Hady Ba's weblog

Happy 2007,

Posted in Uncategorized by hadyba on décembre 31, 2006

« Que 2007 apporte de la vie à votre

année et non une année à votre vie. »

J. Séguéla

Ayant passé un Noël assez solitaire, j’avais décidé de lire le livre que j’avais pris à la bibliothèque et qui traînait depuis un certain temps déjà au pied de mon lit. Les 24 et 25 décembre de l’an de grâce 2006 donc, je ne suis pas sorti de chez moi et ai lu L’auteur!, L’auteur! de David Lodge. Maintenant que le moment est venu de vous présenter mes voeux pour 2007, je me rends compte que cette lecture était idéale pour ce faire. Je vous parle un peu de Lodge et du livre puis je vous explique pourquoi.

Lodge est anglais et prof de littérature à la fac. Il écrit ce que l’on pourrait appeler de la littérature de campus i.e. des romans se déroulant dans le cadre de ces charmants campus qui n’existent que dans le monde anglo-saxon et mettant en scène ces aventuriers de l’extrême si fascinants que sont les enseignants-chercheurs. Personnellement je l’ai découvert tout à fait par hasard parce que l’un de ses romans mettait en scène les amours d’un chercheur en sciences cognitives et d’une prof de littérature. Soit dit en passant si jamais vous aviez envie de savoir ce qui se fait actuellement en théorie de la conscience sans vous prendre la tête avec les technicités de la sémantique 2D ou des neurosciences, c’est ce livre que je vous conseille ( The Cambridge Quintet de John Casti est également pas mal et a été traduit en français, je vous en mets le titre français quand je serais sur le net. [Titre : Un savant dîner ]) Lodge a aussi écrit un livre ayant pour titre L’art de la fiction et qui est un recueil d’articles parus dans The Independant me semble-t-il et qui dissèquent de manière minutieuses et éclairantes les différentes techniques qui font un bon roman. Quoique n’ayant aucune ambition de romancier et détestant cordialement tous les livres de recette et de méthodologie, j’avais trouvé ce livre excellent et quasi indispensable pour quiconque écrit de la fiction: un peu comme il est salutaire qu’un mathématicien connaisse les techniques de calcul mental! Mais revenons à nos moutons. L’auteur!, L’auteur! est une biographie de l’écrivain Henry James dont les 30 premières pages sont assez, comment dire, chiantes, et le reste simplement génial; donc accrochez-vous au début et ça devrait aller! Je suis sûr que comme tout le monde, vous connaissez James comme le créateur du roman psychologique anglo-saxon et accessoirement le frère du philosophe et psychologue William James. Saviez-vous qu’il avait également écrit des pièces de théâtre? La bio de Lodge, se concentre sur la tentative de HJ de s’établir comme auteur de théâtre. Pourquoi diable une telle tentative quand on est le meilleur écrivain auquel le XIXe siècle US ait donné le jour? Tout simplement parce que HJ savait qu’il ne vivrait jamais de ses romans. Il avait une conscience aiguë d’être en train de révolutionner le roman d’expression anglaise et pensait que c’était là une chose importante. Il n’attendait donc pas du peuple qu’il se ruât sur ses romans; il acceptait assez bien que seule une minorité de ses contemporains appréciât son oeuvre romanesque. En revanche, puisque la reconnaissance posthume ne fait pas vivre, son plan était d’écrire des pièces de théâtre qui lui rapporteraient assez d’argent pour qu’il pût se payer le luxe de publier ses romans abscons sans se préoccuper de leur popularité présente. Vous l’aurez deviné, cette tentative sera un échec effroyable. Mettez-vous un peu à la place du fier HJ: ses romans remportent un succès d’estime dans le cercle restreint de ses amis intellectuels mais ne se vendent pas, ses pièces de théâtre sont des fours d’autant plus douloureux que publics! En plus certains de ses amis (qu’il adore par ailleurs) remportent un succès monstre avec des romans tout à fait médiocres. On serait déprimé pour moins que ça, non?

En quoi ce livre est-il parfait pour vous souhaiter une excellente année 2007? En fait c’est très simple: la plupart d’entre vous, chers amis, êtes des créatifs qui essayez de repousser certaines limites et d’avoir du succès dans votre domaine. Je souhaite vraiment que 2007 soit pour nous tous une année de succès et d’accomplissements. Certains d’entre nous y arriverons cette année, d’autre pas. Pour ces derniers, penser à HJ est une bonne manière de relativiser et de continuer à rester créatifs même si seule une poignée de fidèles les soutient. Sans doute sont-ils de cette race de précurseurs que la postérité apprécie et comprend mieux que leurs contemporains! C’est quand même pas rien que de faire partie du groupe des HJ, Beethoven and so on… A l’inverse, certains bénéficieront d’une chance insolente qui, combiné à leur talent leur apportera le succès. Il faut bien évidemment l’apprécier pleinement. Mais un danger du succès est que l’on a facilement tendance à considérer qu’il valide exclusivement la qualité et que si l’on est successful, cela veut dire que l’on est plus talentueux que les autres qui ne réussissent pas aussi bien. Peut-être ces happy few gagneraient-ils à se souvenir de du Maurier; pas Daphné qui a écrit Rebecca, mais son grand père, George, ami intime de HJ et auteur de l’ultra best seller d’alors Trilby. Ce du Maurier là n’est même pas dans mon dictionnaire! Bien sûr, je nous souhaite à tous d’être créatifs, d’avoir du succès et de marquer l’histoire, mais puisqu’il paraît que le père Noël n’existe pas, j’espère que ma lecture de cette bio de HJ nous incitera à être respectueux et gentils les uns avec les autres ce qui est largement à notre portée!

PS: J’avais mis de super liens tout au long du texte mais la plupart ne marchaient pas: vous avez donc ceux qui se sont comportés sagement!

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Noel au Paradis

Posted in Uncategorized by hadyba on décembre 28, 2006

Je passe mon temps à répéter à des sceptiques que je viens du paradis terrestre. Je mets ici, en toute illégalité un papier du The Christian Science Monitor qui apporte de l’eau à mon moulin :

«

A joyeux Noël in Muslim Senegal

Religious harmony is on full display in a year when Christmas and the Muslim holiday of Tabaski fall within days of each other.

By Claire Soares

The first Christmas I spent in the French-speaking West African country of Senegal, where 95 percent of the population is Muslim, I’d wondered whether I’d feel as festive. I needn’t have worried.

From the African Santa Claus that set up his grotto down the road to the nativity crib on a former slave island, it was jingle all the way, culminating on Christmas Eve when we were deafened by fireworks from our Muslim neighbor’s garden.

The national motto is « one people, one goal, one faith, » but the state doesn’t prescribe what that faith should be and many Senegalese see that as a license to celebrate everything.

So as the call to Friday prayers crackles from the minarets at a downtown mosque, street hawkers weave their way among the throngs waving plastic Christmas trees and blowup Santas.

« I sell to Christians, animists, everyone! But my best customers are Muslims, » laughs vendor Ousmane Fall as he tries to foist a plastic Christmas tree and some tinsel on me.

For most of the year, the 23-year-old scrapes together a living selling anything from shoes to portraits of local spiritual leaders. In December, he abandons them for the trappings of Christmas.

A country where tolerance prevails

Some of my foreign friends living in Dakar bemoan this as further proof of the commercialization of Christmas, but for me it’s just another example of the tolerance that prevails in this westernmost corner of Africa.

When cartoons of the Prophet Muhammad appeared in Scandinavian newspapers this year, violent protests erupted in the Middle East, but in Senegal a charity football match with Norway went ahead as planned.

This year, Senegal’s religious harmony will be even more on show as Christmas and Tabaski, the key Muslim feast that commemorates Abraham’s proof of his dedication to God, fall within days of each other.

« I have three siblings who are Christian, while me and my sister are Muslim, but we’ll all get together to slaughter a goat and enjoy the Tabaski feast, » explained Ibrahima Bop, the gardener at my house. « That’s Senegal – we all live together. »

Goats, in fact, play a starring role in the soundtrack to my Christmas this year: A nearby street became a makeshift goat market for Tabaski.

