Hady Ba's weblog

Karim Wade (presque) en prison

Posted in Sénégal by hadyba on mars 19, 2013

Quand Karim Wade avait été nommé ministre de la Coopération Internationale du Transport aérien, de l’Aménagement du territoire et des Infrastructures en 2009, j’avais automatiquement parlé de Ministère du Pillage du Pays pour désigner un ministère hypertrophié qui gérait exactement la moitié du budget national (400 milliards de FCA/ 615 millions d’euros). Avant cela, Karim Wade gérait une agence nationale, créée de toute pièce pour lui et qui avait également contrôlé à peu près le même budget annuel de 2004 à 2009.

La question n’était donc pas, pour moi, de savoir s’il avait activement pillé le budget national mais si nos nouvelles autorités avaient la volonté de traquer le fruit de ses rapines. Apparemment, le Procureur de notre Cour de Répression de l’Enrichissement illicite a au moins réussi à faire remonter un milliard d’euros mal acquis vers Karim Wade. Comme dans toute bonne série B qui se respecte, le mode opératoire du criminel a même été repéré. Les criminels étant essentiellement paresseux, c’est la même signature qui se retrouve dans la plupart des affaires financières auxquelles il est mêlé. En gros il approchait une respectable société (Dubai Ports, Menzies Aviations…), lui proposait de créer au Sénégal une franchise que la société mère ne contrôlerait pas. En échange de son nom, la société mère recevait une participation minime dans une affaire lucrative. Grace à ce montage, les sénégalais croyaient avoir affaire à la filiale d’une boite internationalement reconnue alors qu’en fait la franchise appartenait à Karim Wade via des montages financiers off shore et divers prête noms.

Aussi,  la société Ahs (African handling service) implantée à Dakar n’appartient pas à Menzie aviation (une société londonienne). En fait, note l’enquête sur l’enrichissement illicite, l’aéroport Léopold Sédar Senghor est desservi par une société dénommée Ahs Limited dont les comptes sont ouverts aux îles vierges. Elle est la propriété à 99% d’une société de droit luxembourgeois, Menzie Middle East and Africa, qui appartiendrait à Karim Wade. «C’est cette même société qui gère l’assistance au sol dans d’autres pays comme au Ghana, en Jordanie, à Malabo (Guinée équatoriale)…. Nous n’avons jamais dit que l’aéroport de Malabo appartenait à Karim Wade. A Malabo, c’est la société Adge qui gère l’assistance au sol. Et cette société est détenue en majorité par Ahs/limited, une propriété de Karim Wade», note l’Obs qui ajoute que l’enquête a pu déterminer que Ahs/Limited (de Karim Wade) a acquis les franchises de Menzie aviation de Londres contre le versement de 7% de toutes ses retombées financières. Il y a également une clause qui oblige Ahs/Limited à s’approvisionner à Menzie aviation.

 «L’enquête nous a permis de savoir que l’essentiel des entreprises appartenant à Karim Wade sont implantées sur la base d’homonymie. Par exemple, Dpw Dakar n’appartient pas à l’Emir de Dubaï et Ahs n’est pas une propriété de Menzie aviation, une société londonienne», nous expliquent des sources proches de l’enquête. Elles sont de droit luxembourgeois, panaméen ou britannique et ses comptes bancaires sont à Monaco pour la plupart. Ce qu’on a également pu déceler c’est que ce sont toutes des sociétés off shore avec des administrateurs non-actionnaires. Même la compagnie Sénégal Airlines est détenue en majorité par une société de droit panaméen agissant pour le compte de Karim Wade»

En tant que ministre et fils de son père, il était facile à Karim Wade d’attribuer des marchés à ses propres sociétés siphonnant ainsi une bonne partie du budget national.

On pourrait penser qu’il n’y a là qu’un classique conflit d’intérêt comme on en voit partout dans le monde mais en fait, c’est bien plus grave que ça. Notre ministre actuel des infrastructures et des transports expliquait hier dans un journal de la place comment de 2009 à 2012 par exemple 2,9milliards de FCFA avaient été facturé aux Aéroports du Sénégal sans aucune contrepartie, ce qui remettait directement en cause la viabilité de nos aéroports. Karim ne faisait pas du business, il rackettait l’État du Sénégal à travers ses sociétés écrans.

Comme dans toute série B également, il y a le traitre qui se met à table dès que les flics insistent un peu. En l’occurrence, un ami d’internat de Karim Wade qu’il avait fait venir au Sénégal pour lui servir de prête nom:

« A l’examen des pièces comptables à la base de la création de ces sociétés, les enquêteurs ont découvert que toutes les sommes avaient été versées en liquide par le chauffeur de Karim Wade, Victor Tendeng. Il apparaît aussi, que toutes ces sociétés avaient le même propriétaire en la personne de Patrick Joseph Ady Williams ». Ce dernier, souligne le confrère, « a été directeur général de Sénégal Handling Services, jusqu’à une période récente ». Au sujet de Patrick Joseph Ady Williams, il est le camarade d’internat de Karim Wade au collège Saint-Martin à Pontoise en France entre 1984 et 1988.

Williams affirme que « c’est Karim Wade qui l’a fait venir au Sénégal pour lui demander de porter certaines affaires qu’il comptait mettre en place », révèle le Quotidien.

« Je suis fils de chef d’Etat et j’occupe certaines fonctions officielles, cela fera désordre que mon nom apparaisse dans certaines transactions commerciales surtout que je compte mener des activités politiques », aurait déclaré Wade fils à Williams aux enquêteurs.

« Après que Karim Wade avait fait venir la notaire à son bureau pour nous présenter l’un à l’autre, je passais au cabinet de la notaire pour signer les documents chaque fois que Me Patricia Lake Diop me le demandait de la faire », s’est défendu Williams qui, confronté à Karim Wade, a maintenu ne rien savoir de ces sociétés créées en son nom.

Source

Maintenant, Karim Wade a un mois pour expliquer au procureur l’origine de ce qui a été retracé vers lui. Sans explication satisfaisante, le dossier sera transmis à un juge pour poursuites. Quant à moi, je suis persuadé que ce qu’on a retracé vers lui n’est que la pointe de l’iceberg. J’espère que même après qu’il sera allé en prison, les enquêtes continueront et qu’on récupérera tout le fric qu’il nous a volé.

