Hady Ba's weblog

Où l’on lit la Constitution Sénégalaise

Posted in Sénégal by hadyba on janvier 31, 2012

Le consensus parmi mes amis à Dakar est que, concernant la recevabilité de la candidature de Wade, mon avis est celui d’un crétin qui parle sans savoir. Il n’y a pas l’ombre d’un doute que Wade n’a aucun droit de se présenter. Ces amis étant parfois juristes, je me suis décidé à lire notre Constitution et je dois avouer qu’ils ont raison, pour autant que je comprenne quelque chose au jargon juridique. Voici le texte de la constitution qui a été votée en 2001 si vous voulez vous faire votre propre opinion: Constitution2001Senegal (pdf).

Les articles pertinents sont d’abord l’article 26 :

Article 26

La durée du mandat du Président de la République est de cinq ans et renouvelable une fois.

Cette disposition ne peut être révisée que par une loi référendaire ou par l’adoption d’une nouvelle constitution.

Pour autant que je sache, aucune « loi référendaire » ou « nouvelle constitution » n’a été votée.

La fenêtre dans laquelle essaie de s’engouffrer le clan Wade, vient du fait que la Constitution de 2001 a été votée après que Wade a été élu pour un premier septennat. Il n’y a pas eu de rétroaction sur la durée du mandat, ce qui semble vouloir dire que le mandat n’a pas été pris en compte dans l’application de la nouvelle Constitution. C’est le raisonnement que je tenais pour soutenir qu’il y avait un doute quant à la légalité de la candidature de Wade.  De toute évidence, ce doute n’était dû qu’à mon ignorance de la lettre de la Constitution. En effet, si nous jetons un coup d’œil au Titre XII concernant les dispositions transitoires, nous lisons :

Article 104

Le Président de la République en fonction poursuit son mandat jusqu’à son terme.

Toutes les autres dispositions de la présente Constitution lui sont applicables.

Si la Constitution dit sans fioriture que toutes les dispositions autres que la durée du mandat s’appliquent au Président de la République en fonction, il n’y a plus aucune échappatoire permettant au Conseil Constitutionnel d’argumenter que le premier mandat de Wade n’est pas pris en compte par la Constitution de 2001. Il l’a pourtant fait.

Normalement, je suis un légaliste mais on doit tenir compte de deux choses :

  1. en dernier ressort c’est le Conseil Constitutionnel qui proclame les résultats de l’élection présidentielle (article 34) et ses décisions sont sans appel (article 96)
  2. ce Conseil Constitutionnel a déjà pris une décision manifestement illégale en faveur de la candidature de Wade.

La seule conclusion que l’on peut tirer de ces deux faits, c’est que quoiqu’il arrive, ce Conseil poursuivra dans ses actes illégaux et proclamera Wade comme Président après que nous aurons voté. L’opposition et le peuple sénégalais ne peuvent en aucun cas se permettre d’aller aux élections avec Wade comme candidat et un Conseil Constitutionnel, félon et manifestement corrompu, comme arbitre. Notre seule chance de rétablir la démocratie au Sénégal est de chasser maintenant Wade du pouvoir, quoiqu’il nous en coûte. L’opposition doit accepter que nous sommes dans une de ces rares situations où l’insurrection et la lutte armée sont légitimes. Les forces de l’ordre et l’armée doivent décider si elles se mettent du coté du peuple ou si elles apportent leur soutien à quelqu’un qui n’a plus aucune légitimité. Toute tentative de conciliation relève de l’aveuglement volontaire.

PS: Par ailleurs,  les cinq mecs corrompus qui nous servent de Conseil Constitutionnel devront impérativement être jugé quand tout ceci sera terminé. Leur décision est la chose la plus scandaleuse qui soit arrivée dans l’histoire politique de notre pays. Même l’accusation de coup d’État porté contre Mamadou Dia en 1962 reposait sur des bases plus solides!

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Sur le pseudo État de droit sénégalais et accessoirement l’affaire Sonko

Posted in Politique, Sénégal by hadyba on mars 3, 2021

Mon collègue Oumar Dia et moi-même avons répondu à la réplique du ministre Coulibaly au manifeste des 102 universitaires. Nous pensons qu’effectivement le Sénégal n’est plus un État de droit et que la faute en incombe grandement mais pas totalement à son Maitre Macky Sall. Voici l’article que nous avons envoyé à la presse sénégalaise.

Monsieur le Ministre Coulibaly, Le Sénégal n’est effectivement plus un État de Droit ! Réponse à Monsieur Abdou Latif Coulibaly

Par Dr. Oumar Dia et Dr. Hady Ba,

Maîtres de Conférences titulaires de Philosophie à l’Université Cheikh Anta Diop.

Le mardi 23 février 2021, cent deux (102) universitaires de plusieurs universités publiques faisaient paraître dans différents organes de la presse un manifeste portant sur ce qu’ils ont ensemble identifié comme étant une crise profonde de l’Etat de droit au Sénégal. Après avoir rappelé formellement ce qu’est un Etat de droit, nous avons tenu à ajouter que celui-ci n’est toutefois tel que si les pratiques qui y ont cours sont conformes aux principes généraux qui le définissent. Etant donné que parmi les principes généraux qui définissent l’Etat de droit celui relatif à l’égalité de tous les citoyens devant la loi est le plus essentiel, ces signataires ont tout simplement confronté ce dernier – qui du reste ne peut être effectif que si la justice est indépendante-  à la pratique qui a cours dans notre pays depuis l’arrivée de M. Macky Sall au pouvoir en 2012. De la confrontation de ce principe formel essentiel de l’Etat de droit à l’usage qui en est fait concrètement depuis 2012 est sorti un verdict sans appel que les universitaires ayant signé la tribune ont tenu à assumer publiquement : l’Etat de droit au Sénégal est en déliquescence principalement du fait de l’asservissement du pouvoir judiciaire au pouvoir exécutif et particulièrement à la personne du président de la République M. Macky Sall.

Piqué au vif par ce verdict dont les signataires estimaient que leur responsabilité d’universitaires les obligeait à rendre public ; mais peut-être davantage préoccupé par les ravages que celui-ci est susceptible de produire sur l’image du pouvoir et du président qu’il sert depuis 2012, M. Abdou Latif Coulibaly s’est précipitamment hasardé à répondre jeudi 25 février 2021 en niant contre l’évidence la réalité de la crise sans précédent de l’Etat de droit au Sénégal. Dans sa vertueuse jeunesse, M. le Ministre Coulibaly a sans doute fréquenté les marxistes. Sacrifions donc à un rituel propre à cette mouvance. D’où parlons-nous ? Nous sommes deux universitaires dont l’un avait émis des réserves sur le manifeste de ses collègues et ne l’avait pas signé alors que l’autre l’avait signé. Nous sommes tous deux philosophes travaillant sur les questions d’État de droit et impliqués dans les affaires de la Cité et nous estimons tous deux que l’État de droit est effectivement en déliquescence au Sénégal depuis 2012 et nous proposons de l’illustrer factuellement en guise de réponse à M. le ministre Coulibaly.

