Hady Ba's weblog

Le geste de Soumaïla

Posted in Afrique, Politique by hadyba on août 17, 2013

Tout le monde semble s’émerveiller du geste de Soumaïla Cissé. Non seulement il a félicité son victorieux adversaire, mais en plus il a pris la peine de se déplacer jusqu’au domicile privé de ce dernier pour le faire. Et il n’y est pas allé tout seul : il s’est fait accompagner de son épouse. Une fois chez le nouveau Président, les caméras nous ont montré une scène que l’on ne peut qualifier que de familiale. M. Cissé a été reçu par M. Keita en présence non seulement de son épouse mais également de ses enfants. M. Cissé a longuement péroré, reconnaissant sa défaite, félicitant son adversaire et priant pour le succès du pays. La réponse de M. Keita a été plus courte mais tout aussi cordiale.

Pendant sa prise de parole, mais également plus tard devant les journalistes nationaux et internationaux, M. Cissé a souligné la signification de son geste. En Afrique a-t-il expliqué, nous ne nous contentons pas d’un coup de fil pour féliciter notre adversaire. Surtout si cet adversaire est également un ainé. Nous nous déplaçons pour lui présenter nos respects et prier pour son succès.

Cette scène semble-t-il a plu à tout le monde. Les journalistes, éditorialistes et simples anonymes ont embouché la trompette de la « Leçon de démocratie pour l’Afrique. » Le geste de Soumaïla montrait avec quelle grâce il fallait accepter la défaite dans une démocratie. M. Cissé illustrait à quel point la synthèse des valeurs africaines de consensus et de respect des ainés avec la démocratie procédurale occidentale était bénéfique au monde entier. Personnellement, j’ai assisté à la scène en oscillant entre incrédulité et peur panique pour le Mali.

D’abord évacuons une chose : cette scène n’a rien de démocratique et encore moins de républicain. Le mélange des genres entre le public et le privé est l’ennemi juré de la République. Si M. Cissé voulait reconnaître la victoire de son adversaire en respectant les formes républicaines, il ne se serait pas déplacé à son domicile privé, en pleine nuit, flanqué de son épouse pour se faire recevoir par un IBK accompagné de son épouse et de ses enfants. Il aurait pris rendez-vous pour un entretien entre leaders politiques au bureau de M. Keita, ils auraient discuté et fait une photo op’. L’entretien au domicile privé de M. Keita en présence de leurs familles respectives relève du privé et n’avait rien à faire dans la geste politique d’une République en construction, cette République fut-elle africaine.

Ce geste est-il au moins démocratique ? Je ne crois pas, contrairement à ce que beaucoup affirment, que la recherche de consensus et la connivence entre adversaires politiques soient démocratiques. Je préfère un leader politique amer et ne reconnaissant sa défaite qu’avec difficulté. La règle du jeu démocratique veut que l’on accepte la défaite. L’élégance veut qu’on le fasse avec un semblant de bonne grâce. C’est du théâtre démocratique. Il n’en demeure pas moins que le but du jeu dans une démocratie c’est non pas l’élimination des confrontations mais leur civilisation. Les plateformes proposées par les partis politiques sont la formalisation d’options fondamentales pour l’évolution de la société. Les partis s’opposent parce que justement sur des questions extrêmement importantes et déterminant la qualité de la vie de millions de personnes, ils proposent des solutions incompatibles. Dans ce cas, perdre une élection, ce n’est pas seulement perdre l’occasion d’occuper un palais présidentiel et de faire la fortune d’un certain nombre d’obligés. C’est surtout être persuadé qu’une grande partie de la population souffrira à cause de politiques que l’on estime inadéquates et dangereuses. Ce n’est pas quelque chose dont on peut se remettre facilement. Il faut l’accepter gracieusement en se disant que le peuple a malgré tout choisi son sort mais ce n’est pas parce que l’on est Cassandre que l’on doit se réjouir de la chute de Troie.  Il y a un double impératif démocratique quand on perd des élections : d’une part faire de sorte à atténuer la portée des politiques de l’adversaire que l’on juge nocives et d’autre part préparer le pays à comprendre les idées que l’on porte de sorte qu’elles s’imposent à la prochaine échéance électorale.

Ce qui m’a paniqué en voyant Soumaïla Cissé se faire recevoir en famille par Ibrahima Boubacar Keita, c’est que je n’ai pas vu deux leaders conscients de leurs responsabilités et en sincère désaccord sur ce qu’il faudrait faire pour améliorer le sort du peuple malien. J’ai vu un homme ayant de justesse raté le poste le plus lucratif du pays aller faire allégeance au nouveau patron pour préserver ses futurs intérêts. J’espère que je me trompe et que Soumaïla Cissé assumera avec dignité et férocité le rôle de chef de l’opposition. J’en doute vraiment et si les maliens veulent se protéger de leur classe politique, ils ont intérêt à ne pas trop vite se réjouir du geste de Soumaïla Cissé et de la rhétorique des valeurs africaines. La seule question qui vaille est la suivante : si la classe politique est unie, contre qui se coalise-t-elle ? La réponse pourrait bien être : « Le Peuple ! »

 

 

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État du Sénégal vs Makaila Nguebla

Posted in Afrique, Sénégal by hadyba on mai 27, 2013

Ce qui est pathétique dans cette justification par notre gouvernement du fait d’expulser du territoire Sénégalais un réfugié politique tchadien, c’est la contradiction qui se trouve pile à la fin du communiqué.

 Après avoir déshonoré notre pays en convoquant et en virant manu militari un citoyen tchadien présent au Sénégal depuis 2005 et auquel nous avons systématiquement refusé non seulement le statut de réfugié politique mais même le moindre titre de séjour l’autorisant à légalement résider dans ce pays, notre gouvernement est à la peine face au tollé suscité au Sénégal et à l’étranger par sa forfaiture. Il est en effet difficile d’expliquer qu’un blogueur dénonçant une dictature est plus dangereux que les milliers d’étrangers dépourvus de titre de séjour qui vivent dans ce pays sans être inquiété par qui que ce soit. Surtout quand on sait que certains de ces étrangers ont gouté aux joies des prisons sénégalaises sans qu’à leur sortie nous ayons jugé que leur délinquance était un motif d’expulsion.

