Hady Ba's weblog

Mater dolorosa

Posted in Uncategorized by hadyba on décembre 1, 2007

Regardez attentivement la photo qui illustre ce post et que j’ai piqué ici. Ca ne vous rappelle rien? Une dame assise tranquillement, absorbée dans sa contemplation et qui paraît dévastée par la douleur. Le regard modestement baissé et le dénuement qui se dégage de l’environnement. Dénuement mais pas misère, remarquez bien. Vous ne voyez vraiment pas? Ou alors vous n’osez pas faire la comparaison? Je vais vous aider, jetez un coup d’oeil à l’image qui illustre cet article de Wikipedia.

Ca vous revient n’est-ce pas. La posture n’est pas tout à fait la même mais il y a un air de famille. Or, comme le dit le Stabat Mater:

« Quis non posset contristari,

Christi Matrem contemplari

dolentem cum Filio? »

ce qui se traduit:

« Qui pourrait dans l’indifférence

Contempler en cette souffrance

La Mère auprès de son Fils ? »

Oui, franchement qui le pourrait?

En voyant cette image, je me suis dit que si elle se répand, et elle va se répandre, Mme Betancourt deviendra définitivement une icône. Icône de quoi et au service de quoi? Seul l’avenir nous le dira. En attendant, je vous conseille d’écouter le Stabat Mater de Vivaldi en pensant à elle.

PS: Soyons honnête, la traduction de la strophe n’est pas de moi. Mon latin est quasi-inexistant, ce qui est sans doute l’un des désespoirs secrets de ma mère. Par ailleurs, je ne remercierais jamais assez Idriss de m’avoir fait découvrir le Stabat Mater de Vivaldi.

7 Réponses

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  1. rahmane said, on décembre 11, 2007 at 6:53

    Drôle. Hier, j’essayais — moi le pagano-musulman d’obédience laïque — d’expliquer à une protestante fondamentaliste d’extrême gauche (oui, oui, comme dit Shakespeare, « Il y a plus de choses dans le monde que, etc., etc.) pourquoi les papistes adorent Marie. J’aurais dû lui faire écouter le Stabat Mater, tout simplement.

  2. Anonyme said, on décembre 11, 2007 at 11:46

    Je me demande s’il n’y a pas dans l’adoration de Marie un peu de ce fonds chevaleresque qui fait que chaque mâle de cette terre rêve de secourir une faible femme en proie à des souffrances absolument indicibles. Cela dit sans vouloir blasphémer aucunement of course.
    PS: Une « protestante fondamentaliste d’extrême gauche » ça doit valoir le détour… mais je me demande si je ne suis pas un peu son pendant musulman!

  3. rahmane said, on décembre 12, 2007 at 9:50

    Oui, j’ai fait allusion au fait que le concept de chevalier chrétien (qui est plus complexe que ce qui est illustré par les Croisades) se rattache aussi à Marie comme noble dame. Mais il y a surtout ce côté Pieta, ce côté mère de Dieu, amour matriciel, qui est tout de même plus universal que la société féodale. En Islam, mon prénom (l’Esclave de Rahmane) dérive un peu d’une idée similaire. Rahman vient de « Rahima » qui veut dire « matrice », le ventre d’amour. Donc ar-Rahman, ce n’est pas simplement le Compassionnel ou le Clément, c’est Dieu qui a cet amour de qualité maternelle, matricielle, pour ses créatures, un amour indiscriminé, primordial. Ce côté rahmanien de l’Islam se rapproche donc du culte marial en ce qu’il implique des vertus féminines et maternelles de douceur fondamentale et sans réserve. Mais d’un autre côté, tu as, bien entendu, les figures légales et régaliennes du divin. Jésus Roi, maître du tout et du monde, « pantocrator », « cosmocrator », comme disaient les Byzantins, chez qui il était véritablement le souverain, Byzance étant, je pense, l’Etat chrétien par excellence — ou en Islam, la Voie du Messager, la Sharia. Mon amie est plutôt — comme tout fondamentaliste — de cette dernière obédience: mais en montrant bien que connaître la Loi dérive de la reconnaissance qu’elle est subordonnée à l’Amour (et donc, bien qu’elle ne soit pas prête à le reconnaître, à « Marie ») et qu’il faut donc refléchir la Loi à travers l’Amour, ce qui est certes loin d’être le cas de la plupart des fondamentalistes. Tout cela entre dans l’orientation d’un essai que j’écris autour de ma traduction du Usul as-Siyasa de Bello. Au fait, je chercherai un éditeur pour cela en France. Si tu as une idée… Traduction du Usual as-Siyasa accompagnée d’une analyse (hélas! oui, plus longue que le texte traduit) mêlant Foucault à Dan Fodio, Ibn Taymiya et Ibn Arabi et critiquant les théologies modernes de la violence et de la pureté.

