Hady Ba's weblog

Welcome back Mr Ugly American

Posted in France by hadyba on septembre 28, 2009

We missed you so much…..

Il faut avouer qu’il nous avait manqué! Ça faisait presque un an qu’il avait disparu de la circulation. De temps à autre, nous croyions le reconnaître dans la rue ou dans les relations internationales, nous retournions très vite la tête et nous rendions compte que nous nous trompions. Nous réalisions alors avec une pointe de culpabilité mêlée de honte qu’il nous manquait quelque peu quoi que nous clamions par ailleurs. Alors que nous désespérions de jamais le revoir, hier il est réapparu dans toute sa splendeur. Il s’est attaqué avec aplomb et en plein jour à la Culture Européenne choisissant comme icône à détruire un survivant du ghetto de Varsovie en la personne de Roman Polansky.

L’homme de Culture Frédéric Mitterrand a presque défailli à la vue de ce vieil ennemi qu’il croyait à jamais perdu. Il s’est écrié « Oh The Ugly American!!! », a pris un hélicoptère pour revenir en urgence à Paris, a convoqué la presse pour clamer sa joie de retrouver ce familier compagnon des bons et des mauvais jours, ce bienfaiteur de l’humanité qui donnait au plus vulgaire des hommes l’impression d’être un parangon de culture. Il s’est même habillé casual chic (laissant tomber la cravate) pour faire honneur à la vulgarité naturelle de The Ugly American.

Puis, quand la presse est arrivée et lui a tendu ses micros, il a réalisé qu’il ne pouvait exprimer ses sentiments profonds. The Ugly American était l’ennemi, le barbare alors que lui, FM, représentait le Bien, la Culture Européenne, le Raffinement, la Grande Cuisine, les Vins Fins, le Régulateur de ces Contrées Sauvages du Net. Il ne pouvait décemment pas dire qu’il se réjouissait de son retour! Alors, à sa grande honte, M. Mitterrand s’est rabattu sur un cliché éculé, indigne de son lyrisme habituel quoique inévitablement efficace face à la foule française: FM s’est rabattu sur l’histoire des deux Amérique. Oui, c’est honteux mais il n’avait rien préparé, il était pris au dépourvu alors il a fait ce qu’il a pu, s’est rattrapé aux branches apparentes et a dit qu’il y avait d’une part l’Amérique que l’on aimait et d’autre part l’Amérique qui nous faisait peur! Dieu que cette seconde Amérique est utile, cette Amérique inculte, fanatiquement religieuse, prude, boulimique, armée et raciste. Dieu que nous l’aimons. Elle nous permet d’exprimer sans honte notre phobie de ces gens qui ont l’outrecuidance d’être souvent meilleur que nous, qui ont élu un noir intelligent à leur tête, ont les meilleures universités du monde, protègent les libertés civiques de leurs concitoyens. Franchement, merci Ugly American d’avoir fait arrêter Polansky. On pourra de nouveau, sans culpabilité laisser libre court à notre contemption de l’Amérique. Toute cette Obamamania nous pesait et nous empêchait d’exprimer notre jalousie et notre envie.

Plus sérieusement, il se trouve que malgré mon inculture cinématographique j’aime bien Polansky et ai même lu son autobiographie. Il n’empêche que j’ai trouvé la réaction de FM totalement déplacée. RP a été accusée de viol sur mineure il y a 30 ans. Si j’en crois son autobiographie1, il ne savait pas que la demoiselle était mineure, il n’a jamais eu de rapport sexuel avec elle mais a juste flirté dans une piscine et surtout, c’était plus ou moins une tentative d’extorsion de fonds. On peut le croire ou non2, ce qui est incontestable, c’est que le juge chargé de l’affaire voulait se payer la tête de Polansky. Supposons que Polansky ait été innocent. Je peux comprendre qu’il se soit soustrait à la justice US à cette époque sachant qu’il irait en prison pour un crime qu’il n’avait pas commis. Le problème, c’est qu’en plus de 30 ans, l’infâme juge a largement eu le temps de prendre sa retraite. RP a eu tout le temps nécessaire pour demander à ses avocats de négocier avec la justice US et il ne l’a pas fait. Il était donc prévisible qu’à un moment ou un autre le couperet tombe et qu’il ait droit aux désagréments d’une arrestation voire d’une extradition…. Ce qui est arrivé hier. Rien que de très normal à mon avis. Ce qui est choquant quand quelque chose d’aussi normal et d’aussi conforme au cours naturel de la justice survient, c’est de voir un ministre de la culture d’un pays ami se permettre de pérorer sur l’autre Amérique comme si une horde de cow boys avaient monté une expédition punitive et avaient abattu un homme de Culture. Imaginez-vous que la justice française arrête un présumé violeur américain et qu’un secrétaire d’État US se permette de pérorer sur les deux France? Vous savez-bien, cette France abstraite défenderesse des droits de l’homme et berceau des lumières vs cette France concrète, dont les ministres font des blagues racistes, qui exploite honteusement l’uranium nigérien et dont l’ancien Premier Ministre est sous le coup d’un procès politique! N’aimons nous pas tous la première France et ne craignons-nous pas tous la seconde?

