Hady Ba's weblog

Apparences

Posted in Uncategorized by hadyba on mai 29, 2008

A lire absolument. Il me semble que j’avais déja parlé de Paul Ekman quelque part sur ce blog.

Galbraith et la liberté du consommateur

Posted in Economie, Politique by hadyba on mai 29, 2008

Je viens juste de relire le papier « Economics as a system of belief » de John Kenneth Galbraith. Je dis relire parce qu’en le lisant j’ai vu des gribouillis qui sont incontestablement de moi alors que si je me souviens bien que ce recueil m’avait marqué quand j’étais undergrad, je ne me souvenais pas du tout de ce papier en particulier alors que d’autres comme « Financial Genius is before the Fall » sont toujours demeurés vivaces dans mon esprit. Si vous ne l’avez jamais lu, JKG, pour ce que j’en connais est hilarant et si ça vous tombe entre les mains, je vous conseille de ne pas vous priver de ce plaisir.

Toujours est-il que j’ai relu ESB et vais vous en parler. Avant de commencer, je me dois d’avertir les lecteurs de ce blog qui ne seraient pas économistes que je suis, au mieux, un amateur en économie. Mes lectures dans cette discipline ne sont en aucun cas systématiques et il est probable que ce que j’en dis est dénué de fondement. Quand aux éventuels lecteurs qui seraient des savants en économie venus se perdre en ce lieu, je les prie de me corriger sans ménagement s’ils lisent des hérésies économiques ici. Si personne ne me dit que j’énonce des stupidités, je ne risque pas de m’amender. Bon, ceci posé, parlons, doctement comme il se doit, de ce que l’on n’est pas sûr de comprendre.

On peut diviser le papier de JKB en deux parties. Et le ton est donné dès les deux premières phrases du texte:

« A recurring and not unsubstantiated charge against economics over the last century has been its employment not as a science but as a supporting faith. In this latter role, it is held to serve not the understanding of economic phenomena but the exclusion of lines of thought that are hostile or unsettling to the discipline or, a related matter, to an influential economic or political community. »

Dans la première partie du papier donc, Galbraith illustre cette critique selon laquelle la théorie économique sert souvent un rôle conservateur en sacrant comme scientifiques un certain nombre de préjugés et en disqualifiant des vues potentiellement révolutionnaires. Ainsi rappelle-t-il par exemple qu’au moment même, dans les années 1880-1930, où les entreprises étaient en train de devenir gigantesques aux USA, acquérant de ce fait un énorme pouvoir politique et économique, la théorie économique ne reconnaissait que les modèles dans lesquels la compétition était entre plusieurs petites firmes. Se faisant, souligne JKG, elle « n’était pas seulement socialement et politiquement neutre. Elle persuadait ses communicants de détacher leurs yeux de la réalité. Excepté là où un monopole ou bien une intention de monopole pouvait être démontrée, la théorie niait la nécessité d’une quelconque réponse sociale au pouvoir économique. Elle jouait un rôle actif – activement conservateur- dans le processus politique. » (pp. 61-62 ma traduction)

Ces exemples montrent donc selon Galbraith que certains modèles économiques prétendument scientifiques ont souvent servi à éliminer de la discussion les questions les plus importantes sur le plan social et à orienter le débat de sorte à légitimer un système de croyance conservateur en lui donnant le statut envié de science[1]. De ce fait, sous couvert de science, la théorie économique a donc joué un rôle éminemment politique.

Soit, mais pourquoi JKG éprouve-t-il le besoin de nous bassiner avec cette histoire? Ben, parce qu’il nous propose, dans ce papier de 70 d’envisager qu’un phénomène semblable était à l’oeuvre dans la science économique contemporaine et de voir quelle conséquence se tire de l’abandon du mythe que la théorie économique actuelle essaie de nous faire avaler. En l’occurrence, le mythe serait celui de la souveraineté du consommateur i.e. l’idée que les équilibres macro-économiques et les décisions politiques auxquels nos sociétés sont parvenues ne sont que le résultat des libres choix des consommateurs. Par exemple, si le gouvernement construit des routes plutôt que des pistes cyclables ou des voies de bus, c’est parce que la majorité des citoyens préfère acheter une voiture au lieu de prendre les transports en commun ou de faire du vélo.