Avant de revenir sur la fautive et hasardeuse réponse de Monsieur le Ministre au manifeste, nous tenons d’abord à rappeler à son intention ce que recouvre une bonne définition du concept d’Etat de droit.

Là où Monsieur le ministre Abdou Latif Coulibaly le définit à travers cinq (05) blocs qu’il n’a même pas la rigueur d’énumérer ; n’importe quel cours introductif destiné à des étudiants de Licence 1, définirait l’État de droit comme un Etat qui n’est pas fondé – même en partie – sur l’arbitraire d’un individu ou d’un groupe mais uniquement sur le droit. Ce cours citerait sans doute la célèbre formule du juriste Duguit selon laquelle dans un État de droit, « l’État est subordonnée à une règle de droit supérieure à lui-même qu’il ne crée pas et qu’il ne peut pas violer »

Ainsi la puissance publique qui l’incarne n’est-elle, en principe, soumise qu’au seul droit mais y est bel et bien soumise. Ainsi défini, l’Etat de droit exige trois conditions essentielles pour son effectivité : la première est la hiérarchie des règles de droit, la deuxième l’égalité de tous sans exception devant la loi et la troisième la séparation des pouvoirs.

La hiérarchie des règles de droit signifie que chaque norme juridique donnée découle d’un droit qui lui est supérieur. Dans cette articulation des règles de droit, la constitution se présente comme la norme ultime parce que c’est d’elle que découlent les traités internationaux d’abord et ensuite les lois et règlements en vigueur dans le pays. Que nous apprend cette hiérarchie des règles de droit – constitution, traités internationaux et lois et règlements – dans le cas précis du Sénégal ? D’abord que les nombreuses interdictions de manifestations de citoyens depuis 2012 sont illégales et constituent des atteintes graves à la constitution du pays et à l’Etat de droit et ensuite que la condamnation en appel de Khalifa Sall dans le cadre de l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar après la décision de la cour de justice de la CEDEAO annulant le jugement rendu en première instance sur cette affaire est un cas parmi tant d’autres où des magistrats payés par les sénégalais pour rendre la justice en leur nom ont choisi de s’écarter de ce que Monsieur le ministre Coulibaly appelle lui-même dans sa réponse au manifeste la prévisibilité de la loi. La deuxième condition essentielle de l’Etat de droit est celle relative à l’égalité de tous sans exception devant la loi. Cette condition elle-même ne peut être effective que si la justice est indépendante. L’égalité de tous devant la loi implique que les personnes et les organisations sont dépositaires de la personnalité juridique comme personnes physiques pour les premières et comme personnes morales pour les secondes ; l’Etat étant lui-même considéré dans un Etat de droit comme une personne morale susceptible d’être jugée et condamnée. Quant à la troisième et dernière condition essentielle de l’Etat de droit, elle renvoie à la séparation des pouvoirs. Un Etat de droit est nécessairement un Etat où est effectivement réalisée la séparation et l’indépendance des pouvoirs entre eux. L’État de droit s’oppose donc à un système politique dans lequel tous les pouvoirs seraient concentrés entre les mains d’un despote. L’Etat de droit est un Etat au sein duquel le pouvoir est distribué de façon équilibrée entre des organes indépendants et spécialisés. Dans l’Etat de droit, le pouvoir de voter les lois est dévolu au législatif, celui de leur exécution à l’exécutif et enfin celui de rendre la justice au judiciaire.

Ce petit rappel introductif à l’intention de Monsieur le ministre Coulibaly, qui est loin d’avoir un niveau de maîtrise du concept d’Etat de droit équivalent à celui de nos étudiants de première année de droit ou de philosophie, atteste que l’indépendance de la justice constitue la colonne vertébrale de l’Etat de droit. Sans indépendance de la justice, ni la hiérarchie des règles de droit, ni l’égalité des personnes physiques et des personnes morales devant la loi, encore moins la séparation des pouvoirs ne peut être effective. En reprochant donc au manifeste des universitaires d’avoir restreint son diagnostic de la crise de l’Etat de droit au Sénégal à la seule dimension de l’indépendance de la justice, Monsieur le ministre verse dans une forme d’arrogance que ne justifie nullement une quelconque maîtrise de sa part du problème dont on a fait le diagnostic mais qui découlerait plutôt de profils psychologiques de gens grisés par le pouvoir et naturellement prédisposés à servilement se ranger dans le camp des puissants du moment. Ayant délibérément pris le parti de l’arbitraire plutôt que du droit, du vraisemblable plutôt que de la vérité, Monsieur le ministre Coulibaly ne pouvait pas se poser la seule question qui vaille dans ce genre d’exercice : le diagnostic des 102 universitaires est-il ou non corroboré par des faits ? Son esquive de cette incontournable question nous amène à rappeler à son bon souvenir quelques procès d’opposants politiques à Monsieur le Président Sall menés en violation flagrante de leurs droits et qui prouvent à suffisance que la justice n’est pas indépendante au Sénégal depuis 2012.

L’article 28 de notre charte fondamentale stipule que c’est l’indépendance de la justice qui garantit les libertés fondamentales des citoyens. Cela veut dire que c’est elle qui garantit également les libertés académiques qui sont au fondement de l’Université et de notre travail d’universitaires. Sans indépendance de la justice donc, le droit cesse d’être la règle pour faire place à l’arbitraire. C’est ainsi qu’à la prévisibilité de la loi dans l’Etat de droit se substitue celle de l’arbitraire et de la loi du plus fort dans l’Etat despotique. Ce qui introduit une rupture d’égalité entre les citoyens devant la loi. Au Sénégal, cette rupture d’égalité entre les citoyens devant la loi est devenue particulièrement inquiétante depuis 2012 avec le traitement clairement différencié par la justice entre les citoyens appartenant à l’opposition politique démocratique et ceux appartenant aux partis de la coalition au pouvoir.

