Hady Ba's weblog

Subprimes

Posted in Economie by hadyba on septembre 10, 2007

Je suis comme vous, j’ai profité de l’été pour me cultiver. Mais contrairement à vous, je suis convaincu qu’il ne faut surtout pas en faire trop et que trop de culture nuit à la culture. Du coup, j’ai appris un (et un seul) nouveau mot. En plus, je ne l’ai même pas choisi, il m’est tombé dessus sans crier gare. Ce mot, c’est subprime. Il est magnifique non, mon mot? Pour ceux qui sont encore plus incultes que moi, qu’il me suffise de dire que c’est grâce aux subprimes que les bourses mondiales ont si dramatiquement chuté cet été. Mais c’est quoi donc ces fameuses subprimes? D’abord une précaution: j’ai eu du mal à en comprendre le mécanisme et même maintenant, il y a deux ou trois détails dont je suis sûr que je ne les comprends pas tout à fait. Le ridicule n’ayant jamais tué personne, je ne vais pas arguer de mon ignorance pour éviter de dire des bêtises. Oh que non, je vais disserter très doctement sur ce que je ne maîtrise absolument pas, à charge pour les économistes comme Clément qui me font l’honneur de lire ce blog de totalement trasher cet article. N’hésitez surtout pas à jouer le jeu!

Pour comprendre la crise des subprimes, imaginez-vous les deux scénarios suivants.

  1. M. & Mme Dupont, couples d’intérimaires vivant en région parisienne et gagnant en moyenne 4000 euros par mois. Ils ont quatre enfants et rêvent de s’acheter un pavillon dans un quartier calme. Ils vont donc voir leur banquier, M. Con pour lui demander un prêt. Après leur avoir demandé un dossier comprenant leurs déclarations de revenus depuis leur majorité, leurs cartes d’identité etc…, M. Con leur donne rendez-vous trois semaines plus tard et leur tient à peu près ce langage: « Chers M. & Mme Dupont, vous êtes bien gentils et c’est vrai que vous travaillez tous les deux de manière régulière depuis vos 18 ans mais voila, mes patrons vous refusent le prêt parce qu’en tant qu’intérimaires, rien ne nous assure que vous continuerez à travailler. Il suffirait que la conjoncture se retourne n’est-ce pas? En plus vous avez quatre enfant. Si jamais vous vous débrouillez pour trouver des CDI, je dis pas mais là, il y a vraiment trop de risques. » Le couple sort du bureau en murmurant « enfoirés de banquiers! » ce qui est, comme vous le verrez par la suite, une pure calomnie.

  2. Miss Smith, mère célibataire de quatre enfants, vit avec sa famille dans une caravane au Colorado. Elle travaille tous les matins au Wal Mart du coin, les vendredi & samedi comme caissière au cinéma et est un samedi par mois barmaid au bar local. Si seulement, son ex mari qui a disparu après leur divorce daignait payer la pension alimentaire, elle pourrait louer une maison pour ses enfants mais pour le moment… Il va sans dire que Miss Smith ne rêve absolument pas de s’acheter une maison! C’est sans compter avec Mr Asshole. Ce dernier est courtier (même pas banquier donc) et il vient proposer à Miss Smith de lui prêter de l’argent pour qu’elle achète une maison à sa, si délicieuse, famille. Miss Smith n’a pas de revenus importants et est potentiellement insolvable? C’est pas grave. Elle n’a pas d’apport personnel? Qu’importe! Non seulement Mr Asshole ne demande pas d’apport, mais en plus il est même prêt à filer à Miss Smith des dizaines de milliers de dollars pour l’inciter à emprunter son argent. En plus ce sera un prêt à taux variable ce qui veut dire que Miss Smith remboursera une très petite somme au début. Bien sûr, les taux grimperont peut être dans le futur, mais d’ici là Miss Smith, dont l’acceptation de ce prêt est bien une preuve qu’elle a un sens aigu des affaires, sera riche devenue n’est-ce pas? Et en plus, elle pourra toujours, si elle le veut, vendre cette maison dont la valeur va inéluctablement monter pour rembourser son crédit, en racheter une autre et même envoyer ses enfants qui pétillent d’intelligence à l’université. Mais avant d’en venir à cette extrémité, Mr Asshole ou un de ses collègues sera toujours disponible pour lui accorder un prêt hypothécaire indexé sur la valeur actuelle ou future de sa maison. Après cet entretien que, je vous le rappelle, elle n’avait même pas sollicité, Miss Smith signe n’importe quoi et emménage dans sa nouvelle maison en se disant que ce cher Mr Asshole est assurément un gentleman et un bienfaiteur de l’humanité. Ce qui est, comme vous le verrez par la suite, une pure calomnie.