Pourquoi s’attaquer à ce malheureux, inoffensif -et hautement raisonnable diraient certains- principe? Parce que selon Galbraith, ce principe n’est pas si inoffensif que ça et si nous oubliions ce que nous dit la théorie néoclassique et envisagions un monde où ce principe serait faux, tout un univers de réformes politiques certes effrayantes mais profondément justes s’ouvrirait devant nous. Toute la seconde partie du papier s’emploiera à nous dévoiler ce monde merveilleux.

Juste pour que ce soit bien clair, voici le postulat[2] par lequel JKG nous propose de remplacer le principe de la souveraineté du consommateur:

« The individual’s want, though superficially they may seem to originate with him, are ultimately at the behest of the mechanism that supply them. »

Par exemple, si nous voulons tous un ipod, ce n’est pas parce que notre vie était incomplète sans un outil performant nous permettant d’écouter de la musique, incomplétude que Steve Jobs dans sa grande générosité vient combler avec son invention. Si nous nous ruons sur l’ipod, c’est juste parce qu’Apple a su nous faire croire que quiconque n’en dispose pas appartient à une époque préhistorique et résolument uncool et que les autres lecteurs mp3 dénotent une tension insatisfaite vers ce signe absolu de coolitude qu’est l’ipod[3] .

Acceptons donc que le principe de la souveraineté du consommateur est faux et que c’est le producteur, via la publicité et le lobbying qui fait croire à la population qu’elle est maitresse de ses goûts et qu’elle a tel ou tel besoin. N’est-ce pas un peu excessif de la part de JKG d’accuser ses honorables collègues de malhonnêteté parce qu’ils n’ont pas l’intelligence de voir que leur postulat est faux? Au delà de la discussion académique, ce qui intéresse Galbraith, ce sont les conséquences politiques de l’abandon de ce postulat. Si le consommateur est souverain, il ne saurait être en guerre contre le système que ses désirs et choix ont créés, en revanche, s’il est manipulé par les industriels, le politique doit peut-être veiller à mieux réguler les offres des entreprises. Pour prendre un exemple, est-ce vraiment l’intérêt de la population que d’acheter un avion militaire à 40 milliards ou bien est-ce le complexe militaro-industriel qui influence ce genre de décisions? Si l’état investit dans les routes mais pas dans un système de transport en commun performant n’est-ce pas là la conséquence de la puissance de l’industrie automobile comparée aux compagnies de transport en commun?

Un exemple que j’ai trouvé fascinant dans le papier de Galbraith qui date pourtant de 1970 est le suivant. Avec le principe de la souveraineté du consommateur, le principe du pollueur payeur est profondément injuste: c’est parce que citoyens veulent des voitures que Total va extraire du pétrole pour rendre service à ses concitoyens; si dans le cours de cette action, il y a une ou deux marrées noires, on aurait mauvaise grâce de demander à ces bienfaiteurs de l’humanité de réparer les dégâts à la place de la communauté. A l’inverse, si c’est le producteur qui est souverain, ce serait en défendant ses strictes intérêts que Total aura pollué et dans ce cas elle est la seule qui doit payer.

Je vous ai dit que je n’étais pas un économiste. Je ne saurais donc dire à quel point la critique que Galbraith fait de la communauté des économistes de son époque est valable pour les économistes actuels. J’aurais tendance à penser que les économistes universitaires sont relativement exempts des vices qu’il dénonce mais il me semble, en tant que lecteur amateur de la presse économique, qu’il y a une certaine caste d’économistes mondains, de banquiers, de journalistes et d’industriels qui méritent pleinement ces critiques et que leurs autres collègues sont plus ou moins exclus des centres de décision. Après, moi je dis ça du haut de mon incompétence économique.