Même si tout ceci me fait infiniment honte, je suis heureux que la mobilisation ait lieu et ne serai satisfait que si notre gouvernement se décide à adopter la seule attitude honorable : s’excuser pour avoir inconsidérément bouleversé la vie de Makaila Nguebla et lui attribuer un document lui permettant de vivre paisiblement dans ce pays et de voyager. Nous autres, citoyens sénégalais, sommes fiers de vivre dans un pays où nous avons le droit d’user de notre liberté d’expression pour critiquer nos gouvernants. Nous n’élisons pas ces derniers pour qu’ils servent de supplétif à des dictateurs étrangers.

Revenons au communiqué en question : les amateurs qui gèrent notre communication gouvernementale essaient de nous faire gober que l’expulsion de M. Nguebla entre dans le cadre d’une opération de police routinière. Cet homme, nous disent-ils, vit au Sénégal de manière illégale, il l’a reconnu, nous l’avons expulsé du pays. Fin de l’histoire. Soit. Un crétin fini, ignorant de la présence d’étrangers sans titre de séjour au Sénégal, aurait pu gober cette histoire. Sauf que nos communicants ne peuvent s’empêcher de se vanter de leur magnanimité ruinant par là leur argumentaire. Ils affirment en effet que :

 ‘’M. Nguebla a alors reconnu être dans une situation irrégulière avant de solliciter la bienveillance des autorités sénégalaises, afin qu’il lui soit accordé la possibilité de choisir un pays d’accueil où sa sécurité serait garantie’’, a dit M. Guèye, dans le communiqué.

Cette dernière demande, poursuit la même source, lui a été accordée par lesdites autorités ‘’qui l’ont, du reste, assisté jusqu’à son départ du territoire national, le 08 mai 2013’’.

Seulement, si Monsieur Nguebla n’est pas un réfugié politique si sa vie n’est pas en danger, quelle pertinence y a-t-il à le laisser choisir un pays où sa vie ne serait pas menacée ? Si nous reconnaissons qu’il y a des pays dans lesquels sa vie serait menacée n’est-ce pas là une raison suffisante de respecter nos obligations internationales, de lui reconnaitre le statut de réfugié politique et de veiller a son intégrité physique.

PS: Je dois avouer que ce qui me consterne le plus dans cette histoire, c’est le total amateurisme dont font preuve nos autorités incapables de voir où est leur propre intérêt ainsi que celui de notre pays et encore plus incapables de donner une justification cohérente de leurs choix. Plus que leur forfaiture, c’est leur stupidité qui m’inquiète.

Mon avis sur le Mali

Posted in Afrique by hadyba on janvier 17, 2013

Il y a plein de gens que j’aime bien qui affirment que l’opération française au Mali est motivée par les plus bas intérêts économiques. Ce serait parce que le Mali disposerait d’immenses réserves minières que la France y mène une guerre impérialiste destinée à mettre en place un régime néocolonial à la botte de Paris.

Pour qui connaît l’histoire des relations franco-africaines, prêter des intentions malveillantes et cupides à la France n’est pas si irrationnel que ça. La France s’est arrangée pour maintenir son emprise sur les pays africains et piller leurs ressources bien au delà de nos théoriques indépendance. Ceci dit, il y a une contradiction fondamentale dans la théorie d’une France malveillante intervenant au Mali pour accaparer des minerais. Une France omnisciente, omnipotente et omnicupide aurait-elle en premier lieu laissé le Mali tomber dans l’escarcelle des islamistes ? Si vraiment la France était aussi cupide qu’on le dit et si le Mali était riche, pourquoi la France aurait-elle attendu une invasion islamiste avant d’exploiter les richesses maliennes ? La vérité est que le Mali est pays extrêmement pauvre. Ce n’est pas un de ces pays comme la Guinée ou le Gabon regorgeant de richesses, captées par une élite, mais dont la population croupit dans la misère la plus noire. Non, le Mali est vraiment pauvre.

D’abord le Mali se situe dans la partie nord du Sahel, ce qui signifie qu’une grande partie de son territoire est semi-désertique.  Ensuite, le pays n’a quasiment pas d’industries et l’agriculture occupe 70% de la population ce qui n’est jamais bon signe. Si la productivité agricole avait été bonne, elle n’aurait pas employée autant de mains et enfin le Mali est enclavé étant dénué de façade maritime. Pour avoir une idée de la pauvreté du pays, il faut savoir que l’argent envoyé par les émigrés maliens est l’une des principales sources de richesse du pays. Oui, je parle de l’ouvrier ou du balayeur que vous croisez en France ! Certes, le Mali extrait de l’or et est même le troisième producteur d’or d’Afrique mais d’une part elle n’en produit que 63 tonnes par an et d’autre part ses réserves seront épuisées en 2014. Et comme souvent en Afrique, cet or est exploité dans des conditions désastreuses et bénéficie très peu à l’État mais beaucoup à des compagnies étrangères[1]. Il y a également de l’uranium à Faléa mais si vous jetez un coup d’œil à la carte ci-après, vous vous rendez aisément compte que cette zone est bien éloignée de la zone de conflit.

Falea

Et puis de toute manière, la France a déjà fait main basse sur l’uranium nigérien et peut laisser filer quelques miettes maliennes. Non, franchement, le Mali est vraiment très pauvre. À tous points de vue. S’il avait été riche, la France aurait beaucoup moins tardé à intervenir.

Une chose que ceux qui s’empressent d’accuser la France se refusent à envisager, c’est la médiocrité de l’élite malienne. Encore une fois, des gens qui se veulent bienveillants envers l’Afrique agissent comme si les africains étaient des pantins désarticulés mus de l’extérieur et n’ayant aucune responsabilité dans ce qui leur arrive. Cette bienveillance paternaliste ne me paraît pas moins insultante que le discours de Sarkozy je dois dire.

