Hady Ba's weblog

Steinbeck, les souris et les boat-people africains

Posted in Afrique, Littérature, Politique, Sénégal, Spéculation gratuite by hadyba on août 28, 2006

Ce weekend j’ai discuté avec une de mes amies de Dakar. A un moment, la conversation a tourné autour de toutes ces personnes qui embarquent à bord de pirogues absolument inadaptées pour essayer d’atteindre les îles Canaries. C’est vraiment stupide lui disais-je. Et que l’on m’épargne le couplet sur la misère : une fois en Espagne, ne parlant pas espagnol, souvent sans qualifications et sans papiers, ils vivront dans une misère encore plus noire et qui ne sera même pas éclairé par un temps clément. [Décidément, je ne me fais toujours pas à l’hiver au bout de 4 ans!] Et là, mon amie m’a confié une chose qui m’a un peu coupé le souffle et expliquerait le comportement, à première vue suicidaire, de ces personnes. Selon elle, une rumeur persistante dans les quartiers pauvres du pays veut qu’en Espagne il y ait pénurie de main d’oeuvre dans les fermes, le bâtiment and so on. Étant donné que ce sont là des emplois qui ne demandent pas vraiment de qualifications et qu’ils sont prêts à travailler, il n’est pas irrationnel que ces jeunes fassent le voyage. OK, mais c’est quand même franchement stupide de prendre la pirogue pour un si long périple non? Bof, il suffit juste d’être un peu désespéré (Ex: vous avez 33 ans, n’avez jamais travaillé de votre vie, squattez chez des parents qui ne gagnent eux-mêmes pas beaucoup d’argent, ne voyez aucun miracle par lequel vous trouveriez un emploi et observez que la majorité de vos amis sont dans la même situation que vous.) et de n’avoir aucune notion de navigation, pour se laisser tenter…. La question que se posait mon amie était celle de savoir si ce n’étaient pas les fabricants de pirogues qui faisaient courir ces rumeurs. Personnellement je me garderais bien d’accuser sans preuves une si respectable corporation qui prend le relais quand Air France et les autres compagnies aériennes se refusent à assurer…

Cette histoire de rumeur m’a en tout cas rappelé un livre de John Steinbeck qui a été adapté, je crois, au cinéma: Les raisins de la colère. Dans ce livre, Steinbeck nous fait suivre une famille de petits fermiers du Midwest qui décident d’émigrer en Californie. Petit à petit, on se rend compte que cette famille suit un mouvement général qui voit la majorité des agriculteurs de cette région partir vers l’ouest. Ce déplacement est motivé d’abord par la pauvreté: leurs fermes sont hypothéquées et ne rapportent plus assez d’argent pour payer les traites et nourrir la famille mais surtout ils reçoivent de très beaux prospectus dépeignant la Californie comme le paradis sur terre où les salaires sont élevés et où on n’a qu’à poser un fruit par terre pour qu’un arbre fruitier pousse. Non seulement le voyage est d’une tristesse infinie (globalement, le livre est très triste quoique souvent on ne puisse s’empêcher de rire.) mais en plus, un fois sur place, nos voyageurs se rendent compte qu’il y a plus de postulants que d’emplois grace à l’exode massif des midwesterns. Ce qui fait que l’on se demande qui imprimait ces prospectus: les banquiers désirant récupérer les terres et les revendre à de gros exploitants ou les fermiers californiens désirant attirer de la main d’oeuvre bon marché? De plus ils sont victimes de la xénophobie des autochtones qui les appellent tous Okies même quand ils ne viennent pas de l’Oklahoma. Les raisins de la colère est l’un des meilleurs de la période communiste de Steinbeck et se termine par une sorte de sermon affirmant que le mépris et la misère économique étaient le terreau sur lequel s’épanouiraient les raisins d’une colère juste des prolétaires et d’une révolution. Dans le cas du Midwest d’après la crise de ’29 tout comme dans le cas des boat-peoples africains actuels, il y a des gens qui profitent de la misère des uns pour s’enrichir mais personnellement je ne crois pas vraiment à la révolution. En revanche je crois en la science et en l’égoïsme humain, c’est pourquoi je m’en vais vous parler de la psychologie des souris.