……………..

[1] Maintenant que j’y pense, ceci me rappelle ce qu’une philosophe US Ishani Maitra appelle silencing. Si la (bonne) philosophie féministe vous intéresse, ça se passe ici.

[2] En fait, ce n’est pas vraiment un postulat puisqu’il l’avait déjà démontré dans ses livres antérieurs The Affluent Society & The New Industrial State.

[3] Franchement, si après ce paragraphe de publicité gracieuse M. Jobs ne m’envoie pas un mac, je m’achète un pc et je milite pour la réhabilitation de Saint Bill Gates et de Microsoft!

……………..

Référence:

John Kenneth Galbraith: ‘Economics as a system of belief’ in Economics, Peace & Laughter, Houghton Mifflin Company Boston, 1971, pp. 60-87

Vive le FMI

Posted in Economie, Sénégal by hadyba on mai 23, 2008

Depuis les plans d’ajustement structurels des années 80, le FMI a tellement mauvaise presse en Afrique que si quelqu’un m’avait dit qu’un jour j’écrirai quelque chose de positif sur cette institution, je n’aurai même pas daigné répondre à une telle absurdité.

Il n’empêche que j’aimerais officiellement remercier le très distingué Docteur Alex Segura-Ubiergo qui vient récemment d’abandonner sa réserve de fonctionnaire international pour taper très fort sur les doigts de mon gouvernement.

Il a donné une interview dans un journal de la place pour dire tout haut ce que mes copains haut fonctionnaires du gouvernement sénégalais écrivent jusqu’à écoeurement dans leurs rapports, murmurent à l’oreille de leurs amis mais n’osent pas dire en public. A savoir que si les recettes fiscales du pays n’ont jamais été aussi élevées, la politique que mène notre gouvernement est au mieux stupide et au pire criminelle. Non seulement notre gouvernement (et tout ce qui gravite autour, parlement, agences créées pour pomper du fric etc…) mène un train de vie absolument indécent vu la pauvreté de notre peuple, mais en plus les mesures qui sont prises pour contrebalancer la hausse des prix des matières premières bénéficient principalement aux couches les plus aisées de la population.

Bien évidemment notre ministre des finances a répondu comme il se doit totalement à coté de la plaque. Il s’est attaché à un point de détail affirmant que contrairement à ce que disait M. Ségura, le Sénégal avait les ressources suffisantes pour payer les salaires. Le problème c’est que ce que le représentant résident du FMI pointait, c’était que le pays a tellement accumulé de dettes envers le secteur privé intérieur et mène une politique tellement dépensière que bientôt il lui sera impossible de faire face à ses obligations et de payer les salaires en même temps.

Le point positif, c’est ce cri du coeur d’un haut fonctionnaire incorruptible et discret dont je tairais charitablement le nom: « S’ils ne paient plus les salaires nak, je descends dans la rue! » Franchement, j’adorerais voir nos hauts-fonctionnaires prendre enfin un risque comme M. Ségura et démontrer avec toute leur expertise pourquoi la politique sociale et économique actuelle de notre gouvernement est une criminelle aberration. Ils sont quand même là pour servir le peuple qui a payé leurs études non? J’avoue cependant que j’ai très peu d’espoir de voir ça… sauf si notre gouvernement atteint d’hubris avait la stupidité de ne pas payer ses très loyaux serviteurs.

Welcome

Posted in Uncategorized by hadyba on mai 23, 2008

Le Sarkozysme N’EST PAS un nazisme

Posted in Uncategorized by hadyba on mai 19, 2008

… contrairement à ce que vous auriez pu penser en lisant le post de Maitre Eolas que je vous ai mis en lien hier. Je pense qu’il est utile de le préciser afin d’éviter les comparaisons malheureuses. IL y a des différences patentes que quiconque est objectif et de bonne foi peut voir; pour peu qu’il y applique toute la force de son esprit. Bien sûr, il est difficile dans ces choses là de ne pas laisser l’émotion interférer mais le lecteur de Descartes que vous êtes sait que l’émotion obscurcit notre jugement.

