Hady Ba's weblog

Elections Iraniennes de 2013

Posted in Politique by hadyba on mars 27, 2013

Un copain iranien inaugure un blog sur les prochaines élections dans son pays.

Election Iranienne

GhalibafNé en 1961, l’actuel maire de Téhéran semble en bonne voie pour être élu huitième président de la République islamique. Fils d’un commerçant d’une petite ville de la région du Khorasan, Ghalibaf a 18 ans quand éclate la révolution iranienne. Issu d’une famille religieuse, il s’intègre très rapidement dans le cercle des révolutionnaires proches de l’Imam Khomeini. La guerre Iran-Irak déclarée, le jeune Ghalibaf part au front pour participer à ce qu’il perçoit comme une « guerre sainte », selon la formulation de Khomeini. Grâce à son savoir-faire militaire, il monte en grade et exerce comme commandant pendant les huit années de guerre (il perd son frère aîné qui combat dans le régiment qu’il commande).

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Macky an 1

Posted in Sénégal by hadyba on mars 25, 2013

Ça fait un an que Macky Sall est Président de la République du Sénégal.

Un journal local a cruellement titré « L’année perdue! ». Même si cette année de règne de Macky Sall est incomparable avec l’entreprise de destruction systématique de tout ce que ce pays avait de valable qu’a été le règne de Maitre Wade, on ne peut s’empêcher d’être déçu par cette première année de Macky Sall. Son premier discours était parfait. Il avait rappelé ce qui nous tenait à coeur à savoir que nous voulions demeurer une République démocratique mettant la justice économique et sociale au coeur du fonctionnement de l’État. Il avait averti ses partisans qu’il ne les protègerait pas et que, selon sa belle formule, « la patrie venait avant le parti. » Malheureusement, tout ceci est en grande partie resté un discours. Les nominations aux postes de la Haute Administration publique considérés comme « juteux » ont continué à se faire, non pas au mérite, mais pour récompenser les affidés de M. Sall. Ce faisant, notre nouveau Président, ancre définitivement dans l’esprit des sénégalais que pour vraiment réussir, rien ne sert de travailler et de mener une carrière exemplaire au service de l’État; le seul moyen, c’est de militer dans un parti politique.

Toujours concernant l’omniprésence du politique, probablement par souci d’assurer son pouvoir, Macky Sall s’est entouré d’une large coalition. Justement, cette coalition est trop large. Il n’y a quasiment plus d’opposition crédible et en plus cela nous donne l’impression, plus ou moins justifiée, que la classe politique a trouvé un gentlemen’s agreement pour se partager les ressources de l’État sans qu’aucun d’eux ne soit frustré. Cette impression est renforcée par le fait que le Parti de Macky Sall n’a même pas la dignité de rejeter le ralliement de responsables politiques venus du Parti de Maitre Wade. À quoi ça sert que nous ayons viré Wade si sa bande de gangsters peut tranquillement faire allégeance au nouveau sheriff et continuer ses méfaits? De plus comment pouvons-nous parler de démocratie s’il n’y a aucune voix crédible pour porter les désaccords qui surgissent? Cette situation est d’autant plus dangereuse pour le pays que les seules forces actuelles à s’opposer frontalement au Président Wade sont soit le PDS de Wade, soit le parti de Idrissa Seck, qui conformément à la duplicité de son chef, est à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la coalition au pouvoir. La hantise de tous les sénégalais est d’avoir à élire un Président comme Seck dont nous sommes intimement persuadés qu’il est au moins aussi maléfique Wade mais plus jeune. Nous n’aurions cependant pas d’autre choix s’il était le seul opposant à un Macky Sall qui aurait continué à s’auto-saboter comme il le fait actuellement.

Les enquêtes sur les biens mal acquis progressent certes, et à défaut de mettre Abdoulaye Wade en prison, nous devrions y envoyer son fils. Même ces enquêtes laissent cependant un goût amer au peuple. Non seulement elles sont lentes (comme il est normal qu’elles le soient) mais les déclarations intempestives des ministres et des cadres du parti au pouvoir montrent que ces gens là n’ont aucun sens de l’indépendance de la justice. S’ils continuent à intervenir à tout bout de champs, ils risquent de tellement discréditer notre système judiciaire que toute décision qui serait rendue serait perçue comme illégitime et pourrait être cassée par la Cour de Justice de la CEDEAO qui nous a déjà infligée un camouflet cinglant.