L’on pourrait se demander pourquoi Mr Asshole propose de l’argent à des personnes si manifestement insolvables? Est-il plus stupide que M. Con le banquier français? En fait c’est surtout que d’une part Mr Asshole se prend pour un génie là où M. Con se croit juste intelligent et d’autre part parce que Mr Asshole s’en fiche éperdument d’être remboursé! La première chose qu’il va faire à la fin du mois, c’est de regrouper tous les prêts immobiliers qu’il vient de réaliser, de leur donner un nom du genre Trucmuche Mortgage Securities (TMS donc) puis de vendre tout cela sur le marché boursier pour récupérer sa mise. OK mais pourquoi quelqu’un irait-il acheter des crédits pourris à Wall Street? Ben c’est simple non? Vous êtes un Hedge Fund, vous achetez du TMS puis vous allez à la banque et vous demandez des milliards de crédit en donnant comme garantie vos TMS puis avec ces milliards, vous achetez une vraie boite comme EDF ou Areva ou n’importe quoi d’autre, vous la restructurez (en clair vous virez des gens, délocalisez ce qui peut l’être, baissez autant que possible les salaires etc) puis vous la revendez en réalisant une plus value absolument honteuse. Et vous savez quoi, vos TMS, ils ont déjà été revendu des dizaines de fois entre temps. C’est génial non? Tout le monde est content! Hum, peut être pas Miss Smith. Vous vous souvenez du taux d’intêret? Il était censé être variable n’est-ce pas? Ben, entre temps chaque propriétaire l’a fait varié à la hausse et la pauvre Miss Smith qui en plus avait hypothéqué cette maison pour payer les frais médicaux de la petite dernière se retrouve avec des mensualités de plus de $4000 ce qui est bien plus qu’elle ne peut payer.

Là je suis sûr que vous vous posez deux questions: 1) quel rapport avec la crise financière? et 2) pourquoi je vous raconte ça alors que j’étais censé vous parlé du nouveau mot, subprime, que j’ai appris pendant cet été? D’abord je vous félicite parce que ces questions prouvent que non seulement vous lisez mes élucubrations mais en plus que vous les lisez attentivement ce qui me flatt
e… mais ne manque pas de m’inquiéter.

Miss Smith n’arrive pas à rembourser, mais elle n’est pas la seule: ils sont des millions. En 2005 & 2006 par exemple, c’est 20% des prêts hypothécaires accordés aux USA qui sont semblables à celui qu’elle a reçu. Et puisque la plupart de ces gens n’arrivent pas à payer, le propriétaire actuel du prêt va sans doute saisir leurs maisons, mais cela ne servira strictement à rien parce qu’en essayant de vendre précipitamment toutes ces maisons, ça fera chuter le prix des maisons. Or, étant donné que depuis des années les prix des maisons n’ont cessé de grimper et que encore plus d’américains ont hypothéqué leurs maisons pour contracter des prêts, cette chute généralisée des prix dans l’immobilier crée des problèmes à tout le monde. De plus, certaines banques et entreprises qui avaient acheté massivement les produits financiers de Mr Jackson (parce que c’est de l’immobilier et qu’investir dans la pierre ça rapporte toujours) se retrouvent avec des créances qui ne valent plus rien et qu’elles ont de toute manière acheté trop cher parce que personne n’a jamais pris la peine de vérifier le seuil au delà duquel ces produits ne seraient plus rentables parce que les débiteurs ne pourront plus payer des remboursements aussi élevés. Par ailleurs, les banques ne sachant plus qu’elles securities sont viables et lesquelles ne le sont pas deviennent extrêmement réticentes à prêter de l’argent à quiconque ne montre pas patte blanche. Résultat, tout le monde panique, les bourses chutent, Nicolas Sarkozy revient de vacance en exigeant plus de transparence et une réunion des pays membres de l’OCDE (ce que Merkel refuse sèchement), les banques centrales injectent massivement (vraiment massivement des centaines de milliards de dollar) de l’argent dans le marché pour essayer de juguler la crise. Pour l’instant ça a l’air de marcher mais mon avis d’ignorant est que ça va repartir à la baisse parce que tout simplement les maisons US ont été depuis trop longtemps surévalué, qu’il y a trop de prêts hypothécaires basés sur de tels évaluations qui ne pourront être remboursés dans les années qui viennent et surtout parce que pour l’instant personne ne sait exactement où se trouvent ces créances et cette incertitude continuera à alimenter la méfiance. Il me semble que ceci réponds à votre première question.

