Hady Ba's weblog

Benda vs Woodward

Posted in miscellaneous by hadyba on septembre 25, 2007

Connaissez vous La trahison des Clercs de Julien Benda? C’est un livre écrit en 1927 si je ne m’abuse dans lequel l’auteur accuse les intellectuels de ne pas se conformer aux idéaux qui devraient être les leurs. En gros, pour Benda, un intellectuel a des devoir envers ses semblables et le principal de ces devoirs est de rester obstinément accroché au monde des idées et à l’objectivité. Dit comme ça, ça peut paraitre stupide mais ça ne l’est pas vraiment. S’accrocher obstinément au monde des idées, c’est faire fi des modes mais également et surtout des hystéries politiques comme le nationalisme, l’obsession de la race voire tout simplement l’engagement irraisonné dans un parti. L’intellectuel pour Benda est une sorte de clerc qui doit toujours faire usage de son esprit critique et ne pas craindre d’être impopulaire quand il analyse et prend position dans une conjoncture donnée. Sachant que ce livre a été écrit après que son auteur avait pris parti pour le capitaine Dreyfuss et qu’il sera réédité après la seconde guerre mondiale en 1946, ce qu’il dit prend tout son sens. Il y a certes quelque chose d’irrémédiablement élitiste chez Benda, mais il me semble que c’est justement la seule forme d’élitisme qui soit tolérable: celle d’un intellectuel qui est persuadé que puisque son sacerdoce est de penser, son devoir est de livrer à la société le résultat de ses réflexions sans nullement les édulcorer et ce même s’il risque de choquer la majorité. Quant à ce que cette société fera de ce résultat, c’est une autre histoire…

Tout ceci est bel et bon, mais pourquoi est-ce que je vous parle d’un penseur du début du 20e siècle? En fait, j’ai repensé à Benda hier soir en regardant Bob Woodward sur i>Télé. Pour ceux qui ne le connaitraient pas, Woodward est un authentique héros du journalisme universel depuis qu’il a, avec Carl Bernstein recueilli les confidences de gorges profondes dans l’affaire du Wartergate, obligeant Nixon à démissionner de la présidence des USA.

J’étais donc en train d’écouter Woodward qui parlait de son dernier livre dans lequel il nous explique pourquoi Bush Jr s’en est allé en guerre en Irak, à quel point c’était une erreur, comment W a court circuité tous les circuits de décisions n’écoutant ni son père, ni ses ministres, ni ses conseillers etc… C’était clair quoi, le seul responsable du fiasco irakien c’était Jr et personne d’autre.

Moi je veux bien. Je n’ai pas de sympathie particulière pour W. Je pense même carrément que c’est un crétin fanatique. Il n’empêche que tous ces rats qui quittent le navire au dernier moment, ça commence à sérieusement manquer de dignité je trouve. Woodward est de son propre aveu, le journaliste qui a sans doute passé le plus de temps avec Bush Jr depuis sa première élection. Il le connait très bien et savait ce qu’il allait faire et comment il allait le faire. Par ailleurs, travaillant depuis plus de 30 ans au Washington Post, on peut difficilement l’accuser d’être un ignorant en matière de politique étrangère. Il n’empêche que quand l’Administration Bush a décidé d’envahir l’Irak, il n’a absolument pas moufté. Le Washington Post, tout comme quasiment l’ensemble de la presse et de l’establishment US a soutenu cette guerre populaire. Or en tant qu’intellectuels, que clercs comme aurait dit Benda, leur devoir était, au risque d’être impopulaire et de se faire lyncher, d’avertir leurs concitoyens de ce que signifiait exactement l’aventure dans laquelle on les entrainait. Ils ne l’ont pas fait. Alors moi, je veux bien que Bush Jr soit stupide et borné mais ce n’est en aucun cas un traitre; il a fait ce qu’il estimait devoir faire. Bob Woodward et les autres types qui font profession d’intelligence ne peuvent en aucun cas en dire autant.

PS: La même conclusion me semble valable pour le gouvernement français actuel. Nicolas Sarkozy déploît haut et fort son inculture et sa dangereuse idéologie, les ministres comme Kouchner, Amara, Boutin ou Hirsch qui font semblant de se pincer le nez en collaborant avec lui sont des traitres qui privilégient leurs intérêts personnels à leur devoir d’humain.