Hady Ba's weblog

Essentiel

Posted in Uncategorized by hadyba on novembre 28, 2007

La lecture de ce post me parait indispensable!

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Eloge du Modou Modou

Posted in Politique, Sénégal, Vie quotidienne by hadyba on novembre 27, 2007

Il y a quelques années déjà, une jeune et brillante journaliste sénégalaise avait écrit un livre très critique sur la société sénégalaise. Étant donné que je passais mon temps à dire pis que pendre de mes compatriotes et de mon pays, tous mes amis s’attendaient à ce que j’aime ce livre. Préjugé pour préjugé, je m’attendais quant à moi à ce que mon père détestât ce livre. Quelle ne fut alors ma surprise d’entendre mon père me dire le plus grand bien de cette oeuvre, d’autant plus que je me retrouvais dans la situation inconfortable du jeune réactionnaire défendant le peuple sénégalais face au vieux progressiste que campait mon père. Situation surréaliste pour quiconque nous connaît, mon père et moi. Je ne vous parlerai pas vraiment de mon progressiste de père ici mais je vais vous parler des modou modou et de politique sénégalaise et vous comprendrez pourquoi j’ai détesté le livre de Jacqueline Fatima Bocoum et comment je me suis retrouvé à jouer les Hortefeux sénégalais avant l’heure.

Commençons par les modou modou. Lorsque je suis allé à Venise, pas loin de la place Saint Marc, je me suis fait aborder par un type qui m’a proposé des babioles: gondoles miniatures, masque de carnaval, etc. Je lui ai répondu en Wolof (la langue la plus parlée au Sénégal) et nous avons discuté pendant une demi heure de la situation de notre pays natal. De même, à chaque fois que je me promène sous la tour Eiffel à Paris, je me fais aborder par un compatriote qui essaie de me refiler d’autres attrape-touristes (tour Eiffel miniature voire pire). J’en profite généralement pour réviser mon Wolof et commenter l’effarant imbroglio politico-religieux sénégalais avec un connaisseur. Je ne suis jamais allé à New York, mais je n’ai pas du tout été surpris de lire dans une des nouvelles de Jay McInerney ceci:

« Et, sur les trottoirs, des hommes sombres venus du Sénégal vendaient des montres, des bijoux et de faux sacs Gucci. Nul ne semblait savoir comment ni pourquoi ces Africains avaient débarqué en ville – en tout cas pas la police, qui s’efforçait sans grand succès d’expliquer en anglais la règlementation du colportage et finit par envoyer une brigade spéciale parlant français qui fut accueillie avec les mêmes sourires vides. »

Ces hommes sombres venus du Sénégal sont ceux que les autres africains ont appris à nommer modou modous: des commerçants sénégalais, extrêmement débrouillards et roublards, disséminés à travers le monde et polyglottes. Où que vous alliez dans le monde, il y a des chances que vous tombiez sur eux et qu’ils vous proposent de vous vendre quelque chose dans la langue du pays, en anglais, en italien voire même en chinois ou en japonais. Ce sont de féroces capitalistes qui franchissent allègrement les frontières de ce monde en corrompant si nécessaire les fonctionnaires des consulats européens à Dakar. Une chose qui n’est pas la moins fascinante chez les modou modous, c’est que leur connaissance des langues n’est en aucun cas du à l’efficacité notoire du système éducatif sénégalais que le monde entier nous envie et que les américains songeraient même à copier. Oh non! Généralement, un modou modou qui se respecte n’a pas perdu son temps dans le système d’éducation formel contrôlé par l’état. Il a plutôt fréquenté l’école coranique de son village natal jusqu’à l’âge canonique de 12ans [1] puis il a rejoint son père, oncle, cousin ou frère en ville. Une fois en ville, il fait du petit commerce, vendant des T-Shirts et autres babioles dans les rues et économisant une partie de son revenu pour investir dans un commerce plus respectable que le colportage. Les plus aventureux d’entre eux choisissent d’investir leurs économies dans l’acquisition plus ou moins illégale d’un visa qui leur permettra de partir vers d’autres cieux en Afrique, en Europe, en Amérique ou même plus rarement, en Asie. Une fois ailleurs, ils reproduisent le même schéma, s’enrichissent, trouvent des papiers légaux et deviennent Grands Commerçants i.e. font des va et vient entre le Sénégal et le reste du monde exportant et important tout ce qui peut l’être. Mais un Grand Commerçant mérite-t-il encore le titre glorieux de Modou Modou? Laissons là cette question profonde et penchons nous sur la détestable politique sénégalaise.