Accusé en 2013 d’enrichissement illicite, le citoyen Karim Wade, qui allait évidemment devenir un redoutable challenger du Président Macky Sall à l’élection présidentielle suivante, a été attrait devant une juridiction d’exception – la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI) – chargée de le mettre hors course et de faciliter la réélection du président en exercice. Si tel n’était pas la mission de la CREI, les fondamentaux de l’Etat de droit auraient prévalu dans son procès et la condamnation de l’Etat du Sénégal par la Commission des droits humains de l’Organisation des Nations Unies (ONU) aurait entrainé ce qui était légalement prévisible dans ce cas à savoir son acquittement et sa relaxe pure et simple.

Après la condamnation suivie de l’exil forcé de Karim Wade, un autre citoyen sénégalais potentiel redoutable adversaire de Macky Sall à l’élection présidentielle de 2019 a été poursuivi en violation flagrante de ses droits, condamné de façon expéditive et mis hors course à la compétition électorale. Soupçonné de détournements de deniers publics dans l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar, le député Khalifa Sall a été entendu en toute illégalité en l’absence de ses avocats par le maître des poursuites. Condamné en première instance, le citoyen Khalifa Sall a non seulement fait appel de sa condamnation mais a également introduit un recours en annulation auprès de la cour de justice de la CEDEAO. Après examen de son recours – il est important de rappeler que la hiérarchie des règles de droit est le premier fondement de l’Etat de droit -, la cour de justice de la CEDEAO a tout simplement annulé sa condamnation en première instance au motif que son droit à être assisté par son avocat n’avait pas été respecté par le maître des poursuites lors de sa première audition. On s’attendait logiquement -prévisibilité de la loi oblige !- à ce que sa condamnation en première instance soit infirmée par le jugement en appel. D’ailleurs, la procédure en appel avait apparemment commencé à s’inscrire dans le sens de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO en décidant d’emblée de l’annulation pure et simple de son Procès-Verbal d’audition. Mieux, le Procureur de la Cour d’appel avait même demandé dans son réquisitoire initial à ce que la cour d’appel se conforme à l’arrêt de la cour de justice de la CEDEAO et relaxe le citoyen Khalifa Sall. C’est au moment où on attendait la décision qui allait être rendue la semaine d’après qu’une autre des supposées voix et plume de M. le Président Macky Sall, zélé défenseur de son maître et qui ne compétit dans ce domaine qu’avec le Ministre Abdou Latif Coulibaly a osé sortir un papier à charge pour désavouer publiquement le réquisitoire du Procureur de la République. A la suite de ce désaveu public du maître des poursuites par Monsieur Madiambal Diagne, le Procureur de la République a semblé avoir mystérieusement vu la lumière en changeant tout bonnement par écrit son réquisitoire la veille même de la décision de la cour d’appel. La suite est connue : la condamnation en première instance de Khalifa Sall a été confirmée par la Cour d’appel malgré l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO et l’annulation de son PV d’audition pour violation de ses droits. Les doutes légitimes sur l’indépendance de la justice dans cette affaire sont d’autant plus légitimes que dans un cas similaire, l’affaire Thione Seck, la justice avait décidé d’annuler toute la procédure au motif que le prévenu avait été entendu en l’absence de son avocat.

Avec l’affaissement de l’Etat de droit et le règne de l’arbitraire au Sénégal depuis 2012, les citoyens sénégalais ont de fait cessé d’être traités de la même façon par leur justice. Il est donc compréhensible que par induction, l’on en conclut que tous ceux qui sont membres de l’opposition politique et démocratique et qui sont perçus à tort ou à raison comme ayant de réelles chances de l’emporter feront nécessairement face non pas à un candidat du parti au pouvoir mais bien à M. Macky Sall suppléé par une justice sorti de son rôle d’arbitre neutre. Il est également compréhensible que par induction, les citoyens sénégalais estiment qu’une candidature du Président sortant Macky Sall à un troisième mandat serait sanctifiée par le Conseil Constitutionnel non pas parce qu’elle serait conforme à notre loi fondamentale, mais parce que la justice sénégalaise a de facto perdu son indépendance.

Parlons à présent de ce que les américains nomment The Elephant in the room, le non dit qui sert de toile de fond aux agitations de M. le ministre et que les universitaires ont évité de mentionner dans le manifeste : l’Affaire Sonko. Les deux auteurs de cet article ont un profond désaccord sur l’analyse à faire de cette affaire mais deux choses nous paraissent indéniables :

  1. Quelles que soient les circonstances, une accusation de viol est une accusation sérieuse qui doit faire l’objet d’une enquête sérieuse.
  2. Il est indéniable que cette affaire a été politisée depuis le début non seulement par l’attitude de l’accusé mais également par l’interférence d’acteurs politiques proches du pouvoir qui ont encadré l’accusatrice.

Nous nous retrouvons donc face à une impasse dont M. Macky Sall, Président de la République, porte une grande responsabilité. En instrumentalisant la justice à des fins électorales, il nous a installé dans une instabilité juridique qui fait que toute décision de la justice sera interprétée non pas comme un acte légal mais comme un acte politique. Ne nous voilons cependant pas la face, la responsabilité n’en incombe pas uniquement au Chef de l’État : le pouvoir judiciaire, au Sénégal est bel et bien un pouvoir. Ce sont les magistrats qui, individuellement sont appelés à prendre leurs responsabilités et à dire le droit sans se soumettre aux injonctions des politiques. Les organisations de la société civile et les citoyens ordinaires doivent quant à eux se mobilier pour protéger non pas une personne mais notre État de droit contre ses contempteurs quels qu’ils soient. S’il est inadmissible que M. Sonko appelle à l’insurrection et refuse de se soumettre aux procédures légales, fussent-elles dévoyées, il est encore plus inadmissible que la justice sénégalaise serve à donner une caution judicaire à la liquidation déjà programmée des adversaires politiques du Président en exercice. C’est ce qui est arrivé à Karim Wade et à Khalifa Sall. Et conformément à la règle du précédent, les sénégalais ont de bonnes raisons de penser que l’affaire Ousmane Sonko n’est rien d’autre qu’une machination du pouvoir destinée, grâce à la complicité de juges de service, à éliminer un adversaire politique. En est-il véritablement ainsi ? C’est à la justice de tenir son rang et d’organiser une instruction irréprochable.

Pour terminer, nous invitons M. le ministre Abdou Latif Coulibaly à cesser de détourner le regard et à examiner en toute honnêteté la situation actuelle de l’Etat de droit dans notre pays. La référence du manifeste des universitaires sénégalais au texte de Cheikh Anta Diop du 18 novembre 1979, loin d’être hors contexte, traduit plutôt un recul d’au moins quatre (04) décennies de l’Etat de droit sous Macky Sall. Nous n’avons cependant aucun espoir que cette invite lui serve, comme le montre le Faust du conte populaire allemand, une fois qu’on a échangé son âme contre les plaisirs sensibles, nul retour n’est possible.

