Hady Ba's weblog

Don’t be a coward like me

Posted in Philosophie, Vie quotidienne by hadyba on août 21, 2011

Some time in the future, and it may be soon, you will be told by someone that the Eskimos have many or dozens or scores or hundreds of words for snow. You, gentle reader, must decide here and now whether you are going to let them get away with it, or whether you are going to be true to your position as an Expert On Language by calling them on it.

(…)

Don’t be a coward like me. Stand up and tell the speaker this: C. W. Schultz-Lorentzen’s Dictionary of the West Greenlandic Es- kimo Language (1927) gives just two possibly relevant roots: qanik, meaning ‘snow in the air’ or ‘snowflake’, and aput, meaning ‘snow on the ground’. Then add that you would be interested to know if the speaker can cite any more.

This will not make you the most popular person in the room. It wiIl have an effect roughly comparable to pouring fifty gallons of thick oatmeal into a harpsichord during a baroque recital. But it will strike a blow for truth, responsibility, and standards of evidence in linguistics.

Geoff Pullum The Great Eskimo Vocabulary Hoax (pdf)

Je dois avouer que la dernière fois que j’ai entendu quelqu’un utiliser l’argument des esquimaux qui ont des dizaines de mots pour désigner la neige, je n’ai pas eu le courage de le corriger parce que ça aurait discrédité une argumentation autrement parfaite 🙂

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11 Réponses

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  1. Elias said, on août 21, 2011 at 4:40

    Finalement l’hypothèse Sapir-Whorf est-une légende urbaine? 😉

    Il me semble que votre article sur le sujet (que j’avais lu avant de découvrir votre précédent blog) n’est plus accessible. Vous le reniez?

  2. hadyba said, on août 21, 2011 at 5:42

    C’est drôle que vous en parliez, je vais présenter une version du papier début septembre à Milan: http://www.esap.info/ecap7/wp-content/uploads/2011/06/2.-WorkshopMath.pdf (cf page 5). C’est pour ça que j’ai relu Pullum.

    Globalement, je ne le renie pas et devrais définitivement essayer de le développer et de le publier

  3. Elias said, on août 21, 2011 at 7:36

    Dites moi si je me trompe …
    Il me semble que le relativisme défendu par Whorf à partir du cas de la langue Hopi est nettement plus radical et dérangeant que celui qu’est censé suggéré l’exemple (légendaire) du vocabulaire des esquimaux (même si cet exemple était vrai il serait assez anodin non?).

  4. hadyba said, on août 22, 2011 at 7:03

    Oui, le consensus est que Whorf aurait défendu une version forte (et donc fausse) de la relativité linguistique. Mais tout ce que je vois personnellement quand je le lis, c’est une thèse assez innocente selon laquelle les langues déterminent la manière dont nous percevons le réel et que des locuteurs monolingues de langues structurant une partie du réel de manière différente, catégoriseraient la même expérience d’une manière différente et potentiellement incommensurable. A un moment par exemple, il affirme que la vision du monde des sciences modernes s’est élaborée par le biais de la spécialisation et du raffinement des catégories grammaticales des langues indo-européennes. Toute autre communauté linguistique aurait produit, si elle avait eu des intérêts théoriques une « science » différente. Mais il ajoute juste après que la science n’est bien évidemment pas causée par la grammaire mais qu’elle est simplement colorée par cette dernière.

    Ceci dit, je pense qu’il a raison de dire que les visions du monde sont potentiellement incommensurables et je vais vous donner un exemple. La plupart des gens comme moi n’y pensons pas parce nous sommes éduqués dans des cultures hybrides mais il n’y a aucune manière de traduire les notions occidentales de frère et soeur dans les deux langues ouest africaines que je connais. Par simplicité, je ne vais considérer que le Wolof. Nous avons « magg » et « rakk » mais ces mots signifient littéralement « ainé » et « puiné »/ »cadet ». Et ils s’emploient indirectement pour les membres de ma fratrie au sens occidental, mes cousins, voire même de mon groupe d’age. Ces qualificatifs servent surtout en fait à signaler la hiérarchie puisque c’est une société où l’on révère les aînés. Après, nous avons « Doomou ndeye » et « Doomou baay ». Mais littéralement, ça équivaut à « enfant de ma mère » et « enfant de mon père » et ça sert surtout à signaler de quelle manière je suis lié à la personne dont je parle (famille polygame ou pères différents). J’utiliserais cependant la même tournure pour signaler à quelqu’un que ma mère/mon père vient du même village/ethnie que lui et que nous sommes « frères ». Après il y a « Mbokk » qui signifie « parent » mais que je n’utiliserait que si je parle d’un parent éloigné et ne veut pas entrer dans la généalogie pour expliquer comment nous sommes liés. Ça a l’air trivial mais ça signifie que puisque dans ces langues, ce qui compte c’est d’établir une hiérarchie par l’age ou une appartenance familiale large, la fratrie nucléaire occidentale n’a aucune importance et n’est pas codifiée. Une magnifique illustration de cette incommensurabilité est survenue aux débuts de l’affaire DSK. Un témoin s’est présenté comme le frère de Nafissatou Diallo, on a crié au mensonge plus tard parce qu’il était sénégalais et elle guinéenne mais c’est exactement ainsi que je me serais conceptualisé au regard d’une femme dont je suis proche mais avec laquelle je n’ai et n’aurai jamais aucune « intention romantique ». Je décrète « tu es ma soeur! » et ça me permets de prendre soin de la sénégalaise/guinéenne qui vit à coté sans que ça devienne ambigue.