Two years ago, some of us Western expats invited Senegalese friends to enjoy a Christmas feast of turkey and roast potatoes. This year, many of our Senegalese friends have invited us to Tabaski, which means we’ll be in for plate after plate of tasty, if greasy, goat.

Senegal‘s distinctive brand of Islam is divided into brotherhoods with a complex hierarchy of spiritual leaders known as marabouts.

For members of the richest and most influential brotherhood, the Mourides, a pilgrimage to the country’s main mosque seems more important than one to Mecca. Every March, cities become ghost towns as some 1 million pilgrims flock to Touba in the « Grand Magal, » commemorating the exile in 1895 of brotherhood founder Cheikh Amadou Bamba.

The underlying tenet of this branch of Sunni Islam is that hard work in this life will help secure a place in paradise in the next. With that blend of daily grind and profit, it is perhaps no surprise that Mouride disciples control much of the economy.

They also pack a political punch, as every candidate for the upcoming presidential election knows. President Abdoulaye Wade, a member of the brotherhood, traveled to Touba less than 24 hours after he was elected in 2000 to thank religious leaders for their support. He is seeking reelection in this February’s poll. But that’s not to imply a monopoly on power. Senegal’s first post-independence and beloved poet-president, Leopold Sedar Senghor, was Roman Catholic and ruled for more than 20 years.

Female friends who visit us in Senegal often call to ask what clothes to bring. It really is anything goes. Dakar’s beaches teem with bikini-clad locals. And fashion changes with moods – Monday it could be traditional Senegalese dress – a colorful boubou (tunic) – while Tuesday it’s hip-hugging jeans and a skimpy top.

‘This is Dakar, not Tehran’

When Iran’s President Mahmoud Ahmadinejad visited Dakar recently, his protocol team suggested that the female journalists at a press conference move to the back of the room and cover their heads. Senegalese colleagues reacted in disgust.

After a quick rummage in bags, heads were wrapped in anything from scarves to beach towels, and the Iranian minders quickly backed down.

« This is Dakar, not Tehran, » one victorious Senegalese journalist declared proudly. « We may all be Muslim but we do things on our own terms. »

And perhaps at no time of year is that more clear than at Christmas, when many a shop window is painted with Joyeux Noël and streets are adorned with Christmas lights.

»

Quant aux cyniques qui ne manqueront pas de me demander: « si c’est vraiment le paradis, comment se fait-il que des gens prennent des pirogues pour le quitter? »,
je les renvoie à la Bible : depuis Eve, as-t-on jamais vu des humains se contenter du paradis ?

PS : Ne vous réjouissez pas trop vite chers lecteurs du Sénégal : cet article est élogieux pour nous mais étant donné que 2007 est une année électorale au Sénégal aussi, je risque de balancer pas mal de posts désagréables sur nos travers.

Hilary Putnam et la wikiality

Posted in Uncategorized by hadyba on décembre 22, 2006

La même livraison de Time Mag qui m’a promu M. of the Y. (comment ça pas que moi? On va quand même pas recommencer cette discussion!) a répertorié les néologismes marquants de l’année 2006 (dans le monde anglophone of course: Time Mag a beau être international, il n’en demeure pas moins hautement américanocentré et s’adresse à ceux qui parlent anglais.) A coté de mots aussi impérissables que Fed-Ex, Celebutard et Brokeback Marriage, il y a le mot wikiality qu’ils définissent ainsi:

WIKIALITY n. Wikipedia+reality= truth based on consensus rather than fact. The growing popularity of the online encyclopedia, for which the public writes and edits entries, gave rise to the term.

Ce que je traduis à peu près comme ça:

WIKIALITÉ n. Wikipédia+réalité= vérité basée sur le consensus plutôt que sur des faits. La popularité croissante de l’encyclopédie en ligne, pour lequel le public écrit et édite des entrées a popularisé ce terme.

Personnellement si j’aime assez Wikipédia, j’avoue que j’ai un peu plus de mal avec la wikialité. Apparemment, c’est justement ce qui fait la force et l’intérêt de Wikipédia qui est à l’origine de cette conséquence quelque peu fâcheuse.