Encore une fois il n’y a aucun doute que Macky Sall vaut infiniment mieux que Wade. Il serait cependant temps qu’il se mette à la hauteur du peuple qui l’a élu, cesse de s’entourer d’amateurs et de cajoler les politiciens pour faire ce pour quoi il a été élu i.e. faire respecter la loi dans tous les domaines et promouvoir la justice sociale. J’avoue que j’ai très peu d’espoir qu’il y arrive mais j’espère me tromper.

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Austin et la présomption d’innocence

Posted in Philosophie by hadyba on mars 20, 2013

J’ai toujours trouvé presque contradictoire la notion juridique de présomption d’innocence. Les juristes disent que tout individu est présumé innocent tant qu’il n’a pas été déclaré coupable par un tribunal. Supposons que nous prenions vraiment au sérieux cette affirmation. Que se passerait-il si la police ou la justice mettait en cause un individu dans une affaire criminelle quelconque ? Il me semble qu’une telle définition de la présomption d’innocence aurait pour conséquence de rendre impossible toute enquête.

Supposons que les policiers aient de bonnes raisons de penser que j’ai assassiné quelqu’un. Pour qu’ils puissent étayer leur dossier contre moi, il faut qu’ils mènent une enquête et cherchent des preuves leur permettant de m’inculper. Dans le cours de l’enquête, ils peuvent certes m’innocenter mais ils peuvent également trouver suffisamment de preuves pour me faire comparaitre devant un juge. Supposons que je sois au courant que les flics me soupçonnent et interrogent mon entourage sur mes allées et venues. Si nous acceptons le principe selon lequel tout homme est présumé innocent jusqu’à ce qu’il soit déclaré coupable par une autorité judiciaire et si nous l’associons avec cet autre principe selon lequel tout citoyen a droit au respect de sa vie privée, alors je pourrais empêcher que l’enquête n’ait lieu. Il me suffirait de porter plainte contre la police en argumentant que puisque je suis présumé innocent et puisque j’ai droit au respect de ma vie privée, la police n’a aucun droit d’ouvrir une enquête sur moi. Elle peut et doit certes enquêter sur le meurtre mais tant que je suis présumé innocent, elle doit strictement respecter ma vie privée et ne pas me harceler.

Si ce que je dis là ne vous paraît pas convaincant, considérez ce qui se passerait dans un cas vous prendriez vraiment au sérieux ma présomption d’innocence. Supposons que je sois à Dakar et qu’un inconnu soit tué à New York. Supposons que la police New Yorkaise persiste à m’accuser d’avoir commis le meurtre lors même que je lui ai dit que je me trouvais à Dakar et ne connais pas du tout la personne tuée et ne suis jamais allé à New York. Dans ce cas, je serais totalement justifié à porter plainte contre la police new yorkaise pour harcèlement et à ignorer les éventuelles convocations qu’elle pourrait m’adresser. Dans un cas où mon innocence n’est pas aussi évidente, il me serait plus difficile d’échapper à un éventuel harcèlement de la police new yorkaise même si je suis vraiment innocent. Et pourtant, dans les deux cas, je suis également présumé innocent et je devrais être traité de la même manière jusqu’à ce qu’un juge me déclare coupable.

Quoique la notion de présomption d’innocence soit censée garantir que les prévenus soient traités comme des innocents tant qu’un tribunal ne les a pas déclaré coupable, il me semble qu’elle est fondamentalement contradictoire. Le système judiciaire d’un état démocratique n’a absolument aucune raison de s’intéresser à un individu qu’il présume innocent. C’est parce que les flics et juges présument que vous êtes impliqués qu’ils mènent une enquête sur vous.