En 2006, nous autres sénégalais avons élu Maître Wade qui, non content d’être avocat, est officiellement un libéral. Vraiment libéral, copain de fac de M. Alain Madelin et tout. Il a fait les conneries habituelles des ultra libéraux en essayant d’implémenter les recettes stupides habituelles mais franchement ce n’est pas là le plus grave. Si les sénégalais ont élus M. Wade, c’est essentiellement parce qu’ils en avaient assez de la pourriture du régime socialiste précédent. La lutte contre la corruption était donc me semble-t-il le mandat que Wade a reçu du peuple sénégalais. Notre président a juste raté ce moment de grace pendant lequel chacun était prêt à se remettre en question et a nommé une nouvelle Nomenklatura dont l’objectif essentiel était de s’enrichir autant que la précédente. Inutile de dire que le pays est encore plus mal géré qu’avant l’alternance avec cette conséquence désastreuse que le peuple est désormais convaincu qu’il n’y a pas d’alternative possible, le mandat clair et net qu’il avait donné ayant été scandaleusement trahi par celui qu’il voyait autrefois comme le messie. Paradoxalement, la corruption sans vergogne du régime Wade en a assuré la réélection démocratique: les gens l’ont reconduits ou ne sont pas allés voter se disant non sans raison que si lui était mauvais, ceux d’en face étaient encore pire. Attitude compréhensible si l’on sait que l’opposition était un ramassis de candidats farfelus, religieux, d’anciens socialistes et d’anciens compagnons de route de Wade à la corruption plus ou moins avérée.

Pour Wade et sa clique, tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles jusqu’à ce que victimes d’hubris, ils décident de s’attaquer aux Modou Modou. L’idée est la suivante: de même que la police de New York ne veut pas de colporteurs en pleine 5e Avenue, de même le gouvernement sénégalais ne veut pas de colporteurs sur notre prestigieuse avenue William Ponty[2] . Manque de pot, les Modou Modou ne l’entendaient pas de cette oreille et ont fait passer le message à l’aide d’un petit feu de joie: les émeutes les plus violentes que le Sénégal ait jamais connu depuis au moins une décennie apparemment.

Quiconque a déjà vu les manoeuvres commerciales des Modou Modou lâchés dans Dakar pourrait se dire que le gouvernement sénégalais a eu raison d’essayer d’y mettre de l’ordre. C’est en cela que Jacqueline Fatima Bocoum rejoint Wade et c’est pour cela que j’ai commencé en parlant de son livre. L’un des constats que faisait JFB, c’était que les Modou Modou étaient censés se limiter au marché Sandaga qui est situé dans le quartier chic de Dakar mais qu’incapables de discipline, ils ont essaimé dans tout le Plateau semant le désordre et la corruption partout où ils passaient. Un gouvernement responsable se devait de civiliser toute cette racaille mais le problème profond que diagnostiquait JFB, c’était que l’esprit de Sandaga s’était propagé dans tout le corps social contaminant des élites désormais incapables de contenir et de canaliser cette populace. D’où la phrase qui à elle seule condensait le livre et que je cite de mémoire: « Sandaga, c’est le Sénégal que je déteste! »