Si nous nous intéressons un moment à l’élite malienne, ce qui frappe, c’est une profonde médiocrité intellectuelle et politique de gens occupant des fonctions extrêmement importantes en temps de crise. Prenons l’ancien Président Amadou Toumani Touré. Il avait juste décidé d’abandonner de facto une partie de son territoire national (Le Nord Mali) à qui en voulait à condition que les Touaregs se calment. Du coup, Touaregs et islamistes se sont alliés pour enlever les touristes occidentaux en ballade dans la sous région et les garder en otage au Mali le temps de négocier des rançons conséquentes auprès des gouvernements français, italiens ou espagnols. Longtemps, ce stratagème a semblé satisfaire tout le monde : les Touaregs, trop occupés à s’enrichir en trafiquant des blancs avaient oublié leurs revendications territoriales de fiers hommes du désert. L’Algérie était assez contente qu’Aqmi ne l’emmerde plus tant que ça. Bamako n’avait plus à gérer de revendications d’indépendance ni à corrompre des leaders Touaregs qui avaient trouvé là un bien plus lucratif business. Seuls le Niger et la Mauritanie protestaient mais on s’en fichait un peu. Ce statut quo était de toute manière fragile et ce n’était qu’une question de temps avant que les Touaregs ne se souviennent qu’ils n’avaient aucune raison d’être « les seuls blancs au monde à être dirigé par des noirs »[2] . La recherche d’un territoire leur appartenant étant d’autant plus pressante que la mort de Kadhafi les avait laissé 1)  dépourvu de parrainage étatique 2) doté d’armes grâce au pillage de l’arsenal libyen et 3) libres de s’allier effectivement avec les islamistes, ce que leur interdisait plus ou moins leur souverain libyen. Le Niger et la Mauritanie étant solides, ils choisirent de s’allier aux islamistes pour s’attaquer au Mali et en occuper tout ou partie. On peut aisément pardonner à des Touaregs d’avoir fait entrer le diable islamiste dans les luttes maliennes… Ou on peut y voir une illustration du fait que l’élite touarègue est aussi stupide que le reste de l’élite malienne et avait cru qu’elle pourrait contracter avec des fous de Dieu !

D’une certaine façon, l’exaspération qui a poussée l’armée malienne à prendre le pouvoir pouvait se comprendre. Les soldats se faisaient tuer au Nord dans l’indifférence générale de l’élite dévoyée de Bamako. En plus ils ne recevaient pas régulièrement leur solde et les veuves de soldat n’étaient pas pris en charge correctement par le gouvernement. Le problème, c’est que la révolte des militaires a été menée par un élément aussi médiocre que l’élite politique en question et tout ce qu’ils ont réussi, c’est favoriser la partition de leur propre pays en prenant le pouvoir sans y être préparé face à des rebelles surarmés. Ils ont pris un pouvoir dont ils ne savaient que faire, se sont fait très vite mettre la pâtée au Nord puis sont revenus à Bamako se conduire en enfants gâtés tyrannisant les politiciens. On se serait attendu à ce qu’une fois le Mali attaqué il y ait une union sacrée pour reconquérir le pays. L’élite malienne, non seulement a été incapable de faire preuve d’un minimum de patriotisme, mais en plus a continué ses médiocres combines dans les salons de Bamako. Prenons l’une des personnes les plus célèbres du Mali : Aminata Dramane Traoré. Elle aurait pu émerger comme un recours. Elle s’est contentée de plaquer sur la situation malienne un discours altermondialiste totalement hors contexte. Elle aurait pu rappeler ce fait simple que le Mali étant une démocratie, quels que soient les errements du président élu, l’armée n’avait aucun droit de prendre le pouvoir. Au lieu de ça, avec son groupe de pseudo intellectuels, elle a soutenu la junte dans un raisonnement surréaliste dont il ressortait que la mondialisation et l’ultralibéralisme étaient coupables. Au lieu de se focaliser sur la libération du Nord de leur pays, les politiciens maliens se sont perdus en intrigues de palais incompréhensibles et ont passé leur temps à accuser tout le monde (La France, la CEDEAO, l’Algérie) d’ingérence.

Le problème c’est que l’ingérence a justement trop tardée : le Mali est frontalier de trop de pays (9 si je compte bien) pour qu’on laisse le chaos s’y installer. Si la France n’en a rien à faire du Nord Mali et du Mali généralement, ni la France, ni les pays d’Afrique de l’ouest comme le Sénégal, le Niger, la Côte d’Ivoire etc… ne peuvent se permettre de laisser ce pays plonger dans le chaos. En tant que sénégalais, ça fait des mois que j’agonise en me demandant ce que nous attendions pour sonner la mobilisation. La vraie humiliation devrait être non pas l’intervention française mais le fait que nous ayons été incapables, un an durant de nous mettre d’accord sur un plan d’intervention et au moins de l’organiser à défaut de la financer et le mettre en œuvre. Encore une fois, nous nous sommes montrés incapables de nous prendre en main et nos pseudo intellectuels, se permettent de geindre et de crier à la néo-colonie quand une puissance occidentale défend son intérêt bien compris ; nous rendant au passage un énorme service. Bien sûr que la France est au Mali pour défendre ses intérêts mais cet intérêt n’est pas d’hypothétiques ressources minières, c’est la stabilité de toute l’Afrique de l’Ouest. La France a des investissements au Niger, au Sénégal, en Cote d’Ivoire… un Mali sous l’emprise des islamistes les menacerait. Sans parler du fait que si le Mali se transforme en Afghanistan, il est probable que des attentats auront facilement lieu en Europe via les filières d’immigration clandestines déjà existantes.

Maintenant que la France a décidé de prendre en main la situation, se posent deux questions : d’abord celle du l’unité du Mali et ensuite celle d’un éventuel enlisement français.

Pierre Haski a posé hier le premier problème et semble proposer une autonomie des Touaregs. Il ne serait pas surprenant que les français essaient de mettre en œuvre une solution semblable. Disons les choses comme elles sont, je crois que la seule raison pour laquelle les français en particulier et les occidentaux en général ont autant de sympathie pour les touaregs est ce que j’appellerait la « solidarité blanche » pour ne pas parler de racisme conscient ou inconscient (Oups, je l’ai fait :-) ) Les sociétés touarègues sont des sociétés esclavagistes et ce qui énerve par dessus tout ces nomades, c’est d’être dirigé par des noirs. Ils trouvent que ce n’est vraiment pas dans l’ordre naturel des choses. Une indication de ce fait est que les touaregs algériens ou marocains ne pensent même pas à se révolter. Bizarrement les gens comme Pierre Haski ne semblent jamais voir cette dimension suprématiste de la lutte Touarègue. Tout ce qui les intéresse, c’est le fait que ces derniers sont des nomades dirigés par des sédentaires. C’est idiot : les peuls sont des nomades mais noirs. Ça ne choque personne au Sénégal ou ailleurs qu’ils soient dirigés par des sédentaires. De plus, si on procède à une partition, on fait quoi des Songhaïs noirs et sédentaires qui peuplent depuis des siècles et des siècles le Nord Mali et y sont d’ailleurs majoritaires ?