Il me semble que c’est cette contradiction de la notion de présomption d’innocence que Karim Wade et ses complices ont réussi à mettre en lumière en faisant condamner l’État du Sénégal par la Cour de Justice de la CEDEAO. Dans le cadre de l’enquête sur les biens mal acquis, ils sont interdits de sortie du territoire national. L’on peut considérer que c’est là une décision parfaitement raisonnable. Karim Wade est français et sénégalais, il a volé immensément d’argent à l’État du Sénégal et s’il retourne en France, il nous sera impossible d’obtenir son extradition et de le juger. S’il s’installe dans un pays n’ayant pas d’accords d’extradition avec le Sénégal, ce sera encore pire. Malgré tout, la Cour de Justice de la CEDEAO a décidé de condamner l’État du Sénégal parce que Karim et consorts étant présumés innocents, une interdiction de sortie du territoire national est une violation de leur liberté de circulation. L’État du Sénégal a courageusement décidé d’envoyer la Cour sous régional se faire voir. Ce que j’approuve.

Reste le problème conceptuel. La présomption d’innocence est elle incompatible avec la possibilité même d’une enquête judiciaire ? Il me semble que c’est l’expression présomption d’innocence elle-même qui est fallacieuse et sa que compréhension littérale est potentiellement dangereuse. Pour le voir, intéressons-nous un peu à ce que dit Austin sur le performatif.

Prenons le cas du mariage religieux chrétien. Un couple chrétien n’est marié religieusement qu’après qu’un prêtre aura prononcé lors d’une cérémonie la phrase rituelle : « Je vous déclare mari et femme. ». Par cette phrase, le prêtre ne décrit pas ce qu’il est en train de faire. Cette phrase crée littéralement le mariage. Il suffit qu’un prêtre prononce cette phrase dans certaines conditions bien définies pour qu’un mariage soit créé. C’est une phrase qui accomplit une action. Austin nomme ce type de phrase des performatifs. Il ne suffit cependant pas de prononcer la phrase « je vous déclare mari et femme » devant un couple pour créer un mariage. Si par exemple un prêtre catholique prononçait cette phrase devant un couple qui ne lui a rien demandé ou si un fou avait pris la place du prêtre lors d’une authentique cérémonie de mariage, l’action échouerait. Les performatifs obéissent à des conditions bien déterminées ; c’est quand ces conditions sont réunies que la simple prononciation de la phrase appropriée vaut action et crée un fait nouveau.

Revenons à présent à la présomption d’innocence. Il me semble qu’il n’y a pas du tout de sens à parler de présomption d’innocence sur le plan juridique. S’il y a une quelconque présomption, ce serait plutôt une présomption de culpabilité, en fait. La culpabilité et l’innocence juridiques ne sont pas la même chose que la culpabilité et l’innocence tout court. Dans le cas d’un crime par exemple, si on commet un crime, on est réellement coupable de ce crime, que ce soit découvert ou pas. En revanche, la culpabilité juridique est un performatif. Tant qu’une autorité judiciaire ne vous a pas déclaré coupable au terme d’une procédure obéissant à des règles fixées d’avance, vous êtes juridiquement innocent. Vous n’êtes pas présumé innocent, vous êtes, pour autant que la justice soit concernée, innocent. Ça n’a pas de sens de parler de présomption d’innocence parce que la seule chose qui peut vous rendre juridiquement coupable c’est le prononcé de la sentence par une autorité judiciaire. Et cette autorité judiciaire même si elle pense le contraire, ne fait pas que constater votre innocence ou votre culpabilité ; elle les crée littéralement en vertu du caractère performatif du jugement rendu. Bien sûr, dans un monde idéal, le performatif judiciaire coïncide avec la réalité et les juges ne créent coupables que des gens qui le sont déjà… Un peu comme l’Église catholique ne crée saints que des gens qui l’étaient déjà dans leurs vies. Mais ça c’est dans un monde idéal.