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1Que je cite de mémoire, qui plus est de mémoire peu fiable puisque je l’ai lue il y a plus de 10ans!

2Je me suis laissé dire qu’il arrivait que des gens mentent dans leur autobiographie

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Le livre

Posted in Blogroll by hadyba on septembre 27, 2009

[Adleman2] Ce que fît M. Gödel

Posted in Philosophie, Science by hadyba on septembre 26, 2009

godel

« Nous devons savoir et nous saurons. »

David Hilbert

J’ai écrit assez vite le post d’hier d’avant-hier puis une fois à la maison, j’ai réalisé que c’était légèrement arrogant d’accuser d’arrogance un prix Turing sans même argumenter! Je vais donc écrire deux posts pour expliquer pourquoi je ne suis pas convaincu par le parallélisme d’Adleman entre mécanique quantique et logique mathématique. Nous parlerons de Gödel aujourd’hui et de MQ la prochaine fois.

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Comme souvent en science, c’est la faute aux grecs1. En l’occurrence, Euclide avait, dans ses Éléments, reconstruit toute la géométrie de son époque en partant de quelques postulats indémontrables et en démontrant le reste. Parmi ces postulats, il y en avait un, le cinquième, dont on soupçonnait qu’il n’était pas indémontrable. Ce postulat affirmait que:

[Ax.5] Par un point extérieur à une droite ne passe qu’une et une seule droite parallèle.2

Les mathématiciens de la fin du XIXe siècle essayeront de démontrer ce « postulat » par l’absurde. L’idée est de remplacer [Ax.5] par un postulat contradictoire puis de développer le système comme si de rien n’était. Si [Ax.5] est vraiment une vérité du système, nous aboutirons à des contradictions ce qui prouvera la fausseté de la proposition qui a remplacé [Ax.5] et par là même la vérité de [Ax.5]. Il y a deux contradictoires à [Ax.5] que nous nommerons [Ax.5bis] et [Ax.5ter]. Ce sont les propositions suivantes:

[Ax.5bis] Par un point extérieur à une droite passent une infinité de droites parallèles.

[Ax.5ter] Par un point extérieur à une droite ne passe aucune droite parallèle.

Propositions absurdes n’est-ce pas? Sauf que nos géomètres effarés construiront des systèmes géométriques totalement consistant en partant de chacun de ces postulats! Jusque là, les mathématiciens pensaient que leur discipline était un vaste système totalement cohérent dont tous les pans allaient finalement s’imbriquer3. L’idée était qu’en partant d’une poignée de postulats, et en appliquant strictement les règles de démonstration, on révélerait toutes les vérités mathématiques. La cohérence était le maitre-mot et aucune vérité ne pouvait être contradictoire avec une autre parce que le contraire d’une vérité est une fausseté. Or, avec les géométries non-euclidiennes, on avait manifestement des systèmes non contradictoires qui partaient pourtant de prémisses incompatibles. Frege résumait assez bien le désarroi de ses collègues en écrivant:

On ne peut servir deux maitres à la fois; on ne peut servir à la fois le vrai et le faux. Si la géométrie euclidienne est vraie, alors la géométrie non-euclidienne est fausse; et si la géométrie non-euclidienne est vraie, c’est la géométrie euclidienne qui doit être fausse.