Afin que nul ne puisse plus amalgamer la politique actuelle de Nicolas Sarkozy avec le régime Hitlérien, je vais faire un inventaire de leurs différences:

  1. D’après le grand historien français Le Pen, la politique économique du Reich Millénaire était un succès; celle de Messieurs Sarko/Fillon n’en est pas un
  2. Du temps du Reich Millénaire, l’adhésion au parti nazi était obligatoire pour tous; en France actuellement, l’adhésion à l’UMP n’est pas obligatoire. Contrairement aux apparences, même les journalistes ne sont pas légalement tenus d’adhérer au Parti.
  3. IL y a en France une opposition représentée au Parlement… Si, si, je vous jure que c’est vrai!

Venons en à présent à la délicate question des sans papiers qui a motivé ce post:

  1. Du temps du Reich Millénaire, c’est une partie du peuple allemand qui était traquée par la police. Actuellement en France, ce n’est pas une partie du peuple français qui est traquée: ce sont des étrangers sans papiers. Si vous êtes noirs ou arabes mais français, si vous vous faites systématiquement contrôler par des agents des forces de l’ordre qui vous demandent si votre voiture est volée ou si vous avez vos papiers, c’est simplement parce que, et vous en conviendrez aisément si vous êtes de bonne foi, rien ne ressemble plus à un noir ou un arabe sans papiers ou voleur qu’un noir ou un arabe avec papiers ou pas voleur.
  2. En France en 2008, les policiers ne torturent pas systématiquement ceux qu’ils arrêtent et s’il arrive qu’ils tabassent quelqu’un, ça s’appelle une bavure et le type peut porter plainte et il paraît qu’il arrive qu’il ait gain de cause. Personnellement, je n’ai jamais lu que quelqu’un ait jamais eu l’outrecuidance de porter plainte contre la Gestapo ou les SS. Ceci dit, je ne suis pas un spécialiste de l’Allemagne nazi
  3. Enfin et comme l’a une fois dit un honorable député UMP dont je tairais charitablement le nom: « Faut pas déconner, ces gens là, on ne les tue pas, on les renvoie simplement chez eux » Que certains d’entre eux soient des aspirants réfugiés politiques qui se feront zigouiller à la descente de l’avion, comment voulez-vous qu’un agent de l’administration qui a des quotas à respecter le sache? Il n’a même pas le temps de mener une vraie enquête alors…

Voilà, j’ai trouvé six bonnes raisons de ne plus jamais amalgamer la politique actuelle de NS avec le régime nazi. J’aurais adoré arriver au chiffre 7 dont chacun sait qu’il a des vertus mystiques mais je n’y suis pas arrivé. J’aimerais juste préciser une chose: ce post n’est absolument pas intéressé ni une commande. N’empêche que je renouvelle mon titre de séjour en décembre et si le préfet de l’Essonne voulait bien tenir compte de cette défense et illustration (désintéressée faut-il le préciser!) du Sarkozysme au moment signer mon dossier, je lui promets de continuer à défendre avec objectivité le Sarkozysme contre toutes les accusations de nazisme dont j’aurais vent!

Bon je retourne à la plage

PS: Cool, je viens de penser à une septième raison: Le régime nazi voulait déporter tous les juifs et tous les tziganes et tous les homos [en cela, il était totalitaire] etc…; le régime sarkozyste ne veut pas chasser tous les sans papiers, seulement 26000 d’entre eux [donc il n'est pas totalitaire sur la question des sans-papiers, seulement quota-litaire]. Mystique non?