 Maintenant que se passe-t-il quand vous êtes l’objet d’attention du système judiciaire alors que vous n’avez pas encore été déclaré on peut tourner ça comme on veut mais dans l’absolu, ça signifie qu’il y a une présomption de culpabilité à votre encontre. C’est parce que la police a de bonnes raisons de croire que vous êtes impliqués dans les faits sur lesquelles elle enquête qu’elle a le droit de s’intéresser à vous. Cela vous fait-il perdre tous vos droits ? Certainement pas. En revanche, il y a une différence entre une personne juridiquement innocente et contre laquelle la justice n’a aucune présomption de culpabilité et une personne juridiquement innocente mais contre laquelle la justice a une présomption de culpabilité. C’est cette différence que la fiction de la présomption d’innocence obscurcit. Si la police veut enquêter sur moi, elle n’en a le droit que si elle peut argumenter qu’elle a de bonnes raisons de me soupçonner de quelque chose. Autrement elle viole mon droit à l’indifférence.

Karim Wade (presque) en prison

Posted in Sénégal by hadyba on mars 19, 2013

Quand Karim Wade avait été nommé ministre de la Coopération Internationale du Transport aérien, de l’Aménagement du territoire et des Infrastructures en 2009, j’avais automatiquement parlé de Ministère du Pillage du Pays pour désigner un ministère hypertrophié qui gérait exactement la moitié du budget national (400 milliards de FCA/ 615 millions d’euros). Avant cela, Karim Wade gérait une agence nationale, créée de toute pièce pour lui et qui avait également contrôlé à peu près le même budget annuel de 2004 à 2009.

La question n’était donc pas, pour moi, de savoir s’il avait activement pillé le budget national mais si nos nouvelles autorités avaient la volonté de traquer le fruit de ses rapines. Apparemment, le Procureur de notre Cour de Répression de l’Enrichissement illicite a au moins réussi à faire remonter un milliard d’euros mal acquis vers Karim Wade. Comme dans toute bonne série B qui se respecte, le mode opératoire du criminel a même été repéré. Les criminels étant essentiellement paresseux, c’est la même signature qui se retrouve dans la plupart des affaires financières auxquelles il est mêlé. En gros il approchait une respectable société (Dubai Ports, Menzies Aviations…), lui proposait de créer au Sénégal une franchise que la société mère ne contrôlerait pas. En échange de son nom, la société mère recevait une participation minime dans une affaire lucrative. Grace à ce montage, les sénégalais croyaient avoir affaire à la filiale d’une boite internationalement reconnue alors qu’en fait la franchise appartenait à Karim Wade via des montages financiers off shore et divers prête noms.

Aussi,  la société Ahs (African handling service) implantée à Dakar n’appartient pas à Menzie aviation (une société londonienne). En fait, note l’enquête sur l’enrichissement illicite, l’aéroport Léopold Sédar Senghor est desservi par une société dénommée Ahs Limited dont les comptes sont ouverts aux îles vierges. Elle est la propriété à 99% d’une société de droit luxembourgeois, Menzie Middle East and Africa, qui appartiendrait à Karim Wade. «C’est cette même société qui gère l’assistance au sol dans d’autres pays comme au Ghana, en Jordanie, à Malabo (Guinée équatoriale)…. Nous n’avons jamais dit que l’aéroport de Malabo appartenait à Karim Wade. A Malabo, c’est la société Adge qui gère l’assistance au sol. Et cette société est détenue en majorité par Ahs/limited, une propriété de Karim Wade», note l’Obs qui ajoute que l’enquête a pu déterminer que Ahs/Limited (de Karim Wade) a acquis les franchises de Menzie aviation de Londres contre le versement de 7% de toutes ses retombées financières. Il y a également une clause qui oblige Ahs/Limited à s’approvisionner à Menzie aviation.

