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Salmonades

Posted in France by hadyba on septembre 28, 2011

Christian Salmon dans Le Monde Mag du weekend dernier sur la sveltesse acquise de François Hollande :

“René Girard a vu récemment dans l’obsession de la maigreur une forme étendue de la vieille rivalité mimétique qui oppose les hommes de pouvoir, rappelant que « Le Jules César de Shakespeare se méfie de la minceur de Cassius »

C’est quand même du grand n’importe quoi, non ? Si la maigreur est devenue désirable dans les sociétés occidentales contemporaines, c’est que dans ces dernières la disponibilité de la nourriture est telle qu’il est infiniment plus facile de prendre du poids que d’en perdre. Du coup maigrir suppose de faire preuve d’une volonté sans faille et/ou d’avoir un métabolisme qui nous maintient mince quels que soient nos excès. Dans les deux cas, c’est là un avantage sélectif non négligeable qui nous fera échapper par exemple aux maladies cardiovasculaires et surtout, c’est rare.

Tant qu’à citer des auteurs morts pour faire joli et impressionner le chaland, Salmon et Girard auraient pu citer, en latin, la dernière proposition de l’Éthique et surtout le commentaire qu’en fait Spinoza i.e. tout ce laïus sur le fait que l’ignorant est gouverné par ses appétits sensuels alors que le Sage voit se réduire ses appétits sensuels non par ascétisme mais parce que c’est là une conséquence de sa sagesse qui lui fait désirer et poursuivre les vraies valeurs et renoncer à l’accessoire. Hollande maigrissant est donc selon Spinoza* bla bla bla**. Bien sûr, à un moment donné, il faudrait réussir à placer le « Tout ce qui est beau est difficile autant que rare » qui clôt l’éthique pour montrer pourquoi nous avons raison de tomber sous le charme d’un Hollande amaigri. La difficulté qu’il a surmontée en maigrissant est bien évidemment une métaphore des difficultés qui l’attendent en tant que chef de l’État et qu’il surmontera tout aussi bien.

PS : Ceci dit, la bonne nouvelle de l’article de Salmon, c’est qu’un philosophe au chômage pourra toujours vendre des textes faussement pertinents au Monde Mag. Je garde ça dans un coin de ma tête. Juste au cas où…

……………..

*Qui, on s’en doute, n’avait que FH en tête quand il écrivait l’éthique

**On pourrait continuer des heures et on utiliserait Nietzsche pour faire l’antithèse

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4 Réponses

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  1. Elias said, on septembre 28, 2011 at 9:04

    Sur René Girard, je vous recommande ceci
    http://rene.pommier.free.fr/girard01.html

    Quelques bons morceaux du même auteur (relatifs à l’apologétique de Girard), ici
    http://stalker.hautetfort.com/archives/tag/ren%C3%A9+girard.html

  2. hadyba said, on septembre 29, 2011 at 2:22

    Oh merci! J’adore Girard qui découvre le christianisme et qui sauve l’Église! Je suis tout le temps géné quand quelqu’un me cite Girard en m’assurant qu’il a expliqué de manière définitive telle ou telle chose. Ne l’ayant pas vraiment lu, je ne peux pas dire que c’est du bullshit. Du coup je fais mon sourire spécial je-suis-inculte-mais-j’essaierais-de-lire-ce-génie-dès-que-j’aurais-le-temps et en général le mec se demande à quoi ça sert de faire de la philo si on n’est même pas fichu de lire Girard et d’avoir un avis dessus!

  3. Elias said, on septembre 29, 2011 at 8:59

    Du peu que j’en ai lu, je suis toujours surpris du crédit que des gens par ailleurs estimables semblent accorder à Girard. Les vices intellectuels que Popper ou Wittgenstein ont signalé chez Freud (immodestie intellectuelle, goût des théories explique-tout qui n’expliquent rien, infalsifiabilité par retournement des contrexemples…) Girard les a en pire … et je ne comprends pas comment ça ne saute pas aux yeux des gens.

  4. Bashô said, on septembre 29, 2011 at 11:50

    Elias> L’auteur des liens que vous nous avez signalés met justement les choses au point sur la lecture girardienne de quelques oeuvres mais je suis mal à l’aise devant… son ton. Cela me rappelle les haines cuites et recuites qui règnent au sein de l’université, d’autant plus qu’il glisse parfois dans le ad hominem. Par exemple, même s’il est vrai que René Girard est suffisant, lui reprocher ce vice n’est pas un argument valable dans tout débat intellectuel : on ne doit critiquer que la théorie et rien d’autre.

    Et attention à ne pas tomber dans l’excès inverse. Ce n’est pas parce que René Girard est bouffi d’orgueil, que ses arguments sont tirés parfois par les cheveux et que ses théories prétendent tout expliquer qu’il faut conclure qu’il ne vaut rien. L’ambition du débat intellectuel n’est pas d’écraser l’adversaire mais de discerner, de comprendre les choses par une analyse patiente. Ainsi le désir mimétique est une piste intéressante pour eclairer, non pas tout l’univers ou toute la littérature, certains phénomènes sociaux. Et cette théorie mérite d’être décantée…


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