Après, on s’occupera de son père dont on a assez d’élément pour le juger pour haute trahison puisqu’il a lui-même avoué, pendant la dernière campagne électorale, qu’il avait financé les rebelles casamançais.

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Justice pour Karim Wade

Posted in Sénégal by hadyba on octobre 31, 2012

Justice comme dans « le glaive de la justice », bien sûr 🙂

Cette série de posts de ce blog devrait vous convaincre que la seule place où devrait légitimement se trouver Karim Wade en ce moment est en prison.

Il est donc compréhensible que cet article me rende particulièrement joyeux:

Le procureur spécial chargé de la Cour, Alioune Ndao, vient de lancer un mandat d’arrêt international à son encontre, a révélé le quotidien L’Observateur.

Karim Wade, «ministre du ciel et de la terre», comme l’avait surnommé la presse sénégalaise, devra répondre de l’origine de sa fortune.

En juillet dernier, le fils de l’ex-président du Sénégal avait déjà été convoqué à la Section de recherche de la gendarmerie nationale, où il a été interrogé par les enquêteurs sous la houlette du capitaine Ibrahima Mbow. Deux auditions qui ont duré plus de deux heures chacune.

Le quotidien L’Observateur explique que des vérifications faites par les gendarmes à la suite de sa première audition auraient permis de découvrir 767 millions de francs CFA (environ 1,6 million d’euro), versés dans les deux différents comptes de l’ancien ministre.

Interpellé sur ces versements, Karim Wade avait déclaré au cours de sa seconde audition, que l’argent lui a été offert par son père, Abdoulaye Wade (au pouvoir de 2000 à 2012).

Ceci dit, la perspective de voir Karim en prison est quand même un peu effrayant parce qu’il n’y a pas si longtemps, j’écrivais ici même :

Je m’engage solennellement, si jamais le fric volé par la famille Wade est rapatrié et si un membre de la famille Wade va en prison, à ne plus jamais écrire quoi que ce soit de négatif envers le Président Macky Sall et à faire activement campagne pour sa réélection.

Je suppose que si Karim va en prison et si l’argent que sa famille et lui nous ont volé est récupéré, je n’aurais plus d’autre choix que de prendre ma carte de l’APR et de me faire l’hagiographe officiel de ce Génie du Sahel, de ce visionnaire dodu, de ce grand géologue doublé d’un fin néanmoins gros politique qu’est son excellence le Président Macky Niaangal Sall kor Ndèye Marème Faye, Bur Siin ak Senegal.

 

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Karim Wade n’est pas un drogué

Posted in Sénégal by hadyba on septembre 14, 2011

C’est en tout cas ce qu’il éprouve le  besoin de nous dire.

Démentant Wikileaks.

Non, je ne commenterai pas ça.

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Sur la corruption de Karim Wade

Posted in Sénégal by hadyba on février 6, 2010

Quand j’étais à Dakar ce janvier, deux amis, fonctionnaires de notre Glorieuse Administration et un autre ami qui est dans le business m’ont confié comme une chose avérée que Karim Wade (le fils de notre bien aimé Président et Ministre du Pillage du Pays) exigeait de tout investisseur qui voulait s’installer au Sénégal une certaine somme pour avoir les autorisations officielles. Ces gens étaient trop au cœur des affaires du pays pour que j’aie le moindre doute sur ce qu’ils disaient.

Ce papier du Business Insider sur le conflit entre les gens de Tigo et Karim suffirait à donner de la crédibilité à leurs accusations si j’avais le moindre doute.

In a meeting in the summer of 2008 with Millicom CEO Mark Beuls, the son of Senegalese President Abdoulaye Wade was clear: fork over $200 million — or kiss your license to operate a cellular business in Senegal good-bye.

That’s what Karim Wade, the groomed heir to the 83-year-old Abdoulaye Wade, indicated in the June 2008 meeting with Millicom, a Nasdaq-listed, majority American-owned global telecom company, according to a court filing.

Le reste du papier est ici.

Photo volée ici.

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Karim Wade

Posted in Oh my God! by hadyba on octobre 8, 2009

… peut aller se rhabiller il n’est plus le seul à avoir un papa gâteau! Karim peut même argumenter que lui, il s’est débrouillé pour décrocher un diplôme universitaire.

PS: Quelqu’un pourrait m’expliquer où la décence est passée?

Karim Wade & MS Project

Posted in Sénégal by hadyba on juillet 27, 2009

Discussion avec un de mes amis qui est spécialiste de finances publiques pour l’État du Sénégal. Il a cette équivalence éclairante à propos de l’ANOCI:

« Le budget de l’ANOCI est exactement égal au budget d’investissement annuel de l’État du Sénégal. »

Wow, c’est comme si tout l’argent que notre pays aurait du dépenser pendant une année entière pour construire des routes, des hôpitaux, favoriser l’agriculture et l’industrialisation… etc., avait été donné à une seule personne. Et vous savez pour quoi? Pour que cette personne s’occupe de faire de Dakar une belle ville digne d’accueillir le sommet de l’OCI et crée les infrastructures hôtelières telles que quand ces gens là arriveront, seul Khadaffi passe la nuit sous une tente.

Que le type à qui on a confié autant d’argent soit le fils du président Wade n’a bien évidemment rien à voir avec du népotisme. D’après son père, Karim Wade est un génie parce que… il a fait le Master Ingefi de l’Université Paris I Panthéon Sorbonne! Si, si, je vous jure, c’est Maitre Wade Himself qui l’a dit. Polytechnique, Normale Sup’ ou même HEC, c’est bon pour les tebé, les vrais génies, ils font Ingéfi à la Sorbonne.

Ce type est peut-être un génie, mais force est de constater qu’il est également totalement et irrémédiablement incompétent. Alors qu’il avait plus d’argent n’importe qui au Sénégal et la latitude de gérer ses équipes et ses fonds comme il l’entendait, il a été incapable de livrer les hôtels à temps ce qui fait que le Sommet a été décalé d’une année. Puis, étant toujours incapable de faire construire ces fichus palaces, l’État du Sénégal s’est résolu à louer à prix d’or des bateaux hôtels et des villas de particuliers pour loger ses hôtes de marque. Et c’est d’un incompétent pareil qu’on envisage de faire notre président!