 «L’enquête nous a permis de savoir que l’essentiel des entreprises appartenant à Karim Wade sont implantées sur la base d’homonymie. Par exemple, Dpw Dakar n’appartient pas à l’Emir de Dubaï et Ahs n’est pas une propriété de Menzie aviation, une société londonienne», nous expliquent des sources proches de l’enquête. Elles sont de droit luxembourgeois, panaméen ou britannique et ses comptes bancaires sont à Monaco pour la plupart. Ce qu’on a également pu déceler c’est que ce sont toutes des sociétés off shore avec des administrateurs non-actionnaires. Même la compagnie Sénégal Airlines est détenue en majorité par une société de droit panaméen agissant pour le compte de Karim Wade»

En tant que ministre et fils de son père, il était facile à Karim Wade d’attribuer des marchés à ses propres sociétés siphonnant ainsi une bonne partie du budget national.

On pourrait penser qu’il n’y a là qu’un classique conflit d’intérêt comme on en voit partout dans le monde mais en fait, c’est bien plus grave que ça. Notre ministre actuel des infrastructures et des transports expliquait hier dans un journal de la place comment de 2009 à 2012 par exemple 2,9milliards de FCFA avaient été facturé aux Aéroports du Sénégal sans aucune contrepartie, ce qui remettait directement en cause la viabilité de nos aéroports. Karim ne faisait pas du business, il rackettait l’État du Sénégal à travers ses sociétés écrans.

Comme dans toute série B également, il y a le traitre qui se met à table dès que les flics insistent un peu. En l’occurrence, un ami d’internat de Karim Wade qu’il avait fait venir au Sénégal pour lui servir de prête nom:

« A l’examen des pièces comptables à la base de la création de ces sociétés, les enquêteurs ont découvert que toutes les sommes avaient été versées en liquide par le chauffeur de Karim Wade, Victor Tendeng. Il apparaît aussi, que toutes ces sociétés avaient le même propriétaire en la personne de Patrick Joseph Ady Williams ». Ce dernier, souligne le confrère, « a été directeur général de Sénégal Handling Services, jusqu’à une période récente ». Au sujet de Patrick Joseph Ady Williams, il est le camarade d’internat de Karim Wade au collège Saint-Martin à Pontoise en France entre 1984 et 1988.

Williams affirme que « c’est Karim Wade qui l’a fait venir au Sénégal pour lui demander de porter certaines affaires qu’il comptait mettre en place », révèle le Quotidien.

« Je suis fils de chef d’Etat et j’occupe certaines fonctions officielles, cela fera désordre que mon nom apparaisse dans certaines transactions commerciales surtout que je compte mener des activités politiques », aurait déclaré Wade fils à Williams aux enquêteurs.

« Après que Karim Wade avait fait venir la notaire à son bureau pour nous présenter l’un à l’autre, je passais au cabinet de la notaire pour signer les documents chaque fois que Me Patricia Lake Diop me le demandait de la faire », s’est défendu Williams qui, confronté à Karim Wade, a maintenu ne rien savoir de ces sociétés créées en son nom.

Source

Maintenant, Karim Wade a un mois pour expliquer au procureur l’origine de ce qui a été retracé vers lui. Sans explication satisfaisante, le dossier sera transmis à un juge pour poursuites. Quant à moi, je suis persuadé que ce qu’on a retracé vers lui n’est que la pointe de l’iceberg. J’espère que même après qu’il sera allé en prison, les enquêtes continueront et qu’on récupérera tout le fric qu’il nous a volé.

Après, on s’occupera de son père dont on a assez d’élément pour le juger pour haute trahison puisqu’il a lui-même avoué, pendant la dernière campagne électorale, qu’il avait financé les rebelles casamançais.

