Hady Ba's weblog

L’hôpital & la charité

Posted in miscellaneous by hadyba on juin 13, 2007

Interrogé sur le bac philo, le Très Docte Luc Ferry répond :

Je vais être franc, je trouve cette épreuve calamiteuse, c’est le café du commerce. Tout d’abord, la philosophie n’est pas enseignée au lycée, il s’agit de super cours d’instruction civique qui ont pour fonction de permettre aux élèves d’être de bons citoyens. C’est louable mais ce n’est pas de la philosophie dont le but est d’accéder à la vie bonne, à la béatitude, à la sagesse, comme l’a écrit Epictète. Quant à l’épreuve de la dissertation, elle consiste à faire réfléchir entre elles des positions antagonistes. C’est un exercice intéressant, de rhétorique, ce n’est pas de la philosophie. Et comment juger les copies des élèves sur des idées ? Les professeurs vont en réalité juger des savoir-faire, des capacités d’argumentation, bien davantage que des savoirs. Et récompenser au final les élèves qui, par habitude de classe sociale, ont appris à bien s’exprimer.

Il est possible que le cours de philosophie de Terminale nous permette de devenir de meilleurs citoyens mais il me semble que c’est là typiquement l’effet que produit la philosophie : en nous apprenant à mettre à distance nos préjugés et à raisonner le plus rationnellement possible sur des notions comme l’Etat, la Conscience, la Démocratie etc., nous comprenons mieux le fonctionnement de notre société et devenons donc de meilleurs citoyens. Mes cours de philo m’ont fait cet effet, pas mes cours d’instruction civique dont je ne me souviens même plus.

Quant à cette idée selon laquelle la philo aurait pour but de nous permettre d’accéder à la vie bonne, à la béatitude : elle me semble d’une stupidité crasse. D’abord, je ne sais simplement pas ce que c’est que la béatitude c’est un concept qui avait peut être sa pertinence dans l’antiquité ou dans une vision du monde simpliste et dominée par la religion mais de nos jours, ça ne veut simplement plus rien dire. Pour autant que je sache les philosophes professionnels essaient tout simplement de comprendre certains concepts, de découvrir les lois du raisonnement, de résoudre des problèmes techniques… Si cela les rend plus sages et plus heureux, tant mieux pour eux mais c’est là un dommage collatéral, en aucun cas une fin.

Mais ce que j’ai préféré dans la réponse Luc Ferry, c’est cette idée selon laquelle ce qui est récompensé par les profs de philo, c’est la capacité à s’exprimer due à l’appartenance à une certaine classe sociale. Je trouve cette remarque savoureuse pour deux raisons. La première est que dans ma naïve vision du monde, je croyais que le rôle de l’école était justement de démocratiser cette capacité là. La seconde est que j’ai toujours considéré que le succès des livres de M. Ferry n’était du qu’au fait qu’il vendait aux gens les dissertations de philo qu’ils ne savaient pas écrire en Terminale. En d’autres termes, le savoir faire technique que ses études et son appartenance sociale lui ont permis d’acquérir. Excellent diagnostic vraiment… sauf qu’il s’applique mieux encore à ses propres livres !