Je m’explique. L’idée de base de wikipédia est de faire écrire les articles par tout internaute qui le veut sans lui réclamer au préalable de montrer patte blanche. Le lycéen de Denver tout comme le prof d’histoire africaine de la fac de Dakar peuvent écrire l’article sur l’empire du Monomotapa (je reconnais volontiers avoir choisi cet exemple exprès parce que j’estime que cette glorieuse civilisation Monomotapienne est par trop méconnue de nos jours!). Et ce qui est plus amusant encore dans Wikipédia c’est que le lycéen de Bamako peut, s’il le souhaite, récrire entièrement le remarquable article d’un prof d’astronomie de Harvard sur les trous noirs!

L’on se serait attendu à ce que cette encyclopédie en ligne soit, conformément aux prédictions des experts de tout bord un vaste foutoir, mais d’après une étude d’un très sérieux journal scientifique (Nature me semble-t-il, je vais vérifier after), les articles de wikipédia ne sont pas pires que ceux de l’Encyclopaedia Britannica qui, elle, n’est pas vraiment connue pour être un refuge de rigolos. Tout cela fait assez power to the people et pendons les experts par les tripes n’est-ce-pas?

Si les articles de wikipédia sont si bons, cela veut-il dire que l’émergence de la wikialité est une bonne chose et que nous devrions sommes toute pendre ces experts qui nous coûtent si chers pour finalement nous pondre des analyses que le premier venu peut trouver ou écrire dans wikipédia? Laissez-moi d’abord vous parler de Hilary Putnam puis nous répondrons à cette question.

Une précision pour commencer: quoique son prénom soit Hilary, Putnam est un homme, accessoirement ancien prof de philo à Harvard et ancien logicien distingué. Putnam donc défend dans certains de ses papiers l’idée d’une division du travail linguistique. Prenons un exemple: j’ai parlé plus haut de  »trous noirs » et tout le monde a compris ce dont je parlais. Pourtant, je suis à peu près sûr que ni moi, ni aucun de mes lecteurs n’est spécialiste de la physique des trous noirs. Comment savons ce que sont les trous noirs et surtout quelle preuve avons nous qu’ils existent? Personnellement, je connais les trous noirs à travers les émissions de télévision et les livres que j’ai lu. Pour donner une preuve de leur existence, je peux bien parler des travaux de Penrose, de Hawking ou de l’équation de Chandrasekhar, mais à vrai dire, cela relève plus de l’intimidation par accumulation de références que d’autre chose et la vérité est que je n’ai personnellement aucune preuve de leur existence. Dieu merci, Putnam nous assure que nous n’avons pas besoin d’être Stephen Hawking pour savoir ce qu’est un trou noir et ce, grace à la division linguistique du travail. Dans chaque domaine, la société mandate des gens qui, en tant qu’experts, sont les seuls obligés de savoir avec précision ce dont ils sont experts. Ainsi quand je parle de naines blanches, j’entends par ce mot la même chose que Stephen Hawking et ses autres copains astronomes et quand j’ai veux savoir si le bijoutier m’a arnaqué, je consulte un autre bijoutier voire un chimiste pour vérifier si la bague que je viens d’acheter est vraiment en or massif.

Si Putnam a raison, la wikialité n’est-elle pas dangereuse? Considérons le scenario suivant: le prof de Harvard voit que son papier a été modifié, il le restaure, le lycéen de Bamako recommence parce qu’il trouve que toutes ces équations et explications complexes c’est trop nul, le prof recommence, le lycéen aussi…etc. Au bout d’un certain temps, le prof, dégoûté et épuisé se drape dans sa dignité bafouée et retourne à ses chères études, ce que voyant, notre lycéen retourne jouer au foot en surveillant du coin de l’oeil son article. La wikialité ne risque-t-elle pas de souvent se réduire à de tels conflits d’ego? Vous me direz que je suis un incurable optimiste si vous voulez mais je ne le crois pas. Le truc c’est qu’il n’y a pas seulement deux personnes qui s’intéressent aux trous noirs sur wikipédia mais tout un tas de gens qui, par leur multiplicité même, épuiseraient ce lycéen-footballeur de Bamako. De plus, wikipédia ne signe pas l’arrêt de mort des experts parce que d’une part, il y a des experts qui écrivent dans wikipédia (c’est quand même gratifiant d’être celui qui a écrit ce papier sur la théorie des modèles si remarquable que même Putnam l’a cité!); mais en plus les non-experts, quand ils se décident à écrire un article, consultent le maximum d’ouvrage d’experts qu’ils peuvent trouver afin écrire l’article le plus complet possible. C’est bizarre mais on dirait que la wikialité n’aboutit finalement à rien d’autre qu’à une reproduction spontanée de la réalité! Dommage, il y a certains experts qu’on aurait volontiers pendu…