Après ce premier moment de choc, les mathématiciens, sous l’impulsion de David Hilbert, redéfiniront leur discipline. Quand on y réfléchit, les mathématiques ne sont pas une science de la nature et n’ont pas à avoir des axiomes conformes au réel ou bien un système unique d’axiomes. L’important, c’est la rigueur des démonstrations et le fait que l’édifice que l’on construit soit cohérent de part en part. Le Programme de Hilbert consistera à asseoir définitivement la légitimité des mathématiques en réécrivant toutes les parties de cette discipline en s’assurant de bien séparer axiomes et théorèmes et en vérifiant que ces derniers étaient rigoureusement démontrés. Pour accomplir ce programme, il fallait:

  1. trouver un langage d’exposition qui permettrait de formaliser toutes les mathématiques

  2. s’assurer que ce langage est consistant i.e. que l’on ne démontrerait pas une chose et son contraire dans ce langage en partant des mêmes axiomes

  3. s’assurer que ce langage est complet i.e. que pour toute proposition vraie de ce langage, il existe une procédure permettant de la démontrer

Je vous épargne les détails mais en 1929 il avait déjà été démontré que l’on pouvait reconstruire toutes les mathématiques en se fondant sur l’arithmétique et que la logique du premier ordre était un langage d’exposition adéquat à l’arithmétique. Il suffisait donc de démontrer la consistance et la complétude de la logique du premier ordre pour que le programme de Hilbert fût accompli. En cette année 1929, Gödel prouvait la consistance de la logique du premier ordre. Il ne restait plus qu’à prouver la complétude de cette logique pour que le pénible chaos causé par l’apparition des géométries non-euclidiennes soit oublié.

En 1931, Gödel trouve une astuce pour démontrer la complétude de la logique du premier ordre. En gros4, son approche consiste à coder dans le langage une formule du métalangage G qui se traduirait: G« La formule G n’est pas démontrable. » puis il montre que G est démontrable dans le langage si et seulement si sa négation l’est également dans ce même langage. Étant donné qu’il avait déjà été prouvé que le langage est consistant, cela veut dire que les outils formels du langage ne permettent pas de démontrer G. Dans ce cas, soit G est faux, soit nous avons construit une formule indécidable. Gödel montre que G est une proposition arithmétique vraie. Cela veut donc dire qu’il y a une proposition dont nous savons qu’elle est vraie mais que nous ne pouvons démontrer. En fait, Gödel montre que dans tout système logique consistant et suffisant pour formaliser l’arithmétique, il y a des propositions indécidables i.e. dont nous savons qu’elles sont vraies mais que nous ne pouvons démontrer dans le système. L’on en conclut que les axiomes de l’arithmétique sont incomplets. Étant donné que dans le programme de Hilbert l’arithmétique devait servir de fondement à toutes les mathématiques, cela signifie que cette idée selon laquelle une fois défini le bon système d’axiomes et les bonnes règles de déduction, nous pouvons déployer tranquillement notre virtuosité mathématique et démontrer tous les théorèmes mathématiques est fallacieuse. Il y aura toujours dans le système des théorèmes dont nous savons qu’ils sont vrais mais que nous ne pourrons démontrer dans le système.

Il est très important de comprendre que Gödel ne montre pas simplement qu’il y a des propositions indécidables mais qu’il y a dans chaque système mathématique des propositions indécidables à l’intérieur de ce système mais dont on peut démontrer la vérité ou la fausseté en sortant du système et en utilisant un formalisme plus puissant. C’est cela qu’utilise Adleman quand il affirme que les mathématiciens ne transfèrent pas leur ignorance à la discipline mais à leur connaissance. Si vous êtes platonicien, comme le sont beaucoup de mathématiciens, vous considérerez qu’il y a là dehors un monde mathématique objectif que nous saisissons grâce aux outils mathématiques que nous développons. Dans ce monde abstrait, la proposition G est soit vraie, soit fausse et si elle est indécidable dans le formalisme que nous utilisons pour faire des maths, c’est là une limitation de nos outils formels plutôt que le reflet d’une propriété du monde mathématique. Il me semble qu’il y a une influence de ce platonisme implicite dans le parallèle que fait Adleman entre MQ et logique mathématique.