Partageant cette analyse selon laquelle les élites sénégalaises se comportaient comme le pire des colporteurs, mon père applaudissait une jeune journaliste qui avait le courage d’attaquer les élites et de poser un regard critique sur notre société. Cette critique des élites, je l’acceptais volontiers. Ce qui me mettait mal à l’aise en revanche, c’était ce renversement effectué en toute innocence et en toute arrogance par une JFB qui considère tranquillement que la corruption des élites est une conséquence de la corruption et de l’indiscipline du peuple. Ce renversement me paraissait tellement énorme et surtout tellement faux qu’il annulait tout mérite que pouvait avoir ce pamphlet. Faire du Modou Modou l’agent corrupteur et perturbateur de notre société qui, sans lui, serait peuplé de personnes parfaitement bien éduqués et disciplinés, c’est juste une autre manière d’absoudre notre classe sociale de ses péchés. Dans la société sénégalaise, le Modou Modou est peut être l’un des plus indisciplinés, c’est d’abord et avant tout, de mon point de vue, celui qui doit le moins à l’état. C’est un type qui a très tôt compris qu’il n’avait rien à attendre des autorités: ni éducation, ni couverture sociale, ni emploi. Il se débrouille donc tout seul. Qu’il ne se plie pas à toutes les règles définies par les autorités n’est donc pas étonnant: généralement ces règles ont été faites par les élites et pour les élites. Son colportage trouble la quiétude des quartiers chics? Tant pis, il faut bien qu’il vive n’est-ce pas! Des gens comme JFB et moi, à l’inverse, n’avons aucune excuse: nos parents étaient déjà dans le système formel et grace aux impôts de nos compatriotes, de tous nos compatriotes, nous avons fréquenté des écoles et des universités publiques et travaillons souvent pour le secteur public après avoir bénéficié de bourses d’études de notre gouvernement. Si après ce parcours, nous sommes corrompus, ce n’est en aucun cas parce que Sandaga nous aura contaminé mais tout simplement parce que nous sommes de sales enfants gâtés, prétentieux et pervers qui nous croyons au dessus de gens qui sont infiniment plus décents et courageux que nous ne le serons jamais. Je ne vais pas être hypocrite, Sandaga n’est pas le Sénégal que j’aime (c’est sale et désordonné[3], je préfère les plages et les universités) mais c’est l’un des Sénégal que je respecte le plus. Que les Modou Modou soient en train de donner du fil à retordre à notre gouvernement au moment où la plupart de nos intellectuels se taisent ou gigotent dans des salons me confirme que mon respect est décidément très bien placé.

Update du 6/12/07: Sur les élites sénégalaises, on lira ce post de mon ami Doomu Rewmi qui en parle de l’intérieur

[1] On me signale cependant que je confonds Modou Modou Old School et Modou Modou New School. Ce dernier pouvant fréquenter l’école francophone et le faisant, parait-il, de plus en plus.

[2] Si j’étais vraiment patriote, je connaîtrais le vrai nom de l’avenue Ponty qui a sans doute été rebaptisé d’un nom bien sénégalais entre 1960 et maintenant mais j’avoue qu’en bon Dakarois, j’ai tendance à employer parfois les anciens noms de rue au mépris de tout nationalisme. Sinon, pour ceux qui ne sont jamais allé à Dakar, je dois à la vérité de dire que Ponty est un peu (hum, juste un peu) moins belle que la 5e Avenue.

[3] Parce que la voirie ne fait pas son travail d’ailleurs. Les élites encore une fois!

Humeur

Posted in Uncategorized by hadyba on novembre 26, 2007

Franchement, right now, je tuerais père et mère pour un séjour au soleil!

Respecter la constitution

Posted in Uncategorized by hadyba on novembre 23, 2007

S’ils ont de la chance…

Posted in Uncategorized by hadyba on novembre 19, 2007
L’un d’eux mourra rapidement. Ça leur évitera de passer l’hiver dans le froid et évitera peut être que leurs enfants souffrent de saturnisme!

Fitzgerald again… enfin presque

Posted in Uncategorized by hadyba on novembre 19, 2007

J’ai encore relu ce weekend The Great Gatsby de Fitzgerald. C’est drôle, Fitzgerald a soigneusement cultivé tout au long de sa vie, y compris dans ses écrits, une réputation de superficialité totale. C’est sans complexe qu’il s’intéresse aux riches, aux amours adolescentes (des adolescents assez riches pour ne s’intéresser qu’à l’amour s’entend) et éventuellement aux écrivains à succès. Mais de temps à autres, il laisse échapper, comme en passant, presque sans le faire exprès, quelque chose de profond. Ainsi, si j’ai relu Gatsby Le Magnifique, c’est parce que je recherchais ça: (Le contexte: une conversation détendue entre amis par un après midi d’été.)