La seconde question est la crainte exprimée sur twitter par David Monniaux que la France ne s’enlise. J’avoue que je ne crois pas trop à un enlisement français au Mali. Je pense que les islamistes vont soit repartir en Algérie, soit se faire massacrer jusqu’au dernier. Ceci dit, je ne suis pas un spécialiste des guerres et mes prévisions de non enlisement n’ont aucune valeur. Ce que je crains un peu plus par contre, c’est qu’une fois les islamistes repartis, il y ait une revanche des populations locales qui s’en prendrait à tout ce qui ressemble à un touareg. Le MNLA essaie de se racheter en proposant son aide à l’armée française. Je ne sais ce qui va être décidé mais des massacres de Touaregs dans les mois qui viennent ne m’étonneraient pas du tout.

Le vrai problème que je vois dans toute cette histoire est celui de l’élite malienne. Tant que les mêmes idiots règneront sur Bamako, je ne vois pas comment le Mali pourrait se stabiliser. C’est dans ce genre de moment qu’un cynique comme moi regrette un certain Jacques Foccart !


[1] Non, ne vous écriez pas « Ah ha France ! », c’est plutôt AngloGold Ashanti les méchants dans l’histoire.

[2] Ce racisme (conscient chez les premiers, inconscient chez les seconds) est un élément essentiel de la révolte Touarègue au Sahel et du soutien romantique des occidentaux pour ce peuple à mon avis.

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Ce fou est fou

Posted in Afrique, Sénégal, USA by hadyba on août 29, 2012

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Bien sûr, Yaya Jammeh est fou. Je crois que personne n’en doutais vraiment. Le mec s’est auto-proclamé PhD après quelques cours accélérés donnés par un prof britannique, a fait régner la terreur dans son pays et prétendu soigner toutes sortes de maladies, dont accessoirement le Sida, à l’aide de plantes médicinales. Il est donc incontestable qu’il est fou.

Ce fou a donc décidé, pour fêter la fin du ramadan, de faire un cadeau à son peuple: tous les prisonniers condamnés à mort seront exécutés avant la fin du mois de septembre. Parmi ces prisonniers il y a certes des prisonniers politiques mais il y a surtout des prisonniers de droit commun parmi lesquels quelques citoyens sénégalais. Par exemple l’un de ces citoyens sénégalais est une citoyenne qui a commis ce qu’au Sénégal nous verrions comme un crime passionnel et condamnerions avec une certaine légèreté. Son mari ayant pris une seconde épouse, la dame l’a ébouillanté. Et mort s’en est malheureusement suivi. Apparemment les juges gambiens sont plus sévères que les nôtres et la dame a été condamnée à la peine de mort.

Alors que nous n’avions même pas fini d’être sidéré par l’annonce de ce fou de Yaya Jammeh donc, la promesse faite aux gambiens est tenue… en commençant malencontreusement par nos concitoyens. Un autre de nos concitoyens est apparemment également dans le couloir de la mort gambien. De retour cette nuit à Dakar après une visite de travail/vacances en Afrique du Sud, mon Président semble choqué par les exécutions gambiennes et a décidé que nous (en l’occurrence notre Premier Ministre) convoquerions l’Ambassadeur de Gambie au Sénégal et exigerions qu’il soit ponctuel à ce rendez-vous:

« C’est avec consternation que j’ai appris l’exécution de deux nos compatriotes en Gambie. Mais j’ai instruit le premier ministre sur cette affaire. J’ai décidé de convoquer l’ambassadeur de la Gambie au Sénégal, pour lui faire connaitre la position du Sénégal » indique d’emblée Macky Sall.

« si demain l’ambassadeur de la Gambie ne répond à la convocation à l’heure indiquée qu’il quitte le Sénégal »

Source. (Contrairement aux apparences, je n’ai rien inventé)

Les États Unis eux-mêmes semblent choqués, exigeant que la Gambie cesse immédiatement ces exécutions.

À cela, son Excellence Cheikh Professeur Dr. Yahya Abdul-Aziz Jemus Junkung Jammeh Naasiru Deen, Commandant en Chef des Forces Armées et Gardien de la Constitution Sacrée de Gambie répondit que la Gambie était un État Souverain appliquant son propre arsenal juridique dont fait partie intégrante la peine de mort.

Au risque de paraitre apporter mon soutien à un fou sanguinaire et à cette barbarie qu’est la peine de mort, je dois avouer que je suis totalement d’accord avec lui. J’ajouterai par ailleurs que les États Unis d’Amérique qui ont exécuté en 2011 quarante trois (43) êtres humains se plaçant ainsi cinquième derrière des pays aussi respectables que la Chine, l’Iran, l’Arabie Saoudite et l’Irak sont singulièrement mal placés pour faire la leçon à qui que ce soit sur cette question. Quant à mon Président, j’aimerais respectueusement lui signaler que si le sort de nos compatriotes condamnés en Gambie lui importait vraiment, il n’aurait pas attendu que deux d’entre eux soient exécutés pour venir gesticuler à la télé au risque de mettre encore plus en danger la vie du troisième. Il avait largement le temps de demander leur grace à son homologue et ami, son Excellence Cheikh Professeur Dr. Yahya Abdul-Aziz Jemus Junkung Jammeh Naasiru Deen, Commandant en Chef des Forces Armées et Gardien de la Constitution Sacrée de Gambie lors de sa visite idyllique d’avril dernier. Il avait encore le temps d’appeler son homologue et ami son Excellence Cheikh Professeur Dr. Yahya Abdul-Aziz Jemus Junkung Jammeh Naasiru Deen, Commandant en Chef des Forces Armées et Gardien de la Constitution Sacrée de Gambie après que ce dernier avait annoncé son intention de faire un cadeau aussi macabre à ses propres concitoyens. Même après l’exécution des deux premiers prisonniers, il avait toujours le temps d’essayer de sauver le troisième. Il ne l’a pas fait. Au lieu de ça il vient pérorer à l’aéroport parce que les organisations des droits de l’homme et les USA sont choqués par la folie d’un homme que tout le monde déjà savait fou. Personnellement, je réserve mon indignation à l’attitude leaders démocratiquement élus comme le mien ou Obama. Je suis beaucoup plus choqué par le fait que mon Président n’ait rien fait en amont pour sauver mes pauvres concitoyens que par l’acte de folie d’un fou sanguinaire comme Jammeh.