École de l’imagination

Posted in Sénégal by hadyba on mars 6, 2016

HECTOR

Mon cher Busiris, nous savons tous ici que le droit est la plus puissante des écoles de l’imagination. Jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité.

Jean Giraudoux, La guerre de Troie n’aura pas lieu (Acte II Scène 5)

Maintenant, voyons un des maitres d’une de ces écoles de l’imagination à l’oeuvre:

« Aujourd’hui, la nomenclature des actes que rend le Conseil constitutionnel est univoque. Il rend des décisions quand on le consulte en matière consultative. Encore une fois, c’est un seul cas car il n’y a pas deux. Il rend une décision »

« En règle générale, le Conseil constitutionnel du Sénégal n’a pas d’attribution consultative. »

…..

« on peut faire la concession que le Conseil constitutionnel a donné un avis ….  il a donné un avis dans le cadre d’une décision »

Professeur Ismaila Madior FALL justifiant la forfaiture de son patron Macky SALL

I am not impressed

Où l’Université tient son rang

Posted in Sénégal by hadyba on février 25, 2016

Il n’y a pas longtemps, notre Premier Ministre s’insurgeait contre ce qu’il percevait comme la République des Professeurs. Il n’avait peut être pas tort de s’inquiéter. Quand l’Université tient son rang, ce n’est pas agréable pour les mystificateurs qui font de la politique. Ainsi, quarante-cinq professeurs de Droit et Science Politique ont pris la plume pour démonter la décision de nos cinq singes pardon Sages et faire éclater la forfaiture de notre Président. Personnellement, j’aime bien la péroraison:

En marge de cet argumentaire technique développé ci-dessus, l’avis du Conseil constitutionnel participe d’une dépréciation de l’enseignement de la science juridique dont l’institution universitaire, à travers les Facultés de droit, se trouve investie. Symbolisant le lieu où la pensée juridique dans ses formes les plus complexes est exprimée, l’Université indirectement voire directement est comptable des façons dont le Droit est dit dans l’espace social. L’avis du Conseil constitutionnel quoique en rupture totale avec les enseignements universitaires est, tout de même, perçu par certains sénégalais comme une incapacité de la science juridique, et par conséquent des juristes universitaires, à formuler un propos clair, éloigné de toute spéculation lorsqu’ils sont saisis de questions éminemment sociétales.
Loin de promouvoir un corporatisme primaire dénué de tout sens éthique, les auteurs de ce manifeste soucieux de restaurer la dignité ainsi que la noblesse de la science juridique, se désolidarisent de cette présentation du Droit comme une discipline où la ruse, la rhétorique creuse, la spéculation… officient en maîtresses. Cette vision du Droit que le Conseil constitutionnel promeut dans l’imaginaire collectif naturellement ne peut rencontrer l’assentiment des universitaires rédacteurs de ces lignes. Plus que des législateurs (jurislateurs) ou des diseurs du droit (magistrats), c’est la conscience du Droit tout bonnement que la communauté universitaire entend incarner, et ce, sans prétention aucune.
In fine, pour paraphraser Ronald Dworkin, les lignes qui parcourent ce manifeste sont une invite à tous les acteurs de la science juridique à prendre le Droit au sérieux.

Le texte entier est publié ici.

Le Président contre le peuple

Posted in Politique, Sénégal by hadyba on février 17, 2016

Il y a un mois, j’écrivais ici même :

Puisqu’avec moi, il faut que tout devienne politique, ça m’a fait penser à notre vie politique actuelle. Macky Sall cherche désespérément le moyen de se délier de sa promesse de réduire son mandat. Une des choses qui avaient été les plus désastreuses pour Wade, bien plus que sa corruption, est son fameux : « Maa waxoon, waxeet » (« C’est moi qui l’avais dit, je me dédis donc! » à propos de sa promesse antérieure de ne jamais briguer un troisième mandat) Cette formule avait fait l’effet d’une bombe et fait éclater à la face de tous que Wade était vieillard cynique et sans honneur qu’il serait déshonorant de garder comme dirigeant. En voyant le Professeur Ismaila Madior Fall essayer de trouver une porte de sortie au Président Sall, ma première réaction était: « Mais les politiciens ne peuvent-ils donc jamais apprendre des erreurs de leurs prédécesseurs? » Peut-être ma bourde répond-t-elle à cette question: Macky Sall serait aussi peu intelligent que moi. Dans mon cas, ce n’est pas bien grave, je n’ai pas encore de responsabilités, je suis en train d’apprendre et ai de très bon mentors. Dans le cas d’un homme dont les décisions engagent la Nation en revanche…

L’expédient trouvé par Macky Sall a consisté à demander l’avis du Conseil Constitutionnel sur la rétroactivité éventuelle d’une modification constitutionnelle, à se voir répondre que nos Cinq Singes pardon Sages n’aiment pas les lois rétroactives et à en conclure que l’avis du Conseil le liant, il n’a vraiment d’autre choix que de continuer à jouir du pouvoir pour deux années de plus contrairement à son désir le plus profond. Il n’est même pas besoin d’argumenter contre un acte aussi méprisable.

  1. Une promesse réaffirmée à plusieurs reprises sur toutes les plateformes doit être respectée, quel qu’en soit le prix.
  2. Un AVIS du Conseil Constitutionnel est un AVIS pour une bonne raison : c’est un AVIS, EN AUCUN CAS UNE DÉCISION. (J’ai même honte d’écrire une telle platitude.) Le Président a pris soin, durant tout son discours, de nommer DÉCISION ce qui n’est qu’un AVIS des Cinq Singes pardon
  3. Si personne –les juristes moins que tout autre– n’aime les lois rétroactives qui sont sources d’insécurité, il y a cependant des circonstances dans lesquelles de telles lois sont parfaitement acceptables. En l’occurrence, le peuple entier modulo quelques carriéristes et corrompus à la solde de ce pouvoir, veut de cette modification constitutionnelle et de son applicabilité immédiate.
  4. Je veux bien croire que le Président est entouré de pieds nickelés mais je ne puis croire qu’aucun d’eux n’est au courant du Précédent Poutine. Le Président pourrait faire passer la modification constitutionnelle, démissionner, laisser le pouvoir au Président de l’Assemblée, se faire nommer Premier Ministre, organiser des élections auxquelles il se représenterait, etc.

