Hady Ba's weblog

Égaler la Reine Pokou

Posted in Afrique, Politique by hadyba on avril 11, 2011

Le mythe fondateur de la Côte d’Ivoire est celui de la Reine Pokou sacrifiant son fils pour sauver son peuple:

En désespoir de cause, la reine Abla Pokou leva les bras au ciel et se tourna vers son devin : « Dis-nous ce que demande le génie de ce fleuve pour nous laisser passer ! » Et le vieil homme lui répondit tristement : « Reine, le fleuve est irrité, et il ne s’apaisera que lorsque nous lui aurons donné en offrande ce que nous avons de plus cher. »

Aussitôt, les femmes tendirent leurs parures d’or et d’ivoire ; les hommes avancèrent qui leurs taureaux, qui leurs béliers. Mais le devin repoussa toutes ces offres et dit, encore plus triste : « Ce que nous avons de plus cher, ce sont nos fils ! »

Dès lors, Abla Pokou comprit qu’aucune offrande venant de ces hommes et femmes ne serait acceptée par le génie des eaux, fut-elle ultime. Et que seule, elle devait accomplir ce tragique devoir.

Alors, elle s’avança au bord du fleuve, détacha l’enfant qu’elle portait au dos, le couvrit de bijoux et dit solennellement :

« Kouakou, mon unique enfant, pardonne-moi, mais j’ai compris qu’il faut que je te sacrifie pour la survie de notre tribu. Plus qu’une femme ou une mère, une reine est avant tout une reine !  » Puis, sous le regard douloureux de ses soldats et serviteurs, et malgré les sanglots déchirants des femmes, Abla Pokou éleva son enfant au-dessus d’elle, le contempla une dernière fois et, en se détournant, le précipita dans les flots grondants… Aucune larme ne jaillit de ses yeux pourtant rougis, aucun tremblement ne secoua son corps pourtant éprouvé ! Sitôt après ce geste irréversible de la reine, les eaux troublées de la Comoé se calmèrent comme par magie, et toute la tribu franchit le fleuve sans encombre.

Source

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’aucun des hommes qui se sont déchiré pour prendre le pouvoir depuis une quinzaine d’années n’a montré la moindre velléité de sacrifier ne serait-ce que sa carrière pour sauver son peuple. J’ai tendance à penser que Ouattarra était le moins pire des dirigeants potentiels et que le peuple avait sagement choisi en votant pour lui. Je n’ai cependant aucune illusion: même si Ouattara était quelqu’un de bien. Il a été obligé de s’allier avec de tels monstres pour arriver au pouvoir que je ne vois pas comment il pourra mener une politique visant l’intérêt de son peuple. Entre les intérêts financiers français et les mercenaires, ce sera difficile de mettre en place une politique réellement conforme aux attentes du peuple ivoirien. Il semble par ailleurs évident que Guillaume Soro est le nouvel homme fort de ce pays. Et quelqu’un qui contrôle une armée privée ne peut être considéré comme démocrate. Maintenant que Gbagbo a été mis hors d’état de nuire, j’espère vraiment que Ouattara réussira au moins à réconcilier les ivoiriens. J’espère également qu’il désarmera toutes les forces armées non officielles. S’il réussit ce tour de force et s’il organise des élections transparentes à la fin de son mandat, il réussira à égaler la Reine Pokou. Je crains cependant qu’il y ait peu de chances. Ce qui est dommage parce que l’Afrique de l’Ouest a vraiment besoin de la Cote d’Ivoire.

PS: J’ai été admiratif durant toute cette crise pour ces gens qui ont animé de Côte d’Ivoire le fil #civ2010 sur twitter malgré les exactions. Comme souvent, les peuples valent infiniment mieux que leurs élites politiques. Félicitations! Même si le plus dur reste à faire, c’est le moment de se réjouir ce soir. Ça va aller!

 

Publicités
Tagged with: ,

2 Réponses

Subscribe to comments with RSS.

  1. Anthropopotame said, on avril 12, 2011 at 10:56

    Il faut bien reconnaître que les peuples sont gentils, et qu’un homme ou une femme du peuple, accédant au pouvoir, serait d’emblée un excellent gouvernant, désintéressé, soucieux de l’intérêt général, et permettrait un essor économique rapide dans une atmosphère pacifiée 🙂
    Quant à Laurent Gbagbo, je dirai à sa décharge qu’il est devenu un modèle pour tous les directeurs de département des Universités de France et de Navarre, puisqu’il nous a enseigné la ténacité, le désir de ne pas céder la place, ainsi qu’une excellente méthode de comptage des bulletins de vote, et qui s’attache à l’esprit plutôt qu’à la lettre de l’opinion exprimée.

  2. hadyba said, on avril 12, 2011 at 11:21

    Je savais ben qu’au fond vous étiez un admirateur inconditionnel de Lula 🙂

    Apparemment la première parole de Gbagbo était: « S’il vous plait ne me tuez pas! » Quand je pense qu’il était censé défendre la Cote d’Ivoire contre l’impérialisme français et tutti quanti et qu’il mourrait volontiers pour la patrie. Mais attendez, ça rappelle les méthodes de Neverland: http://anthropopotamie.typepad.fr/anthropopotame/2011/02/de-la-couardise-comme-un-des-beaux-arts.html

    Rendons cependant à César… je crois que c’est à la Terrible Simone que les directeurs de département doivent cette obstination. Ça tombe bien elle était également universitaire si je ne m’abuse.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :