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Fontenelle et la crise de l’euro

Posted in Economie, Spéculation gratuite by hadyba on octobre 27, 2011

Toute l’agitation des chefs de gouvernement européens sur la crise de européenne actuelle me fait penser à ce texte de Fontenelle:

« En 1593, le bruit courut que les dents étant tombées à un enfant de Silésie, âgé de sept ans, il lui en était venu une d’or, à la place d’une de ses grosses dents. Horstius, professeur en médecine dans l’université de Helmstad, écrivit en 1595 l’histoire de cette dent, et prétendit qu’elle était en partie naturelle, en partie miraculeuse, et qu’elle avait été envoyée de Dieu à cet enfant pour consoler les chrétiens affligés par les Turcs. Figurez-vous quelle consolation, et quel rapport de cette dent aux chrétiens ni aux Turcs. En la même année, afin que cette dent d’or ne manquât par d’historiens, Rullandus en écrit encore l’histoire. Deux ans après, Ingolstetetus, autre savant, écrit contre le sentiment que Rullandus avait de la dent d’or, et Rullandus fait aussitôt une belle et docte réplique. Un autre grand homme nommé Libavius ramasse tout ce qui avait été dit de la dent, et y ajoute son sentiment particulier. Il ne manquait autre chose à tant de beaux ouvrages, sinon qu’il fût vrai que la dent était d’or. Quand un orfèvre l’eut examinée, il se trouva que c’était une feuille d’or appliquée avec beaucoup d’adresse ; mais on commença par faire des livres, et puis on consulta l’orfèvre. »

« Rien n’est plus normal que d’en faire autant sur toutes sortes de matières. Je ne suis pas si convaincu de notre ignorance par les choses qui sont, et dont la raison nous est inconnue, que par celles qui ne sont point, et dont nous trouvons la raison. Cela veut dire que non seulement nous n’avons pas les principes qui mènent au vrai, mais que nous en avons d’autres qui s’accommodent très bien avec le faux. »

— Fontenelle, Histoire des oracles, IV. (Source)

Je ne suis pas en train de dire qu’il n’y a pas de crise en Europe. Ce dont je suis sûr en revanche, c’est que ça ne sert à rien d’organiser des réunions de la dernière chance tous les trois mois en essayant de prévenir une apocalypse. Ce que Fontenelle nous conseillerait, ce serait de réunir des économistes et leur demander d’étudier ce qui se passe et de proposer des solutions. Tant que ce travail préalable d’observation et d’analyse n’est pas fait, les réunions de la dernière chance peuvent au mieux, maintenir le statut quo, au pire dégrader la situation.

En l’occurrence, il me semble que notre dent d’or est l’idée qu’une baisse de notation par Moody’s entrainera nécessairement un renchérissement du crédit. Ça ne semble clairement pas arriver depuis que la note US a été dégradée par S&P.

8 Réponses

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  1. Mamadu said, on octobre 28, 2011 at 1:17

    Hi Hady,
    Tu as raison, j’ai l’impression qu’ils font plus du spectacle que de l’observation et de l’analyse. Les leaders politiques ne seraient pas tres contents de s’assoir sur la backseat et de laisser des savants leur dire ce qu’ils doivent penser de la situation economique.
    Toi qui t’interesses serieusement a l’economie, quelle est la dose d’ideologie dans les analyses faites par les economistes?
    Le PS et l’UMP n’iraient pas consulter le meme economiste, can they both be right?

  2. Alain said, on octobre 29, 2011 at 9:36

    Pas de « dent en or » ici, si j’ai bien compris le concept🙂 ce qui n’est pas sûr.

    Je verrais plutôt de la procrastination politique.

    Sur les tricheries des grecs vis-à-vis des « acquis communautaires », la sonnette d’alarme fut tirée par Delors vers 1995 (ancien président de la Commission européenne, très influent) mais renvoyé dans les cordes par Mitterrand. La Grèce a une économie faible, au noir, et quasi sans Etat, et qui pouvait avoir une quelconque illusion sur l’usage des subventions et sur l’éthique générale du pays vis-à-vis de l’UE ?

    En 2009, Papandréou annonce un déficit public réel de 13% et non pas 6 comme officiellement annoncé. Les agences de notation baissent la note et là ont « découvre » enfin la situation grecque, les interdépendances financières, et la possibilité d’une faillite d’un Etat ! Depuis c’est le branle bas de combat tandis que les prises de conscience des enjeux ont l’air de se faire au fil de l’eau.

  3. hadyba said, on octobre 30, 2011 at 11:41

    Désolé trop chargé en ce moment.

    @Mamadu: Je pense effectivement qu’il y a beaucoup d’idéologie en économie, en tout cas plus que dans la plupart des autres sciences. Ceci dit, c’est une science expérimentale et le problème durant cette crise, c’est que les gens au pouvoir se sont accroché à leurs théories favorites (moins d’impôts, plus d’austérité) lors même que les faits leur montraient que la situation s’aggravaient comme les keynésiens prévoyait qu’elle le ferait s’ils continuaient dans cette voie. Une autre chose qui me frappe, c’est que les politiciens européens semblent, non seulement ne pas comprendre ce qui se passe (ils pensent que c’est l’endettement le problème) mais en plus être trop arrogant ou nuls pour choisir des conseillers qui savent ce dont ils parlent. On est dans une situation exceptionnelle où il faudrait solliciter des chercheurs qui ont l’habitude de travailler sur des modèles contrefactuels et eux ils consultent des hauts fonctionnaires ou des banquiers qui ont l’habitude de bosser sur l’économie réelle mais ne connaissent pas vraiment la théorie. C’est comme avoir un problème cardiaque et consulter un marathonien parce qu’il sait comment bien entrainer son coeur. C’est le cardiologue qui sait quelque chose du coeur pathologique, non?

    @Alain: Oui, il y a clairement de la procrastination politique mais il me semble qu’elle est là justement parce que dirigeants européens sont économiquement nuls. Ne comprenant pas ce qui se passe, ils proposent des solutions inadéquates et croient sincèrement que ça suffira. La dent en or ici est selon moi le fait qu’ils essaient de régler un problème (Dette==> baisse de notation ==>renchérissement du crédit) qui n’est clairement pas le bon. Tant qu’ils se focaliserons dessus, ils élaboreront des plans qui dureront quelques mois avant la prochaine crise. La question n’est pas que les grecs soient tricheurs, la question est de savoir s’ils sont prêts à avoir une monnaie commune ou pas? Si oui, il faudrait une fiscalité unifiée, un marché du travail commun etc… Autrement, il y aura des déséquilibres qui feront exploser certaines économies.

  4. rahmane said, on octobre 31, 2011 at 8:52

    « La question n’est pas que les grecs soient tricheurs, la question est de savoir s’ils sont prêts à avoir une monnaie commune ou pas? Si oui, il faudrait une fiscalité unifiée, un marché du travail commun etc… » Autrement dit, la question est plus politique qu’économique (mais il est vrai que je ne crois pas, pour ma part, en l’existence d’une science économique autonome par rapport aux moeurs et au gouvernement, en dehors de quelques pans de la statistique). La question politique est: veut-on s’intégrer ou pas? J’ai fait mes recherches sur l’intégration en Afrique de l’Ouest, où les gens envient et idéalisent l’Union européenne. A chaque détour de chemin, il y avait l’antienne amère: « Contrairement aux Européens, nous n’avons pas résolu la question de savoir pourquoi s’intégrer. » Implicitement, une fois cette question résolue, il y aurait assez de volonté politique pour prendre efficacement les mesures nécessaires menant à une intégration plénière, comme celle des Européens. Cette vision m’a toujours parue illusoire. On ne défait pas en six ou sept décennies les réflexes acquis au long de quatre siècles de guerres perpétuelles — qu’en Afrique au moins nous n’avons pas connus. L’Europe a certes un mobile politique négatif (découpler la politique internationale de la guerre sur le continent), mais pas de mobile politique positif (un équivalent européen du rêve américain). La crise actuel, avec ses remugles d’égoïsme souverain et ses petites jalousies et mesquineries autour de la note des bons et de la triche des mauvais, en est un signe patent. En Afrique, nous gagnerions sans doute à imiter certaines pratiques européennes. Mais l’intéressant est aussi de savoir ce qu’il ne faut surtout pas imiter, genre de question assez rarement posée.

  5. hadyba said, on octobre 31, 2011 at 6:25

    Oui, je suppose qu’on peut dire que la question est politique en réalité. J’ai l’impression que l’économie en tant que science informe le politique des contraintes inhérentes à ses choix. Si le politique persiste dans la voie choisie, à un moment où un autre, il lui faudra payer la facture. On pourrait penser qu’en ce moment le réel présente la facture aux dirigeants européens. Le problème, c’est qu’ils sont trop peu informés pour même comprendre en quels termes cette facture est libellée.

    A un moment, j’étais optimiste quant à l’unification économique de l’Afrique de l’Ouest parce qu’il me semblait que des organisations comme l’UEMOA étaient en train de poser les bases d’un marché économique commun. Je me disais que petit à petit nous finirions par nous retrouver constituer un grand marché commun dont les lois auraient été progressivement fusionnées sans pertes ni fracas. Bien sûr c’était sans compter avec Wade qui est venu distraire les politiques économiques communes vers ses idioties de NEPAD.

  6. Alain said, on octobre 31, 2011 at 9:59

    Hadyba, cet article paru aujourd’hui va dans ton sens : http://www.liberation.fr/politiques/01012368802-et-si-l-union-monetaire-europeenne-n-etait-pas-une-si-bonne-idee

    Pour cet économiste nous avons ici un simple « récit » (dont les personnages sont : gvt impécunieux, finance folle etc, le ressort de l’intrigue consiste à dénoncer, punir et corriger) alors que la réalité du problème UE est d’une toute autre nature :

    « Ce récit n’a qu’un seul inconvénient : il ne correspond pas à la réalité :

    La réalité, c’est que l’adoption de l’euro a conduit à un afflux massif de capitaux des pays du cœur de l’Europe, dans lesquels l’investissement est faible et son rendement peu attractif, vers les pays de la périphérie, à fort investissement et plus forte rentabilité du capital. Loin d’être un aspect secondaire du problème, le système bancaire a été au centre de cet afflux massif de capitaux. Et comme pendant la crise asiatique, le reflux brutal de ces capitaux à partir de 2007 a précipité les pays périphériques dans la récession, causant la dégradation des finances publiques, qui n’est qu’un symptôme. Si chaque pays disposait encore de sa propre devise, ces déséquilibres se résorberaient par des changements de taux de change; faute de cette possibilité, chaque pays doit à sa manière trouver son mode d’ajustement. »

    « Tant que la réalité n’aura pas été reconnue, l’Europe continuera de naviguer de crise en sommet de la dernière chance; on créera au passage des institutions au fonctionnement de plus en plus flou, des règles opaques dépossédant les européens de leur souveraineté; et tout cela pour rien. Quand on lutte contre la réalité, on finit toujours par perdre («Europe’s elite is fighting reality and will lose» http://www.johnkay.com/2011/10/26/europes-elite-is-fighting-reality-and-will-lose).  »

    Si ce que dit cet économiste est la réalité, la question se pose de savoir si ce récit est destiné à distraire le grand public ou pire il est à usage interne …

  7. Mamadu said, on novembre 1, 2011 at 12:33

    Hi Hady

    Concernant le dilemme cardiologue vs marathonien, je choisirais le cardiologue pour sa connaissance theorique et pratique du coeur, mais aussi parce qu’il a fait le serment de ne pas me laisser mourrir juste pour gagner la course. Je sais que le banquier/marathonien n’hesiterait pas a accelerer mon agonie si ca peut l’aider a finir la course parmi les 1%.

    Je demande si notre systeme mondial n’est pas devenu trop complexe a gerer de maniere hierarchique. Ashby aurait peut etre dit que Sarkozy, Merkel, et Obama n’ont pas la « requisite variety » pour controler le systeme…

  8. hadyba said, on novembre 1, 2011 at 9:03

    @Mamadu: « Je demande si notre systeme mondial n’est pas devenu trop complexe a gerer de maniere hierarchique. Ashby aurait peut etre dit que Sarkozy, Merkel, et Obama n’ont pas la « requisite variety » pour controler le systeme… »

    Aristote déja disait* que la Politique devait être ce qui n’est la spécialité de personne et que n’importe qui doué de bon sens devrait pouvoir faire. La condition de réussite du politique réside alors dans sa capacité à s’entourer des meilleurs talents. Les politiques actuels:
    1) disent que la politique est un métier
    2) Confondent ce métier avec la com’
    Tu m’étonnes alos qu’ils soient incompétents.
    …..
    *hum, je crois qu’il le disait en tout cas, mes lectures aristotéliciennes sont floues.

    @Alain: Merci. Je suis effectivement souvent d’accord avec A. Delaigue qui est toujours très informé et pédagogue.


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