A présent venons-en à votre seconde question. Quel rapport avec le mot que j’ai appris et dont je suis si fier? En fait c’est simple: d’après ce que j’ai compris, on nomme subprimes les prêts destinés à l’origine aux ménages les plus modestes dont on ne paie que les intérêts(1) mais ayant un taux ajustable et qui se distribue sans documentation sur les revenus de l’emprunteur. C’est certainement le très sérieux M. Con qui irait vendre des conneries pareilles… Lui apparemment, il les achète!

(1) J’avoue que je n’ai pas compris cette histoire d’interest only. Si un économiste avait l’obligeance de m’expliquer…

PS: L’image ne signifie absolument rien pour moi mais je trouve que ça fait classe de la mettre!

PPS: Je sais pas vous mais moi, toute cette histoire me donne l’impression qu’il y a quelque chose de pourri dans le système financier actuel. Mais ce n’est qu’une impression bien sûr!

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Reading Trollope

Posted in miscellaneous by hadyba on septembre 10, 2007

« I hate that woman like poison. … She is always playing a game, and it is such a small game that she plays! And she contributes so little to society. She is not witty nor well-informed – not even sufficiently ignorant or ridiculous to be a laughing-stock »

J’ai encore relu dernièrement d’abord le Phineas Redux puis l’Autobiographie d’Anthony Trollope. C’est fou comme j’adore ce compatriote et contemporain de Dickens dont je trouve absolument injuste qu’il soit si méconnu alors que son oeuvre est si intelligente et drôle. J’adore quand par exemple il fait dire à un de ses personnages qui est tout ce qu’il y a de progressiste, des trucs du genre: « Bien sûr, je n’oeuvre pas pour l’égalité, qui est un mot horrible et contraire à la volonté de Dieu mais je pense malgré tout que nous devrions essayer de nous occuper des souffrances des plus pauvres. » (Voir Le Premier Ministre). Ce qui me fascine dans ces romans politiques c’est de voir comment même les personnes qu’à l’époque on considérait comme tellement en avance sur leur temps qu’elles passaient quasiment pour de dangereux anarchistes (la violence en moins quant même!) semblaient considérer qu’accorder le droit de vote aux femmes serait chose calamiteuse. A chaque fois que je lis Trollope, je me demande comment nous serons jugés dans un ou deux siècles. Ce qui me rassure, c’est qu’étant donné que presque plus personne ne réclame sérieusement la justice sociale, je ne m’attends pas à ce que nos petits enfants aient la moindre indulgence envers nous.

Sérieusement, une chose que la lecture de L’autobiographie de Trollope vous apprends une fois pour toute, c’est l’importance d’avoir un bon attaché de presse. Je m’explique. Un commentateur à écrit que c’est à cause de son Autobiographie que ce brave Trollope s’est à (tout jamais?) fermé les portes de la gloire posthume. Franchement, je crois qu’il a raison. Dans ce texte, non seulement Trollope a le mauvais goût de soutenir que la carrière d’écrivain n’est ni plus noble, ni même différente de celle de commerçant mais, pis encore, il donne le compte précis de ce que cette activité lui a rapporté et décrit par le menu sa discipline d’écriture. Un bon attaché de presse lui aurait expliqué qu’on ne peut décemment pas s’attendre à ce que le public admirât un écrivain qui a des préoccupations aussi mesquines que les finances ou le travail et que son oeuvre n’est en aucun cas le fruit d’un dur labeur mais au pire une parturition, au mieux la visitation par la Muse! Personnellement, j’ai bien retenu la leçon et si jamais j’écris ma propre autobiographie, ne vous attendez surtout pas à ce que je vous expose platement la vérité sur ma vie et mon oeuvre: au pire, ce sera arrangé et mis en scène pour me faire paraître meilleur, au mieux, ce sera inventé de toute pièce et je vous raconterai ce qui aurait du être ma vie si les cieux ne passaient pas leur temps à conspirer contre moi.