Hady Ba's weblog

Union sacrée & relativisme

Posted in Uncategorized by hadyba on septembre 25, 2008

Il faut voter avec son parti comme un Gentleman et non avec sa conscience comme un aventurier.

Disraeli

Une des choses qui ont fait que j’ai toujours été pour le moins sceptique envers le patriotisme de mon président actuel c’est que quand il était dans l’opposition, il rentrait périodiquement, au nom du patriotisme justement, dans le gouvernement socialiste allant même jusqu’à accepter un poste de ministre d’état sans portefeuille. C’était censé être des gouvernements d’union nationale qu’appelaient la grave situation économique dans laquelle le Sénégal était plongé et la mise en synergie de toutes les compétences était supposée nous sauver de la catastrophe. Dans les faits, c’était juste un moyen d’associer l’opposition au pillage en règle du pays et d’empêcher que les seules forces politiques qui pouvaient canaliser la révolte populaire ne le fassent. D’ailleurs le peuple sénégalais ne s’y trompait pas qui désignait ces gouvernements sous le nom de gouvernement de partage du gâteau.

A la faveur de la crise financière actuelle, j’ai l’impression que l’Administration Bush essaie de jouer la même stratégie et ne comprend absolument pas comment les démocrates américains arrivent à se laisser prendre à des manœuvres aussi grossières. Nous voyons John McCain débouler l’air grave et affirmer qu’il allait d’urgence arrêter sa campagne électorale et se rendre à Washington pour régler le problème et il propose à Barack Obama de lui emboiter le pas. De son coté, après que Hank Paulson a proposé en son nom un plan absolument scandaleux consistant grosso modo à récompenser les coupables, Bush Jr s’adresse au peuple américain pour dire: 1) que le plan est incontournable et 2) qu’il propose à toute la nation de faire l’union sacrée autour de lui afin de l’aider à implémenter ce plan. Le problème c’est que dans la situation actuelle il n’y a que quatre possibilités et aucune d’elles ne nécessite une union sacrée.

Première possibilité: il n’y a absolument aucune différence entre les démocrates et les républicains. Dans ce cas, la campagne électorale peut continuer as usual et Bush Jr commencera à régler le problème en attendant que le prochain président, quel qu’il soit, continue le travail. Il est évident que dans une telle hypothèse, son nom et son appartenance partisane sont totalement anecdotiques.

Deuxième possibilité: non seulement il y a de vrais différences entre démocrates et républicains mais en plus Bush Jr a le meilleur plan pour résoudre cette crise. Dans ce cas, il lui faut exposer aussi clairement que possible son plan, convaincre le congrès de sa pertinence, prendre Dieu la presse et le peuple américain à témoin. Le jeu normal des institutions démocratiques quoi. Mais franchement si Bush Jr était un génie, ça se serait vu à un moment ou à un autre de son brillant parcours.

Troisième possibilité: non seulement il y a de vrais différences entre démocrates et républicains mais en plus les démocrates ont la bonne solution de sortie de crise. Ben, on a de la chance, ils dominent le congrès alors, il faut qu’ils proposent cette solution et obligent l’administration Bush à l’adopter et pendant qu’ils y sont, ils en profitent pour clamer urbi et orbi que ce plan n’est qu’un des multiples bienfaits que la prochaine élection de celui que certains nomment déjà Le Messie et d’autres Le Sauveur mais qui continue modestement de se qualifier de Man with a funny name apportera à l’Amérique que Dieu la bénisse et la laisse continuer d’apporter indéfiniment sa lumière au monde.

Quatrième possibilité: personne ne sait comment il convient de régler cette crise. Dans ce cas, la meilleure chose à faire est encore d’adopter la ligne McCain/Sarkozy consistant à devenir communiste et à crier très fort qu’il faut que les riches qui nous ont foutu dans cette merde paient pour leurs crimes et que l’on veillera personnellement à les pendre par les boyaux lors d’exécutions publiques auxquels chaque bon citoyen est convié. A près avoir crié cela, on se hâtera bien évidemment de socialiser les pertes parce que les riches sont nos amis et que ce sont eux qui nous fourniront un boulot lucratif quand nous aurons abandonné ces fichus boulots gouvernementaux qui sont tellement mal payés.