Dernière chose, cela devrait aller sans dire mais disons le quand même, Gödel ne montre pas que Dieu existe, que la télépathie et la magie fonctionnent, que nous ne pouvons pas comprendre notre propre cerveau et tutti quanti. Tout ce qu’il a prouvé, c’est qu’un système formel pouvant contenir l’arithmétique n’engendrera pas tous ses théorèmes et sera donc incomplet. Rien de mystique là dedans.

Bon next time nous parlerons de mécanique quantique et vous verrez (j’espère) que je ne suis pas aussi prétentieux que ma désinvolture le laissait penser hier.

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1Ou des Égyptiens si vous préférez Cheikh Anta Diop

2Je viens juste de vérifier dans Les miscellanées de Mr. Schott et il n’a pas listé ce postulat parmi ceux qu’il donne page 47… du coup, je ne fais plus tant confiance que ça à Ben Schott!

3Accessoirement, ils pensaient que la géométrie avait vocation à révéler la structure de l’espace réel et dans le monde tel que nous le connaissons une seule droite parallèle passe par un point extérieur à une droite.

4Mais alors là, vraiment en gros. Le paragraphe qui suit n’est pas très rigoureux et je passe d’énoncés sur la logique à des énoncés sur l’arithmétique sans détailler forcément le lien. Faites-moi confiance ou lisez ce livre. Lisez-le de toute manière: c’est l’une des meilleures présentations du papier de Gödel que je connaisse. Avec un peu de concentration, vous comprendrez tout.

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Len Adleman, la MQ & Gödel

Posted in Philosophie, Science by hadyba on septembre 24, 2009

Len Adleman semble penser que les physiciens quantiques devraient s’inspirer des mathématiciens et considérer que l’indéterminisme qu’ils découvrent est non pas une propriété du monde mais une propriété de leurs propres théories.

Deux citations:

The mathematician accepts that while he is having difficulty, the standard model is not. In the standard model either the algorithm halts on all inputs or there exists an input on which the algorithm does not halt. Which ever it is, it does not change over time and does not change because our mathematician has wondered about the question or even run the algorithm.

The mathematician views his difficulty as stemming from the inadequacy of the truths he knows. He is aware that Godel’s results establish that neither he nor any future mathematician can ever know all of the truths about the standard model.

§§§§§§§

Now how does our physicist interpret his situation? The Copenhagen interpretation would have the physicist view the electron as existing in a superposition of “up”/“down” until the moment of measurement when its wavefunction would collapse and the result of the measurement would be determined. This interpretation places the physicist’s difficulty within our universe rather than in the inadequacy of the known laws.

§§§§§§§

Je n’ose pas vraiment l’écrire étant donné que je ne suis pas physicien mais j’ai l’impression qu’il y a là une légère incompréhension de la MQ. Cf. par exemple cet article de wikipedia sur l’interprétation quantique de l’expérience des fentes de Young.  Les données expérimentales semblent bien indiquer que l’impossibilité de prédire le lieu de passage de l’électron est le reflet de la nature même du monde plutôt que de notre outillage conceptuel. Je me demande si la proposition de Adleman ne vient pas de cette sorte d’arrogance de mathématicien qui considère que les sciences expérimentales pourraient être améliorées si un vrai mathématicien se donnait la peine de faire les chose proprement. Dans le cas de la MQ, Von Neumann déja avait la même attitude!

Cette tendance à confondre sciences expérimentales et sciences formelles et à évaluer les premières selon des critères telles que celles de l’élégance mathématique est assez prégnante.  C’est un peu ce que Krugman soulignait dans le papier dont j’ai parlé ici quand il accusait ses collègues économistes de s’être laissé séduire par la beauté mathématique et de la prendre pour un signe de vérité.  En lisant Krugman la dernière fois, et surtout cette attaque de sa critique de l’idéalisation mathématique excessive, je ne pouvais m’empêcher de penser aux exemples où des mathématiciens s’attaquaient à des formalisations physiques dont ils considéraient qu’elles étaient insuffisamment élégantes sans se rendre compte que cette confusion apparente n’était que le reflet de la complexité des données factuelles qui en physique doivent être premières. Je pensais notamment à Feynman qui se plaignait qu’Oppenheimer n’aimait pas ses si efficaces diagrammes parce qu’ils lui paraissaient trop peu mathématiques! Feynman, tout comme Einstein avant lui, n’oubliait pas que les mathématiques ne sont qu’un outil pour le physicien et qu’il ne fallait pas hésiter à bidouiller des formalismes totalement hérétiques pour un matheux si ce sont les seules adéquates pour décrire le monde.