    Anyway, je pense que le discrédit dans lequel Whorf était tombé est largement du au fait que les sciences cognitives (et la linguistique en particulier) ont d’abord eu une phase excessivement universaliste mais on en revient avec les travaux sur la cognition spatiale par exemple. Ce commentaire devient trop long. Je vais penser à écrire un post sur Whorf mais je ne promets rien.

  5. Elias said, on août 22, 2011 at 9:08

    merci.

    « Toute autre communauté linguistique aurait produit, si elle avait eu des intérêts théoriques une « science » différente. »
    C’est ce genre d’affirmation qui est considéré comme dérangeant et pas du tout innocent … le fait que vous éprouviez le besoin de mettre des guillemets autour de « science » me semble à cet égard significatif.
    Ce qui me gène avec ce type de formulation (qu’on a rencontré aussi chez certaines féministes : si la physique avait été développé par les femmes elle aurait été différente etc…) c’est qu’on ne nous donne jamais une idée précise de ce qu’aurait été cette science pour qu’on puisse apprécier en quoi c’en est une et en quoi elle est différente.

  6. hadyba said, on août 22, 2011 at 11:33

    En fait, ça ne me parait gênant que si l’on fait le pas supplémentaire consistant à dire que puisque des facteurs contingents sont à l’origine du développement des sciences, les produits de l’activité scientifique sont eux aussi contingents et subjectifs. En revanche, dire comme le faisait Heisenberg qu’un esprit oriental traditionnel serait mieux à même d’avoir une compréhension intuitive de la mécanique quantique ne me parait pas particulièrement pernicieux, même si c’est discutable. Whorf avait également cette thèse selon laquelle autant certaines catégories physiques élémentaires sont intuitives pour un indo-européen mais incompréhensibles pour un Hopi, autant les catégories spatio-temporelles de la théorie de la relativité seraient intuitives pour un Hopi lors même qu’elles déroutent ceux qui les ont trouvées.

    For the record, je ne crois pas que si la physique avait été développée par les femmes (ou les hopis) elle aurait été différente parce que soit ç’aurait été de la physique (i.e. une description mathématisée du réel) et ç’aurait été la même chose, soit ne n’aurait pas été de la physique et par définition… Ce qui aurait sans doute été différent, c’est le cadre institutionnel dans lequel elle se serait développée et les questions posées, je suppose. Les grecs païens, les arabes musulmans et les physiciens athées actuels sont culturellement plus différents entre eux que les femmes et les hommes actuels mais leurs travaux en physique ne reflètent pas cette différence.

  7. Elias said, on août 22, 2011 at 8:41

    Je ne sais pas si ce sera votre première visite à Milan… si oui, prenez le temps de faire un saut au Castello sforzesco il y a deux Canaletto qui valent le détour (en fait le fond de la Pinacoteca di Brera est nettement plus riche mais j’en ai des souvenirs plus vagues).

  8. hadyba said, on août 22, 2011 at 9:59

    J’étais déjà allé en Italie mais jamais à Milan. Merci pour la suggestion. Je vais essayer d’y aller.

  9. anthropopotame said, on septembre 2, 2011 at 5:09

    On attend avec impatience ta note sur Whorf. Je pense que ce n’est pas le vocabulaire en soi qui influe sur la manière dont nous percevons le monde, sinon de manière accessoire (exemple: parler de rose au lieu de rouge clair), mais plutôt des stéréotypes organisés en réseaux, qui sont propres non seulement à des cultures mais aussi à des champs sociaux.

  10. hadyba said, on septembre 6, 2011 at 11:44

    Je vais essayer d’écrire la note dans la journée. Je suis d’accord sur le fait que ce n’est pas le lexique mais plutôt la structure du langage qui déterminerait la pensée. L’idée de S & W était effectivement que le langage est comme une formalisation mathématique telle que selon les prémisses que l’on se donne, on a des théorèmes différents. Si l’on ne connaît pas les correspondances qui existent entre les deux systèmes formels, on ne se rend pas compte de l’équivalence qui peut exister entre des théorèmes qui semblent différents.

  11. […] Comme promis… […]


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