Hady Ba's weblog

Reading Trollope

Posted in Uncategorized by hadyba on septembre 10, 2007

« I hate that woman like poison. … She is always playing a game, and it is such a small game that she plays! And she contributes so little to society. She is not witty nor well-informed – not even sufficiently ignorant or ridiculous to be a laughing-stock »

J’ai encore relu dernièrement d’abord le Phineas Redux puis l’Autobiographie d’Anthony Trollope. C’est fou comme j’adore ce compatriote et contemporain de Dickens dont je trouve absolument injuste qu’il soit si méconnu alors que son oeuvre est si intelligente et drôle. J’adore quand par exemple il fait dire à un de ses personnages qui est tout ce qu’il y a de progressiste, des trucs du genre: « Bien sûr, je n’oeuvre pas pour l’égalité, qui est un mot horrible et contraire à la volonté de Dieu mais je pense malgré tout que nous devrions essayer de nous occuper des souffrances des plus pauvres. » (Voir Le Premier Ministre). Ce qui me fascine dans ces romans politiques c’est de voir comment même les personnes qu’à l’époque on considérait comme tellement en avance sur leur temps qu’elles passaient quasiment pour de dangereux anarchistes (la violence en moins quant même!) semblaient considérer qu’accorder le droit de vote aux femmes serait chose calamiteuse. A chaque fois que je lis Trollope, je me demande comment nous serons jugés dans un ou deux siècles. Ce qui me rassure, c’est qu’étant donné que presque plus personne ne réclame sérieusement la justice sociale, je ne m’attends pas à ce que nos petits enfants aient la moindre indulgence envers nous.

Sérieusement, une chose que la lecture de L’autobiographie de Trollope vous apprends une fois pour toute, c’est l’importance d’avoir un bon attaché de presse. Je m’explique. Un commentateur à écrit que c’est à cause de son Autobiographie que ce brave Trollope s’est à (tout jamais?) fermé les portes de la gloire posthume. Franchement, je crois qu’il a raison. Dans ce texte, non seulement Trollope a le mauvais goût de soutenir que la carrière d’écrivain n’est ni plus noble, ni même différente de celle de commerçant mais, pis encore, il donne le compte précis de ce que cette activité lui a rapporté et décrit par le menu sa discipline d’écriture. Un bon attaché de presse lui aurait expliqué qu’on ne peut décemment pas s’attendre à ce que le public admirât un écrivain qui a des préoccupations aussi mesquines que les finances ou le travail et que son oeuvre n’est en aucun cas le fruit d’un dur labeur mais au pire une parturition, au mieux la visitation par la Muse! Personnellement, j’ai bien retenu la leçon et si jamais j’écris ma propre autobiographie, ne vous attendez surtout pas à ce que je vous expose platement la vérité sur ma vie et mon oeuvre: au pire, ce sera arrangé et mis en scène pour me faire paraître meilleur, au mieux, ce sera inventé de toute pièce et je vous raconterai ce qui aurait du être ma vie si les cieux ne passaient pas leur temps à conspirer contre moi.

4 Réponses

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  1. rahmane said, on septembre 14, 2007 at 7:29

    Ah! Enfin un autre trollopien!C’est à Dakar, lorsque je me suis mis à apprendre l’anglais par la lecture, que j’ai découvert Trollope au British Institute qui fait face à Lamine Gueye. C’est curieux comme pour moi Dakar, c’est la ville habitée par toute cette littérature européenne. En tout cas, au risque de me faire jeter pour sur-proustification, j’ai noté chez Trollope des « côtés », comme il y avait chez Proust « le côté de chez Swann » (domestique, bourgeois) et « le côté de Guermantes » (héraldique, aristocratique): c’est le côté de Barchester et le côté de Palliser, auxquels on peut accoler exactement ces adjectifs. Mais c’est la seule ressemblance entre Proust et Trollope, car ce dernier, c’est l’homme de l’éternel surface, où l’on glisse de page en page sans pouvoir s’arrêter. Trollope est bon pour voyager, presque autant que Stevenson (qui est plus « craggy », plus rocailleux et grand air).Tous deux appartenaient en tout cas à une civilisation commerciale pleinement réalisée, où l’écrivain, l’auteur, ne dépendait plus du tout du mécénat, et devait bâtir sa carrière suivant l’état du marché de l’édition. Contrairement à quelqu’un comme Proust, qui était un riche rentier, Trollope avait entrepris de vivre de sa plume, et de le faire avec bien plus de professionalisme que Balzac par exemple. Il faut se demander cependant à quel point ce but a façonné son talent. Mais ceci devient trop long pour un commentaire.

  2. Anonyme said, on septembre 14, 2007 at 8:01

    Hello, c’est étonnant que tu m’en aies jamais parlé quand on était à Dakar, ça m’aurait fait gagner du temps! Je l’ai connu un peu plus tard mais à Dakar également (un livre que j’avais acheté par pur hasard chez un bouquiniste.) Je connaissais ta passion pour Proust… que je n’arrive toujours pas à comprendre: je trouve ce type positivement illisible. Quoique je n’aie pas réessayé depuis au moins 5 ans.
    T’es de retour en Floride?

  3. rahmane said, on septembre 14, 2007 at 8:50

    Si tu n’aimes pas Proust essaie Joyce… Ou Mallarmé! Mec, je suis en train d’essayer de finir ses « Mots anglais ». Voici un monsieur, spécialiste de l’anglais, qui écrit un essai d’expertise sur la philologie de l’anglais, et se tortille dans des phrases si emberlificotées qu’on doit relire chacune au moins trois fois pour comprendre exactement ce qu’il est en train de clarifier. Quant à Proust, cela fait longtemps que j’ai renoncé à défendre son style: il est en réalité très lisible, mais au début, on est déconcerté, et beaucoup en restent là. C’est comme une loterie, il n’y a rien à faire.
    En Floride depuis depuis… Depuis l’ouverture de mon blog… J’enseigne, au lieu d’écrire ma thèse. C’est chiant. Je cherche des sous pour échapper à ça.
    Trollope: oui, mais moi, c’était pour lire de l’anglais que je le lisais, et à l’époque, ça ne devait pas tellement t’intéresser… En fait, tout pouvait t’intéresser, c’est vrai.

  4. Anonyme said, on septembre 14, 2007 at 9:07

    « … En fait, tout pouvait t’intéresser, c’est vrai. » C’est effrayant mais non seulement c’était vrai à l’époque mais en plus ça n’a toujours presque pas changé! Me souviens que tu me disais quand je serais en année de maîtrise je serais obligé de sélectionner mes lectures et de me spécialiser ce qui m’horrifiait. Maintenant que j’ai grandi, je suis toujours aussi éclectique mais je m’oblige parfois à ne pas lire certains livres.
    Te laisse faut que je rentre.


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