PPS: Si même moi qui suis un étranger et donc particulièrement sensible à la question du traitement de mes compatriotes moins bien lotis je vois ces différences, je me demande comment font les autres pour ne pas les voir. Franchement, ces droits de l’hommistes…

Bon, là, je retourne vraiment à la plage

Ca continue

Posted in Uncategorized by hadyba on mai 18, 2008
Bizarrement, ce n’est pas parce que je ne suis pas en France que les choses vont mieux: apparemment, elles empirent!

Simple précaution, évitez de vomir sur votre clavier

Miles Davis sur MLK et autres divagations

Posted in Uncategorized by hadyba on mai 15, 2008

L’avantage d’être de retour à la maison, c’est que je suis en train de relire des livres que j’avais laissé en partant et que je n’ai pas racheté à Paris. Je vais sans doute vous reparler, si j’en ai le temps de 1984 de Orwell. Je me suis replongé dedans et j’ai l’impression que la dernière partie que j’avais négligée avant est la plus importante du livre. Wait & see!

Autre chose que je suis en train de relire: l’Autobiographie de Miles. IL a un coté platement militant et contestataire que j’adore. En plus, il est totalement conscient de sa valeur et ne s’embarrasse absolument pas de fausse modestie. C’est un génie, il le sait, il sait exactement ce qu’il a apporté à la musique et à ceux qui ont travaillé avec lui, il sait également ce que ces derniers lui ont apportés et comment ils lui ont permis de s’améliorer et donc de ne pas mourir. SA combinaison de militantisme radical, de paranoïa et de confiance en soi donne des phrases que personnellement j’adore par exemple, pour annoncer l’assassinat de Martin Luther King, il écrit:

« Juste avant, début avril, Martin Luther King a été assassiné à Memphis. Le pays s’est encore une fois trouvé plongé dans la violence. King avait obtenu le prix Nobel de la paix, c’était un grand leader, un type formidable, mais je n’ai jamais pu blairer sa philosophie non violente, le genre je-tends- l’autre-joue. Mais qu’il se fasse tuer si violemment – comme Gandhi-, c’était une sacrée honte. King était une sorte de saint américain, que les Blancs avaient tué par peur en voyant que son message, au delà des Noirs, parlait de la guerre du Vietnam, du travail, de tout. Quand il est mort, il s’adressait à tout le monde, et le pouvoir en place n’aimait pas. S’il avait continué de ne parler qu’aux noirs ça aurait pu passer, mais il a fait la même chose que Malcolm à son retour de La Mecque, et c’est pour ça que lui aussi a été tué, j’en suis certain. »

Je propose qu’on s’arrête une seconde et qu’on apprécie à sa juste valeur le: « mais je n’ai jamais pu blairer sa philosophie non violente, le genre je-tends- l’autre-joue. »

A propos de Martin Luther King, j’avais voulu commenter pour ce blog en avril un papier d’un historien dans le Time Mag qui en parlait puis j’ai été trop chargé pour le faire. Ce papier était assez émouvant, montrant notamment que la fin de vie de MLK avait été très solitaire et que loin d’être indifférent face à la mort, MLK était extrêmement angoissé par la perspective d’être tué au point d’en perdre le sommeil. L’article déconstruisait par ailleurs le mythe selon lequel MLK était perçu comme une sorte de Saint prêchi-prêcha et inoffensif; acceptable pour la classe dominante blanche. Son message d’amour et de justice était totalement révolutionnaire et perçu comme tel par ceux à qui il s’adressait. Il était donc violemment attaqué par la presse américaine.

En ce sens, la père-noelisation de MLK que dénonçait récemment le philosophe Cornell West est une construction mythique postérieure à sa mort. De son vivant, la presse essayait plutôt de le dépeindre comme un violent communiste ce qui, aux USA, à cette époque là, est encore plus violent que d’être qualifié de français dans l’Amérique de Bush Jr.