 »You make me feel uncivilized, Daisy, » I confessed on my second glass of corky but rather impressive claret.  »Can’t you talk about crops or something?

I meant nothing in particular by this remark, but it was taken up in an unexpected way.

 »Civilization’s going to pieces, » broke out Tom violently.  »I’ve gotten to be a terrible pessimist about things. Have you read ‘The Rise of the Colored Empires’ by this man Goddard? »

 »Why, no,’ I answered, rather surprised by his tone.

 »Well, it’s a fine book, and everybody ought to read it. The idea is if we don’t look out the white race will be —will be utterly submerged. It’s all scientific stuff; it’s been proved. »

 »Tom’s getting very profound, » said Daisy, with an expression of unthoughtful sadness.  »He reads deep books with long words in them. What was that word we — »

 »Well, these books are all scientific, » insisted Tom, glancing at her impatiently.  »This fellow has worked out the whole thing. It’s up to us, who are the dominant race, to watch out or these other races will have control of things. »

[…]

 »This idea is that we’re Nordics. I am, and you are, and you are, and — » After an infinitesimal hesitation he included Daisy with a slight nod, and she winked at me again.  »—And we’ve produced all the things that go to make civilization —oh, science and art, and all that. Do you see? »

Je vais d’abord faire une simple remarque. Tom Buchanan invoque les manes de ses ancêtres Nordiques qui auraient créé les sciences et les arts mais il est incapable de lire correctement un livre. Son ‘This man Goddard’ ainsi que le titre ‘The Rise of The colored Empires’ sont totalement fantaisistes. Ils résultent de l’amalgame de plusieurs noms d’auteur et de plusieurs titres de livres de la même époque. De la bouillie pseudo-scientifique déversée par un homme qui est totalement sûr de son bon droit et qui pense que parce qu’il est d’une certaine extraction ou d’une certaine classe sociale, il est meilleur que les autres. Ce qui est génial avec FSF, c’est qu’il ne commente pas cette sortie, ne la désapprouve surtout pas et ne s’y attarde pas non plus.

Si j’ai éprouvé le besoin de relire The Great Gatsby, c’est que j’ai trouvé sur le blog de Jean Quatremer une excellente traduction française de ce dialogue. La voici et bonne lecture.

Facs françaises: un petit air d’UCAD

Posted in Uncategorized by hadyba on novembre 16, 2007

Avertissement: Ce post se lit mieux en suspendant de temps à autres (i.e. quand je parle de l’UCAD) votre esprit critique.

Ainsi que vous le savez sans doute, je suis un pur produit de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Pour autant que je sache, il n’y a que deux questions sur lesquelles je suis d’une absolue mauvaise foi: celle qui concerne mon alma mater et celle qui concerne l’équipe de foot du Sénégal. Cette absolue mauvaise foi se manifeste par deux axiomes qui me semblent devoir servir de base intangible à toute discussion intelligente. Quiconque ne les accepte pas est de mon point de vue soit un ignorant, soit un être malveillant d’une mauvaiseté intolérable et dont l’âme finira sans doute dans un recoin particulièrement sombre de l’enfer. Ces axiomes sont les suivants:

Axiome 1: l’équipe de foot du Sénégal est la meilleure au monde et à chaque fois qu’elle a perdu au cours de son histoire, c’est parce que l’arbitre corrompu, forcément corrompu, qui dirigeait la rencontre s’est fait acheter par l’équipe adverse. Ainsi, tout le monde au Sénégal connaît l’infinie corruption d’un arbitre gabonais dont je tairais le nom, non pas par charité, mais tout simplement parce que je ne m’en souviens pas.

Axiome 2: L’université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD de son petit nom) est la meilleure université au monde.

