Hady Ba's weblog

Wolfowitz à la Mosquée

Posted in Uncategorized by hadyba on janvier 31, 2007

Ce type, c’est Paul Wolfowitz, l’un des plus féroces promoteurs de la guerre en Irak et actuel président de la Banque Mondiale.

N’empêche que je trouve qu’un banquier capable de porter des chaussettes trouées mérite toute notre estime et ne peut pas être totalement détestable.

Ashley, Kafka & la bioéthique

Posted in Uncategorized by hadyba on janvier 31, 2007

Un ami de Kafka a une fois affirmé que son respect pour ce dernier lui venait d’un coup de boule reçu le jour où ils ont été présenté. OK, il ne l’a pas dit comme ça et je reformule sauvagement cette anecdote pour le plaisir mais faut bien s’amuser parfois! La vraie histoire est la suivante. Cet homme, dont je ne me souviens plus du nom, était aveugle et quand il avait été présenté à Kafka, ce dernier s’était incliné comme tout bon gentleman le faisait apparemment au XIXe siècle. Ce faisant, la tête de Kafka a heurté celle de notre témoin qui n’était pas moins poli qu’aveugle. Au lieu de voir dans ce coup de tête une pure maladresse, notre homme en a été particulièrement ému et y a vu l’expression d’une exquise politesse et d’un sens moral réellement exceptionnel. J’avais complètement oublié toute cette histoire lue il y a très longtemps dans un recueil de témoignages sur Kafka, puis là, depuis quelques temps j’y repense suite à l’histoire de la petite Ashley et plus j’y réfléchis, plus je me dit que nous tenons là un principe de bioéthique que nous appellerions le principe du coup de boule de Kafka. Mais avant d’énoncer ce principe dans toute sa splendeur réexposons d’abord le cas Ashley pour les distraits qui auraient laissé passer l’info ainsi que l’analyse d’un respectable prof de bioéthique sévissant à Princeton.

Le cas Ashley. Suite à une lésion du cerveau, Ashley se retrouve bloqué à l’age mental de 3 mois alors que son corps continue à se développer. C’est quand leur fille a atteint l’âge de 6 ans que les parents présentent une requête un peu… disons… hum, bizarre aux médecins de l’hôpital pour enfants de Seattle: pourquoi ne pas bloquer la croissance d’Ashley pour préserver sa qualité de vie? Et pendant qu’on y est, on pourrait également lui enlever les seins pour éviter qu’elle ne développe un cancer du sein ainsi que l’utérus ce qui a le double avantage selon eux de l’empêcher d’avoir ses règles et de tomber enceinte si par malheur elle était victime d’un viol. [Soit dit en passant, je les trouve un peu parano sur cette histoire de viol; mais ce que j'en dit...] Toutes ces opérations, bien évidemment, dans le seul souci de préserver la qualité de vie de leur fille. En effet, étant donné que son intellect ne se développera jamais et qu’il n’est en aucun cas envisageable qu’elle devienne un jour autonome même pour les plus petites choses de la vie comme le déplacement, il lui est, selon eux, profitable de rester petite et de ne pas développer des organes sexuels dont elle n’aura jamais aucun usage et qui ne feront que lui compliquer la vie et diminuer son confort. Tout ceci se passant aux Etats Unis, les parents ont été entendus par les médecins et Ashley qui a maintenant 9 ans restera à tout jamais le petit Pillow Angel de 135 cm.

Il va sans dire que ce traitement a été décrié par un certain nombre d’organisations notamment de défense des handicapés mais le comité d’éthique de l’hôpital considère avoir agi dans l’intérêt de la patiente. Personnellement, je ne doute pas un seul instant de la bonne foi des parents qui ont voulu faire ce qui leur semblait le mieux pour leur enfant; n’empêche que j’étais très mal à l’aise. Puis en suivant le débat subséquent, j’ai été effaré par un argument des pro-opération. J’ai d’abord lu dans le Time Mag cette phrase de l’un des médecins chargés de l’opération :

« A ceux qui disent qu’elle a un droit à se développer et à grandir, je dis qu’Ashley n’a aucun concept de ces choses là. »

Je me suis dit que c’était là typiquement de la bioéthique de médecin fatigué après un tour de garde trop long mais que le comité d’éthique de l’hôpital devait avoir de meilleurs arguments avant de lire dans l’IHT du weekend dernier un papier de Peter Singer prof de bioéthique à Princeton. Dans sa défense de l’opération, l’un des arguments de Singer consiste à s’attaquer à l’idée de dignité humaine au nom de laquelle on s’oppose à ce traitement. Selon lui, un enfant de 3 mois est peut-être adorable, il n’est en aucun cas digne et il n’ y a aucune raison que la dignité aille de pair avec l’humanité. Et il ajoute :

« Ce qui importe dans la vie d’Ashley, est qu’elle ne devrait pas souffrir et qu’elle devrait pouvoir jouir de tout ce dont elle est capable de jouir. Au delà de ça, elle est précieuse, non pas tant pour ce qu’elle est, mais parce que ses parents et sa fratrie l’aiment et s’occupent d’elle. »

En lisant le papier de Singer, j’ai compris pourquoi, tout ceci me mettait à ce point mal à l’aise. Dans cette histoire, la petite Ashley a été considéré non pas comme une personne mais comme un objet sentant pour lequel nous éprouvons de l’empathie mais dont l’intégrité corporelle par exemple n’est pas à respecter. Étant donné qu’elle est incapable de comprendre et d’apprécier ses droits, Gunther (le médecin) et Singer estiment qu’elle n’en a pas.

Quel rapport avec le coup de boule de Kafka? Eh bien, Kafka a la démarche exactement inverse. Ce n’est pas parce que le monsieur est aveugle que l’on peut se permettre de ne pas s’incliner quand il vous est présenté alors que l’on s’incline devant tous les autres. Même s’il n’a aucun moyen d’apprécier ce signe extérieur de respect, il y a droit comme tous les autres gentlemen présents dans la pièce!

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