PS: Petit glossaire 2006 : un Fed-Ex est un Federline qui a cessé de sortir avec une Britney Spears, un Celebutard est une célébrité à l’idiotie avérée (c’est gentil de ne pas penser à Paris Hilton!) et un Brokeback Marriage est un mariage entre un gay et une femme pas gay (on dit triste dans ce cas?), ou une histoire entre un gay marié et un autre homme.

I’m a star… enfin presque,

Posted in Uncategorized by hadyba on décembre 21, 2006

Maintenant que j’ai réalisé mon rêve, je peux enfin l’avouer: j’ai toujours caressé le secret espoir d’être élu The Person of the Year par le Time Magazine. Je m’imaginais que ce serait pour avoir écrit le livre qui révolutionnerait mon champs de recherches ainsi qu’un ou deux champs annexes et qui aiderait en prime à arrêter toutes les guerres qui se déclenchent de temps à autres dans notre belle planète, tout cela sans, bien entendu, oublier de régler le problème de la faim dans le monde.

Étant donné ma modestie habituelle, je me disais que cela ne m’arriverait pas avant quelques années, disons deux ou trois ans quoi. J’avoue donc que je suis un peu surpris d’avoir atteints mon objectif aussi vite. En plus, je n’ai même pas accompli de grandes choses, il m’a suffit d’écrire quelques articles de les mettre sur le net, pour être promu Person of the Year par Time Mag! J’espère que vous êtes impressionnés parce que je ne serais pas moi-même, je le serais!

Ok d’accord, je ne suis pas le seul lauréat de cette année mais quand Feynman a eu son Nobel en 65, ils étaient trois. Quand à ceux d’entre vous qui aurez l’outrecuidance de me rappeler qu’un personnage aussi détestable que Hitler avait déjà été P. of Y. et que plus récemment Bush Jr. l’avait été à deux reprises, je leur rappelle que s’ils lisent ce blog, ils sont également autant P. of Y. que moi puisque le Time Mag a choisi de mettre à l’honneur les bloggeurs, lecteurs de blogs et autres utilisateurs du web 2.0!

Et, au fait, dois-je ajouter à mon cv que je suis P. of Y. pour 2006? Tout bien réfléchi, je pense que je vais garder ça sous le boisseau jusqu’à ce que je rencontre Bush Jr et qu’il essaie de me sortir qu’il a été élu homme de l’année en 2003 et en 200?: je me ferais un plaisir de lui rétorquer que je l’ai moi-même été et ce, sans même déclencher une guerre!

Mon grand frère, Ségo et Popper

Posted in France, Philosophie, Politique by hadyba on décembre 15, 2006

« Whatever women do, they must do twice as well as

men to be thought half as good, luckily this is not difficult. »

Charlotte Whitton

La dernière fois que j’ai parlé à mon grand frère qui jouit du bonheur incommensurable de vivre à Dakar, il m’a demandé mon avis sur la situation politique actuelle en France. N’ayant peur de rien, j’ai réfléchi quelques secondes et lui ai pondu ma propre analyse. N’ayant peur de rien et donc pas du ridicule, je me permets de vous faire partager mon impérissable analyse qui vaut bien celles que je lis dans la presse française et celles que je subis à la télé et à la radio. Je sais bien que la bonne stratégie qu’adopterait tout prévisionniste digne de ce nom consiste à dire de vagues prévisions puis à attendre que les élections aient eu lieu pour clamer haut et fort que c’est sa propre analyse qui vient de se réaliser mais disons que je suis plutôt Popperien et aimerais agir conformément à mes convictions épistémologiques!