Le Président et ses affidés essaient de nous faire croire que c’est librement que Macky Sall avait décidé de réduire son mandat de sept à cinq ans et que donc son incapacité à tenir cette promesse ne saurait lui être reprochée parce que c’était une promesse libre faite sans contrainte et qu’il a essayé de tenir par tous les moyens mais que son sens scrupuleux de la séparation des pouvoirs l’empêche de tenir sauf à violer la loi fondamentale. Rappelons déjà qu’on parle de l’honorable gentleman qui, ministre de l’intérieur, avait tabassé un président de bureau de vote pour voter sans carte d’identité, qui, Président de la République, continue à présider un Conseil Supérieur de la Magistrature se tenant au Palais, s’est prononcé sur la culpabilité de Karim Wade avant le verdict, se permet de ralentir ou d’accélérer les enquêtes pour corruption au gré de ses alliances politiques et récupère de présumés délinquants dans son entreprise de massification de son parti politique. Cet honorable gentleman donc, sous prétexte de respect scrupuleux de la loi, veut violer une promesse électorale. Par ailleurs cette promesse n’a pas été consentie sans contrepartie. Le consensus qui prévalait en 2012 était qu’il fallait que le prochain président s’engageât à faire un quinquennat plutôt qu’un septennat. Ce consensus était porté par des organisations de la société civile comme le M23. C’est devant ces organisations que le futur Président de la République s’était engagé, entre les deux tours, à réduire son mandat et à appliquer le programme des Assises Nationales. Cette promesse a donc été faite dans un contexte ou le Président avait besoin du soutien de ces organisations pour gagner la Présidentielle et n’est en aucun cas une grâce que le Président de la République voulait nous accorder en vertu de son bon vouloir et de son sens démocratique.

Comme toujours avec Macky Sall, ce qui m’énerve c’est que c’est un Wade au petit pied qui fait perdre du temps au pays. Il a maintenu le suspense pendant quatre ans, a essayé les expédients les plus médiocres, n’a strictement rien fait sur le plan politique et finit par se ridiculiser. Ce qui va se passer maintenant, c’est que nous aurons pendant deux ans un Président délégitimé qui se fera contester partout où il passera. Le pays deviendra ingouvernable à l’instar de ce qui se passe déjà à l’Assemblée Nationale où les tripatouillages d’une majorité téléguidée du Palais ont tellement abaissé l’Institution que, pour la première fois de notre histoire, nous assistons à des pugilats entre députés. Personne ne peut, au bout de quatre ans de mandat, citer plus de trois réalisations incontestablement positives de ce Président. Les deux années qui arrivent seront pires : le pays perdra son temps en querelles stériles de politiciens. L’Administration, qui se sent déjà insultée par Macky Sall qui l’a à plusieurs reprises décrétée incompétente, n’aura aucune loyauté envers un Président qui vient violer de manière aussi obscène son serment. Les populations sortiront dans la rue pour un oui ou un non (coupures d’électricité ; absence de profs de philo ou de maths dans les écoles)

Il me semble évident que le Président n’a désormais strictement aucune chance de se faire réélire. Il s’est assuré de ce fait en déclarant la guerre au peuple avec le discours d’hier soir. En plus, il a donné deux ans à son opposition pour s’organiser. J’espère juste qu’après son départ, nous jugerons les crimes économiques que sa nomenklatura est actuellement en train de commettre.

Siricondy Diallo

Posted in Sénégal by hadyba on juillet 11, 2012

Siricondy Diallo quitte le Conseil Constitutionnel. N’oublions jamais qu’il fait partie de ces cinq ignobles singes qui ont trahi le peuple sénégalais et failli plonger notre pays dans le chaos en validant la candidature illégale de Wade.

Puisse la honte et le déshonneur l’accompagner où qu’il aille.

Président Macky Sall

Posted in Politique, Sénégal by hadyba on mars 26, 2012

La tendance est irréversible maintenant. Macky Sall devrait gagner avec un score qui tournera autour de 65%. Wade aurait l’humiliant score de 35%. Wade vient d’ailleurs d’appeler Macky Sall pour le féliciter.

Je n’ai pas grand chose à dire sur Macky Sall. Pour l’instant, les points négatifs et les points positifs le concernant s’équilibrent dans mon esprit. Quoi que l’on pense de lui, je crois que c’est une bonne chose que nous ayons un président qui est né après la colonisation et qui a fait ses études universitaires au Sénégal. Pour le reste, j’attendrai de voir ce qu’il fera avant de le juger.

Bizarrement, je ne ressens rien d’autre que de la colère et de la frustration. Je suis en colère parce que nous avons eu 12 morts pendant la période pré-électorale. Ces morts inutiles ont eu lieu à cause d’un vieillard sénile.  Au lieu de prendre dignement sa retraite au terme des deux mandats qui lui avaient été confiés par le peuple sénégalais, ce vieillard a préféré s’incrustrer dans une élection où il n’avait rien à faire. Ce faisant, il a obligé les citoyens sénégalais à sortir dans la rue et à défendre leur démocratie face à des flics incapables de désobéir à des ordres illégaux. Je suis en colère contre la hiérarchie policière qui a réprimé des manifestants pacifiques, y compris durant la campagne électorale. Je suis surtout en colère contre les cinq sages singes de notre Conseil Constitutionnel. J’ai un mépris infini pour ces cinq personnes, normalement garantes de notre démocratie, mais qui ont validé la candidature de Wade alors qu’elle était si manifestement illégale. Ces cinq singes sont des gens que le pays a toujours couvert d’or et d’honneur. Qui ont été sélectionné parce qu’ils étaient censé être savants et honorables et à qui nous ne demandions rien d’autre que de faire respecter notre Constitution. Malgré tout, ils se sont laissé corrompre par Wade et sa bande de gangsters. Ce faisant, ils ont directement causé les 12 morts dont j’ai parlé plus haut. Des sénégalais sont morts en faisant le travail qu’ils auraient du faire: protéger notre constitution et s’assurer que nous demeurions une démocratie.

Si je suis frustré, c’est que le fait qu’on ait autorisé Wade à se présenter a privé le pays de la campagne électorale qu’il méritait. Après l’alternance de 2000, les questions institutionnelles auraient du être réglées. Nous aurions dû avoir cette année une campagne qui porte sur les choix de société. Comment faisons-nous pour reconstruire l’école sénégalaise qui est clairement à la dérive? Comment organiser la solidarité nationale pour que les plus démunis soient non seulement scolarisés mais également suivis sur le plan médical? Ces questions là n’ont pas du tout été abordées parce que nous étions focalisés sur la nécessité de veiller à la transparence du processus électoral.