Une expérience de psychosociologie assez connue est la suivante: on prend des souris et on les met dans un milieu confiné avec des ressources limitées. Au début les choses se passent très bien. La communauté souris s’agrandit tranquillement et harmonieusement. Puis, à mesure que la population augmente et que les ressources se raréfient, les souris commencent à se battre entre elles, des maladies surviennent et le taux de mortalité augmente jusqu’à ce que la population revienne à un niveau compatible avec les ressources disponibles. Quel est le lien avec l’Afrique? Je sais que tout le monde va hurler devant tant de naturalisme voire de cynisme, mais je pense que dans la plupart des pays africains, nous nous trouvons exactement dans la même situation que ces souris i.e. confinés dans un espace clos avec des ressources très limitées (ou en tout cas très injustement réparties). La différence est que nous avons un cerveau plus grand ce qui fait que les plus pauvres se rendent compte de leur situation et essaient par tous les moyens de fuir cet espace confiné. Voici pour la science. Pour l’égoïsme, nous avons besoin de nos voisins du Nord qui n’ont aucune envie de se faire envahir par des bateaux d’immigrants clandestins. Cet égoïsme me semble être une chance pour les pays pauvres parce qu’une fois qu’il sera clair que les murs et patrouilles ne suffiront pas à stopper les clandestins, les européens n’auront d’autre choix que de promouvoir un système international plus juste dans lequel, par exemple, le paysan du Mali ne sera pas obligé d’abandonner sa ferme parce que les subventions aux producteurs du Nord empêchent son coton d’être compétitif. En attendant cette prise de conscience, nous pouvons toujours soutenir Madonna et Jeffrey Sachs!

PS: Je trouve ce post vraiment pourri mais je vais probablement le mettre alors si t’es arrivé jusqu’ici cher lecteur, soit t’es maso, soit ce post n’est finalement pas si pourri que ça. Dis-moi ce qu’il en est STP!

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7 Réponses

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  1. Anonyme said, on août 28, 2006 at 1:11

    Je ne sais pas si ça prouve quelque chose que je sois arrivée vers la fin, mais en tout cas je ne suis ni maso, ni fine bouche! 😉

    Enlève les quelques dernières lignes du PS (non non pas le parti socialiste vous l’aurez compris)et là je pourrais enfin dire que ton article est réussi. :)J’ai bien aimé le lien fait avec l’étude faite sur les souris, quoique je la trouve peut être un peu trop simpliste pour la rapprocher du problème dont tu parles. Peut être faisais tu aussi référence à « des souris et des hommes »…

    Je ne crois pas en tout cas que ces gens aient un comportement suicidaire. Dans ce cas nous pourrions dire que nous avons tous un tel comportement! Ces gens sont surtout désoeuvrés, ils croient à tord qu’une vie meilleure les attend à l’étranger. Et malheureusement c’est soit la mort qui les attend sur la mer, soit c’est l’expulsion arrivée à bon port. Mais malgré tout, ils recommenceront, essayeront une fois de plus de tenter leur chance par tous les moyens. Avec une bien maigre perspective d’avenir…

    Ton article me fait penser aussi à la situation au niveau de la frontière USA-mexique. Regarde le nombre de clandestins qui arrivent à passer la frontière. Une fois là bas ils chercheront du travail. On peut voir dans certains reportages passés en boucle à la tété, que des employeurs peu scrupuleux viennent même les chercher pour les faire travailler à peu de frais!! Je trouve ça assez scandaleux d’exploiter les gens comme ça. Presque esclavagiste…

  2. Anonyme said, on août 28, 2006 at 4:02

    Merci Emy, c’est vrai, il y a un peu de provoc et un clin d’oeil à Des souris et des hommes dans mon évocation de cette expérience mais je pense aussi que c’est pertinent. En fait, je pene qu’il y a beaucoup à apprendre d’une application des résultats d’éthologie et de psychologie aux mouvements sociopolitiques. En tout ça me semble bien plus pertinent que les théories culturalistes actuelles!

