Hady Ba's weblog

Compétence

Posted in Uncategorized by hadyba on février 6, 2009

Quel exemple impressionnant! Et dire que ça incarne l’esprit d’entreprise en France et nous donne des leçons d’efficacité.

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Deux millions d’inquiets

Posted in Politique by hadyba on janvier 30, 2009

Je suppose que cela vous est également arrivé. Au tout début, quand vous avez eu votre propre chambre. Vous vous réveilliez toutes les nuits en sueurs et mort d »inquiétude et vous fonciez dans la chambre de vos parents. Ces derniers vous rassuraient, vous berçaient, vous racontaient une histoire et, après un certain temps, vous ramenaient dans votre lit. Au début, vous les réveilliez toutes les nuits, vos parents très patients comprenaient votre inquiétude et vous rassuraient toujours. Puis, petit à petit, vous vous êtes rendu compte que votre nouvelle chambre n’était pas si effrayante que cela, que vos parents seraient toujours là pour vous protéger et qu’au delà du bouleversement que représentait ce changement de chambre, il y avait une certaine permanence. La réaction de vos parents était parfaite parce que vous étiez un enfant inquiet et que la seule chose à faire était de vous rassurer et d’attendre que vous compreniez que l’avenir qu’ils vous préparaient était radieux. Face à l’inquiétude, il n’y a rien d’autre à faire que d’établir des rituels rassurants.

Hier, deux millions de personnes ont manifesté dans les rues de France. Étant donné que ces personnes sont des adultes responsables et des travailleurs honorables et qui, a priori, ont depuis longtemps appris qu’aucun monstre ne se cachait sous leur lit, je me disais naïvement qu’ils exprimaient des revendications. Ma rapide analyse était que si des médecins, des informaticiens, des chercheuses, des ouvriers, des infirmiers, des enseignants, des caissiers de supermarché et des secrétaires se retrouvaient côte à côte, c’était parce qu’ils voulaient protester contre une politique stupide qui démantelait le modèle social français pour le remplacer par un modèle qui pourtant est en train de faillir sous nos yeux. Apparemment, je me trompais. Le gouvernement français et le président de la République française ont clamé haut et fort comprendre cette inquiétude qui s’est exprimée hier. Bien sûr, vous me direz que ce n’est que le gouvernement faisant de la com’. Le problème, c’est que les syndicats ont confirmé que le gouvernement ferait effectivement mieux d’écouter cette « inquiétude »! Inquiétude? Et moi qui croyais que c’étaient des revendications qui s’exprimaient? Au moins la contestation d’une politique économique stupide qui fait porter le poids de tous les sacrifices à la majorité de la population au moment même où la stratégie la plus intelligente aurait été de faire de sorte que cette majorité puisse consommer et relancer l’économie! Si ce n’est que de l’inquiétude, il n’y a franchement rien d’autre à faire que de prêter une oreille attentive à ces geignards puis de continuer tranquillement à faire ce que l’on avait prévu de faire.

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Portrait d’Abd Al Malick

Posted in Uncategorized by hadyba on janvier 22, 2009

….en slammeur pétainiste!

C’est absolument génial je trouve. De toute manière, je le trouve nul comme slammeur: je préfère Grand Corps Malade, même si le slam dans son ensemble n’est pas trop ma tasse de thé. [Oups, Natty va me tuer!]

J’ajoute juste une petite réflexion suscitée par l’extrait suivant:

« Je pense aussi à ces filles qu’on a regardé de travers parce qu’elles venaient de cités, qu’ont montré à coup de ténacité, de force, d’intelligence, d’indépendance, qu’elles pouvaient faire quelque chose de leur vie, qu’elles pouvaient faire ce qu’elles voulaient de leur vie : ça c’est du lourd. »

IL serait intéressant un jour d’analyser cette conceptualisation des femmes qui vivent en banlieue comme des victimes potentielles ou actuelles. Cette victimisation doit probablement leur rendre la vie plus facile en ce qui concerne les dicriminations à l’embauche par exemple. Ce serait intéressant de jeter un coup d’oeil aux statistiques sur les taux d’emploi des populations d’origine africaines à diplôme égal en fonction du sexe. Ma prédiction serait qu’alors que chez les blancs, il y a clairement une discrimination à l’embauche qui fait que les femmes sont moins recrutées et moins bien payées que les hommes, dans les minorités visibles, ce serait l’inverse ou en tout cas, la même discrimination sexuée ne serait pas notée. Mais c’est juste là une prédiction théorique sans aucune base empirique et de toute manière, les statistiques ethniques sont interdites en France, ce qui règle la question.

via La Liste de partage du Monolecte.