Qu’est-ce que Popper a à voir avec mon analyse de la situation politique française? En fait pas vraiment grand chose sauf qu’il justifie que je vous en parle sans que vous ne m’ayez demandé mon avis (encore que le fait que vous lisiez mon blog tendrait à prouver que mon avis ne vous semble pas totalement dénué d’intérêt! Merci.) Vous vous souvenez en effet, cher lecteur, que Popper affirmait qu’une caractéristique essentielle d’une théorie scientifique est d’être falsifiable. Par falsifiabilité, Popper entend la chose suivante. Supposons que je sois somnambule et qu’à un certain moment je décide qu’il serait temps que ça s’arrête. Je vais donc voir un psychanalyste post-lacanien-de-tendance-pré-tri-millénariste qui m’explique que si je souffre (mais est-ce vraiment une souffrance?) de somnambulisme c’est parce que mon corps cherche à rejoindre mon moi véritable qui se trouve dissocié par un process-quasi-quantique-mais-non-relativiste. Au bout de quelques années d’analyses, je remarque que non seulement mon moi ne s’est pas ré-associé à mon corps mais qu’en plus ça coûte un peu cher du bavardage et décide d’aller voir un neurologue à l’hôpital. Ce dernier m’explique platement que si je suis somnambule, c’est parce que j’ai des pics de tel ou tel neuromédiateur et me prescrit un traitement qui ne marche pas plus.

Puisque les deux traitements ont lamentablement échoués, de quel droit Popper peut-il dire que la neurologie est une science mais pas la psychanalyse post-lacanienne-de-tendance-pré-tri-millénariste? Très simplement parce que quand le neurologue me parle de neuromédiateurs et me prescrit ce médicament, il me dit implicitement que si le médicament ne marche pas, ce serait parce qu’il se serait trompé et dans ce cas nous envisageons un autre traitement. Le psy-pré-tri-mill (psy-pré-tri-mill est l’abréviation de psychanalyste post-lacanien-de-tendance-pré-tri-millénariste comme le lecteur perspicace l’aura deviné!) quant-à-lui n’a jamais tort si nous ne sommes pas arrivé à éliminer mon somnambulisme au cours des deux ans d’analyse, c’est juste parce que le travail n’était pas encore terminé et tout béotien qui en douterait se ferait rembarrer sans ménagement! Le psy-pré-tri-mill ne nous donne aucun moyen de le falsifier.

Ce qui m’amuse c’est de jouer le jeu, de mettre ici mon fragment d’analyse politique et d’y revenir après les élections françaises pour voir à quel point je me suis trompé. Le pire n’étant jamais certain, je pourrais avoir raison et si je me trompais ce serait une bonne leçon à se rappeler à chaque fois que je serais tenté de jouer les analystes politiques.

Quelle est donc cette génialissime analyse? En fait c’est très simple. J’ai affirmé sans sourciller à mon frère que Ségolène Royal serait élue en 2007. OK ç’aurait été plus fracassant si j’avais affirmé que Besancenot ou MAM serait le prochain président français mais faut pas déconner non plus. Je pense vraiment que Ségo va gagner parce que je pense qu’elle a toutes les qualités pour créer le genre de malentendus indispensables à une élection présidentielle. On aura beau dire qu’une élection présidentielle au suffrage universel est la rencontre d’un homme (en l’occurrence d’une femme) avec un peuple et autres platitudes, je demeure convaincu qu’une telle élection ne peut se gagner que sur un gigantesque malentendu ou alors parce que votre adversaire s’est fait battre. Il me semble que cette chère Ségo profitera à fond de ces deux facteurs.