Et sérieusement, quelqu’un peut m’expliquer comment la Commission Africaine des Droits de l’Homme s’est débrouillée pour avoir son siège à Banjul? Non, je ne plaisante même pas, le siège de la CADH est bien situé à Banjul capitale d’une Gambie dirigée par son Excellence Cheikh Professeur Dr. Yahya Abdul-Aziz Jemus Junkung Jammeh Naasiru Deen, Commandant en Chef des Forces Armées et Gardien de la Constitution Sacrée de Gambie.

Harouna Sy shouldn’t go to Darfur

Posted in Afrique, Sénégal by hadyba on août 18, 2012

Please, the United Nations, do not send Commissaire Harouna Sy to Darfur, it would be a shame for you and an insult to the living memory of the young Senegalese demonstrators he has killed. We, people of Senegal, will see such a nomination as the demonstration that our lives are not worth anything for you and that you do not value and respect the sacrifices we made to protect our democracy.

For those who do not follow closely Senegalese politics, let me you remind you of two or three facts and tell you why the UN shouldn’t send Harouna Sy to Darfur.

Senegal has always been one of the most stable and democratic countries in Africa. In 2000 we elected opposition leader Abdoulaye Wade as President ending 40 years of political domination by the Socialist Party, then led by President Abdou Diouf. President Diouf gracefully conceded and left. We celebrated… just to end up with one of the most corrupt regime ever seen anywhere. This Business Insider’s article is pretty accurate about Wade and his gangster’s practices.

Wade got nonetheless reelected in 2007 for what should have been, according to the Senegalese Constitution, his last term. At the end of this term, Wade decided that, due to the fact that the Constitution had been revised between his first and second term, he had the right to seek a third term. This interpretation, even though challenged by almost every Senegalese legal scholar, was sanctified through a ruling by our Constitutional Court. It is probably just a coincidence that some times before this ruling, Wade had quintupled the salaries of the so called Five Wise Men composing this Court. Anyway, after the ruling Senegalese People, young and old woke up and got to the streets to defend Senegalese democracy. Riots erupted during which 12 people was killed. Commissaire Harouna Sy, then Head of Dakar Police, is directly involved in the killing of some of these people. He went far ahead his duties to protect Wade’s regime. He even asked for the Justice Department to fire Dakar’s District Attorney because this DA was reluctant to jail peaceful demonstrators. Commissaire Harouna Sy is currently at the center of an investigation by the Senegalese Justice to establish his involvement in the killing of Mamadou Diop, a graduate student. Some testimonies indicate that he asked for his subordinates to run over the demonstrators resulting in Diop’s death.

Due to his attitude when Senegalese people were struggling to preserve their freedom, Commissaire Harouna Sy is for all of us the most despicable police officer in this country and an embodiment of what police officers shouldn’t be in a democracy. He is unfit to expertise about the duties of police officers in a democratic country having been involved in a failed attempt to transform a functioning democracy into an authoritarian gerontocracy. That’s why we are deeply hurt by the United Nation’s decision to select this very man as head of a commission helping for the establishment of a Darfurian Police. Our hope is that our protests will be heard and the UN will give Senegalese justice time to investigate commissaire Harouna Sy’s crimes. This investigation would be delayed by a mission to Darfur. Sending Harouna Sy to Darfur would mean that the UN doesn’t respect our struggles for values we consider should be at the center of the UN’s mission. This nomination would also mean that the UN isn’t serious about its effort to help out Darfur set up a Police Force truly interested in protecting the rights of the citizens as opposed to the desiderata of the powerful.

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Ruine ou espoir?

Posted in Afrique, Sénégal by hadyba on août 15, 2012

Il se trouve que je suis actuellement en train de vadrouiller au Sénégal avec une française dont c’est la première visite. Et c’est très intéressant de voir le point de vue. Je remarque désormais des choses qui m’étaient trop familières pour que je les voie. Par exemple, quand vous marchez dans un quartier normal du Sénégal, quel qu’il soit, vous voyez des bâtiments à différents stades d’achèvement. C’est le cas par exemple des deux immeubles ci dessous:

A part dans les Sicap, il est très rare de se promener dans un quartier à l’architecture homogène et dont les maisons sont des copies conformes l’une de l’autre. Il y a souvent des maisons mitoyennes dont l’une peut faire cinq étages alors que sa voisine immédiate à gauche n’en fait qu’un et sa voisine de droite n’a pas d’étages du tout. Il y a également parfois ce que nous appelons des « terrains vagues » entre les maisons i.e. des terrains à usage d’habitation mais sur lesquels rien n’est encore édifié. Sur de tels terrains il peut y avoir, au choix, des mauvaises herbes, une famille pauvre qui s’installe en édifiant illégalement une hutte ou juste du sable ce qui en fait un terrain de foot improvisé pour les gamins du quartier.

Ce que je viens de décrire m’est tellement habituel que je n’y pense pour ainsi dire jamais. Quand je suis à quelque part au Sénégal, ça ne me paraît ni remarquable, ni intéressant. Une autre chose que je ne remarque pas non plus est qu’il y a dans les quartiers déjà résidentiels des maisons à différents degrés d’achèvement. À coté d’une maison achevée et habitée, on voit parfois s’activer des maçons édifiant une villa. On voit souvent aussi des terrains sur lesquels s’élèvent des embryons de maison. Apparaît ainsi à 20 cm de hauteur ce que chacun au Sénégal sait être des fondations i.e. les premières briques faites de ciment, sable et gravier et qui tracent les futures pièces de la maison. S’élèvent également dans les quartiers résidentiels des constructions qui s’arrêtent brusquement plus ou moins haut. Vous pouvez ainsi avoir les fondations, quelques murs qui font entre 50cm et 3m puis plus rien ou alors une maisons qui semble totalement achevée mais sans peinture, ni fenêtre et encore moins circuit hydraulique et électrique.