Take that, jeune vieillard!

Posted in Uncategorized by hadyba on janvier 22, 2009

ascenceur

Mercredi dernier, j’ai discuté musique avec une dame de 54 ans. Elle joue de la guitare et aime bien le jazz entre autres. Fatalement, on a parlé de Miles et je lui ai dit que mon album préféré était Ascenseur pour l’échafaud. Une semaine plus tard, elle revient me voir avec l’album.

  • J’ai écouté. Pas mal du tout… Mais ça ne swingue pas assez pour moi! A la fin, j’ai mis quelque chose de plus vivant pour me réveiller.

Je la regarde interloqué et là elle ajoute le coup de grâce puis virevolte hors de la pièce:

  • Mais je comprend pourquoi tu aimes; ça te correspond parfaitement!

Attendez-là; une dame de 54ans vient de me dire coup sur coup que la musique que j’écoutais ne swinguait pas suffisamment pour elle et que cette calme musique de vieux me correspondait parfaitement. Que suis-je censé comprendre?

PS: Désolé de ne pas vraiment bloguer en ce moment: dix mille choses à faire!

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Bachir sur la philo islamique & à Paris

Posted in Uncategorized by hadyba on janvier 15, 2009

Il y a un certain temps déjà que j’ai envie de vous parler du dernier livre de Souleymane Bachir Diagne (mon ancien prof de Dakar actuellement à Columbia) que j’ai lu en octobre et qui parle de la philosophie islamique. Je profite du fait que Bachir[1] sera à Paris la semaine prochaine pour le faire. D’abord une annonce officielle:

Le Manifeste des libertés vous invite à une rencontre-débat avec Souleymane Bachir Diagne autour de son livre « Comment philosopher en islam » (édition Panama, 2008), le Jeudi 27 novembre 2009, à 19 h 45 à la Maison des associations du 14° arrondissement 22, rue Deparcieux, 75014 Paris (métro Denfert-Rochereau)

Si vous êtes à Paris, je vous conseille vivement d’y aller ne serait-ce que parce que Bachir est l’un des meilleurs conférenciers qu’il m’ait été donné d’entendre. Par ailleurs, puisque j’y serai, si certains d’entre vous veulent qu’on se prenne un verre dans le coin avant d’y aller, ça me fera plaisir. Essayez juste de m’envoyer un email la veille pour qu’on cordonne.

Maintenant, passons au livre. Comment philosopher en Islam? est censé être un livre d’introduction à la philosophie islamique avec une exposition claire de l’origine et des formes que la pratique philosophique a prise en terre d’islam. Ce qui est bien avec Bachir, et ce livre ne fait pas exception à la règle, c’est qu’il ne jargonne jamais. Il parle un excellent français mais n’emploie que des mots que tout le monde peut comprendre. Dans tout le livre, un seul mot me semble-t-il pourrait poser problème à un non philosophe: c’est le mot éristique! Ce qui ne veut pas nécessairement dire que le livre est facile à lire: il y a des développements où il faut un peu se concentrer mais ce n’est pas de la difficulté pour se faire mousser, c’est juste ce qu’exige l’exposition. Toujours sur le plan formel, le livre s’accompagne d’un dossier iconographique (pp. 178-231) avec en annexe certains extraits des textes évoqués et quelques photos.

