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Colonisation, objectivité scientifique et commedia dell’arte

Posted in Afrique, France by hadyba on octobre 21, 2006
« La colonisation était un mal nécessaire. »
LS Senghor

En général, les débats franco-français sur l’utilité supposée de la colonisation pour les colonisés me font, au mieux, sourire. C’est totalement prévisible. Nous avons d’une part des français, dits de souche, i.e. tout blancs qui soutiennent qu’après tout, la colonisation n’était pas si terrible que ça. Et ce d’autant plus que, si l’on y réfléchis bien, la colonisation a apporté à ces pays la civilisation, la modernité et la prospérité. En face, nous avons bien évidemment ce qu’il est convenu d’appeler un français-issu-de-l’immigration (marrant mais j’ai jamais entendu personne qualifier Ted Sandler, Stephen Smith ou Nicolas Sarkozy de français issu de l’immigration!), i.e. un noir ou un arabe, qui adopte une posture morale et soutient que la colonisation était le mal absolu avec ses cortèges de frustrations, travaux forcés et exploitation économique. De tels débats sont, à mon avis, tout sauf objectifs et leur but est moins de parler de la colonisation que de régler des comptes et d’éviter de parler de problèmes politiques et sociaux qui se posent ici et maintenant à la société française. Je pense que si l’on classe ces débats dans la catégorie qui esst la leur à savoir la farce involontaire qui accompagne toute vie démocratique qui se respecte, il est tout à fait possible d’apprécier le spectacle en connaisseur et même de sourire un peu en remarquant par exemple tout le génie du subtil appel du pied que constitue pour des députés de la droite dite républicaine le vote d’une loi aberrante mais qui a le double mérite de plaire aux Harkis et à l’extrême droite !

Ce qui me fait moins sourire en revanche, ce sont des livres d’universitaires qui sous prétexte d’objectivité scientifique, tiennent des discours pour le moins, douteux. Je pense ici à Daniel Lefeuvre que j’ai entendu parler de son nouveau livre dont le titre est : Pour en finir avec la repentance coloniale. Son idée est la suivante : il faut arrêter de céder aux demandes d’excuse et de regretter la colonisation comme si elle était une entreprise absolument horrible parce que, quand on fait une analyse économique de la colonisation (notamment algérienne), on se rend compte que la France a dépensé plus d’argent qu’elle n’en a retiré. Et voilà pour tous ces naïfs ignorants pleins de bon sentiments qui pensaient que la colonisation était une entreprise d’exploitation et d’asservissement! Apportons de l’eau à son moulin, depuis que les anciennes colonies sont indépendantes, elles vont encore plus mal qu’avant. Pas assez d’eau? J’apporte carrément un torrent : Senghor lui-même a écrit : « La colonisation était un mal nécessaire. »

Fin de la douche, l’eau était juste à la bonne température merci de poser la question, encore que le torrent…, non mais ça va quoi!.

J’avoue moi-même, je suis passablement énervé par les perpétuelles repentances, demandes de réparation, accusations and so on. N’empêche que je crois que là, il y va quand même un peu trop fort. Nonobstant (comment ça tu m’autorise pas à nonobster? Je nonobste autant que je veux dans mes posts. Désolé mais c’était vraiment trop tentant.) le fait que j’aimerais bien voir ses chiffres et leur mode de calcul (Je me suis laissé dire qu’il était déjà arrivé que des gouvernements bidouillent leurs statistiques), je me demande si un tel état de fait ne prouverait pas d’abord que l’incompétence de la haute fonction publique française est une tradition remontant à au moins un siècle plus qu’autre chose. Plus sérieusement, je pense qu’il suffit d’étudier le système économique colonial pour voir que cette argumentation en faveur de la colonisation ne tient absolument pas la route. Dans un système économique normal, les dirigeants sont censés faire des choix en fonction d’intérêts endogènes, alors que dans un système colonial, c’est la métropole et une élite métropolitaine établie sur place qui décident des priorités économiques. De ce fait, l’agriculture, tout comme les productions industrielles locales sont profondément modifiées pour satisfaire à des intérêts externes. Qu’un historien qui se pique d’économie et d’objectivité ne voit pas cette caractéristique élémentaire me semble assez effrayant.

Si vous le permettez, j’aimerais revenir à mon torrent, quand Senghor dit que la colonisation était un mal nécessaire, il se laisse encore une fois avoir par son goût pour les belles formules, il suffit cependant de lire les récits des premiers explorateurs arabes(Ibn Battuta par exemple) et européens (René Caillé…) pour se rendre compte que cette idée reçue est pour le moins discutable : les empires africains pré-coloniaux étaient parfaitement structurés et administrés avec un système d’éducation qui allait parfois jusqu’à un niveau universitaire (cf. Tombouctou).

 

Vous remarquerez qu’à aucun moment, je n’ai parlé du fait que la colonisation avait eu un coût humain absolument effroyable s’étant accompagné de travaux forcés institutionnalisés et d’un arbitraire total; cela ne veut bien évidemment pas dire que je pense que c’est là un détail de l’histoire, comme dirait un politicien français bien connu; il me semble juste que ce n’est pas là la seule ligne d’argumentation possible, ni la réponse appropriée quand des profs se servent de leur soi-disant objectivité scientifique à des fins spécieuses.

 

PS : Si vous voulez lire une vraie farce ayant pour toile de fond la colonisation mais alors là, vraiment drôle, je vous conseille L’étrange destin de Wangrin de Amadou Hampaté Ba : c’est mille fois mieux que les débats politiques français!

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