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Talibés

Posted in Sénégal by hadyba on mars 7, 2013

Dans l’Aventure Ambiguë, Cheikh Hamidou Kane a de très belles pages sur les talibés. Traditionnellement au Sénégal, les parents confiaient leurs enfants à des érudits pour qu’ils leur apprennent d’abord à mémoriser le Coran puis, au fur et à mesure qu’ils grandissent, les sciences religieuses. Durant les premières années de cet apprentissage, ces enfants ne sont pas nourris par le marabout auquel ils sont confiés mais par la communauté toute entière. Chacun de ces enfants a une écuelle et, trois fois par jour, ces élèves qui sont appelés talibés (oui, c’est la même racine arabe que taliban J) font le tour des maisons de la ville ou du village et reçoivent des poignées de nourritures qu’ils recueillent dans ces écuelles et mangent. À propos de cette tradition de mendicité infantile, Cheikh Hamidou Kane affirme qu’elle avait des vertus profondément démocratiques et égalisatrices. Tout homme, qu’il soit d’extraction patricienne ou prolétaire, a –pendant un temps assez long– vécu de la charité publique, mangé le mélange proprement repoussant de tout ce qui s’est mangé dans la communauté et su exactement comment se nourrissaient ses concitoyens. Cette éducation était faite pour former des hommes stoïques se contentant de ce qu’ils ont, résistant à la faim et indifférents aux plaisirs de ce bas monde. Elle s’inscrivait dans une certaine vision du monde et dans un réseau social tel que toute la communauté se sentait responsable des enfants errants. Même s’il semblait que ces derniers vivaient dans des conditions absolument horribles, ces conditions étaient tempérées par le fait que ceux qu’ils croisaient quotidiennement avaient vécu la même chose et avaient dans la plupart des cas des enfants vivant la même chose dans un autre village.

L’Aventure Ambiguë date de 1961 et son caractère poignant est en grande part du au fait que Cheikh Hamidou Kane y décrivait une civilisation qui se savait confusément à son crépuscule. Au cœur du roman, il y a la question de l’école occidentale dont les villageois débattaient de la menace qu’elle faisait courir aux traditions et pratiques locales. 52 ans après la publication de cette méditation nostalgique, le système d’éducation traditionnel sénégalais a été perverti au delà de l’imaginable. On ne peut qualifier ce qui se passe actuellement au Sénégal autrement que d’esclavage infantile. Où que vous alliez au Sénégal, dans n’importe quelle ville, à n’importe quelle heure du jour et jusqu’à une heure très avancée de la nuit parfois, des enfants de moins de treize ans vous interpellent avec un pot de tomate vide et vous demandent la charité au nom de Dieu. Si traditionnellement les talibés ne mendiaient que ce qui était nécessaire à leur subsistance et passaient le plus clair de leur temps à étudier, nous savons tous que ce n’est plus le cas. Nous voyons tous trainer dans les rues des garçons incapables de réciter la moindre sourate du Coran et nous demandant, non pas de la nourriture mais de l’argent. Nous savons tous que ces garçons n’apprennent absolument rien mais sont exploités par des soi-disant marabouts qui exigent qu’aucun des gamins dont il a la charge ne rentre à la maison avant d’avoir réuni une somme fixée à l’avance. Nous nous doutons que certains de ces enfants sont soit vendus par leurs parents, soit enlevés par les marabouts. Nous ne faisons cependant rien. La société sénégalaise fait comme si la vision du monde qui justifiait la mendicité des talibés était toujours pertinente pour le mode de vie qui est à présent le nôtre. De temps à autres, nos politiciens décrètent la fin de la mendicité infantile. De temps à autres une ONG plus ou moins véreuse capte des financements pour sortir les talibés de la rue.

Cette semaine, un des taudis où un soi-disant maître d’école coranique entassait ses esclaves a pris feu et neuf des dix garçons qui dormaient dans une des chambres sont morts dans d’atroces souffrances. Nos politiciens, Président de la République en tête se sont déplacés. Notre ministre de l’intérieur, qui est pourtant un ancien officier de gendarmerie, s’est montré aux caméras submergé par l’émotion et incapable de s’exprimer. Notre Président a décrété que nous sortirions les enfants de la rue et régulerions le lucratif secteur de l’esclavage infantile les écoles coraniques. Mais déjà, de prétendus enseignants commencent à se faire entendre dans notre presse. Ils pensent que la décision de notre Président est hâtive et l’absence de consultation préalable fautive. C’est vrai qu’on ne parle que d’enfants qui meurent. Quel besoin y a-t-il de se hâter de sauver des vies d’enfants ? Que valent de telles vies face à leurs intérêts économiques ?

Le Sénégal étant le Sénégal, il y a fort à parier que la fermeté de notre Président durera ce que durent nos velléités réformatrices… le temps d’une rose.

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