Commentaire dégouté de mon ami:

« Pour mener à bien des travaux de génie civil, tout ce qu’il faut, c’est maitriser MS project et vérifier à chaque étape si tu es dans les temps… Ou recruter quelqu’un qui sait utiliser MS Project. »

En même temps, si tu es incompétent, tu es incompétent, on ne peut pas te reprocher d’être nul, juste t’empêcher de dépasser ton seuil d’incompétence!

PS: Certaines mauvaises langues me suggéreront qu’il se pourrait qu’il soit non pas incompétent mais corrompu. Je pense que même corrompu, avec 400milliards, on peut d’abord construire quelques hôtels puis garder le reliquat, à condition de savoir comment faire construire les hôtels bien sûr.

La résistible ascension de Karim Wade

Posted in Politique, Sénégal by hadyba on mars 28, 2009

SENEGAL-OIC-SUMMIT-ISLAM-WADE-KARIM

A chaque fois que je pense à notre président, Abdoulaye Wade, ce qui me frappe,c’est à quel point il ne respecte pas le peuple sénégalais. Nous avons élu ce type en 2000 avec un mandat très clair: nous voulions nous débarrasser de la corruption du régime socialiste qui nous gouvernait et nous voulions un changement vers plus de transparence, plus d’état de droit et plus de démocratie. Et Wade non seulement n’a pas tenu es promesses, mais en plus il a élevé la corruption en art de gouverner1, a systématiquement démoli tous les contre-pouvoirs et perverti toutes les références institutionnelles, sociales et morales qui donnaient un sens et un cadre à la nation sénégalaise. Par exemple, notre pays a toujours réussi à maintenir une sorte d’équilibre dans lequel l’État se situait au dessus des Églises et confréries islamiques tout en les reconnaissant; Wade a fait officiellement allégeance à l’une des confréries musulmanes, proposé d’introduire une référence à Dieu dans la Constitution et méprisé les catholiques. Notre justice était censée être indépendante: Wade s’est permis de commenter un arrêt de la Cour Suprême en arguant qu’en tant que juriste et prof de fac, il savait mieux qu’eux le Droit. Nos chefs religieux avaient une légère tendance à la corruption, Wade a déversé sur eux des quantités astronomiques de fric pour qu’ils le soutiennent quoi qu’il fasse. Les appartenances régionales et ethniques n’avaient aucune pertinence dans le champs politique sénégalais? Wade les a légitimées en acceptant de prendre en considération ceux qui faisaient remarquer que la région de Kolda n’était pas représenté dans son premier gouvernement et en corrigeant cette ‘erreur’. Nous étions une démocratie avec des échéances électorales régulières et une constitution cohérente? Wade a tellement modifié la Constitution que personne ne sait plus ce qu’il y a dedans, l’a tellement foulé aux pieds que mes amis juristes pleurent presque quand ils en parlent et pour faire bonne mesure, Wade s’est permis de reporter des élections selon sa fantaisie et de dissoudre des conseils ruraux que le peuple avait élu!

Vous l’aurez compris, depuis son arrivée au pouvoir, Abdoulaye Wade a entrepris de systématiquement démolir la nation sénégalaise telle qu’elle existait jusqu’ici et de nous plonger dans un chaos institutionnel et moral. Pourquoi tant de perversité? Pour le fric bien sûr. La seule raison d’une destruction aussi méthodique de notre pays, c’était de créer les conditions d’un pillage en règle des maigres ressources du Sénégal. Maître Wade et sa bande de gangsters se sont comportés en prédateurs mettant légalement le pays en coupe réglée et privatisant absolument tout à leur profit, du domaine foncier de l’État aux entreprises publiques. Par exemple, ayant discrédité l’administration sénégalaise, soi-disant corrompue, Maître Wade a créé des Agences Nationales qui étaient supposées mettre en œuvre sa vision de l’avenir radieux qui devait être le nôtre. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse me direz-vous? En l’occurrence, le flacon administratif mettait un frein au niveau de corruption possible grâce à ses mécanismes de contrôle internes et externes (la Banque Mondiale, le FMI, l’UE…). Une agence nationale en revanche a un budget opaque, des agents contractuels aux salaires potentiellement illimités et ne répond qu’au corrupteur en chef, Wade himself. Si encore Wade et ses sbires étaient compétents, on se dirait que leur corruption était le prix à payer pour l’amélioration de la vie de nos concitoyens. Mais en fait, depuis l’arrivée de Wade au pouvoir, le Sénégal a connu pas moins de deux épisodes de famines dans le monde paysan, des coupures incessantes d’électricité et d’eau courante et la quasi faillite de la plupart des entreprises publiques.

Tant qu’à transformer notre pays en Banana Republic, Wade a décidé de ne pas faire les choses à moitié et a nommé son fils, Karim Wade, à la tête d’une Agence Nationale censée ré-urbaniser de fonds en comble la ville de Dakar en prélude au sommet de OCI que le Sénégal devait organiser en 2007. Le fils s’est révélé tellement incompétent que malgré un budget de 800 000 000 d’euros2, il a été infoutu de réaliser dans les temps de simples travaux de génie civil3. Le sommet, reporté d’une année, s’est tenu en 2008, l’État du Sénégal se réduisant à honteusement affréter à prix d’or des bateaux hôtels et à louer les domiciles de particuliers pour ses hôtes de marque!

Capitalisant sur cette preuve inouïe d’incompétence4, et étalant tout son mépris pour le peuple sénégalais, Maître Wade a décidé que son fils serait, après lui, le messie de notre pays, celui qui nous mènerait vers la lumière et nous civiliserait enfin. Le plan était d’une simplicité biblique: on donne autant d’argent que nécessaire à Junior, il fait campagne aux législatives locales, est élu maire de Dakar, nommé Sénateur, l’actuel président du Sénat à la venue d’un tel génie dans son auguste assemblée démissionnerait et prierait ce joyau de notre patrie, ce bâtisseur digne des pharaons de le remplacer, le pharaon noir serait élu par acclamation par des Sénateurs délirants de bonheur et reconnaissants de l’honneur ainsi fait au pays. Le reste coule de source: à un moment ou à un autre Maître Wade démissionnerait ou mourrait de sa belle mort5 en ayant conscience d’avoir laissé le pays entre les mains d’un autre guide éclairé.

