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Pourquoi le jazz est notre vrai sauveur

Posted in miscellaneous by hadyba on octobre 7, 2006

C’est Hubert Reeves ou Stephen Jay Gould (je ne me souviens plus lequel des deux et n’ai aucun moyen de vérifier pour le moment, sorry!) qui a une fois écrit que la nature jouait du Jazz. Cette analogie se comprendra si l’on compare un concert de jazz à un concert de musique classique. La qualité du concert classique réside certes dans l’inspiration ou la capacité à ressentir et à transmettre l’émotion contenue dans le morceau qu’il interprète, mais c’est avant tout un exercice tendant à interpréter la partition écrite par le compositeur et dans ce cadre la fidélité est chose importante. A l’inverse, dans un concert de jazz, la fidélité est presque un péché mortel. Les musiciens de jazz suivent un thème mais improvisent largement à chaque concert. Chaque concert est alors un nouveau recommencement d’où peut surgir soit une fidèle interprétation, soit un miracle par lequel le morceau se recrée totalement. Soutenir que la nature joue du jazz, c’est dire que la création, l’apparition des espèces ne s’est pas faite selon un plan préétabli mais par une sorte d’improvisation autour de thèmes reconnaissables par la science.

J’ai repensé à ce caractère jazzy de la nature en discutant avec un ami Houellebequien gentil. Je sais, c’est étonnant, mais il y a des personnes dont je pense que nous pouvons sans injustice les qualifier de Houellebequien ; plus étonnant encore, certains de ces Houellebequiens ne sont pas misanthropes et encore plus surprenant, certains de ces Houellebequiens-pas-misanthropes-et-même-gentils, sont mes amis ! Je discutais donc avec mon ami Houellebequien gentil, et en bon Houellebequien il soutenait que le clonage préconisé à la fin des Particules élémentaires était tout à fait viable. En fait, cela lui semblait même carrément souhaitable voire la seule solution intelligente pour éradiquer la majorité des problèmes que l’humanité connaît actuellement. Imaginez-vous donc, vous sélectionnez un nombre limité de patrimoines génétiques qui sont les meilleurs possibles, vous faites de sorte que chaque membre l’humanité hérite de l’un de ces patrimoines et vous veillez bien à ce que tous les épidermes soient de la même couleur. Ne serait-ce pas la fin de la plupart des maladies, du racisme et même des chocs culturels pour peu que ce clonage s’accompagne d’une unification culturelle !

A priori, c’est là une idée totalement sensée; non seulement progressiste mais également humaniste. Le seul problème c’est que la nature joue du jazz. Je m’explique, s’il y avait une partition qui était scrupuleusement suivie comme dans le Classique, les maladies qui nous guettent pourraient être répertoriées une fois pour toutes et nous pourrions définir un génome optimal dont nous nous arrangerions pour que toute l’humanité le partage. Les hommes seraient alors protégés contre toutes les maladies possibles et l’utopie de Houellebeque serait une bonne solution. Mais, étant donné que la nature fait du jazz, de nouvelles maladies apparaissent sans cesse et le clonage est dangereux parce que si l’on formate l’humanité et qu’il apparaisse une maladie à laquelle nous résistons mal, c’est l’humanité toute entière qui sera décimée. Nous aurons peut être éradiqué le racisme et certaines maladies, mais au prix d’un suicide collectif. Face à l’ambiance jazzy qui règne dans la nature, le salut de l’humanité ne viendra donc pas du clonage mais de notre essence Jazzy i.e. du fait que notre génome change au cours de la reproduction nous apportant parfois de nouvelles protections contre des maladies qui ne sont même pas encore apparues ! Ces mutations ne peuvent pas prendre n’importe quelle forme et c’est ce qui en fait du vrai jazz : il y a un thème général autour et à partir duquel se fait l’improvisation. Il se pourrait donc bien que la survie de l’humanité ne soit du qu’à notre capacité à jouer du jazz avec notre génome. J’aimerais pas dire mais si l »on y réfléchis vraiment, cela veut dire que si Miles était un bon jazzman, vous êtes encore meilleur que lui vous qui faites du jazz avec votre génome et qui êtes toujours sur terre!

PS : Je suis sûr que vous vous demandez pourquoi je choisis Keith Jarrett pour illustrer ce post. C’est parce que ce pianiste génial est l’illustration presque caricaturale de perfection de ma théorie du Jazz. Il est connu pour être capable de vous faire vivre soit le meilleur concert de votre vie soit le pire en fonction de son inspiration du moment.