Culturez-vous

Posted in Oh my God! by hadyba on septembre 20, 2009

Oubliez le mépris pour cette fichue Princesse de Clèves, il lit Proust!

C’est tellement pas croyable que je dirais que c’est vrai. En tout cas, il a du essayer…. Je me demande s’il avouera s’être fait chié comme un rat. Être obligé de lire Proust quand on a un tempérament surexcité comme le sien, c’est authentiquement de la torture et est probablement expressément interdit dans la Convention de Genève.

Mon conseil de lecture suivant à notre président: James Joyce, commencer progressivement par le Portait de l’artiste en Jeune Homme puis dériver courageusement vers Ulysses.

Éviter d’avoir le bouton nucléaire à portée de doigt cependant, un accident de lecture est si vite arrivé!

PS: Merci

Sur Krugman

Posted in Blogroll, Economie by hadyba on septembre 17, 2009

Dr Krugman & Mister Paul!

Parce même si Krugman c’est Dieu, on a le droit de blasphémer, non? Je ne suis pas d’accord avec l’auteur mais l’article est très intéressant.

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Le comble de l’immoralité

Posted in Spéculation gratuite by hadyba on septembre 17, 2009

Le dialogue avec moi qui énerve le plus mes amis proches est sans doute le suivant:

Tu ne devrais pas faire X

Merci, je sais mais je vais quand même le faire!

Selon le degré d’amitié, je me fais traiter de connard arrogant ou ai droit à une interminable argumentation au terme de laquelle je persiste quand même dans le mal. Ce qui énerve mes amis, c’est que je puisse reconnaître le bien fondé de leur objection et ne pas m’y soumettre. Un tel degré de perversité leur paraît proprement insupportable. Ce qui me serait insupportable à moi, ce serait de faire semblant de croire que mon action est justifiée du seul fait que j’ai envie de l’accomplir ou bien d’insulter leur intelligence en trouvant des arguments fallacieux pour défendre une action que je sais indéfendable selon les critères moraux ou rationnels. Ce qui ne veut pas dire que je n’ai pas de raisons d’accomplir X, c’est juste que ces raisons ne me paraissent pas devoir être suffisantes du point de vue argumentatif dans lequel ils se placent.

Bien sûr, il m’arrive également de me tromper de bonne foi et de défendre une action X que je pense moralement défendable alors qu’elle ne l’est pas. Ce qui ne m’arrive en revanche jamais, c’est de dire:

Tout le monde fait X!

Bizarrement, cette défense est souvent utilisée. Par exemple, certains défendent la torture dans le cas de la lutte contre le terrorisme en disant: « Hey mais attendez, on parle de gens qui tuent des innocents! » Mais où est le rapport? Je trouve que le comble de l’immoralité est de défendre ses propres actions en invoquant ce que font les autres. On peut avoir raison ou tort de faire X. Dans les deux cas, on fait X parce que l’on a évalué cette action et que l’on a décidé qu’il fallait l’accomplir. Il se peut que cette action soit populaire mais cette popularité n’ajoute rien à son statut moral ou à sa légalité. De même l’impopularité d’une action n’enlève rien à son éventuelle moralité ou légalité.

Une variante de l’argument de la popularité est le suivant:

Je fais X et vous me critiquez. Mais où étiez-vous quand mes ennemis faisaient X?

Cette défense réussit à amalgamer l’argument de la popularité et l’argument ad hominem! D’un point de vue purement rhétorique, c’est génial mais d’un point de vue moral, c’est juste méprisable!

Hier soir, j’ai entendu trois instances de ce mixte d’argument ad hominem et de l’argument de la popularité.