Et le peuple direz-vous? Ayant été réélu en 2007 contre toute attente et toute logique, notre président est intimement convaincu que le peuple sénégalais est un ramassis d’idiots corrompus toujours prêts à applaudir quiconque a les manettes du pouvoir et est en mesure capable de lui jeter les miettes de ce gâteau qu’est le budget de l’État. A vrai dire ce mépris pour le peuple est partagé par une bonne partie de notre élite qui ne voit pas que le peuple en réélisant Wade s’était montré non pas stupide ou irrationnel ou corrompu mais éminemment rationnel en choisissant le statu quo dans une joute qui opposait Wade à des opposants tous aussi peu fiables que lui. De ce ait, beaucoup de membres de cette élite, même quand ils n’étaient pas d’accord avec la dérive monarchique du régime de Wade, n’osaient pas l’exprimer pensant que de toute manière l’accession de Karim Wade à la présidence était inéluctable.

Le dimanche 22 Mars, lors des législatives élections locales qui auraient du être la première marche de la résistible ascension du prince héritier Karim Wade vers la présidence de la République du Sénégal, le peuple sénégalais a choisi de clairement se faire entendre: nous sommes une démocratie, nous voulons le rester et nous pensons qu’un prince héritier, incompétent de surcroît, n’a pas sa place dans notre République. La liste menée par Karim Wade a donc été battue à plate couture à Dakar, l’incompétent prince héritier perdant même dans le quartier chic qui est le sien et où lui, son père et sa mère ont voté. Pour faire bonne mesure, presque partout dans le pays, dans le grandes agglomérations tout comme dans les minuscules villages, les gens ont voté contre le parti du Président. Clairement, le peuple en appelle à la classe politique, nous voulons qu’on cesse de nous prendre pour des idiots, nous voulons des politiciens compétents, nous voulons un programme clair et surtout, surtout, nous sommes une démocratie et entendons le rester. En 2000 déjà le peuple avait envoyé le même message et n’avait pas été entendu, espérons que cette fois, la classe politique sénégalaise s’élèvera à la hauteur du peuple et agira honorablement. En attendant, j’avoue que je suis tellement fier de tous ces gens qui ont hué mon Président lors de sa tournée à l’intérieur du pays, qui ont pris la peine de voter et qui subissent dans leur chair les conséquences de la corruption de la bande de gangsters qui nous dirigent. Ce serait tellement bien si nos magistrats prenaient exemple sur le peuple et faisaient ce qu’ils ont à faire!

1Non en fait pas en art parce qu’il a ouvertement, vulgairement et sans état d’âme promu le culte de l’argent et des passe droits, ce n’est pas de l’art, juste de l’étalage brut de son mépris de tout ce qui pourrait ressembler à l’État de droit et à la transparence!

2J’ai converti en euros pour éviter la multiplicité des zéro que ça donne en cfa!

3La lamentable histoire du tunnel de la Corniche dont les polytechniciens sénégalais avaient avertis que le projet n’était pas viable et qui est ouvert un jour sur deux mériterait un post à elle toute seule!

4Juste pour mémoire: dans l’antiquité déjà, les hommes savaient plus ou moins bien construire des routes pavées et des maisons en dur!

5CE que je ne lui souhaite bien évidemment pas avant d’avoir gouté aux joies des prisons sénégalaises pour Haute Trahison

Wade brûle Dakar

Posted in Sénégal by hadyba on juin 23, 2011

Bilan de la journée (1 AM heure de Paris): 2 morts. Le Président de la Raddho tabassé et à l’hôpital. La maison de ce délinquant de Farba Senghor incendiée. Le peuple qui est conscient de son pouvoir. Naffi dioggué!

Il y a en ce moment même une émeute monstre à Dakar. Les manifestants prennent l’assemblée nationale d’assaut. C’était prévisible et je crains fort qu’il y ait des morts s’ils marchent sur le palais présidentiel qui est à coté. Les raisons de la colère:

Il y a quelques temps notre délinquant de président a proposé une réforme constitutionnelle qui avait deux objectifs:

  • Mettre en place un ticket Président/Vice Président pour les prochaines élections (2012)
  • Mettre en place un système de winner takes all où le ticket arrivé en tête l’emporte.

Sachant que sa bande de gangsters et lui ont totalement discrédité nos institutions Républicaines, pillé nos finances publiques et  que de plus ce vieux voleur sénile veut assurer ses arrières en plaçant son incompétent de fils comme successeur, aucun sénégalais n’envisage que cette réforme constitutionnelle passe. Or c’est aujourd’hui que les carpettes ignobles de notre auguste assemblée la votent.

Des amis, qui sont pourtant haut fonctionnaires tenus au devoir de réserve, m’avaient confié que pour la première fois depuis leurs années étudiantes ils allaient manifester ce jeudi. Une chose que les crétins qui nous dirigent ne semblent pas avoir compris, c’est que si nous n’avons pas eu une révolution comme en Tunisie ou en Égypte malgré l’incompétence économique et la malhonnêteté de ces andouilles que nous avons malencontreusement élu, c’est parce que chacun d’entre nous est persuadé qu’en 2012, il nous sera donné l’occasion de les virer par les urnes et de les traduire en justice. S’ils s’amusent à fermer cette porte de sortie légale, il est évident que le peuple les délogera par la force quoi qu’il lui en coûte. J’espère qu’ils en prendront conscience suite à la mobilisation de cette après midi parce qu’autrement ce sera sanglant, ce que personnellement je ne souhaite pas.

Vous pouvez suivre ce fil sur twitter pour vous tenir au courant.