Dans mes moments d’égarement, je soupçonne que l’axiome 1 serait discutable et pourrait éventuellement ne pas avoir le statut d’axiome. Franchement, même avec la plus grande objectivité, je ne vois pas comment quiconque pourrait discuter l’axiome 2. Bien évidemment, si vous avez fait vos études ailleurs qu’à l’UCAD, je comprends que vous pensiez que des facs comme Harvard ou l’ENS seraient objectivement meilleures que l’UCAD mais franchement, ce n’est là que le résultat de votre conditionnement et de votre ignorance de ce qui se fait à Dakar! Si vous avez fait vos études à Dakar mais pensez malgré tout que mon axiome 2 est discutable, sachez que je pense que vous êtes non seulement un traître mais également un pervers à qui je ne parlerai ni ne serrerai la main jamais plus à l’avenir. Bien sûr, je vous prierais d’arrêter de lire mon blog qui est écrit pour des personnes convenables et certainement pas pour des gens aussi inqualifiables que vous!

Il est parti le traître? Bon. Nous pouvons continuer entre gens de bonne compagnie. Si je vous parle de mon alma mater, ce n’est pas pour me vanter, mais parce que les grèves actuelles dans les universités françaises me rappellent furieusement ce qui s’y passait. J’ai passé cinq ans au département de philo de Dakar et chaque année, j’ai eu droit à un mois de grève avec fermeture du campus universitaire, guerrilla urbaine contre le GMI (nos CRS locaux) avec tabassage en règle des étudiants etc. Et à chaque fois, la réponse de notre gouvernement était la même: ces étudiants grévistes sont une minorité manipulés par les partis d’opposition, nous injectons autant d’argent que possible dans l’université, les étudiants ont des bourses que leur envieraient les pauvres travailleurs qui se lèvent tôt sans arriver à réunir de quoi nourrir leurs familles et tutti quanti. De manière similaire, le discours des étudiants grévistes était répétitif: nous voulons une amélioration des conditions matérielles et morales des étudiants. Baisse du prix des tickets déjeuner, augmentation du volume et des bourses d’étudiant, réfection des amphithéâtres et du campus universitaire, achat de livres pour la bibliothèque, équipement en ordinateurs des différents départements…etc, Généralement, le résultat de ces grèves était toujours le même: après trois semaines de grèves, des négociations sont organisées, des promesses faites et surtout, les dirigeants du soulèvement estudiantin sont honteusement corrompus au moyens de bourses extérieures pour aller étudier en France. Précisons tout de suite que je n’ai jamais eu l’intelligence de diriger une grève et n’ai donc pas eu le bonheur de me faire corrompre par mon gouvernement.

L’on pourrait penser que ces grèves non seulement n’étaient pas légitimes mais étaient stupides parce qu’elles pénalisent surtout les étudiants qui ont le malheur d’être à l’UCAD plutôt que dans une Ecole de Commerce, une fac française voire américaine et qu’elle ne servent qu’à discréditer encore plus une institution que ne fréquentent déjà plus que les rejetons des classes moyennes et populaires. A l’appui de cette idée, il y a le fait que les dirigeants de ces mouvements sont à chaque fois des individus plus ou moins corruptibles qui défendent leurs propres intérêts plutôt que ceux de la communauté universitaire.