D’abord sur France O il y avait un documentaire sur Castro. Je ne puis m’empêcher d’avoir des sentiments mêlés pour Castro. C’est incontestablement un dictateur horrible mais en même temps, il y a certaines réussites incontestables comme les systèmes de santé et d’éducation de Cuba. Ce que j’ignorais, c’étaient les semaines d’assassinats de pro Battista qui ont suivi sa prise de pouvoir. Mais ce qui m’a encore plus choqué que ces meurtres, c’est le grand discours qu’il fît à l’époque pour les justifier. Son argument n’était même pas que pour une raison ou une autre, il fallait extirper ce cancer, Castro s’est juste contenté de tenir un grand meeting pendant lequel il a demandé: « Où étaient donc nos critiques actuels quand le sang de nos jeunes arrosaient le maquis et les prisons de Battista? » avant de continuer ses massacres.

Les deux autres instances de cet argument mixte, hier soir, ont été le fait d’Israel et du Hamas qui, à la publication du rapport de l’ONU, ontdans un bel ensemble accusé l’ONU de partialité envers leur adversaire (ad hominem donc) qui de toute manière fait pire (popularité!)

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Non communautarisme II

Posted in France, Oh my God! by hadyba on septembre 15, 2009

On t’accuse d’avoir insulté un arabe catholique ou athée1 et tu vas t’excuser auprès de l’organisme qui soi-disant représente les musulmans?

Bon sang mais offrez-lui donc ce fameux dictionnaire!

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1En aucun cas musulman: la fierté de sa distinguée marraine en UMPitude est qu’il « boit de l’alcool et mange du porc! »

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Autobiographies américaines

Posted in Blogroll, Philosophie, Politique by hadyba on septembre 14, 2009

La première partie de l’autobiographie de Dan Dennett est en ligne ici. J’aime particulièrement ce paragraphe sur Hilary Putnam:

A tantalizing source of alternating inspiration and frustration was Hilary Putnam, whose ‘Minds and Machines’ (1960) I had found positively earthshaking. I set to work feverishly to build on it in my own work, only to receive an advance copy of Putnam’s second paper on the topic, ‘Robots: Machines or Artificially Created Life?’ from my mole back at Harvard (it was not published until 1967). This scooped my own efforts and then some. No sooner had I recovered and started building my own edifice on Putnam paper number two than I was spirited a copy of Putnam paper number three, ‘The Mental Life of Some Machines’ (eventually published in 1967) and found myself left behind yet again. So it went. I think I understood Putnam’s papers almost as well as he did – which was not quite well enough to see farther than he could what step to take next.

Je me demande si son livre Breaking the spell va être/a été traduit en français. D’une certaine manière, c’est son livre le plus français…. Mais en même temps, c’est l’équivalent de ce qu’un philosophe français aurait pu écrire il y a cent ans: Dieu n’existe pas, la religion est une illusion etc, etc.

Rien à voir, mais l’autobiographie de Ted Kennedy sort aujourd’hui et j’ai hâte de la lire! Apparemment, il avait voulu être totalement sincère et a attendu la toute fin pour s’y mettre. Le titre anglais est True Compass parce que :

« There’s nothing surer than a North Star, » Kennedy says wistfully on the video, his hands slightly trembling. « It doesn’t vary, it doesn’t change. It’s constant. The idea of a compass. And following the directions of the compass, and staying true to its direction makes sense to me. What I’ve tried to do in the U.S. Senate is to be true to the things which have been important in my life. »

PS: Rien à voir, c’est vite dit: Dieu pourrait être le lien entre l’athée Dennett et le croyant Teddy:

For the first time, he talks deeply about his Roman Catholic faith, and how his guiding light has been Chapter 25 of the Gospel of Matthew, generally interpreted as ensuring salvation to those who help « the least » among us.

Krugman, la crise et les économistes

Posted in Economie by hadyba on septembre 9, 2009

FreshSaltEco

Paul Krugman a dans le New York Times de samedi dernier un excellent papier sur la raison pour laquelle les économistes ont eu du mal à prévoir et à proposer des solutions adéquates à la crise actuelle.