PS: Quand je traite notre Président de la République de « vieux voleur sénile », ce n’est en aucun cas une insulte: c’est une description exacte de ce qu’il est, vous pouvez lire ces posts pour vous en convaincre. Sans compter que je suis tellement en colère que je ne suis pas capable de travestir ma pensée en utilisant des qualificatifs neutres pour parler d’individus méprisables qui non contents d’avoir pillé mon pays essaient de modifier la constitution encore une fois pour se maintenir au pouvoir sans l’aval du peuple. Bon j’arrête.

Sur le pseudo État de droit sénégalais et accessoirement l’affaire Sonko

Posted in Politique, Sénégal by hadyba on mars 3, 2021

Mon collègue Oumar Dia et moi-même avons répondu à la réplique du ministre Coulibaly au manifeste des 102 universitaires. Nous pensons qu’effectivement le Sénégal n’est plus un État de droit et que la faute en incombe grandement mais pas totalement à son Maitre Macky Sall. Voici l’article que nous avons envoyé à la presse sénégalaise.

Monsieur le Ministre Coulibaly, Le Sénégal n’est effectivement plus un État de Droit ! Réponse à Monsieur Abdou Latif Coulibaly

Par Dr. Oumar Dia et Dr. Hady Ba,

Maîtres de Conférences titulaires de Philosophie à l’Université Cheikh Anta Diop.

Le mardi 23 février 2021, cent deux (102) universitaires de plusieurs universités publiques faisaient paraître dans différents organes de la presse un manifeste portant sur ce qu’ils ont ensemble identifié comme étant une crise profonde de l’Etat de droit au Sénégal. Après avoir rappelé formellement ce qu’est un Etat de droit, nous avons tenu à ajouter que celui-ci n’est toutefois tel que si les pratiques qui y ont cours sont conformes aux principes généraux qui le définissent. Etant donné que parmi les principes généraux qui définissent l’Etat de droit celui relatif à l’égalité de tous les citoyens devant la loi est le plus essentiel, ces signataires ont tout simplement confronté ce dernier – qui du reste ne peut être effectif que si la justice est indépendante-  à la pratique qui a cours dans notre pays depuis l’arrivée de M. Macky Sall au pouvoir en 2012. De la confrontation de ce principe formel essentiel de l’Etat de droit à l’usage qui en est fait concrètement depuis 2012 est sorti un verdict sans appel que les universitaires ayant signé la tribune ont tenu à assumer publiquement : l’Etat de droit au Sénégal est en déliquescence principalement du fait de l’asservissement du pouvoir judiciaire au pouvoir exécutif et particulièrement à la personne du président de la République M. Macky Sall.

Piqué au vif par ce verdict dont les signataires estimaient que leur responsabilité d’universitaires les obligeait à rendre public ; mais peut-être davantage préoccupé par les ravages que celui-ci est susceptible de produire sur l’image du pouvoir et du président qu’il sert depuis 2012, M. Abdou Latif Coulibaly s’est précipitamment hasardé à répondre jeudi 25 février 2021 en niant contre l’évidence la réalité de la crise sans précédent de l’Etat de droit au Sénégal. Dans sa vertueuse jeunesse, M. le Ministre Coulibaly a sans doute fréquenté les marxistes. Sacrifions donc à un rituel propre à cette mouvance. D’où parlons-nous ? Nous sommes deux universitaires dont l’un avait émis des réserves sur le manifeste de ses collègues et ne l’avait pas signé alors que l’autre l’avait signé. Nous sommes tous deux philosophes travaillant sur les questions d’État de droit et impliqués dans les affaires de la Cité et nous estimons tous deux que l’État de droit est effectivement en déliquescence au Sénégal depuis 2012 et nous proposons de l’illustrer factuellement en guise de réponse à M. le ministre Coulibaly.

Avant de revenir sur la fautive et hasardeuse réponse de Monsieur le Ministre au manifeste, nous tenons d’abord à rappeler à son intention ce que recouvre une bonne définition du concept d’Etat de droit.

Là où Monsieur le ministre Abdou Latif Coulibaly le définit à travers cinq (05) blocs qu’il n’a même pas la rigueur d’énumérer ; n’importe quel cours introductif destiné à des étudiants de Licence 1, définirait l’État de droit comme un Etat qui n’est pas fondé – même en partie – sur l’arbitraire d’un individu ou d’un groupe mais uniquement sur le droit. Ce cours citerait sans doute la célèbre formule du juriste Duguit selon laquelle dans un État de droit, « l’État est subordonnée à une règle de droit supérieure à lui-même qu’il ne crée pas et qu’il ne peut pas violer »

Ainsi la puissance publique qui l’incarne n’est-elle, en principe, soumise qu’au seul droit mais y est bel et bien soumise. Ainsi défini, l’Etat de droit exige trois conditions essentielles pour son effectivité : la première est la hiérarchie des règles de droit, la deuxième l’égalité de tous sans exception devant la loi et la troisième la séparation des pouvoirs.

La hiérarchie des règles de droit signifie que chaque norme juridique donnée découle d’un droit qui lui est supérieur. Dans cette articulation des règles de droit, la constitution se présente comme la norme ultime parce que c’est d’elle que découlent les traités internationaux d’abord et ensuite les lois et règlements en vigueur dans le pays. Que nous apprend cette hiérarchie des règles de droit – constitution, traités internationaux et lois et règlements – dans le cas précis du Sénégal ? D’abord que les nombreuses interdictions de manifestations de citoyens depuis 2012 sont illégales et constituent des atteintes graves à la constitution du pays et à l’Etat de droit et ensuite que la condamnation en appel de Khalifa Sall dans le cadre de l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar après la décision de la cour de justice de la CEDEAO annulant le jugement rendu en première instance sur cette affaire est un cas parmi tant d’autres où des magistrats payés par les sénégalais pour rendre la justice en leur nom ont choisi de s’écarter de ce que Monsieur le ministre Coulibaly appelle lui-même dans sa réponse au manifeste la prévisibilité de la loi. La deuxième condition essentielle de l’Etat de droit est celle relative à l’égalité de tous sans exception devant la loi. Cette condition elle-même ne peut être effective que si la justice est indépendante. L’égalité de tous devant la loi implique que les personnes et les organisations sont dépositaires de la personnalité juridique comme personnes physiques pour les premières et comme personnes morales pour les secondes ; l’Etat étant lui-même considéré dans un Etat de droit comme une personne morale susceptible d’être jugée et condamnée. Quant à la troisième et dernière condition essentielle de l’Etat de droit, elle renvoie à la séparation des pouvoirs. Un Etat de droit est nécessairement un Etat où est effectivement réalisée la séparation et l’indépendance des pouvoirs entre eux. L’État de droit s’oppose donc à un système politique dans lequel tous les pouvoirs seraient concentrés entre les mains d’un despote. L’Etat de droit est un Etat au sein duquel le pouvoir est distribué de façon équilibrée entre des organes indépendants et spécialisés. Dans l’Etat de droit, le pouvoir de voter les lois est dévolu au législatif, celui de leur exécution à l’exécutif et enfin celui de rendre la justice au judiciaire.