A la base, ce post n’avait d’autre but que de vous dire que j’étais vivant et toujours à Dakar (jusqu’à la fin du mois de juin sauf catastrophe). IL me semble que c’est fait et que je peux retourner à la plage. Entre deux plongeons dans l’atlantique, j’interviendrai dans un séminaire de troisième cycle de philosophie morale pour dire que pour des raisons géopolitiques aussi bien que scientifiques, la morale est condamnée à devenir scientifique et que seule l’éthique pourra rester obstinément obscurantiste. Si ça vous choque, c’est le but du jeu. J’adore dire des choses stupides quand je parle hors de ma spécialité. Sérieusement, j’y crois au deux tiers, ce qui est le mieux que je puisse faire concernant une théorie philosophique.

Sur le plan politique, il ne me surprendrait absolument pas que des émeutes éclatent au Sénégal: mon impression est qu’il y a une inflation absolument insupportable mais que l’élite ne s’en rends même pas compte parce que nous sommes trop coupé du peuple et avons vu notre situation économique, à nous la qui faisons partie du secteur formel et avons le monopole de la parole (télé, radio, journaux), s’améliorer. C’est assez sidérant comme beaucoup de gens ne voient pas ou font semblant de ne pas voir que si les prix des denrées de premières nécessité sont chers pour eux, ils doivent être prohibitifs pour l’immense majorité qui, elle, n’a pas de salaire et doit se dépatouiller au jour le jour. C’est pourtant une simple question de logique bon sang! La question est: que fera cette majorité dont tout le monde se fout quand elle commencera à voir mourir de faim ses enfants? Se décidera-t-elle à bruler le plateau par dépit? Il me semble que c’est là la question à un milliards de FCFA que l’élite ferait mieux de se poser avant qu’il soit trop tard! Mais qu’est-ce que je raconte? L’élite ne se pose pas ce genre de question, elle lit l’autobiographie de Miles et assiste à des concerts, à la rigueur elle peut parler de religion et de business. Notre élite se veut cultivée et elle se distrait après une dure journée de labeur alors, foutons lui la paix….

PS: Sorry, ce post est totalement décousu et incohérent. A la base, l’idée c’était juste de mettre deux lignes pour vous dire que j’étais vivant. Promis, le prochain sera plus construit.

PPS: La photo, c’est moi devant le panneau sur lequel s’affichaient les résultats de nos exams au départ de philo. J’ai fait plein d’autres photos mais puisque c’est rare que je sois seul dessus, vous les verrais probablement pas.

Vraiment un honneur

Posted in Uncategorized by hadyba on mai 4, 2008

Parfois, vous ne vous rendez pas compte sur le moment que vous venez de rencontrer quelqu’un d’exceptionnel. Puis il arrive quelque chose qui vous dessille les yeux …

Quand nous étions à l’UCAD, celui qui allait épouser ma soeur me parlait souvent d’un de ses amis était Chef dans l’un des restaus les plus huppés de Dakar (restau où je n’ai toujours pas les moyens de déjeuner d’ailleurs!). Ce type avait fait l’École Hôtelière, était son ami d’enfance me semble-t-il et lui avait appris à faire des plats absolument délicieux et qui ne prenaient pas un temps infini à faire ni ne coutaient chers. Donc, j’entendais souvent parler de cet être d’exception mais ne l’avait jamais rencontré. Puis il y a quelques années, peu après mon arrivée en France, celui qui était entre-temps devenu mon beau frère m’a appris que ce cuisinier d’exception était également à Paris. Il va sans dire qu’en très mauvais sénégalais, je ne l’ai pas appelé. Ensuite, il y a un peu plus d’un an, mon beau frère est venu en mission à Paris et nous avons diné avec le type en question et son épouse qui est une française d’origine sénégalaise.

