Hady Ba's weblog

Rap & violence

Posted in Uncategorized by hadyba on juillet 30, 2008

Beaucoup de gens de ma connaissance affichent un certain mépris pour le rap et le mouvement hip hop en général. Selon eux, d’abord ce n’est pas de la musique, ensuite, c’est pratiqué par un ramassis de délinquants ultra violents. J’ai toujours trouvé ce mépris d’autant plus stupide qu’à mon avis, il a sa source dans un souci de distinction au sens bourdieusien du terme. De mon point de vue, si beaucoup se permettent de clamer haut et fort leur détestation du rap, c’est parce qu’afficher une préférence pour le rock ou la pop vous classe parmi les bobos alors que la passion pour le rap vous rapproche dangereusement de la racaille au sens qu’un intellectuel français contemporain, contempteur de la Princesse de Clèves a donné à ce terme. Personnellement, il se trouve que j’ai à peu près la même attitude envers le rap, la pop et le rock[1]: ce n’est pas vraiment la musique que j’écouterais spontanément mais je trouve qu’il y a énormément de bonnes choses dedans. En plus, je pense que ces mouvements permettent ou ont permis à certains moments à certaines parties du corps social qui n’avaient pas la parole de s’adresser au reste de la population. Et ma mère m’a appris que quand quelqu’un essaie d’entrer en conversation avec vous, il vaut mieux d’abord écouter ce qu’il a à dire avant d’en juger la pertinence.

Il n’empêche que même moi, je ne pouvais nier le lien évident qu’il y a entre le rap et la violence…. Jusqu’à hier soir. Hier soir sur Arte, il y avait cette émission sur la contre-culture et à un moment, le mouvement hip hop a été présenté comme prenant le relais dans la longue histoire de la contre-culture qui débute avec la beat generation dont j’ai d’ailleurs compris grace à cette émission ce qu’elle devait au bebop de Bird, Monk et autres.

Dans cette émission donc, il y avait une interview de ce cher vieux Afrika Bambaataa. Afrika Bambaataa raconte la naissance du hip hop à peu près dans ces termes:

« il y avait ce Jamaïcain[2] qui se promenait dans les rues avec son matos et il jouait la musique à fond. Les gens sortaient, s’attroupaient et se mettaient à danser. C’était la fête, on en avait tous marre de la violence dans le Bronx. Quand j’ai vu ça, j’ai su que c’est ce que je voulais faire. J’ai acheté mon matos et me suis mis à organiser des Bloc Parties »

En écoutant Afrika Bambaataa, je me suis souvenu du Bronx des années 70 tel que décrit par Tom Wolfe dans son Bûcher des vanités[3]. Un territoire abandonné où personne n’ose s’aventurer et où sévissent la pauvreté, les trafics de drogue et la violence réelle ou fantasmé et dont les habitants ont très peu de chance de s’en sortir, quoiqu’ils fassent. C’est de ce Bronx là qu’a émergé le mouvement Hip Hop et il me semble qu’en regardant attentivement ce qui s’est effectivement passé, on peut voir que le rap et le graff ont permis de canaliser l’énergie de personnes totalement désespérées et auxquelles ne s’offrait jusque là qu’une carrière de gangster, vers une activité artistique. Que ces gens qui n’ont préalablement connus que la violence aient une attitude, hum disons, moins policée que les rockers se comprend parfaitement mais penser que le rap est un mouvement essentiellement violent est une méprise idiote qui renverse les causes et les conséquences. De toute évidence le hip hop est un mouvement salvateur qui a permis à des personnes à qui était déniée toute parole et à qui la seule voie offerte était celle de la violence d’échapper à ce destin et de se recréer. So respect man et respect Arte!

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[1] C’est la House ou la Techno qui me dépassent complètement. Totalement incompréhensible pour moi de voir quelqu’un apprécier mais de gustibus

[2] Il donne le nom du jamaïcain en question dans le film mais j’ai oublié. Je cite de mémoire

[3] Soit dit en passant, je crois que les français dans la salle feraient bien de lire le Bûcher des vanités s’ils ne l’ont déjà fait parce qu’il y aurait des rapprochements à faire avec la situation des banlieues française

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