J’y reviens tout de suite mais débarrassons nous d’abord d’une chose qui m’énerve un peu. Quand elle s’est présentée, elle a tout de suite eu droit à des remarques sexistes puis on a dit qu’elle était incompétente en économie et en politique étrangère (sous entendu, les domaines sérieux dont les mecs s’occupent si bien!) et maintenant qu’elle a écrasé les mecs, on insinue que c’est parce qu’elle est belle, a un discours superficiel, qu’elle donne une image rassurante etc… C’est assez dommage je trouve. C’est juste un détail, mais je crois que les politiciens et les analystes français feraient mieux de se rendre compte que le fait d’être une femme est totalement impertinent pour juger de la compétence. Une personne qui a survécu à une vingtaine d’années de vie politique a forcément les mêmes qualités et les mêmes travers que ses autres collègues. Et si c’est une femme, il faudrait peut être envisager qu’elle est meilleure, ou plus efficace ou plus carnassière que les machos qui pullulent en politique! Donc si elle dit parfois n’importe quoi, c’est juste par machiavélisme comme tout bon politicien le fait à longueur de journée.

Fin de la parenthèse, pourquoi Ségo va-t-elle gagner? D’abord je crois qu’il y a le souvenir de 2002. Tous ces joyeux gauchistes qui étaient partis en weekend le jour des élections ou avaient voté Besancenot parce qu’ils n’aimaient pas vraiment un certain  »austère qui se marre » voteront consciencieusement PS même s’ils détestent la candidate. Ensuite, Miss Royal a la chance insigne d’avoir un ethos de droite (vous savez bien, toute cette rhétorique très ordre, famille & patrie) tout en appartenant à un parti de gauche ce qui lui attire une sympathie de certains électeurs de centre droit qui n’aiment pas le libéralisme, l’activisme forcené et le communautarisme supposé du ministre de l’intérieur. La dernière raison pour laquelle je crois que le PS va gagner, c’est que Sarko est en train de faire des conneries ou du moins qu’il a perdu de sa mystique. Je m’explique: le grand truc de Sarko jusqu’à présent, c’est de montrer qu’il est Action Man. Le problème, c’est que la presse a désormais tendance, non plus seulement à reporter servilement ses actions de com’ mais en plus à tenir un méta-discours sur ces actio
ns et à les décrypter un peu. Son annonce de candidature dans la PQR par exemple apparaît alors pour ce qu’elle est: un moyen artificiel de jouer sur l’opposition Province/Paris. Si en plus, il s’y ajoute des flics qui font des bavures, des jeunes de banlieue qui s’inscrivent sur les listes électorales au lieu de brûler des bus, MAM qui conteste son autorité naturelle et Le Pen qui monte et s’affiche black-beur-friendly, je ne vois pas bien comment Sarko pourrait gagner; sauf si of course il réussit à mettre le feu aux banlieues!

PS : J’ai écrit ce post le weekend dernier et le mets après moults hésitations. Ce sera amusant d’y revenir après les élections surtout si je me plante dans les grandes largeurs!

PPS : J’aime bien la phrase que j’ai mis en exergue mais je pense quand même qu’elle est fausse: les femmes ne sont (mal?)-heureusement ni meilleures, ni pire que les hommes  »doing something twice as well as men to be thought half as good » est donc non seulement injuste mais difficile pour les femmes.