Le pire, c’est que les membres du Conseil Constitutionnel poursuivront leur mandat sans coup férir. Leurs décisions sont légalement sans appel. Le peuple sénégalais a montré, au cours de ce processus électoral, qu’il tenait à ce que sa volonté soit respectée. J’espère vraiment deux choses maintenant. D’abord que les politiciens se montreront à la hauteur de leurs électeurs. Ensuite et surtout que la justice fera son travail en toute indépendance. Les gangsters qui ont pillé ce pays pendant 12ans ne peuvent pas s’en tirer impunément. Ce n’est pas une question de revanche. Le fait est que tant que les politiciens ne seront pas conscients que leurs actes ont des conséquences -y compris pénales- ils continueront à piller ce pays. Seule la justice peut nous éviter de retomber dans la même spirale.

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Président Macky?

Posted in Sénégal by hadyba on février 27, 2012

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J’avoue que je suis agréablement surpris qu’il n’y ait pas eu de triches massives durant le processus de vote. Globalement, les choses se sont bien passées. Les sénégalais, qui normalement font tout en retard, se sont rendus aux aurores dans les bureaux de vote et ont attendu sagement l’ouverture avant de voter dans le calme. Le dépouillage des résultats s’est fait sans violence. Les résultats ont été relayé par la presse et sur twitter. D’après les premières compilations, ils devraient ressembler à ça:

 WADE : 26,46% – SALL : 25,11% – NIASS : 16,69% – SECK : 8,54% – TANOR : 13,16% !!!!

Source Anna Guèye

Maître Wade est certes en tête mais il n’a plus de réserve de voix. Son porte parole l’a certes proclamé vainqueur au premier tour avec 55% des voix; l’éclat de rire général qui a traversé le pays au moment où il parlait devrait cependant suffire à le faire taire. Il est donc probable que Macky Sall soit notre futur président. Dans un monde idéal, il est clair que je ne choisirais pas ce géologue ancien companion de route de et premier ministre de Wade. Ceci dit, Macky a ce mérite d’avoir vraiment tenu tête à Wade, ce qui lui valu d’être viré d’abord de la Primature et ensuite de la Présidence de l’Assemblée Nationale. Alors qu’il occupait ce dernier poste, il a eu l’outrecuidance d’exiger que le fils du Président, à qui il avait été confié la gestion d’un budget égal au budget d’investissement de l’État du Sénégal, rende des comptes au Parlement. La réaction de Wade avait été 1) de faire voter une loi faisant passer la durée du mandat du Président de l’Assemblée Nationale de 5ans à 1an, 2) de lui appliquer rétroactivement cette disposition. Franchement, je pourrai vivre avec un type pareil à la tête de mon pays. Ce serait mieux si les conditions suivantes étaient remplies:

  1. Il faut vraiment que les juges sénégalais arrêtent leurs lâchetés et prennent leur indépendance du politique. Je ne parle même pas de la corruption scandaleuse de notre Conseil Constitutionnelle. Je pense au fonctionnement qui a été celui du pays durant tout le mandat de Wade avec des scandales financiers étalés dans les journaux mais sur lesquels personne ne mène d’enquête. Nos soi-disant 5 sages ont déshonoré l’Institution Judiciaire, j’espère qu’elle se rattrapera dans les années qui viennent en remplissant ses prérogatives sans faillir.
  2. Il faut que nous forcions le nouveau pouvoir à faire véritablement l’inventaire de la période Wade. L’argent qui nous a été volé doit nous être rendu. Ceux qui sont responsables de violences doivent être jugés. Je ne crois pas que nous pouvons compter sur les politiciens pour que ce soit fait. Il faudra donc qu’un mouvement citoyen comme le M23 ou les YenAMarre en fasse sa priorité.

Une des mesures de l’impopularité du Président Wade est qu’il a voté sous les huées de son bureau. Ce type aurait pu partir en ayant systématiquement pillé le pays et s’en tirer. Nous n’aurions pu ni le juger, ni remettre en cause sa gestion mafieuse du pays. Ça aurait passé pour une chasse aux sorcières indigne d’une démocratie. Le fait qu’il se soit entêté à briguer un mandat illégal est finalement une bonne chose puisque faisant éclater à la face du monde sa vraie nature. Je crois que notre nouveau jeu dans les années qui viennent devrait être le : « Devine qui va aller en Prison cette semaine? »

Dernière chose, je suis tellement, tellement fier de tous mes concitoyens qui se sont battus becs et ongles pour préserver notre démocratie. Si nous nous en étions remis aux politiciens, ils auraient entériné la victoire programmée de Wade. C’est véritablement le peuple qui a rendu impossible la triche. Parfois, il arrive que le monde tourne comme il le devrait. On doit savoir s’arrêter et apprécier le moment.

Rien que pour le plaisir, je vous mets la vidéo de mon président se faisant huer… En attendant celle de son fils se faisant juger.

Le point sur le Sénégal

Posted in Sénégal by hadyba on février 19, 2012

Mise à jour du lundi matin (20/02): Quand j’écrivais ce post, les émeutes recommençaient, elles se sont pousruivies tout le dimanche à Dakar et dans beaucoup de villes du pays (notamment Rufisque où habitent mes parents et où il semblerait que les bâtiments de la police et de la gendarmerie aient été saccagés). D’après ce que je lis et ce que m’ont dit ceux à qui j’ai parlé, la police était débordée, à court de munitions et de gazs lacrymogènes hier. Il y a eu au moins trois morts de plus. Wade va partir. La question est: la police continuera-t-elle longtemps à le soutenir? Il semblerait que les flics commencent à protester sous le couvert de l’anonymat. J’ai lu au moins un appel au meurtre de policiers. L’une de mes craintes est que si la répression continue, la foule s’en prenne aux familles de agents de police qui habitent bien évidemment dans les mêmes quartiers que les manifestants. Fin de la mise à jour.

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Nous sommes à une semaine des élections présidentielles sénégalaises. Je suppose qu’il serait bon que je fasse le point sur cette lamentable mascarade.

Commençons d’abord par un mea culpa, j’ai été naïf et limite idiot (en juillet dernier) d’interpréter de manière optimiste une interview du commissaire Harouna Sy. C’est lui qui est en train de mener la répression et de mentir sans vergogne pour la justifier. Par exemple, le monsieur évanoui entre les flics est un député à l’Assemblée Nationale Sénégalaise, maire de Saint Louis et candidat à la Présidence de la République. Ce vendredi, il a été arrêté par les flics en présence du commissaire Sy et devant des témoins qui ont relevé le numéro d’immatriculation de la voiture qui l’a emmené au commissariat du Port. Et pourtant, nous avons le commissaire Sy qui vient mentir à la presse en affirmant qu’il n’avait jamais arrêté M. Dièye parce qu’il connait la loi qui interdit de s’en prendre à un candidat à la Présidentielle. Le tout étant dit très sérieusement par un commissaire qui a réprimé des manifestations de l’opposition au point de se faire recadrer par la Commission Électorale Nationale Autonome. Mea Culpa donc, désormais, je sais qu’il n’y a rien à attendre de la police sénégalaise qui obéira aux ordres, aussi illégaux soient-ils. D’ailleurs vendredi, ils ont tiré des grenades lacrymogènes dans une mosquée du centre ville où des gens étaient en train de prier. (Notons avec ce fin observateur « l’oeucuménisme lacrymal » de Wade  qui avait déjà fait balancer des lacrymogènes dans la cathédrale de Dakar.)