Venons-en à présent au contenu du livre. SBD montre que la mort du prophète Mahomet et le fait qu’avant de mourir il n’ait pas laissé d’instructions claires sur la personne qui devait diriger la communauté des croyants et qui de ce fait serait en charge de définir l’orthodoxie a plongé les musulmans dans une sorte d’inquiétude que l’on peut à bon droit qualifier de philosophique. Personnellement je pense que cette entrée en matière est sans doute l’aspect le plus important du livre. L’un des problèmes que j’ai toujours avec mes amis autant musulmans que non musulmans, c’est celui de leur faire comprendre que même si je me considère comme un musulman tout ce qu’il y a d’orthodoxe, je ne me sens absolument pas tenu de suivre les recommandations de telles ou telles autorités religieuses. A la différence du catholicisme par exemple, il n’y a pas vraiment de clergé en islam et tout croyant doit en principe faire le travail d’interprétation et décider dans sa vie quotidienne de sa manière de vivre sa foi. Quand par exemple, le ministère français de l’intérieur met en place un Conseil Français du Culte Musulman, il ne viole pas seulement la laïcité de la France, il traduit une fondamentale méconnaissance de l’islam en croyant qu’il doit nécessairement y avoir un clergé dans une religion et que ce clergé a pour but d’éduquer les âmes. Il y a en islam des savants mais ces savants sont, de mon point de vue, plus proches du prof d’université que du Pape. Ils font de la recherche et la mettent à la disposition du public; libre à ce public de s’approprier ce savoir ou non. Étant donné que c’est ainsi que je vois la religion musulmane, il ne vous surprendra pas que je considère qu’une vie philosophique (i.e. perpétuellement soumise à l’examen critique selon Platon) me paraît le corollaire de cette foi. J’ai donc adoré que Bachir commence son livre en soutenant que la question pertinente n’est pas « Comment philosopher en islam? » mais « Comment ne pas philosopher en Islam? ». Je suis totalement d’accord avec ce renversement.

Une fois ce renversement effectué, SBD continue plus classement en retraçant la rencontre entre la tradition intellectuelle musulmane et la philosophie grecque grâce au Khalife Al Ma’mun, puis en explorant un certain nombre de questions théologiques ou politiques qui ont été posées au cours du temps dans les sociétés musulmanes. Comment une langue vernaculaire devient-elle philosophique? La liberté humaine est-elle compatible avec l’omnipotence et l’omniscience divines? Peut-on penser la tolérance de l’intérieur d’une religion?

Le livre part du VIIe siècle à la période contemporaine et je suis assez heureux que Bachir termine avec un soufi d’Afrique noire en la personne de Thierno Bocar. Avant cela, le livre parle également des réformistes de la fin du 19e et du début du 20e siècle (Al Afghani, Mohamed Abdu, Iqbal, Ameer Ali) qui, face à la déliquescence des sociétés musulmanes préconisaient un retour à l’esprit et non à la lettre du Coran. Ils partagent tous cette idée selon laquelle la vraie religion est nécessairement informée des sciences contemporaines et que les progrès que nous faisons dans les sciences profanes nous permettent de mieux comprendre le Coran. Selon eux, cette parole prophétique selon laquelle le savoir est le trésor perdu du croyant qu’il faut se ré-approprier signifie véritablement que le musulman se doit d’essayer de comprendre ce que la mécanique quantique ou la théorie de l’évolution par exemple signifient pour sa pratique religieuse et qu’il lui est impossible de prétendre répéter à l’identique ce que faisait le prophète. C’est parce que les sociétés musulmanes ont, à un moment de leur histoire, décidé de  »fermer les portes de l’interprétation » et ont bridé la créativité de leurs peuples qu’elles sont objectivement en retard. Si elles veulent retrouver la place qui avait été la leur dans la marche du monde, il leur faut impérativement se réformer pensent les modernistes.

Globalement, ayant eu la chance de suivre les cours de philo islamique de Bachir à Dakar, je connaissais beaucoup de choses qui se trouvent dans ce livre malgré tout, j’ai quand même appris pas mal de choses. En particulier, je ne connaissais pas du tout la philosophie écologique de Ibn Tufayl. Cependant, j’ai beaucoup aimé lire ce livre et même pour les auteurs que j’avais personnellement lu comme Ibn Rushd ou Ghazali, c’était instructif de voir la manière dont SBD les introduit et expose l’essentiel de leur théorie.

J’espère que vous lirez le livre et si vous venez jeudi, faites-moi donc signe!

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[1] Comme tout le monde, quand je parle de Souleymane Bachir Diagne, je l’appelle Bachir mais dans la vie, je le vouvoie et lui donne du Monsieur!

Article original publié le 23/11/08 ici