En fait, les choses m’ont toujours paru plus complexes que ça. Il se trouve que même si c’est toujours une minorité qui décide des grèves, il y a objectivement de très bonnes raisons de faire la grève. La bibliothèque universitaire de Dakar était franchement pauvre, les salles de classe insuffisantes au point que le planning des cours relevait du tour de force administratif, les budgets des facs ridicules au point que l’achat d’une photocopieuse était parfois une dépense extravagante pour certains départements, le ratio profs/étudiants tellement déséquilibré que les profs n’avaient d’autre choix que de laisser faire un processus darwinien au terme duquel la minorité qui réussissait à passer les deux premières années bénéficiait de l’encadrement rapproché qui aurait
du être la norme dès la première année… De ce fait, même si la grande majorité des étudiants pensait comme moi que ces grèves étaient inutiles et auto-pénalisantes, nous n’en suivions pas moins les mots d’ordre. A mon avis, l’une des principales raisons pour lesquelles personne ne se révoltait contre ces grèves, c’était parce que nous étions tous persuadés que si nous réussissions à survivre au processus de sélection drastique qui menait de la première année au master, nous avions malgré tout d’assez bonnes chances de nous retrouver au chômage parce que ces crétins d’employeurs préféreront toujours embaucher un idiot qui a fait une Ecole de Commerce et ne sait même pas écrire un rapport en usant d’un français correct mais connaît le monde de l’entreprise que de choisir un type qui a fait des études de lettres modernes à la fac. Attitude idiote parce que le type qui a usé ses fonds de culottes à la fac ne connaît peut être pas le monde de l’entreprise mais pendant 4 ans, il a appris a écrire, à décortiquer des textes, à réfléchir et surtout, il a appris à apprendre ce qui devrait en faire un employé bien plus efficace, sans compter qu’il parle généralement plus de deux langues vivantes. Mais revenons à nos moutons. Ma vision des grèves de Dakar est qu’il y a structurellement tellement de bonnes raisons de faire la grèves qu’il n’est pas étonnant que chaque année des membres de l’institution universitaire décident que la situation est intolérable et essaient de changer les choses. Quand le gouvernement affirmait que c’était l’opposition qui manipulait les étudiants, elle confondait sciemment les causes et les conséquences: l’opposition, après qu’une grève s’était déclenché essayait de la manipuler, et c’est de bonne guerre, mais elle ne les provoquait, à mon avis, pas. De même ces mouvements ne duraient jamais plus d’un mois parce que les étudiants se rendaient bien compte qu’une trop longue interruption des cours mènerait à l’invalidation de l’année scolaire ce que nul ne souhaitait.

Si je vous raconte mon expérience de l’UCAD, c’est parce que je suis en train d’écouter Mme Pécresse parler d’étudiants manipulés par l’extrême gauche alors que l’UNEF essaie désespérément de récupérer un mouvement qu’il n’a pas initié et je me dis que le parallèle avec l’UCAD est éclairant. Certes, les facs françaises sont beaucoup un peu plus riches que l’UCAD mais j’ai l’impression que leur situation est un peu semblable à celle de mon ancienne fac. Même si nous laissons de coté la question des moyens et le fait qu’il y a un échec massif au premier cycle, les universités françaises se trouvent dans un système où elles sont considérées comme moins prestigieuses que les Écoles de Commerce ou d’ingénieur. Les étudiants qui sont actuellement à la fac savent donc parfaitement que même s’ils réussissent à obtenir leurs diplômes, il leur sera difficile de rivaliser avec un produit des Grandes Écoles et ce, indépendamment de leur valeur intrinsèque. Cela crée une sorte de malaise qui n’est pas conjoncturel mais est structurel. Si j’en crois mon expérience à l’UCAD, je crains fort qu’après les grèves anti CPE et celles de cette année contre la loi d’autonomie, les facs françaises ne soient rentrées dans un cycle semblable au nôtre où chaque année on a droit à des grèves plus ou moins longues. A mon avis, Mmes Pécresse et Parisot ont probablement raison de souligner que les motifs mis en avant par les grévistes (privatisation rampante de l’université, sélection à l’entrée) relèvent du fantasme, mais ce sont là des fantasmes qui se nourrissent du fait bien réel qui est que l’université française est actuellement pauvre, méprisée par la société française et offre moins de perspectives qu’elle le devrait à ses étudiants. Tant que cet état de fait ne changera pas, les fantasmes proliféreront… pour la plus grande joie de ces horribles manipulateurs d’étudiants qui sévissent à l’extrême gauche.

PS: Vous pensiez bien que je n’allais pas conclure ce post sans réaffirmer encore une fois que l’UCAD est la meilleure université du monde. Lux mea lex!

