielle du bien. Cependant j’ai été assez choqué de lire dans Le Monde que JK Rowling affirmait que Harry Potter pourrait mourir dans le dernier tome. Il me semble que c’est là aller un peu loin dans le réalisme! L’argument qu’elle avance c’est que Lord Voldemort est le mal absolu et que combattre le mal absolu ne se fait pas sans séquelles. Tout à fait d’accord, mais il me semble que tuer Harry Potter serait presque une manière de dire que le mal est toujours supérieur au bien. Cette conclusion ne me plairait pas du tout, j’en préférerais une qui nous montrerait que l’on peut rentrer dans l’arène parce que notre devoir nous enjoint de le faire, combattre en respectant les règles (pas de tortures, on ne bombarde pas des civils… La convention de Genève quoi!) et gagner malgré tout parce que l’amour est plus fort que la haine et la destruction. C’est utopique? Perhaps mais l’un des rôles de la littérature n’est-il pas de nous fournir les utopies que nous essayerons de réaliser ?

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