Donc nous vadrouillons au Sénégal et un jour mon amie excédée (plutôt intriguée je suppose) me demande en désignant une de ces maisons inachevées : « Mais qui est-ce qui s’amuse à commencer à construire une maison avant de brusquement s’arrêter ? » Interloqué par une telle question, je lui expliquais ce qui me paraissait évident mais ne l’est probablement que pour un sénégalais. Supposons que vous soyez un sénégalais lambda. Vous gagnez un peu d’argent mais pas trop. Vous n’avez donc aucun espoir qu’une quelconque banque vous prête suffisamment d’argent pour construire d’un seul allant votre demeure. Vous n’y pensez même pas, votre travail étant trop incertain pour que vous envisagiez de vous engager à verser des mensualités fixes. Une telle situation ne vous empêche certainement pas d’être ambitieux et de vouloir un jour être propriétaire de votre propre maison et échapper à ces suceurs de sang que sont les logeurs*. Quel choix vous reste-t-il ? Ce qui est clair c’est qu’à moins de gagner au Loto, vous ne réunirez jamais les 20 millions de FCFA qu’il faut pour construire une maison. Ce que vous pouvez faire en revanche, c’est économiser suffisamment pour acheter un terrain quelque part… n’importe où. Au bout de quelques années, avec un peu de chance et au prix de beaucoup de sacrifices, vous acquerrez votre précieux terrain. Première étape franchie avec succès donc. Reste le plus dur. Construire. Vous cherchez un architecte et lui demandez combien ça vous couterait de vous faire faire un plan**. Et vous recommencez à économiser pour le plan. Une fois le plan tracé, vous prenez langue avec un entrepreneur qui vous dit combien coûtera chaque étape de la construction. Après un deux ou trois ans d’économies, vous avez réuni une somme suffisante pour les fondations. Vous contactez votre entrepreneur qui vous les construit. C’est l’une des choses les plus difficiles parce qu’il faut sortir en une seule fois beaucoup d’argent. Une fois cette étape franchie, le reste avance tout seul. Votre maçon devient votre meilleur ami pour les années qui viennent : à chaque fois que vous avez un peu d’argent, vous l’appelez et lui demandez de poursuivre l’édification de votre maison bien aimée. Après lui, ce sera l’électricien, le plombier, le carreleur etc… Selon votre situation socioéconomique, ça vous prendra plus ou moins longtemps pour devenir propriétaire et pouvoir à votre tour crier à tout bout de champs « Fii maa fiy dogal ! »

Donc, j’ai expliqué ce qui précède à mon amie. Quelque jours plus tard, nous promenant à Niodior, elle m’interpella en désignant le bâtiment suivant :

 

Elle me posa alors la question suivante : « Dis-moi, tu vois une ruine ou une construction ? Parce que moi tout ce que je vois, c’est une affreuse ruine ! » Cette question me semble-t-il résume tous les malentendus qui naissent de la différence de point de vue entre quelqu’un qui voit un pays africain en y ayant longtemps vécu et un étranger. Objectivement, le bâtiment désigné n’est ni une ruine ni un bâtiment en construction. Quand mon amie le regarde, elle a raison de voir quelque chose d’inhabitable et de moche. Connaissant tout ce que je sais sur la construction au Sénégal, quand je contemple ce bâtiment, je vois une success story en train de se conclure. Le ou la propriétaire de cette maison a clairement fait le plus dur : il/elle a non seulement édifié les fondations mais également tous les chainages et même le toit de sa maison. Tout ce qu’il lui reste, ce sont des finitions. Je peux parfaitement imaginer des années d’économie, de labeur et de négociation pour arriver à cet état d’achèvement et j’ai bon espoir qu’en moins d’une ou deux années il emménagera fièrement dans sa nouvelle maison avec sa famille. Peut-être est-il à l’orée de la retraite ou alors est-ce un jeune ambitieux qui a très tôt économisé quand ses amis faisaient des dépenses somptuaires. C’est le point de vue qui fait tout.

Plus généralement, il me semble que souvent quand les non africains voient l’Afrique, ils sont face à un bâtiment inachevé comme celui-ci. Là où ils ne voient que de la misère, je vois de l’espoir, de l’énergie, de la lutte et de la construction. Peut être suis-je trop optimiste ; la vision misérabiliste et compassionnelle de l’Afrique me parait cependant en occulter la réalité objective.

PS : Si j’ai le temps, je mettrai plus d’illustrations dans ce post.

…….

*On aura donc deviné que je ne suis pas propriétaire

**Je crois que c’est légalement obligatoire

Tombouctou ou l’implacable logique du fanatisme

Posted in Afrique, Religion by hadyba on juillet 8, 2012

La destruction en cours des mausolées, mosquées et bibliothèques de Tombouctou me plonge dans un état de sidération assez bizarre. Je suis totalement choqué et horrifié par le coté irréparable des déprédations. En même temps, je ne puis m’empêcher de constater que ces islamistes sont les seuls membres de l’élite politique malienne à avoir agi de part en part avec logique et rationalité.

Certes, leur logique est folle, mais ils s’y tiennent impitoyablement. Dans la religion musulmane, l’un des péchés les plus graves est l’Association i.e. le fait d’adorer ou d’attribuer la moindre parcelle de pouvoir à qui que ce soit d’autre que Dieu. Si l’islam est soumission totale à Dieu, la contrepartie en est qu’une fois soumis à Dieu, on ne se soumet plus devant rien ni personne d’autre. Le rapport à Dieu est en principe direct et personnel et il n’y a ni intercession possible, ni malheur possible qui ne vienne directement de Dieu. Certains musulmans affirment par exemple que si le prophète n’a pas eu d’enfant mâle, c’est parce que Dieu ne voulait pas que se constituât une sorte d’aristocratie au sang pur qui serait le véhicule de notre profonde tendance polythéiste. Si le prophète avait eu une descendance traçable, il n’y a aucun doute que les musulmans se mettraient à l’adorer à l’égal de Dieu et que ce seraient des Dieux vivants. Il n’y a qu’à voir ce qu’essaient de mettre en place, partout dans le monde musulman, toutes ces personnes qui se prétendent (avec plus ou moins de légitimité) descendants du prophète. Cas emblématique, la dynastie Alaouite du Maroc.