Ce petit rappel introductif à l’intention de Monsieur le ministre Coulibaly, qui est loin d’avoir un niveau de maîtrise du concept d’Etat de droit équivalent à celui de nos étudiants de première année de droit ou de philosophie, atteste que l’indépendance de la justice constitue la colonne vertébrale de l’Etat de droit. Sans indépendance de la justice, ni la hiérarchie des règles de droit, ni l’égalité des personnes physiques et des personnes morales devant la loi, encore moins la séparation des pouvoirs ne peut être effective. En reprochant donc au manifeste des universitaires d’avoir restreint son diagnostic de la crise de l’Etat de droit au Sénégal à la seule dimension de l’indépendance de la justice, Monsieur le ministre verse dans une forme d’arrogance que ne justifie nullement une quelconque maîtrise de sa part du problème dont on a fait le diagnostic mais qui découlerait plutôt de profils psychologiques de gens grisés par le pouvoir et naturellement prédisposés à servilement se ranger dans le camp des puissants du moment. Ayant délibérément pris le parti de l’arbitraire plutôt que du droit, du vraisemblable plutôt que de la vérité, Monsieur le ministre Coulibaly ne pouvait pas se poser la seule question qui vaille dans ce genre d’exercice : le diagnostic des 102 universitaires est-il ou non corroboré par des faits ? Son esquive de cette incontournable question nous amène à rappeler à son bon souvenir quelques procès d’opposants politiques à Monsieur le Président Sall menés en violation flagrante de leurs droits et qui prouvent à suffisance que la justice n’est pas indépendante au Sénégal depuis 2012.

L’article 28 de notre charte fondamentale stipule que c’est l’indépendance de la justice qui garantit les libertés fondamentales des citoyens. Cela veut dire que c’est elle qui garantit également les libertés académiques qui sont au fondement de l’Université et de notre travail d’universitaires. Sans indépendance de la justice donc, le droit cesse d’être la règle pour faire place à l’arbitraire. C’est ainsi qu’à la prévisibilité de la loi dans l’Etat de droit se substitue celle de l’arbitraire et de la loi du plus fort dans l’Etat despotique. Ce qui introduit une rupture d’égalité entre les citoyens devant la loi. Au Sénégal, cette rupture d’égalité entre les citoyens devant la loi est devenue particulièrement inquiétante depuis 2012 avec le traitement clairement différencié par la justice entre les citoyens appartenant à l’opposition politique démocratique et ceux appartenant aux partis de la coalition au pouvoir.

Accusé en 2013 d’enrichissement illicite, le citoyen Karim Wade, qui allait évidemment devenir un redoutable challenger du Président Macky Sall à l’élection présidentielle suivante, a été attrait devant une juridiction d’exception – la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI) – chargée de le mettre hors course et de faciliter la réélection du président en exercice. Si tel n’était pas la mission de la CREI, les fondamentaux de l’Etat de droit auraient prévalu dans son procès et la condamnation de l’Etat du Sénégal par la Commission des droits humains de l’Organisation des Nations Unies (ONU) aurait entrainé ce qui était légalement prévisible dans ce cas à savoir son acquittement et sa relaxe pure et simple.

Après la condamnation suivie de l’exil forcé de Karim Wade, un autre citoyen sénégalais potentiel redoutable adversaire de Macky Sall à l’élection présidentielle de 2019 a été poursuivi en violation flagrante de ses droits, condamné de façon expéditive et mis hors course à la compétition électorale. Soupçonné de détournements de deniers publics dans l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar, le député Khalifa Sall a été entendu en toute illégalité en l’absence de ses avocats par le maître des poursuites. Condamné en première instance, le citoyen Khalifa Sall a non seulement fait appel de sa condamnation mais a également introduit un recours en annulation auprès de la cour de justice de la CEDEAO. Après examen de son recours – il est important de rappeler que la hiérarchie des règles de droit est le premier fondement de l’Etat de droit -, la cour de justice de la CEDEAO a tout simplement annulé sa condamnation en première instance au motif que son droit à être assisté par son avocat n’avait pas été respecté par le maître des poursuites lors de sa première audition. On s’attendait logiquement -prévisibilité de la loi oblige !- à ce que sa condamnation en première instance soit infirmée par le jugement en appel. D’ailleurs, la procédure en appel avait apparemment commencé à s’inscrire dans le sens de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO en décidant d’emblée de l’annulation pure et simple de son Procès-Verbal d’audition. Mieux, le Procureur de la Cour d’appel avait même demandé dans son réquisitoire initial à ce que la cour d’appel se conforme à l’arrêt de la cour de justice de la CEDEAO et relaxe le citoyen Khalifa Sall. C’est au moment où on attendait la décision qui allait être rendue la semaine d’après qu’une autre des supposées voix et plume de M. le Président Macky Sall, zélé défenseur de son maître et qui ne compétit dans ce domaine qu’avec le Ministre Abdou Latif Coulibaly a osé sortir un papier à charge pour désavouer publiquement le réquisitoire du Procureur de la République. A la suite de ce désaveu public du maître des poursuites par Monsieur Madiambal Diagne, le Procureur de la République a semblé avoir mystérieusement vu la lumière en changeant tout bonnement par écrit son réquisitoire la veille même de la décision de la cour d’appel. La suite est connue : la condamnation en première instance de Khalifa Sall a été confirmée par la Cour d’appel malgré l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO et l’annulation de son PV d’audition pour violation de ses droits. Les doutes légitimes sur l’indépendance de la justice dans cette affaire sont d’autant plus légitimes que dans un cas similaire, l’affaire Thione Seck, la justice avait décidé d’annuler toute la procédure au motif que le prévenu avait été entendu en l’absence de son avocat.

