Hady Ba's weblog

Au fait, c’est quoi un Blanc?

Posted in miscellaneous by hadyba on juin 26, 2007

Jeudi dernier, j’étais à un colloque organisé par le Centre d’Etudes Africaines de l’EHESS, normalement j’évite comme la peste ce genre de discussions sur l’Afrique d’une part parce que je n’en voit souvent pas l’utilité et d’autre part parce que ça finit toujours en discussion sur la race mais là, il y avait entre autres Bachir dont je vous ai déjà parlé et c’était une bonne occasion de le revoir. Finalement c’était très intéressant: il y avait Mamadou Diouf qui comme d’habitude a été intelligent et un subversif juste ce qu’il faut (Je le cite de mémoire:  »Les français feraient mieux de s’inspirer de l’un de leurs députés et ministres du siècle dernier quand ils discutent d’identité nationale: le nom de ce député est Blaise Diagne »). Il y avait également Jean-François Bayart dont j’avais adoré le livre L’illusion identitaire qui est une critique à la fois intelligente et hilarante des interprétations culturalistes et identitaires de la politique notamment africaine. A la fin j’ai fait ma groupie et suis allé dire à JFB que j’avais adoré ce livre que j’avais trouvé très drôle. Puis je me suis illico dit: ‘Oups, ce livre n’était peut être pas censé être drôle: c’est une analyse très sérieuse d’une phénomène dévastateur!’ mais il m’a rassuré en me répondant qu’il s’était effectivement beaucoup amusé en l’écrivant quoique de son point de vue le culturalisme soit l’un des pires fléaux de notre temps. Il y avait également le philosophe Jean Godefroy Bidima mais son talk m’a moins accroché.

Ainsi que je m’y attendais, la discussion a rapidement dérivé vers la ‘question noire’ mais globalement c’était très intéressant. A un moment, Bachir a parlé de Tommie Shelby qui soutient que si la solidarité noire se justifie, ce n’est pas parce qu’il y aurait une essence noire ou une culture noire mais tout simplement parce qu’il se trouve que ceux qui sont considérés comme noirs sont souvent victimes de discrimination. C’est donc un besoin de justice sociale qui fait qu’un noir trader à la bourse de Londres peut (et doit?) se sentir solidaire de celui qui vit dans le gettho. Et dans l’absolu, cette solidarité ne devrait même pas être l’apanage des seuls noirs. J’avoue que je suis assez d’accord avec cette vision. Je sais à peu près ce que c’est qu’un noir mais je dois reconnaître que je suis absolument incapable de trouver un sens à une expression comme LA culture noire.

En y réflechissant, je me rends compte que si je sais à peu près ce que c’est qu’un noir, il y a un mot qu’apparemment j’utilise très mal: le mot blanc. Je m’explique. Normalement, je ne passe pas mon temps à me demander si les gens sont noirs, blancs ou jaune mais quand il m’arrive de devoir caractériser les gens par leur couleur, j’ai dans mon stock quatre termes: les blancs, les noirs, les asiatiques (hum disons jaunes) et les métis qui sont blancs en Afrique et noirs en Europe. Un classement simple donc. Le problème c’est que quand j’ai dit à un ami sud américain qu’il était blanc (le contexte: une discussion sur l’été qui arrivait et son bronzage après un pique nique. Je lui ai donc fait remarquer qu’en tant que noir je n’avais pas cette préoccupation mais que je le trouvais de toute manière plutôt bronzé pour un blanc. ); ça a eu l’air de le choquer. De même, je suis souvent incapable de distinguer un magrébin d’un caucasien ce qui a le don de vexer les uns et les autres quand ils s’en rendent compte. De même, je classe les indiens (non dravidiens) et les asiatiques non extrême-orientaux parmi les blancs. Comme pour les noirs, je ne m’attends pas à ce qu’il y ait quelque chose comme LA culture blanche mais je me demande s’il ne serait pas judicieux qu’un Tommie Shelby blanc réfléchisse aux fondements philosophiques de la solidarité blanche. Après tout, certains blancs sont également discriminés dans les sociétés dites occidentales non?