Fin de l’épisode de contrition.

Les forces en présence depuis la forfaiture du Conseil Constitutionnel sont les suivantes.

  • D’une part, nous avons le mouvement citoyen YenÀMarre qui est coordonné par quelques jeunes rappeurs et journalistes et dans lequel se reconnaissent la plupart des jeunes sénégalais mais également les citoyens non affiliés à un parti politique. Le crédo de ce mouvement depuis sa création en janvier 2011 est que la limitation du nombre de mandats présidentiels est un acquis citoyen et que Maitre Wade n’a aucun droit de briguer un troisième mandat. Quoi que l’on puisse penser de la lettre de la Constitution*, cette position est assurément conforme à son esprit. Depuis la validation de la candidature de Wade, ce mouvement organise des manifestations en lien plus ou moins étroit avec l’opposition. Ces manifestations, bien que pacifiques, ont été impitoyablement réprimées par la police sénégalaise. Le ministre de l’intérieur et le préfet de Dakar ont systématiquement essayé de les interdire, au mépris de la loi sénégalaise qui garantit le droit de manifester pacifiquement. La répression a déjà fait 9 morts et de multiples blessés. La police a arrêté sans aucune base légale trois des leaders du mouvement, les a torturés et a été obligée par la justice de les relâcher puisqu’ils n’ont fait qu’exercer leurs droits de citoyens. La justice sénégalaise n’a cependant pas poussé l’indépendance jusqu’à poursuivre les flics pour enlèvement et torture comme elle en a le devoir.
  • D’autre part, il y a l’opposition politique i.e. les sept candidats sérieux de cette liste. J’ai été très dur envers eux mais la vérité est qu’ils sont comme nous tous. Ils pensaient qu’il y avait un minimum de décence, d’éthique républicaine et de respect de la loi en deçà duquel ce pays ne descendrait jamais. Du coup, ils ont préparé les élections en se disant que s’ils proposaient un vrai programme au peuple et s’ils gagnaient de manière évidente les élections, Wade serait obligé de partir. La corruption évidente de la plus haute instance juridique de ce pays montre qu’il serait naïf d’espérer que ces élections soient transparentes. Quoiqu’il arrive, le CC proclamera Wade vainqueur au premier tour et un chiffre (53%) commence même à circuler. Par ailleurs, ce cas et celui-ci semblent montrer qu’une fraude massive est déjà préparation. Et cela, sans parler de la fraude traditionnelle consistant à fournir de faux papiers à des ressortissants des autres pays d’Afrique à condition qu’ils votent pour le pouvoir. L’opposition est donc coincée entre différentes options. 1) Participer à cette mascarade électorale et légitimer ce faisant une éventuelle victoire de Wade. 2) Boycotter ces élections et lui servir le pouvoir sur un plateau avec les candidats fantoches comme Doudou Ndoye, Amsatou Sow Sidibé, Diouma Dieng Diakhaté ou Kasssimou Dia qui suffiront à légitimer le processus. Aucun de ces choix n’est heureux et l’on comprend le désarroi de nos leaders. Pour l’instant, un reproche qui leur est fait est de ne pas avoir de stratégie claire entre l’insurrection et la campagne électorale. Personnellement, je pense qu’ils devraient faire les deux et que celui d’entre eux qui arrivera en tête devrait s’autoproclamer président à la Ouattara et monter un gouvernement d’union nationale. Il sera toujours temps d’organiser de nouvelles élections quand on se sera débarrassé du monstre.
  • Il y a enfin Wade et sa bande de gangsters. À 86 ans (son age officiel), Wade est mourant. Bien sûr, tout le monde sait que s’il se représente, c’est pour céder le pouvoir à son fils incompétent et corrompu auquel il a déjà confié un ministère absolument extravagant et contrôlant une grande part du budget du pays. Wade fait tranquillement campagne dans toute l’étendue du pays sous les huées et les jets de pierres des citoyens. Il rencontre les autorités religieuses et coutumières.  Conformément à sa stratégie de corruption, il les inonde d’argent. Je croyais que l’armée et la police sénégalaise étaient assez républicaines pour que le clan Wade ne puisse marcher sur les cadavres des sénégalais afin de se maintenir au pouvoir. J’avoue que je n’en suis plus sûr du tout. La police est clairement acquise à Wade puisqu’elle réprime et n’hésite ni à tuer les manifestants, ni à violer la loi en arrêtant des dirigeants de l’opposition en campagne. Quant à l’armée, certains de mes amis disent que Wade a promu au grades les plus élevés un groupe d’officiers moins qualifiés mais totalement acquis à sa cause. Ces gens sont censés contrôler des troupes qui, par ailleurs, se font tuer en Casamance parce qu’elles sont insuffisamment pourvues en matériel. Si les forces de l’ordre sont acquises à Wade, cela veut dire que le déloger ne se fera pas sans un bain de sang bien plus important que je ne le craignais.

Je n’ai aucun doute sur le fait que Wade finira par partir. Certaines personnes à Dakar s’imaginent que Wade va s’autoproclamer président, que les gens vont manifester un peu puis que le situation se calmera. Ce personnes font évidemment partie de cette élite bien payée qui de toute manière s’en sortira quel que soit le régime. Il me semble qu’il y a deux sortes de gens qui ne laisseront pas ce coup de force se faire. La première catégorie est celle des citoyens, quel que soit leur milieu social qui sont fiers de leur histoire et de ce que le Sénégal est censé représenter. Dans notre mythologie, nous sommes les héritiers de ceux qui ont représenté les Quatre Communes à la constituante et nous avons toujours participé, même durant la colonisation, à l’écriture de notre destin. Et nous laisserions un va nu pieds comme Wade, un mec qui est entouré de la lie de notre société, nous imposer un retour au rang de sujets! Plutôt crever! Le second groupe est constitué de toutes ces personnes économiquement désespérées qui ont porté Wade au pouvoir justement parce qu’ils en avaient marre de la pauvreté. Ces gens l’ont soutenu pendant très longtemps parce qu’ils pensaient qu’il était de leur coté. Ils ont maintenant un sentiment de totale trahison et même s’ils ne font pas confiance aux autres politiciens, ils n’admettront pas la persistance d’un régime à ce point inégalitaire et dans lequel le seul espoir qui leur sera laissé sera de s’expatrier. Ces deux groupes sont certainement prêts à faire des sacrifices pour maintenir notre démocratie. D’ailleurs, au moment même où j’écris, une manifestation à cours en plein centre de Dakar et les flics sont en train de la réprimer. Tant que Wade sera au pouvoir, ce pays ne sera pas stable. Et cela me rend paradoxalement optimiste.

