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Sur Charles Taylor

Posted in Philosophie, Politique by hadyba on février 19, 2009

taylor

Pour tous ceux qui ont cliqué sur le lien Charles Taylor dans un des articles précédents, vous pouvez lire l’extrait suivant d’un papier que j’avais écrit en 2005. Désolé mais j’ai pas le temps d’écrire un vrai post spécialement sur Taylor!

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Notre monde globalisé et médiatiquement inter connecté serait ainsi structurellement propice à l’émergence des conflits interculturels. La question à laquelle nous essayerons de répondre pour terminer est la suivante :

Cette évolution est-elle inéluctable et le cas échéant comment éviter qu’elle ait lieu ?

A notre avis, que l’augmentation d’information sur les autres sociétés et civilisations s’accompagne d’un repli identitaire s’explique par le fait que cette interconnexion s’est réalisée sans prise en compte au plan politique des différences culturelles qui existent entre les différentes civilisations. La vision qui a présidé à la globalisation actuelle des moyens de télécommunication est essentiellement le mécanisme que nous avons hérité de Descartes et qui considère les individus comme des êtres rationnels et interchangeables. Ce mécanisme est à la base de l’individualisme méthodologique qui sert de paradigme d’analyse dans les sciences sociales. Par hypothèse, cette théorie pose que la société n’est rien d’autre que le résultat de l’action des êtres qui la composent et ne tient aucun compte d’une rétroaction possible de la société comme totalité dans la perception et l’action des humains.

En fait, on pourrait même se demander si ce qui est en cause en ce moment, ce n’est pas la démocratie telle qu’elle a jusqu’ici existé. Si l’on y réfléchit, le fait marquant de notre époque, c’est le multiculturalisme et ce multiculturalisme est encore accentué par l’interconnexion médiatique. Or les sociétés démocratiques ont jusqu’ici toujours été culturellement homogènes. Dans un tel cadre, le principe d’indifférence qui sous-tend la démocratie et qui tient le moins possible compte des différences individuelles est parfait. Dans une société multiculturelle à l’inverse, il faut gérer l’altérité et attribuer des droits spécifiques en fonction des besoins des communautés particulières. Charles Taylor pointe parfaitement cette limite de la démocratie quand il écrit : « Il existe une politique de respect égal, enchâssée dans un libéralisme des droits, qui est inhospitalière à la différence, parce qu’elle repose sur une application uniforme des règles qui définissent ces droits (…) je la qualifie d’ « inhospitalière à la différence » parce qu’elle ne peut accepter ce à quoi les membres des sociétés distinctes aspirent réellement, et qui est leur survivance. »1

De notre point de vue, cette  »inhospitalité à la différence » dont parle Taylor est l’une des raisons pour lesquelles nous voyons un tel choc des altérités que ce soit dans les démocraties ou hors de ces dernières. Soit, mais comment échapper à ces confrontations ou bien sont-elle la rançon nécessaire du développement? Sur cette question encore, l’analyse de Taylor nous semble très éclairante. Il pense en effet que puisque les sociétés actuelles sont devenues culturellement hétérogènes, l’une des préoccupations essentielles des démocraties devrait être « de retrouver le sens de la différenciation significative » et de calibrer les politiques qui s’appliquent au corps social en fonction des besoins et des préoccupations de ces parties du corps social. De plus, puisque les individus ne s’identifient pas seulement au grand corps social mais d’abord à une subdivision de ce corps social, il faut que le système soit fait de sorte que toutes les différenciations signifiantes se sentent représentées parce que comme le dit Taylor, « La pleine participation dans un régime populaire signifie la possibilité, au moins de temps en temps, d’aider à la formation du consensus dominant (…) Gouverner et être gouverné à son tour signifie qu’en partie, au moins, les gouvernants sont  »nous », et pas toujours  »eux » »2

Cette exigence de représentativité est, selon Taylor, la conséquence d’un besoin humain fondamental : le besoin de reconnaissance. S’inspirant de la lutte pour la reconnaissance théorisée par Hegel dans son célèbre texte sur la dialectique du maître et de l’esclave, il soutient que pour éviter les conflits et les replis identitaires, il ne suffit pas de traiter les gens conformément à la justice, il faut aller au-delà de la justice et parfois discriminer quand la situation l’exige afin de respecter les spécificités culturelles et de contribuer à leur préservation. Ce n’est qu’à ce prix que la coexistence paisible de plusieurs groupes culturels est possible parce que « La reconnaissance n’est pas seulement une politesse que l’on fait aux gens, c’est un besoin humain vital. »3

1 Taylor, Charles (1992) : Multiculturalisme. Démocratie et différence, traduction de D-A Canal Aubier 1994, p. 83

2 Taylor, Charles (1989) : « Cross-purposes : The liberal communitarian debate » in Nancy Rosenblum (dir): Liberalism and the moral life, Cambridge HUP 1989, p. 179, cité par Resnich, Philip: « A la recherche de la communauté perdue : Charles Taylor et la modernité » in Laforest, G & de Lara, P (sous la direction de) : Charles Taylor et l’interprétation de l’identité moderne, Editions du Cerf, 1988, (pp. 319-379), p. 327

3 Taylor, Charles (1992) : Multiculturalisme, op. cit. p. 82
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Voici l’intégralité du papier[alterite]. Cette interview de Taylor pourrait également vous intéresser.