J’ai bien évidemment assuré le type que ça faisait des années que j’entendais parler de lui mais qu’on arrivait pas à se voir mais que j’étais ravi mais alors là absolument ravi de le voir enfin. Il se trouve que le type en question, en plus d’être un cuisinier d’exception était absolument charmant. Nous avons donc remarquablement diné dans mon restaurant préféré du quartier latin et nous avons assez sympathisé pour que lors de notre promenade sur les quais de Seine d’après diner, pendant que mon beau frère faisait la conversation à sa non moins charmante épouse, je lui pose LA question qui me trottait dans la tête depuis que j’appris sa présence à Paris. Avec mes gros sabots ça donne:

  • Dis mois, tu étais bien Chef au Terrou Bi non?
  • Euh si!
  • Donc tu étais plutôt bien payé
  • Euh oui
  • Très respecté
  • Euh oui
  • Alors qu’es-tu venu foutre en France?

[Je vous rassure, j'ai utilisé une circonlocution du genre: 'il y a une chose que je ne comprends pas: pour toi, il était infiniment plus confortable des rester faire carrière à Dakar non? Tu serais éventuellement venu ici pour te former dans une quelconque école mais.......' L'éducation que ma mère m'a donné a essayé de me donner a beau avoir été en grande partie perdue dans l'espace intersidéral, il en est quand même resté un peu de tact! Il n'empêche que mon idée était clairement qu'il fallait être complètement inconscient pour abandonner une situation aussi confortable et venir se faire emmerder dans les arrières cuisines des restaus parisiens]

Et là, j’ai eu droit à cette magnifique réponse:

  • C’est juste que j’avais l’impression qu’à Dakar j’avais appris tout ce que je pouvais apprendre et que j’avais envie de me perfectionner dans certains domaines de la cuisine que je n’aurais pas pu explorer ailleurs qu’à Paris.

Je dis que cette réponse est magnifique mais c’est juste mon égotisme qui parle: remplacez cuisine par philosophie et vous avez exactement la réponse que je fais habituellement au crétin effaré d’apprendre que j’ai renoncé à une bourse de thèse à Dakar pour venir à Paris faire une thèse non financée qui ruine mes parents. Ce n’est pas sa ressemblance avec moi qui rends ce type exceptionnel (Encore que….)

Ce qui le rends exceptionnel, c’est que la semaine dernière, en parlant à mon beau frère [et en essayant de ne pas trop le chambrer parce que pendant que je me prélasse à la plage de Ngor, il est en France pour quelques mois loin de sa famille], on a eu le dialogue suivant[1]:

  • Toi le bloggueur anti-sarko, tu suis l’actualité française en ce moment?
  • Euh pas vraiment, trop déprimant
  • T’es au courant qu’il y a un mouvement de sans papiers assez important
  • Euh vaguement, tu sais, les sans papiers ne le savent pas mais il suffirait qu’ils cessent de bosser quelques jours pour que leur problème soit réglé. Trop déprimant de les voir se faire traquer, suis en vacance, conscience sociale débranchée!
  • Tu te souviens de machin?
  • Oui bien sûr, j’avais adoré diner avec lui. Que devient-il? Comment va son épouse?
  • T’es vraiment à la ramasse, c’est lui qui es
    t le porte-parole des sans papiers de la restauration. Ils font de l’excellent boulot et le gouvernement va sans doute céder!
  • Coool! Si tu lui parles, dis lui que c’est mon héros, je suis son plus grand fan…….. Euh mais attends, il était pas un peu marié à une française? Qu’est-ce qu’il a à voir avec un sans-papier?
  • Ben c’est bien là le point, il m’a dit qu’il était bien conscient que le gouvernement pouvait l’emmerder mais ne peut absolument rien contre lui et qu’il en avait marre de se voir traiter, ses collègues et lui, comme des délinquants alors que le pays a besoin d’eux alors il a pris la tête du mouvement pour que ceux qui n’osent pas ou ne peuvent pas parler puissent s’exprimer à travers lui et cessent d’avoir peur.