Vous l’aurez compris, aucune de ces quatre éventualités ne nécessite l’union sacrée à laquelle on nous appelle. Cette union sacrée repose sur une vision de la politique particulièrement relativiste et antidémocratique selon laquelle nos différences idéologiques seraient pour ainsi dire superficielles. Seulement, si nous proposons plus ou moins les mêmes solutions aux problèmes, pourquoi avons nous besoin de nous opposer en temps normal pour commencer? Cette manière de voir les choses me paraît totalement perverse. Si nous prenons l’exemple de la crise financière actuelle, ce n’est pas un fléau que Dieu aurait jeté sur nous pour nous punir de nos péchés, c’est la conséquence de décisions qui ont été prises de manière totalement consciente par des hommes politiques et par des financiers. Au moment où ces décisions ont été prises, certains ont fait des choix dont ils étaient très bien payés pour les faire et en endosser la responsabilité. Maintenant que ces choix s’avèrent désastreux, la moindre des choses est de les identifier clairement afin d’éviter de que nous ne reproduisions les mêmes schémas. Au passage, il serait bon de jauger les programmes politiques qui nous sont proposés à l’aune de ce que nous venons d’apprendre pour voir lesquels sont les meilleurs. Ce n’est donc pas le moment d’arrêter la campagne, bien au contraire, c’est le moment de l’intensifier pour bien décider qui a le meilleur programme.

Plus généralement, cette idée selon laquelle, à chaque période de crise, il faudrait que les habitants des systèmes démocratiques acceptent de se conduire comme des moutons et de renoncer à leurs droits constitutionnels me paraît pour le moins dangereuse. C’est déjà un état d’esprit aussi lâche, bien plus que leur stupidité, qui explique que les parlementaires et journalistes US aient soutenu leur président dans une invasion illégale d’un pays souverain ou bien qu’il se soient montrés si complaisants envers l’usage de la torture. On était après le 11 septembre alors, quiconque se serait permis de moufter aurait été considéré comme un traitre et lynché en place publique. Moyennant quoi, l’Amérique est encore plus en danger qu’avant et en plus ils ne peuvent même plus aider à lutter de manière crédible contre la torture dans d’autres parties du monde. Il faut vraiment que nous arrêtions de nous laisser prendre à des pièges aussi grossiers. Par définition, une démocratie est un endroit où l’on critique son propre gouvernement. Si nous acceptons, crise ou pas, de nous soumettre à une soi-disant union sacrée et de faire absolument allégeance à notre gouvernement, alors nous avons cessé d’être une démocratie, point barre.

PS: Jacques Attali court les plateaux de télé pour dire qu’il avait prédit cette crise il y a 6 mois. Puisque le titre de plus grand économiste amateur de France est à prendre, j’aimerais souligner que mo
i, c’est il y a non pas 6 mois mais plus d’un an que j’avais prédit cette crise et que je vous en prédit une autre dans 8, 9 ans.

3 Réponses

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  1. Tchitchi said, on septembre 25, 2008 at 10:56

    Le sentimentalisme rose bonbon, le pathos fleur-bleue sont des armes politiques comme des autres. Ce sont mêmes les plus dangereuses armes politiques. Car, c’étaient les armes fatales de Tsar KO en 2007, j’en suis convaincue. Quoi de plus poignant que de parler la larme à l’oeil devant les caméras de télévisions? La « plèbe » ne comprend pas les stratégies politiciennes. Elle ne comprend que ce qui le touche directement, donc le sentiment. Et la démocratie d’opinion est une réalité presque partout dans le monde. Pas étonnant que, quand ça les arrange, opposition et gouvernement se liguent pour profiter tous deux de la prébende affective d’une situation de crise. Bien évidemment,ce n’est pas le meilleur tableau qui soit. Mais personne ne veut prendre le risque de faire un faux-pas politique à la veille d’élections…

    Ps: concernant Jacques Attali…j’avais moi-même prédit une crise éconmique sans précédent pour le Sénégal, y a deux ans…Pas besoin d’être un devin pour sentir l’odeur du brûlé…

    Tchitchi.

  2. Anonyme said, on septembre 26, 2008 at 6:50

    @Tchitchi: « La « plèbe » ne comprend pas les stratégies politiciennes. Elle ne comprend que ce qui le touche directement, donc le sentiment. »
    L’optimiste qui vit encore dans le tréfonds de mon coeur n’arrive pas à être d’accord avec ça. Ainsi par exemple, après l’effet Pallin, j’ai l’impression que le peuple américain reprends ses esprits et va voter Obama, sauf si bien évidemment ce dernier enchaine les gaffes ou si Ben Laden se décide à soutenir McCain en commanditant un attentat.

  3. Tchitchi said, on septembre 26, 2008 at 8:41

    Je n’en disconviens pas. Mais il est obligé de caresser tout le monde dans le sens du poil. Ce qui est difficile et risqué…Il sera obligé de forligner de temps à autre avec des idées qui ne sont pas siennes…
    Tchitchi.


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