La question en effet est la suivante: le monde extérieur pourra-t-il se permettre de laisser le Sénégal plonger dans la guerre civile? L’une des conséquences de la glorieuse campagne sarkozienne en Libye est que nos amis d’AQMI se sont réarmés à peu de frais. Il y a des risques qu’ils destabilisent toute l’Afrique de l’ouest en s’alliant avec les touaregs au Mali, Boko Haram au Nigéria… Cela menace directement l’approvisionnement français en uranium nigérien par exemple. Est-il envisageable que le port de Dakar ne soit pas contrôlé par un gouvernement ami des occidentaux? Je ne le crois pas. C’est pourtant ce qui risque de se passer si nous sombrons dans la guerre civile. Si les jeunes sénégalais (qui sont à 90% musulmans) n’ont plus foi dans la démocratie, je ne vois pas pourquoi ils ne se réfugieront pas dans le salafisme et n’essaieront pas de changer leur sort par les armes. C’est pour éviter une telle destabilisation, plus que pour nos beaux yeux que la France et les USA nous viendront en aide si nous sommes déterminés à chasser Wade. En tout cas je l’espère.

*Je connais une seule personne de bonne foi qui pense que la lettre de la constitution autorise Wade à se représenter mais cette personne a ajouté: « in fine je trouve que la candidature de wade n’est ni morale ni éthique ».

Sur le cauchemar sénégalais

Posted in Sénégal by hadyba on janvier 29, 2012

Ce qui s’est passé ce vendredi 27/01/2012 est le pire scénario possible pour le Sénégal. Malheureusement, c’était totalement prévisible.

Notre démocratie vient de reculer de 30 ans, si ce n’est plus. C’est certes avant tout la faute du Président Wade, mais c’est au moins autant dû à l’incurie de notre classe politique. Ils se sont focalisés exclusivement sur le mauvais combat et ont misé tous leurs atouts sur cette seule bataille. Or c’est une bataille qu’ils n’auraient pu gagner que s’ils avaient été aussi assoiffés de pouvoir et aussi criminels que Wade et sa bande de gangsters. Ils ne le sont malheureusement pas.

Je m’explique. Il y a de bonnes raisons de penser que la validation de la candidature de Maitre Wade n’est rien d’autre qu’un coup d’État constitutionnel. Le problème, c’est que cette sorte de torsion juridique de la réalité n’est en rien exceptionnelle. Quand la Cour Suprême US a validé la victoire de Bush Jr en 2000 ou quand le Conseil Constitutionnel français a avalisé les comptes de Balladur afin d’éviter d’invalider la victoire de Chirac en 95, ils ont fait exactement la même chose que notre Conseil Constitutionnel ce vendredi. Les trois instances juridiques ont pris en considération les rapports de force brute et tordu le droit en conséquence. Giraudoux a mis dans la bouche d’Hector la phrase suivante: « Mon cher Busiris, nous savons tous ici que le droit est la plus puissante des écoles de l’imagination. Jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité. » Les juristes, toujours et partout, sont des mercenaires qui cherchent des arguments pour soutenir leur thèse favorite plutôt que des sages éthérés qui disent le Droit en dehors de tout contexte.

Sachant cela, et étant donné que les dirigeants de notre opposition n’étaient pas près à plonger le pays dans une situation insurrectionnelle avec des centaines de morts à la clé, ils n’auraient même pas du se battre sur la validité de la candidature de Maitre Wade. Ils auraient du partir du scénario dans lequel cette candidature aurait été validée et faire quatre choses:

  1. S’assurer que tous ceux qui les soutiennent sont inscrits sur les listes électorales, ont retiré leurs cartes d’électeurs et sont prêts à voter
  2. Veiller en amont à la transparence du processus en exigeant des observateurs à tous les niveaux
  3. Proposer un programme crédible au peuple sénégalais
  4. S’unifier très tôt au besoin en choisissant un candidat de transition qui s’engagerait à ne faire qu’un seul mandat

Aussi incroyable que cela paraisse, notre opposition n’a fait rien de tout cela. Nos opposants ont placé tous leurs espoirs dans la contestation de la validité de la candidature de Maitre Wade. En plus, il était évident qu’aucun de ces bourgeois qui trônent à la tête de nos partis politiques, n’était assez courageux pour mener l’assaut contre le palais présidentiel une fois cette candidature validée. Après que la candidature de Wade a été validée, j’ai eu ce bref moment de totale irresponsabilité où j’ai souhaité à haute voix que le peuple marche sur le Palais quoiqu’il en coûte et déloge manu militari Wade. C’est bien sûr le genre de courage que l’on a quand on est confortablement assis dans son canapé et que l’on suit à distance les événements. Il y’aurait eu des centaines de morts parmi les jeunes qui manifestaient. L’avis de ma mère -avec qui j’ai parlé au téléphone ce matin- est que le choix était entre ces morts et l’esclavage et qu’en ne faisant rien, nous avions choisi de devenir les esclaves du clan Wade. C’est probablement vrai mais je suppose qu’il ne m’appartient pas de jouer les généraux à distance :-).

Maintenant que non seulement notre Conseil Constitutionnel a validé la candidature de Wade, mais qu’en plus notre opposition va en ordre dispersé aux élections sans plan de bataille, sans chef ni programme; je ne vois pas comment Maitre Wade pourrait les perdre. Nous sommes à un mois du scrutin et il a corrompu la quasi totalité des élites du pays, a sous son contrôle le budget de l’État et son parti est le seul qui a veillé à ce que ses militants et sympathisants soient prêts à voter. C’est exactement ce que je craignais quand j’essayais d’argumenter, contre tous mes amis, que Wade avait juridiquement le droit de se présenter. En se focalisant sur le mauvais combat, l’opposition sénégalaise a contribué à prolonger le cauchemar que vit le peuple sénégalais. Le peuple pourrait toujours se révolter mais ça nous coûtera beaucoup plus en vies humaines que si nos politiciens avaient fait leur travail.

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