Il y a donc dans l’islam ce coté implacablement démocratique, rationaliste et égalitaire qui fait qu’une fois que l’on s’en est totalement remis à Dieu, on ne peut plus avoir d’autre maître ni d’autre intercesseur. Si on a une vision aussi puriste de la religion musulmane, la conséquence logique est que les tombeaux, les mosquées soit-disant protectrices etc… tombent sous le coup de l’Association. Même des exemplaires anciens du Coran, qui seraient pieusement conservés parce qu’ayant appartenu à de supposés saints et donc vecteurs de bienfaits divins, doivent être détruits. Ce n’est que pure logique. C’est cela qui est le plus fascinant chez les fanatiques religieux: ils ne font que prendre les principes de la religion et les pousser à leurs conséquences ultimes. Sur RFI il y a eu une ou deux interviews des leaders d’Ansar e Din qui sont assez révélatrices. Quand on les écoute, on se rend compte que d’une part, ils ne comprennent même pas pourquoi ça pose problème à qui que ce soit qu’ils brûlent tout ce qui est vecteur d’association. Les populations locales se veulent musulmanes, comment peuvent-elles tolérer et conserver des reliques qui peuvent se substituer au divin? D’autre part, les miliciens d’Ansar e Din n’ont aucune préoccupation pratique autre que l’établissement de la loi divine*. Y aura-t-il une épidémie de choléra? Comment faire marcher l’électricité? Les médecins du district seront-ils payés à la fin du mois? Ils s’en fichent; Dieu y pourvoira et de toute manière, s’ils meurent ils iront au Paradis.

Ces islamistes donc sont totalement logiques et rationnels. Si je pars de ce constat, je me pose deux questions.

  1. Si nous acceptons comme ils le font que la relation à Dieu doit être totalement personnelle et directe et que personne n’a le droit de se soumettre à autre chose ni à personne d’autre qu’à Dieu; comment justifient-ils, à leur propres yeux, de prendre le pouvoir au nom de Dieu? Si vraiment tout pouvoir appartient à ce point et d’une manière aussi directe à Dieu que même essayer de faire intercéder un Saint mort est la marque de l’Association, comment le fait de décider de prendre une parcelle du pouvoir divin et d’en faire usage, même pour accomplir Sa Volonté n’est-il pas le comble de l’orgueil? Après tout, exercer le pouvoir, c’est décider soi-même que l’on peut occuper hic et nunc la place de Dieu sur terre. Certes il est dit dans le Coran que l’homme est le lieutenant de Dieu sur terre. Mais il n’est nulle part dit que cette lieutenance implique de faire plier la volonté des autres individus pour les forcer à adorer Dieu. Après tout, si chaque homme est lieutenant de Dieu sur terre alors le rapport de volonté à volonté devrait être entre chacun et Dieu de manière directe. Interférer orgueilleusement dans ce rapport se justifie-t-il?
  2. Comment des individus aussi logiques ont-il pu choisir des axiomes aussi incertains? Croire que Dieu existe, que Mahomet est son prophète et que le Coran est sa parole incréé est un choix très peu justifiable si l’on ne décide qu’à l’aune de la rationalité. Il y a tellement de discours concurrents sur la nature et l’existence de Dieu. Il y a si peu de raisons rationnelles de faire tel choix plutôt que tel autre que si l’on a cette sorte d’esprit logique qui engendre le fanatisme, on ne devrait d’abord honnêtement pas pouvoir choisir une religion. La seule décision rationnelle est l’agnosticisme. Si tel est le cas comment peut-on justifier d’être à ce point rationnel dans son approche de la religion et de faire un choix autre que l’agnosticisme? À moins qu’au plus profond d’eux même, les salafistes, à Tombouctou ou ailleurs ne soient rien d’autre que des gens qui essaient de réprimer à tout prix le doute que leur esprit limité n’arrive pas à entretenir en recréant un univers où la possibilité même qu’ils se trompent (que Dieu n’existe pas ou que Mahomet ne soit pas son prophète) n’émerge jamais. Mais bien sûr, c’est dans leur coeur que se loge ce doute pas dans celui de ceux qui conservent des reliques en sachant bien que ces derniers ne sont au mieux que des rappels de ce que la foi a permis à leurs prédécesseurs d’accomplir.

….

*Pour le moment, s’ils gagnent, les opportunistes viendront.

PS: Cet article sur la signification des déprédations actuelles est intéressant. L’auteur y interroge Souleymane Bachir Diagne et Shamil Jeppie qui ont coordonné ensemble il y a quelques années un très beau livre que vous pouvez télécharger et dont le titre était: The Meanings of Timbuktu

Lorem at Yale

Posted in Afrique, immigration, USA by hadyba on mars 30, 2012

L’un des livres mythiques pour les gens qui deviendront la Lost Generation americaine est Stover at Yale. Ce livre raconte comment un américain pauvre parvient à s’insèrer dans cette fac d’élite et dans son système de sociétés secrètes.

Je ne sais pas si la vie de Paul Lorem aura la même influence sur les gosses de sa génération mais ce qui est clair, c’est qu’elle suffit à rhabiller Dink Stover. Non seulement, contrairement à Stover, Lorem n’est pas un personnage de fiction, mais en plus, à 21 ans, il a survécu à des aventures bien plus trépidantes. Ce garçon est né dans un village du Sud Soudan tellement déshérité que ses parents, pour lui donner une chance de s’en sortir, l’ont laissé dans un camp de réfugié. Sous la surveillance d’enfants à peine plus âgés. Le plus beau est que ces gamins l’ont protégé en l’obligeant à aller à l’école où eux n’allaient pas. Long story short, grâce à son incroyable talent et à la bienveillance des personnes avec lesquelles il a eu à interagir, Paul Lorem est actuellement étudiant à Yale. C’est Nicholas Kristof qui raconte tout ça dans le Times d’hier et c’est une bouffée d’air frais. Je suis persuadé qu’un éditeur proposera à Lorem d’écrire son autobiographie avant qu’il ait fini ses études mais en attendant, vous devriez vraiment lire l’article de NK. Perso, j’aime bien la candeur avec laquelle Lorem avoue que Yale, eh bien, c’est un peu dur sur le plan académique :-). Je veux dire, c’est juste la 11e meilleure fac du monde!