Avec l’affaissement de l’Etat de droit et le règne de l’arbitraire au Sénégal depuis 2012, les citoyens sénégalais ont de fait cessé d’être traités de la même façon par leur justice. Il est donc compréhensible que par induction, l’on en conclut que tous ceux qui sont membres de l’opposition politique et démocratique et qui sont perçus à tort ou à raison comme ayant de réelles chances de l’emporter feront nécessairement face non pas à un candidat du parti au pouvoir mais bien à M. Macky Sall suppléé par une justice sorti de son rôle d’arbitre neutre. Il est également compréhensible que par induction, les citoyens sénégalais estiment qu’une candidature du Président sortant Macky Sall à un troisième mandat serait sanctifiée par le Conseil Constitutionnel non pas parce qu’elle serait conforme à notre loi fondamentale, mais parce que la justice sénégalaise a de facto perdu son indépendance.

Parlons à présent de ce que les américains nomment The Elephant in the room, le non dit qui sert de toile de fond aux agitations de M. le ministre et que les universitaires ont évité de mentionner dans le manifeste : l’Affaire Sonko. Les deux auteurs de cet article ont un profond désaccord sur l’analyse à faire de cette affaire mais deux choses nous paraissent indéniables :

  1. Quelles que soient les circonstances, une accusation de viol est une accusation sérieuse qui doit faire l’objet d’une enquête sérieuse.
  2. Il est indéniable que cette affaire a été politisée depuis le début non seulement par l’attitude de l’accusé mais également par l’interférence d’acteurs politiques proches du pouvoir qui ont encadré l’accusatrice.

Nous nous retrouvons donc face à une impasse dont M. Macky Sall, Président de la République, porte une grande responsabilité. En instrumentalisant la justice à des fins électorales, il nous a installé dans une instabilité juridique qui fait que toute décision de la justice sera interprétée non pas comme un acte légal mais comme un acte politique. Ne nous voilons cependant pas la face, la responsabilité n’en incombe pas uniquement au Chef de l’État : le pouvoir judiciaire, au Sénégal est bel et bien un pouvoir. Ce sont les magistrats qui, individuellement sont appelés à prendre leurs responsabilités et à dire le droit sans se soumettre aux injonctions des politiques. Les organisations de la société civile et les citoyens ordinaires doivent quant à eux se mobilier pour protéger non pas une personne mais notre État de droit contre ses contempteurs quels qu’ils soient. S’il est inadmissible que M. Sonko appelle à l’insurrection et refuse de se soumettre aux procédures légales, fussent-elles dévoyées, il est encore plus inadmissible que la justice sénégalaise serve à donner une caution judicaire à la liquidation déjà programmée des adversaires politiques du Président en exercice. C’est ce qui est arrivé à Karim Wade et à Khalifa Sall. Et conformément à la règle du précédent, les sénégalais ont de bonnes raisons de penser que l’affaire Ousmane Sonko n’est rien d’autre qu’une machination du pouvoir destinée, grâce à la complicité de juges de service, à éliminer un adversaire politique. En est-il véritablement ainsi ? C’est à la justice de tenir son rang et d’organiser une instruction irréprochable.

Pour terminer, nous invitons M. le ministre Abdou Latif Coulibaly à cesser de détourner le regard et à examiner en toute honnêteté la situation actuelle de l’Etat de droit dans notre pays. La référence du manifeste des universitaires sénégalais au texte de Cheikh Anta Diop du 18 novembre 1979, loin d’être hors contexte, traduit plutôt un recul d’au moins quatre (04) décennies de l’Etat de droit sous Macky Sall. Nous n’avons cependant aucun espoir que cette invite lui serve, comme le montre le Faust du conte populaire allemand, une fois qu’on a échangé son âme contre les plaisirs sensibles, nul retour n’est possible.

Ousmane Sonko, malgré tout

Posted in Politique, Sénégal by hadyba on février 22, 2019

Macky Sall est un beau gachis. Il a été notre premier président né après les indépendances. Il vient d’un milieu démuni. Il a été en butte à l’arbitraire de Wade et a réussi à le détrôner. Il est relativement jeune. Il aurait pu –il aurait du– être le meilleur président que le Sénégal ait jamais connu. Celui qui redresserait notre pays, reconstruirait notre pacte social en assurant l’équité. Celui qui, parce qu’il est un produit de l’école publique, veillerait à ce que nul enfant de ce pays ne se promène en haillons sur nos routes à mendier quand les enfants des plus nantis sont en classe. Malheureusement, il n’en a rien été. Venu à un moment historique où il aurait pu mettre à la retraite tous les vieux politiciens qui, depuis 40 ans ont systématiquement dévoyé notre patrimoine, il a choisi de s’entourer des plus roués d’entre eux. Il a maintenu en vie le système que les sénégalais avaient clairement rejeté en l’élisant. Il a manqué à sa parole sur la réduction de son mandat. Il a bâclé les procès qu’exigeait le peuple et a dealé avec Karim Wade pour le laisser quitter le pays. Il a instrumentalisé la justice pour enfermer un autre opposant qui aurait pu lui faire de l’ombre. Il a élevé la corruption en mode de gouvernement, protégeant ostensiblement ceux des siens qui avaient été épinglés par les organes de contrôles étatiques. Il a normalisé les conflits d’intérêts en confiant à des membres de sa famille des postes dans lesquels ils contrôlent des ressources étatiques extrêmement importantes et pour lesquels ils sont loin d’être les plus compétents. Alors que durant sa campagne électorale il s’était affiché en protecteur de la laïcité, il a gouverné en s’aplatissant devant les religieux leur montrant ostensiblement qu’il était prêt à partager les ressources de l’État avec eux, à condition qu’ils le soutiennent. Il a par ailleurs systématiquement calomnié ses propres fonctionnaires qui servent loyalement le pays pour des salaires souvent très bas. Il a enfin renforcé la tutelle de la France sur le Sénégal, donnant aux entreprises françaises des contrats faramineux et les payant rubis sur l’ongle là où le privé national est exsangue parce que l’État ne lui paie l’argent qu’il lui doit qu’au compte goutte. D’un point de vue égoïste, Macky Sall m’a été bénéfique, nous les universitaires avons eu une augmentation de salaire sous son règne. Sur le plan de l’intérêt de l’Université sénégalaise, il est catastrophique. Nos étudiants ont vu leurs droits d’inscription multipliés par dix pour un service toujours aussi mauvais. Les créations de postes sont anecdotiques, les universités qui devaient être construites pour faire face à l’augmentation démographique ne l’ont pas été. On a créé une Université Virtuelle du Sénégal pour y parquer des milliers d’étudiants à qui on donne des diplômes sans vraiment les former.

