Hady Ba's weblog

Katrina & le phénomène NIMBY

Posted in miscellaneous by hadyba on octobre 11, 2006

NIMBY = Not In My Back Yard – Pas dans mon arrière cours.

Les nimbies sont une race pas si nouvelle que ça, qui peut parfois aimer les pauvres, mais aime bien quand les pauvres vivent loin des quartiers nimbies et ont le bon goût de ne pas trop étaler leur misère.

Un an après l’ouragan Katrina, on voit se déployer le phénomène NIMBY dans toute sa splendeur. Paradoxalement, les quartiers pauvres ne sont pas nécessairement les plus touchés. Le problème c’est que les pauvres, par définition, n’ont pas d’économies. Du coup, il leur est impossible de reconstruire leurs maisons qui, bien évidemment, ne sont pas assurées. Il ne leur reste donc plus qu’à vendre leurs maisons et à essayer de recommencer leur vie ailleurs. La classe moyenne supérieure de la Nouvelle Orléans est ravie de cette aubaine. Vous rendez-vous compte? Virer tous les pauvres d’une ville, racheter leurs bicoques généralement bien situées, les raser et reconstruire une ville nouvelle où il n’y aurait que des gens du même niveau socioculturel; c’est là le rêve de tout NIMBY qui se respecte non?

OK, qui dit Nouvelle Orléans dit jazz, non ? Ce qui m’a fait hurler de rire (manière de parler, j’étais plutôt infiniment triste d’un tel gâchis!) c’est de voir le type qui était en charge de la culture dans le consortium de richards qui pilote la reconstruction. Le mec est avocat et businessman et il a des idées très claires :  »La Nouvelle Orléans, dit-il en substance, doit parier sur ce qu’elle a déjà : son capital culturel. Nous sommes le berceau du jazz? OK, vendons ça. Nous deviendrons la capitale d’un tourisme culturel rationalisé. Les gens viendront de partout pour écouter du jazz, visiter Bourbon Street and so on et il n’y aura aucun raté. Ca rapportera beaucoup d’argent à cette ville. »

Je ne doute pas un seul instant du succès de cette entreprise. Toute la Louisiane pourrait bien se transformer en un vaste Disney Jazzy où on viendrait écouter un jazz aseptisé. En plus, ayant viré les pauvres, il est évident que la criminalité va diminuer. Le seul problème c’est qu’il se pourrait bien que l’on se rende compte après coup que les pauvres que l’on a viré étaient ceux là même qui créaient ce jazz qui sert de fonds de commerce à la ville. Un problème ? Je suis sûr que l’honorable avocat en charge de la culture trouverait que c’est là un détail insignifiant; sans compter que cette idée que les pauvres seraient les créateurs du jazz est plus que douteux : après-tout Miles Davis était fils de médecin !