  4. Anonyme said, on décembre 12, 2007 at 10:12

    Il me semble qu’à Paris, ce serait maisonneuve et larose qui pourrait être intéressé par ça. Actes Sud également mais je ne sais pas s’ils éditent des essais (encore que: il faudra que je vérifie mais ils me semble qu’ils ont édité le livre de Maalouf sur les croisades vu par les Arabes.)

    Sur Rahman: il me semble avoir entendu à dakar un imam faire a même remarque disant que dans le bissimilahi arRahmani arRahim, le arRahman souligne que l’amour de Dieu ne se limite pas seulement à nous autres qui avons eu la chance d’être musulmans mais à tous les êtres de sa création. Il était assez janséniste en ce sens qu’il voulait bien nous faire comprendre que nous n’avions aucun mérite à être musulmans puisque c’est par une série de hasards heureux (notre lieu de naissance, notre famille…) que nous en étions arrivés là!

  5. rahmane said, on décembre 12, 2007 at 11:09

    Exactement… L’idée m’est venue d’ailleurs à partir de conversations avec un islamologue nigérien d’éducation kadiri (rareté, maintenant, mais très influents, les Kadiris, dans cette partie du Sahel, entre 1800 et le début de la domination française).
    Maison d’édition: mais je ne veux pas un ghetto pour orientalistes; ce n’est pas spécialement un travail d’érudition, plutôt de politique (un mélange des deux, disons). L’idée serait de dépasser la tendance hagiographique/libérale de Ramadan père et fils, tout en restant sur le même terrain des idées politiques développées à partir d’un lexique musulman. Enfin, on verra.

  6. rahmane said, on décembre 12, 2007 at 12:06

    Bon, pas dit pourquoi j’ai pensé aux Kadiris: à la manière dont il m’a expliqué les principes kadiris par opposition à ceux des tidjanes, j’ai vu comme un ressemblance dans les différences entre jansénisme et catholicisme ultramontain. J’ai été d’ailleurs fasciné de voir la différente entre le tombeau du saint fondateur de la Kadiriya de sa bourgade d’origine (un bâtiment sans couleur, carré, sobre, fermé d’une porte sans poignée et ouvert très rarement) et le tombeau du fondateur de la Tidjaniya zarma, dans une autre bourgade à une centaine de kms de là, un bâtiment blanc et vert, à colonnettes, avec un toit en tuile, toujours ouvert, avec le tombeau du saint recouvert d’un drap noir tissé d’or, et des dévotes tout autour. Evidemment, des choses que tu as vues cent fois au Sénégal, pays hypertidjanisé (après tout, même les mourides sont des espèces de tidjanes, au fond: bon, je me tais avant de susciter de hauts cris).

  7. Anonyme said, on décembre 14, 2007 at 9:11

    « même les mourides sont des espèces de tidjanes, au fond » Je me désolidarise de ces propos: je n’ai pas envie de me faire assassiner la prochaine fois que je foulerais le sol de l’aéroport de Dakar!


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