Washoe est morte

Posted in Uncategorized by hadyba on novembre 2, 2007

Je viens juste de le lire: Washoe est morte. Je n’ai pas le temps d’écrire un post sur la cognition animale. Qu’il suffise donc juste de dire que Washoe est le premier chimpanzé à apprendre le langage des signes et à nous soupçonner que la faculté de langage n’était peut être pas exclusivement humaine.

Non seulement Washoe avait réussi à apprendre 250 signes, mais en plus elle avait réussi à enseigner l’ASL à son fils.

Ce papier de Futura Sciences est assez bien fait quoique très schématique.

Aider l’Afrique?

Posted in Uncategorized by hadyba on novembre 2, 2007

Vous devez commencer à me connaître, en politique, je suis un machiavélien convaincu. Je ne suis pas loin de penser que la triste réalité est que des fins estimables doivent (presque toujours) s’accommoder, jusqu’à un certain point de moyens détestables. Tout le problème est donc de décider quels moyens sont inacceptables, quelle que soit la fin visée. Vous vous attendriez donc à ce que, si j’étais conséquent, j’approuve la tentative de coup de force de ces amateurs de L’Arche de Zoé. Hum, c’est pas exactement le cas, mais avant de vous dire pourquoi laissez moi d’abord faire ici quelque chose, qu’à mon sens je ne fais que trop rarement: j’aimerais juste féliciter le trio infernal: Rama Yade, Nicolas Sarkozy & Bernard Kouchner!

S’ils ont fait ce que je les soupçonne d’avoir fait, ils méritent toute mon admiration. Voici comment je vois les choses. Le gouvernement français a appris que cette ONG voulait faire venir en France des centaines d’enfants africains. Ils ont franchement essayé de les dissuader en douceur mais ces gens se sont entêtés. Alors le gouvernement a fait semblant de les laisser faire. Après tout il n’y avait aucune base légale pour les en empêcher en les arrêtant de manière pré-emptive avant qu’ils aient commencé la réalisation effective de leur projet. Le problème est le suivant: imaginez vous une centaine d’enfants africains qui débarquent dans un aéroport français, en provenance supposée du Darfour. Visualisez des familles françaises qui affirment en pleurant qu’elles veulent les accueillir. Bien évidemment, le gouvernement français ne voudrait ni n’aurait le droit de les accepter ici mais, cela ferait un scandale monstre et tout le monde les accuserait de manquer de coeur, de vouloir renvoyer ces enfants à une mort certaine, d’être raciste, d’être inconséquent (ça c’est pour Kouchner et son idiotie de droit d’ingérence humanitaire) etc… Il n’y aurait aucune manière pour le gouvernement français de s’extirper honorablement de cette situation. Face à cette effrayante perspective, je soupçonne les diplomates français d’avoir fait la chose que n’importe quel machiavélien qui se respecte aurait fait. Personnellement, j’aurais envoyé un barbouze parler au président Déby, il lui aurait signalé que des français veulent enlever des enfants tchadiens, lui aurait bien fait comprendre que la France ne serait pas mécontente que le gouvernement Tchadien se fache d’un tel enlèvement, donne une bonne leçon aux aspirants kidnappeurs et lance ainsi un avertissement clair à quiconque voudrait recommencer. Devant une telle autorisation à faire preuve d’indépendance, Déby ne se ferait pas prier et paraderait devant les caméras en parlant de pédophilie voire de mangeurs d’enfants. Je n’ai bien sûr aucune preuve de ce que j’avance mais sachant que les présidents tchadiens successifs ont toujours été fortement protégés par la France et que Khadaffi est en embuscade pour rogner une partie du territoire tchadien, je vois très mal Déby monter au créneau et embarrasser potentiellement la France sans l’autorisation expresse de ses maîtres Parisiens.