  3. Anonyme said, on août 29, 2006 at 1:58

    je ne suis pas maso du tout et suis l’avis d’Emy car c’est aussi le mien gros bisous et continue come ca !!!

  4. seinecle said, on août 29, 2006 at 6:19

    Oups ! j’ai ripé et je crois que mon commentaire s’est effacé ! En deux mots, je disais que :
    – Les Raisins de la colère est un de mes romans préférés, c’est… un livre magnifique.
    – Ton évocation des souris dans les labos me laisse bcp moins optimiste que toi,
    – Les théories éthologiques et plus largement les explications naturalistes des comportements sociaux me laissent jusqu’à présent sceptique. Après, il en existe une grande variété, plus ou moins déterministes, … tout ça demanderait de longues discussions, sans certitude d’aboutir, d’ailleurs 😉

  5. Anonyme said, on septembre 12, 2006 at 2:57

    Les raisins de la Colère fait partie de mes lectures les plus marquantes, pas vraiment sur le plan des idées (on peut difficilement passer à côté), mais sur celui de l’écriture. Je suis restée scotchée telle Pippin aux prises avec le Palantir! Encore un que les Anglais n’auront pas!

  6. Anonyme said, on novembre 28, 2006 at 6:48

    j’aime bien cette article. En tout cas je ne suis pas maso pour un sous car ,e je suis bien arriver a la fin. La comparaisont entre les souris et les hommes concernant leur comportement dans un cas précis qui est la restructione de nourriture au fure et à mesure que la population augmente est trés réaliste. les souris et les hommes se comporte pareil. En tout cas les africains pense ke l’europe est un eldorado pouvant rapporter de l’argent. Hélas nous même européen nous avons des soucis pour trouver du travail. Je trouve sa bête qu’il yen ai qui profite de la crédulité des gens partant à la recherche de l’argent. C’est de l’esclavage. J’appel sa de l’esclavage du nouveau siècle. Nous tous des hommes et tant que le nord aura pas piger que le sud ne sont pas des animaux, ce trafic continura et les gens continurons à périr en pleine mer ou à se faire rapatrier chez eux, car il s sont sans papier. De toute façons sa sers à koi de les renvoyer alors qu’il font tous pour revenir. Autant les aider à trouver du travail chez eux et les aidé à exploiter leurs proppre richesses, même si celle ci sont maigreS.

  7. Anonyme said, on mars 19, 2007 at 8:17

    Finalement, rezo.net est un lieu où on fait des rencontres interéssantes. (Piqué je l’avoue, par un intérte bien ethno-centré) j’ai suivi leur lien vers ta petite blague sur l’islamisation de l’europe et les champs elysées bloqués le vendredi. J’ai commencé à picorer au grès des titres attrayants (voila comment un blog finit par relèver du marketing de presse). Je maintiens : interessant.

    Pour revenir aux nouveaux boat people, j’ai failli etre d’accord avec toi : sur le fait que le post était pourri. En effet il me semble simplfier parfois le problème des ces pauvres hères et faire défaut serieux d’empathie. Ou alors tu refuses de mettre des gangs. Ou alors tu ne sais pas. Ou alors tu ne dis pas tout ce que tu penses. Ou alors ..? Anyway, je retire un mot : ce post était aussi… intéressant. (grr!). Peut etre suis trop émotif quand (dans mon blog) je me lache sur le sujet de ces boat people. Je t’inviterais à lire si je pouvais.

    Doomu Rewmi.


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