Le constat de Krugman c’est que l’histoire de l’économie de ces cinquante dernières années est l’histoire de l’oubli de Keynes. Sous l’influence des monétaristes, même ceux qui se croyaient keynésien, ne soutenaient plus qu’une version light de ce que disait Keynes. Il y avait notamment une sorte de consensus selon lequel les états n’avaient pas à essayer de favoriser l’emploi; la manipulation des taux d’intérêts par les banquiers centraux suffisent largement à réguler tout ce qui peut et doit l’être. La crise actuelle et l’aveu déchirant de l’ancien prophète Alan Greenspan que tout son édifice intellectuel venait de s’écrouler ont suffi à faire de nouveau prendre conscience à certains économistes (mais pas tous) que l’intervention de l’État pouvait parfois être salutaire.

Une des thèses de Krugman dans le papier, c’est que les économistes ont confondu la beauté avec la vérité. Au fur et à mesure que le spectre de la crise s’éloignait, les superbes formalisations mathématiques qui présupposaient des agents économiques parfaitement rationnels s’imposaient et les économistes s’éloignaient faisaient de plus en plus d’idéalisations dont ils oubliaient aussitôt qu’ils ne reflétaient pas la réalité. Quand on a vécu assez longtemps sous ce régime, il devient difficile d’accepter que les belles conclusions auxquelles on aboutit sont faillibles, d’autant plus difficile en fait quand ces conclusions sont que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes économiques possibles!

Dernier détail, si vous lisez régulièrement le blog de Krugman, vous reconnaitrez pas mal de choses. Cet article me semble donner une bonne raison de tenir un blog professionnel (ce que le mien n’est pas bien sûr): tester certaines idées, sortir de l’université et se rendre compte qu’en dehors de sa communauté ces idées ne sont pas aussi connues qu’elles devraient l’être puis en faire un livre ou un long article de magazine qui diffuse au plus grand nombre ce qu’il est indispensable de savoir.

PS: Pour comprendre à quoi fait allusion l’image, il vous faudra lire le papier de Krugman… ou au moins Anniceris!

Paul Krugman a dans le New York Times de samedi dernier un excellent papier sur la raison pour laquelle les économistes ont eu du mal à prévoir et à proposer des solutions adéquates à la crise actuelle.

Le constat de Krugman c’est que l’histoire de l’économie de ces cinquante dernières années est l’histoire de l’oubli de Keynes. Sous l’influence des monétaristes, même ceux qui se croyaient keynésien, ne soutenaient plus qu’une version light de ce que disait Keynes. Il y avait notamment une sorte de consensus selon lequel les états n’avaient pas à essayer de favoriser l’emploi; la manipulation des taux d’intérêts par les banquiers centraux suffisent largement à réguler tout ce qui peut et doit l’être. La crise actuelle et l’aveu déchirant de l’ancien prophète Alan Greenspan que tout son édifice intellectuel venait de s’écrouler ont suffi à faire de nouveau prendre conscience à certains économistes (mais pas tous) que l’intervention de l’État pouvait parfois être salutaire.

Une des thèses de Krugman dans le papier, c’est que les économistes ont confondu la beauté avec la vérité. Au fur et à mesure que le spectre de la crise s’éloignait, les superbes formalisations mathématiques qui présupposaient des agents économiques parfaitement rationnels s’imposaient et les économistes s’éloignaient faisaient de plus en plus d’idéalisations dont ils oubliaient aussitôt qu’ils ne reflétaient pas la réalité. Quand on a vécu assez longtemps sous ce régime, il devient difficile d’accepter que les belles conclusions auxquelles on aboutit sont faillibles, d’autant plus difficile en fait quand ces conclusions sont que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes économiques possibles!

Dernier détail, si vous lisez régulièrement le blog de Krugman, vous reconnaitrez pas mal de choses. Cet article me semble donner une bonne raison de tenir un blog professionnel (ce que le mien n’est pas bien sûr): tester certaines idées, sortir de l’université et se rendre compte qu’en dehors de sa communauté ces idées ne sont pas aussi connues qu’elles devraient l’être puis en faire un livre ou un long article de magazine qui diffuse au plus grand nombre ce qu’il est indispensable de savoir.

PS: Pour comprendre à quoi fait allusion l’image, il vous faudra lire le papier de Krugman… ou au moins Anniceris!

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