Hady Ba's weblog

Gunther Grass comes out!

Posted in Uncategorized by hadyba on août 24, 2006

"Ma position est la suivante. Otez tout espoir de votre vie,

et là, quand vous êtes au fond du gouffre, dans une situation

réellement sans espoir, commencez à travailler."

Gunther Grass(1969)

Il a fait son coming out! Après presque soixante ans de silence, le grand Gunter Grass, Prix Nobel de littérature 1999, conscience morale de l’Allemagne et compagnon de route des sociaux-démocrates allemands a craqué et vient enfin de révéler son grand secret: durant la guerre, il a fait partie des terribles Waffen SS. Dans notre imaginaire collectif, les SS viennent juste après la Gestapo dans la course pour l’attribution de la médaille d’or de l’ignominie. Et encore, sachant que ce sont les SS qui étaient en charge de la gestion des camps de concentration, on se demande si la prééminence dans l’horreur accordée à la Gestapo n’est pas quelque peu injuste.

Les réactions ne se sont bien évidemment pas faites attendre. D’abord des théoriciens du complot de droite: si Grass nous a pourri la vie durant toute la guerre froide avec son gauchisme larmoyant, c’est parce que la Stasi le faisait chanter l’obligeant à défendre les intérêts des communistes. J’aimerais pas dire mais ce sont les troupes US qui l’ont arrêté à Marienbad à la fin de la seconde guerre mondiale et en plus, je viens de relire une interview de Grass dans le Magazine Littéraire datant de 1969 dans laquelle il attaquait autant les marcusiens (Personnellement j’aime bien Marcuse faudra qu’un jour je le lise sérieusement mais là n’est pas la question, revenons à nos moutons!) et autres gauchistes extrêmes que les anciens nazis de droite comme de gauche! En fait, les réactions les plus violentes sont peut-être venues des anciens amis de Grass. Leur critique est double: 1-Grass n’avait pas le droit de nous faire ça! Il a été notre guide pendant si longtemps; il nous devait la vérité. 2- Cet aveu tombe commercialement beaucoup trop bien: cette autobiographie se vendra comme des petits pains, c’est vraiment écoeurant!

Évacuons tout de suite la seconde critique: si un prix Nobel a besoin d’argent, il n’a pas besoin de créer un scandale ou de faire des révélations fracassantes sur sa vie. Il lui suffit d’aller enseigner, pardon donner des conférences, à Harvard, Yale, Princeton ou toute autre fac de la Ivy League. Ils sont pas comme nous, les Nobel : il leur suffit de prendre l’avion et de bavarder quelques heures pour que l’argent leur tombe dessus.

Maintenant est-ce que Grass devait la vérité à ses amis? A première vue, j’aurais tendance à répondre oui, mais après réflexion, j’avoue que je n’en suis plus si sûr. Pour comprendre mon point de vue, faisons un détour par le poste de police. Dans les films et les romans policiers, il y a toujours un flic qui pose cette question en forme d’accusation : « Vous avez quelque chose à cacher? » Cette phrase sous-entend que si nous nous refusons à la transparence la plus totale, nous sommes forcément coupables de quelque chose. C’est de la pure logique policière, mais sommes-nous obligés de nous y conformer et d’être des flics pour nos amis? Après tout si un de nos amis a honte de quelque chose ou estime simplement qu’un épisode de sa vie est privé et devrait le rester, n’est-ce pas à lui et uniquement à lui d’en décider? Ce qui est fascinant avec la pudeur, c’est qu’elle n’a pas de place précise: tel ne parlera jamais de ces échecs, tel autre jamais de ses succès, tel ne montrera jamais son corps, telle autre montrera volontiers ses seins mais jamais ses… orteils, etc. Bien sûr, quand nous ouvrons notre coeur à quelqu’un, nous estimons mériter en retour qu’il en fasse de même; mais y bien réfléchir, une telle attente revient à penser l’amitié, les rapports humains, sur le modèle du commerce. Alors, si Gunther Grass a été Waffen SS pendant trois mois, et à l’age de 17 ans en plus, s’il en a eu tellement honte qu’il n’a jamais osé l’avouer par la suite, je préfère compatir à la culpabilité qui a du le ronger toutes ces années, à la honte qu’il a du éprouver en voyant de plus en plus de personnes lui ériger des statues alors qu’il était persuadé de ne pas mériter de tels honneurs. Peut-être même cette honte et cette douleur ont-elles été le moteur qui l’a mu toutes ces années et l’armure qui l’a protégé de l’hubris qu’une trop grande gloire peut provoquer. Écrire du fond du gouffre vraiment…

Au fait, une dernière précision: les Waffen SS n’étaient pas vraiment les SS: alors que la SS était une force paramilitaire et policière nazie s’occupant essentiellement de la sécurité intérieure du Reich et de la gestion des camps de concentration, la Waffen SS était une unité d’élite, émanant certes des SS, mais engagée dans les champs de batailles les plus chauds et encadrant les supplétifs étrangers. De vrais militaires quoi!

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