A ce point de la conversation, j’ai débranché mon cynisme et ma ma fatuité habituels et me suis demandé ce que j’avais fait, moi pauvre cloporte, pour que les Dieux m’aient jugé digne de partager un repas avec un être aussi exceptionnel. Je veux dire, je ne mérite même pas de m’asseoir sur le sable qu’il vient de fouler et non seulement j’ai eu l’insigne honneur de diner avec lui mais j’ai passé toute une soirée à discuter avec son épouse et lui ai fait visiter le quartier latin, les quais de Seine et la tour Eiffel. Et vous savez quoi, à première vue, ce type est comme vous et moi, quand vous lui parlez, il condescend à vous écouter et il fait semblant de vous trouver passionnant

PS: Pour ceux qui ne me croiraient pas (remarquez bien que je ne vous en veux pas), ma soeur a en sa possession une photo, pas trop claire mais chacun de nous est reconnaissable, de nous quatre sur les quais de Seine. OK, je suis un peu en retrait sur la photo mais ça ne veut pas dire que je ne fais pas partie du groupe; juste que ma légendaire distraction ne m’abandonne jamais.

……………………………

[1] Reconstruction absolument pas fidèle de notre dialogue mais l’essentiel y est

État de mes vacances:

Posted in Uncategorized by hadyba on mai 4, 2008

J’ai:

    • diné à 2h du mat’ dans un restau plutôt cool de Ouakam mais même avec de la chantilly, leur capuccino est dégueulasse. Le reste était bon, y compris les crêpes!
    • La compétition pour désigner la meilleure cuisinière ou le meilleur cuisinier parmi mes amis, parents et relations continue toujours, vous êtes libres d’inviter le juge (moi) à déguster votre création; thème libre, poulet et porcs proscrits du menu
    • A propos de porc, je ne suis pas peu fier de moi: j’ai fait mangé à mes neveux leur premiers bonbons à la gélatine de porc. Deux sur quatre en ont mangé avant que qu’un adulte responsable (pas moi donc) ne s’avise à lire la notice et cherche un chrétien à qui offrir le reste. Bienvenue dans un monde multi-culturel chers petits musulmans à l’oncle inconscient. [mon père me tuerait s'il lisait ça!].
    • J’ai créé un monstre: ça m’a pris 30 minutes pour convaincre ma nièce de rentrer dans la mer puis elle n’a plus voulu en sortir et semblait vouloir boire toute l’eau de l’océan!
    • Vacances presque terminées: à partir d’aujourd’hui je vais recommencer à travailler ma linguistique: le Heim & Kratzer d’abord puis deux autres trucs tout aussi folichons. En même temps, la linguistique à la plage y a pire!
    • By the way, l’autre jour, j’ai donné un cours (à titre gracieux bien sûr) dans un lycée privé élitiste (tout ce que je déteste quoi!). Je dois dire que les élèves étaient bons et réactifs, j’ai réussi à caser dans ma présentation un peu de neurosciences, et un peu de Gettierologie en me disant qu’ils n’en comprendraient pas le tiers mais que puisque c’était des futures scientifiques qui ne feraient plus jamais de philo après le bac, c’était pas si dramatique. Tu parles, non seulement ils avaient l’air de follement s’amuser de mon accent et de ma manière bouger, mais en plus ils avaient réussi à prendre correctement des notes et à comprendre presque tout ce que je disais et à poser des question intelligentes. J’étais scié!
    • D’ailleurs je vais probablement poster ça de la BU de Dakar si leur satané wifi se décide à marcher assez longtemps. Cette visite à la BU me fait me souvenir pourquoi ça valait la peine de venir en France: notre rayon philo est toujours aussi lamentable mais avec parfois quelques rares pépites comme par exemple les livres de Pascal Engel, plein de Frege, Russell & Wittgenstein, etc.
    • Leur ‘satané wifi’ marchait hier mais mon ordi a obstinément refusé d’aller sur le net. Trop la honte!
    • A propos de honte: je suis malade comme un vulgaire touriste! Dieu merci, ce n’est pas le paludisme sans quoi je serai obligé de me suicider
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