Big Brother version Ludlum

Posted in Uncategorized by hadyba on décembre 3, 2006

Ce weekend j’en avais un peu marre de lire des choses techniques et comme toujours en pareil cas, je me suis fait une cure de roman d’espionnage. En l’occurrence, je me suis plongé dans La Trahison Prométhée de Robert Ludlum. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Ludlum, c’est le mec qui a écrit le livre qui est devenu au cinéma La Mémoire dans la Peau avec Matt Damon. Ce qui est bien dans un roman de Ludlum, et dont les films ne donnent qu’une idée infime, c’est le suspense haletant qu’il réussit à entretenir du début à la fin de ses romans. De ce fait, si l’on veut se vider la tête et oublier totalement ses préoccupations pendant un moment, il n’y a rien de mieux qu’un roman de Ludlum où ça tire dans tous les sens, on tue à chaque page et le héros est trahi à chaque fin de chapitre. Du coup, on est tellement pris dans l’intrigue que l’on dévore les pages à toutes vitesse et qu’il est 6h du mat’ avant qu’on ait eu la présence d’esprit de refermer le livre pour s’endormir. Le lendemain on est un peu patraque mais bon…
A priori, on ne lit pas vraiment du Ludlum pour réfléchir mais pour décompresser, mais, j’avoue que La Trahison Prométhée m’a fait penser à 1984 de Georges Orwell. Procédons par étapes. Le pitch de La Trahison… d’abord. C’est l’histoire d’un ancien espion qui se fait contacter par la CIA et tombe des nues en apprenant que la boite à laquelle il avait consacré sa vie n’était pas une agence gouvernementale US mais une filiale des services secrets russes. Il reprend donc du service pour démanteler son ancienne agence mais découvre au fil de son enquête une conspiration transnationale regroupant industriels, espions et politiciens et ayant pour but de créer une agence mondiale de renseignement dont la mission serait d’amasser et de mettre en synergie toutes les infos que nous laissons trainer en allant chez le médecin, en surfant sur internet, en payant par carte bancaire etc. Il est indéniable que la coordination de toutes ces informations ainsi qu’une implantation massive de caméras dans tous les lieux publics et privés permettrait sans doute de lutter contre la criminalité, de combattre le terrorisme et in fine d’améliorer le confort de l’humanité tout entière. Le seul détail un peu désagréable, c’est que c’est que des auteurs subversifs comme Orwell, Koestler, Huxley et autres nous ont habitués à cette idée ridicule selon laquelle la protection de la vie privée est une condition sine qua non de toute vie démocratique et vaut donc la peine d’être préservé même au risque du terrorisme. Dans le roman de Ludlum, la parade des conspirateurs consistera à organiser des attentats qui auraient pu être évité si l’on avait utilisé les données qui traînaient dans les fichiers que ces stupides lois protégeant l’intimité du citoyen empêchent les flics de consulter pour prévenir les actes délictueux. L’idée de base des conspirateurs est:  »si tu n’as rien à cacher, pourquoi tiens tu tant à cacher tes actes? »
Laissons là la fiction et revenons au réel. Ce que je me demande c’est pourquoi, en ces temps de lutte contre le terrorisme et de soupçons généralisés, la prédiction Orwellienne selon laquelle 1984 verrait l’intrusion dans notre vie quotidienne de moyens d’espionnage et de contrôles hyper sophistiquées ne se réalise-t-elle toujours pas? OK, Londres est bourrée de caméras et en France, on demande des papiers d’identité pour l’achat du moindre téléphone portable, mais globalement, le monde libre demeure quand même plus ou moins libre et démocratique! Paradoxalement, je crois qu’il y a à cet état de fait au moins deux raisons. La première est le… capitalisme! Nous avons toujours tendance, en bons gauchistes, à associer le Grand Capital à Big Brother mais nous oublions un détail: il n’y a pas UN Grand Capital, mais DES Grands Capitals (si je puis me permettre!). Je m’explique: je suis sûr que AXA par exemple, adorerait avoir accès à tout mon historique médical avant de m’accorder l’autorisation de souscrire une assurance-vie; ce qui me protège d’AXA, c’est que cette société a des concurrents qui, eux ne me demanderont pas forcément toutes ces infos. Ce n’est donc pas par vertu mais par intérêt que les compagnies d’assurance par exemple ne se montrent pas trop intrusives dans notre vie privée. Tant que la concurrence sera assurée, Big Brother aura du mal à s’imposer. L’autre raison, à mon avis, pour laquelle Big Brother ne s’impose pas, c’est justement à cause de Orwell! Durant la première partie du XXe siècle les auteurs comme Orwell nous ont tellement avertis des risques de totalitarisme inhérents à l’évolution technologique que nous avons été sensibilisés aux atteintes à la vie privée et à leurs conséquences. C’est un peu l’inverse du syndrome de prédiction auto réalisatrice chère aux psychologues. Ca me fait un peu penser aux développements de Popper sur l’impossibilité de l’auto prédiction dans L’univers irrésolu mais je n’en parlerais pas ici parce que j’ai déjà été trop long. Dire que j’avais choisir de lire Ludlum pour me reposer de la philo et ne pas réfléchir!