En toute conscience, je ne puis voter pour Macky Sall.

Je ne puis non plus voter ni pour Idrissa Seck, ni pour Madické Niang. L’un et l’autre sont sortis de la même matrice que Macky Sall. Ce sont des enfants de Maitre Abdoulaye Wade. Ils ont tété le lait de la corruption et de l’affairisme. Je serai bien embêté si l’un d’eux se retrouvait au second tour face à Macky Sall mais pour l’instant, le problème ne se pose pas.

Il nous reste alors deux candidats, Issa Sall et Ousmane Sonko.

J’avoue que ce que j’ai lu du programme de Issa Sall ne me convainc pas mais ce n’est pas là l’essentiel. Le parti de Issa Sall est directement issu d’un mouvement religieux. Je suis pour un État laïc et équidistant des confessions. Ce sera difficile voire impossible avec lui. Je ne vais donc pas voter pour lui.

Ne reste plus que Ousmane Sonko. Contrairement à beaucoup, je ne suis pas aveuglément séduit par Sonko. J’avais déjà trouvé ses premières attaques contre Macky Sall, Président de la République, déplacées venant d’un fonctionnaire soumis à un devoir de réserve. Il a été viré de l’Administration d’une manière que je juge illégale. Sonko aurait pu être notre Obama : un président jeune, intelligent et maitrisant les nouveaux médias. Je pense qu’il a le défaut des énarques sénégalais : de gens devenus aisés trop tôt dans un pays pauvres et qui ne valorise pas le débat contradictoire. Du coup, ils ont tendance à ne pas avoir une très grande ouverture d’esprit. Malgré tout, Sonko Président secouerait le système sclérosé qui tue ce pays. Avec lui, une nouvelle génération, qui n’a pas été formaté dans les partis politiques arriverait aux affaires. Ce seront majoritairement des fonctionnaires ayant le sens de l’État. C’est exactement ce qu’il nous faut. Depuis 2000, Wade et sa descendance ont détruit la seule chose qui tenait ce pays debout : la méritocratie républicaine construite par Senghor et qui faisait que les postes étaient occupé par des personnes ayant des qualifications fussent-elles minimales. Depuis Wade, il est devenu concevable de nommer n’importe qui à n’importe quel poste de responsabilité. Avec Sonko, ce ne sera probablement plus possible parce qu’il est porté par une génération qui aspire à la normalisation sur ce plan là. La classe politique sénégalaise ne s’y est pas trompée. Elle a généralement évité de soutenir Sonko, se rabattant sur Idrissa Seck quand elle ne pouvait composer avec Macky Sall. Sonko est donc l’alternative. Il fera ce que Macky Sall aurait du faire : éliminer cette vieille garde parasite qui a mis le pays à genoux et qui continue de le sucer. Nous sommes un pays où 42% de la population a moins de 15 ans mais où un Président de plus de 50 ans s’entoure de vieillards de plus de 65ans et se dispute avec son prédécesseur de plus de 80 ans. Il est temps que ça cesse. Ces reliques du passé doivent partir pour qu’une alternance générationnelle survienne. L’on peut critiquer Sonko sur beaucoup de points. Il est cependant clair qu’il a appartenu à l’une des administrations les plus corrompues de ce pays et qu’il n’a apparemment jamais franchi la ligne jaune. Macky Sall n’aurait pas, une seule seconde, hésité à le mettre en prison s’il avait eu vent de la moindre transaction douteuse. Il a un programme qui met les intérêts du Sénégal en premier. C’est malheureusement proprement révolutionnaire. Il aura contre lui beaucoup de lobbys ; des marabouts aux industriels en passant par la France et les fonctionnaires corrompus qui veulent que tout continue comme avant. Ce sera difficile. Il fera des erreurs. Il n’en demeure pas moins que le pays ne peut faire l’économie de cette phase difficile si nous voulons construire notre propre voie vers le développement. Tout est à reconstruire. Il nous faut une rupture nette et un leadership nouveau pour ce faire. L’une des choses qui me rassure paradoxalement, c’est que je suis loin d’être d’accord avec tout ce que propose Sonko. Il est probable que le lendemain de son élection, je commencerai à le critiquer. C’est sain et important dans une démocratie. Je crois d’ailleurs que s’il était élu, beaucoup de gens de sa génération le critiqueraient sur un point ou un autre. Cela assurerait l’émergence d’une nouvelle classe politique focalisée sur les programmes plutôt que sur les personnes et ce serait bon pour le pays. A contrario, j’ai bien peur que si nous réélisons Macky Sall, nous glissions doucement vers une dictature extrêmement corrompue. Tous ceux qui l’ont rejoint durant cette campagne recevront leur part de la manne pétrolière. Les autres seront impitoyablement réprimés par un président qui, dès son premier mandat, nous a montré qu’il n’a aucun respect pour la justice et les formes de l’État de droit. Nous sommes déjà la risée de l’Afrique avec nos opposants emprisonnés. Dimanche, nous avons le choix entre essayer de construire un avenir vivable pour notre pays ou continuer notre dégringolade vers la dictature. Je vais essayer de construire notre avenir en votant Sonko plutôt que de maintenir un statu quo délétère.

PS: Mon soutien n’a jamais été déterminant pour aucune élection mais j’aime bien ne pas me donner la possibilité de modifier rétrospectivement mes souvenir sur ce que je pensais à un moment donné.