Lorem loves Yale, but, academically, it has been a tough transition, partly because English is Lorem’s fifth language (he also speaks Didinga, Toposa, Arabic and Swahili). Jeffrey Brenzel, the Yale admissions director, puts it this way: “On the one hand, these adjustments are greater for him than for many, but, on the other hand, he has already overcome far greater challenges than other students have just to get here.”

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Le Programme Marzouki

Posted in Afrique, France, Politique by hadyba on janvier 2, 2012

Sur Médiapart une interview du nouveau Président Tunisien Moncef Marzouki dont toute la punditocratie française sait qu’il est sous la coupe d’islamistes dangereux:

C’est un même type de système politique où règnent la corruption, la brutalité, la force, l’information biaisée, fantasmatique…  qui a amené les arabes là où ils sont, c’est-à-dire à être une nation divisée, sous-développée, stérile sur le plan scientifique. Il y a quand même 300-400 millions d’hommes aujourd’hui qui ne produisent pratiquement rien sur le plan scientifique, sur le plan technologique, pourquoi? Non pas parce qu’ils ne savent pas réfléchir ou ne savent pas raisonner, mais parce qu’ils ont été stérilisés par leur régime politique.

Donc je ferai tout pour que cette expérience tunisienne réussisse, qu’elle puisse être étendue au monde arabe et qu’enfin ces peuples qui se sont réveillés redeviennent une partie de ce monde. Qu’ils soient une partie de la solution et non pas une partie du problème.

Maintenant, est-ce que cela peut apporter quelque chose au reste du monde? Mon dieu, si jamais on réussit, le long de cette rive sud de la Mediterrannée, à avoir des peuples pacifiés qui vivent sous le règne de la loi, qui règlent le problème de la corruption, qui participent au développement, eh bien, nous aurons participer aussi à l’amélioration de la situation du monde entier!

Par ailleurs, il y a longtemps que je rêve d’une Cour constitutionnelle internationale. Ici dans le monde arabe, il y a en fin de compte beaucoup de dictatures qui organisent de fausses élections, installent de fausses démocraties. Si l’ONU disposait d’une Cour constitutionnelle internationale – comme elle dispose déjà d’un Tribunal pénal international où peuvent comparaitre des criminels – les opposants de tel ou tel pays (la Birmanie, la Corée du Nord…), pourraient déposer plainte contre des Etats afin que cette cour invalide par exemple des élections, ce qui pourrait permettre au Conseil de sécurité de prononcer des sanctions. Cela serait une étape importante pour la mise en place d’un état de droit international. J’y crois beaucoup et en Tunisie, nous allons y travailler et peut-être proposer cela aux Nations Unies durant mon mandat.

Un mec dangereux à tout point de vue, ainsi qu’on le voit. Avec des pratiques aussi transparentes, cette élection,  celle-ci et certainement d’autres plus importantes encore auraient été annulées.

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La Dame aux Arbres

Posted in Afrique by hadyba on septembre 26, 2011

On pourrait se dire que planter des arbres est une activité bien bénigne, même dans une dictature. On aurait tort.

Prenez Wangari Maathai. Elle fait une thèse de biologie, rentre au Kenya, enseigne à l’université et se marie avec un honorable membre du Parlement de son pays. La vie rêvée quoi ! Puis elle se rend compte que certaines de ses compatriotes n’arrivaient ni à se nourrir, ni à trouver du combustible pour faire la cuisine. Logiquement, elle leur conseille de planter certains arbres comme les acacias qui, non seulement leur permettront d’avoir du bois de cuisson, mais en plus limitent l’appauvrissement des sols. Conseil judicieux s’il en est. Sauf que c’est là mettre le doigt dans un engrenage dangereux ! En effet, en travaillant avec ces dames, Mme Mathai

  1. se rend compte que les exploitants forestiers polluent les rivières
  2. va à l’encontre de la politique de ces exploitants qui promeuvent des arbres au cycle de vie plus court

Mme Mathai étant une femme, c’était de la responsabilité de son mari d’arrêter ses enfantillages*. M. Mathai (notez s’il vous plait qu’il n’y a que deux « a » dans ce « Mathai » ci vous saurez bientôt pourquoi.) essaya, échoua et demanda le divorce arguant que cette femme avait décidément trop de volonté pour être une respectable épouse de député. Le juge en convint** et interdit à Mme Mathai d’user désormais du nom de son mari afin que ce dernier ne fut pas déshonoré par les activités de sa folle d’ex-épouse. La folle en question dénonça à haute voix l’incompétence ou la corruption du juge ce qui lui valut une condamnation à six mois de prison***.  Pour se conformer à l’injonction du juge tout en faisant un pied de nez à ce dernier et à son mari, l’ex Mme Mathai ajouta un « a » et devint Mme Maathai la divorcée !

Mme Maathai continuant à s’occuper de ce qui ne la regardait pas, le gouvernement trouva le moyen de la virer de l’université et la persécuta plus ou moins férocement. Mme Maathai continua cependant à planter des arbres, créa une ONG et s’impliqua dans divers mouvements destinés à promouvoir la démocratie et le multipartisme dans son pays.

En 2004, un Prix Nobel de la Paix viendra couronner son combat de trente ans montrant sans doute à son ex mari à quel point cette folle a failli déshonorer son nom !

Wangari Maathai est décédée ce dimanche à 71 ans.

……………

*Vous savez bien, les femmes sont des enfants avec lesquels il faut se montrer indulgent mais ferme

**Entre mecs on se comprend

***Peine peut-être un peu mérité pour le coup et dont elle ne purgera de toute manière que trois jours

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