Si donc c’est cela qui s’est passé, je pense que nous pouvons, une fois n’est pas coutume, féliciter Sarko et ses Sarko-diplomates. D’abord si nous considérons strictement les intérêts français, ces archéens allaient créer un dangereux précédent. Si l’on peut aller dans des zones en conflit, prendre des enfants et les rapporter en France, il n’y a aucune raison de s’arrêter là. Il y a certes les enfants du Darfour, de Cote d’Ivoire, de Haïti ou du Timor oriental à rapatrier en France. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin? Ce ne sont pas seulement les guerres qui tuent les enfants, il y a également la faim, le paludisme, l’alcoolisme des parents, le fanatisme religieux etc. Il me semble donc qu’en vertu de cette jurisprudence de la France sauveuse de l’humanité enfantine, des enfants britanniques, américains, saoudiens, sénégalais et même parfois… français seraient éligibles à une telle sollicitude. On ne peut décemment pas faire de la France un sanctuaire pour tous les enfants plus ou moins menacés de cette terre. Et ce d’autant moins que l’on ne fait toujours rien pour les quelques enfants qui jouissent du bonheur discutable de vivre en France sous le seuil de pauvreté.

Là vous vous dites que j’ai parlé en prenant le point de vue de la France officielle, sans me préoccuper un seul instant de l’intérêt des enfants. Après tout, il y a en France des familles qui sont prêtes à les aimer et qui sont en mesure de leur offrir un confort qui leur sera à tout jamais inconnu, vu le point de départ que le sort leur a attribué dans la loterie de la vie. J’en conviens. Seulement, j’ai une vision perverse du monde: je pense que les parents de ses enfants aiment autant leurs enfants que les autres parents de la terre. Je pense par ailleurs que ce n’est pas parce que l’on est pauvre que l’on a pas le droit d’avoir cette vision stupide selon laquelle on aurait une culture à transmettre. En l’occurrence, au Tchad et au Darfour, les gens sont musulmans et considèrent que l’on ne doit pas adopter des enfants. On peut certes éduquer des enfants qui ne sont pas les siens, mais à condition de préserver leur filiation et de leur expliquer qui est leur ‘vrais’ parents. On peut ne pas être d’accord avec cette conception, mais il n’en demeure pas moins que si on veut aider des gens, il faut d’abord les respecter un peu. De plus, si on veut aider les personnes qui vivent au Darfour, pourquoi ne pas aider toute la famille plutôt que de juste venir prendre certains enfants en laissant les adultes et adolescents se débrouiller tous seuls? Doit-on comprendre qu’à partir de 15 ans, on ne mérite plus vraiment une vie décente?

Plus généralement, j’avoue que je suis toujours énervé par tous ces gens qui se précipitent pour sauver l’Afrique. Ce n’est pas que je pense que tout va bien Madame la Marquise, mais que je ne crois absolument pas aux actions qui sont menées et qui, de mon point de vue se rapprochent plus de l’action de dames patronesses qui ‘aident’ les ouvriers de leur maris sans s’assurer plutôt que ces ouvriers reçoivent un salaire correct. De même, venir apporter de l’aide alimentaire plutôt que de faire pression sur son propre gouvernement pour qu’il y ait une meilleure régulation du système économique mondial me paraît au mieux benoîtement stupide. De plus, je pense sincèrement que si
l’Afrique doit se développer, l’impulsion viendra de l’intérieur plutôt que de l’extérieur. Les sociétés se développent parce que leurs membres acquièrent une meilleure éducation, ont une meilleure conscience démocratique, contrôlent leur destin et par conséquent implémentent des politiques de développement efficaces. La seule aide adéquate qui puisse, à mon avis, venir de l’extérieur est celle qui consistera à ôter les freins à ce processus qui prend du temps: la dette, le soutien aux dictateurs, le pillage des ressources naturelles, etc…

PS: Ce post sera le dernier avant longtemps. Il faut vraiment que je m’enferme un peu pour écrire. Je prévois de ne presque pas blogguer pendant tout le mois de novembre et d’éviter autant que possible le net.

PPS: By the way, vous ne le savez sans doute pas mais le paludisme fait plus de morts que le sida en Afrique. Alors si jamais vous voulez vraiment militer pour une cause, essayez les moustiquaires imprégnés, ce n’est pas très hype mais c’est infiniment plus efficace qu’un sac de riz de Bernard Kouchner.