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Macky Président, again

Posted in Politique, Sénégal by hadyba on mars 3, 2019

Macky Sall a donc gagné ces élections. Je n’attends strictement rien de bien de lui. Je sais cependant qu’il réussira à me surprendre. L’opposition essaie de se voiler la face et de refuser sa victoire.

Je crois que c’est un mauvais choix pour plusieurs raisons.

  1. D’abord, anthropologiquement, une des valeurs de ce pays est le consensus. Les gens préfèrent le consensus à la vérité. Refuser de féliciter le vainqueur, refuser d’user des voies de recours légales, c’est aller à l’encontre de cette valeur là.
  2. Ensuite, je préfère une démocratie imparfaite à une dictature ou au chaos. Le Sénégal est quand même une démocratie, aussi imparfaite fut-elle. Il faut essayer de jouer le jeu jusqu’au bout et d’accepter sa défaite quand elle survient. On ne peut pas vraiment dire que Macky Sall ait bourré les urnes ou falsifié les pv. Il est en revanche probable que l’Administration ait inscrit des gens qui n’auraient jamais du l’être sur les listes électorales et rendu difficile la récupération de leur carte d’électeurs à ceux dont elle soupçonnait qu’ils ne voteraient pas pour le Président sortant. Il faut évaluer ces manoeuvres là et réfléchir à la meilleure manière de les contourner la prochaine fois.
  3. Cependant, malgré les manoeuvres susmentionnées, Macky Sall aurait perdu si une très grande majorité de la population avait voulu son départ. Dans mon milieu social, à part un ou deux carrièristes, tout le monde voulait son départ. Si la même proportion de la population avait voulu son départ, manoeuvres ou pas, il serait parti. Il nous faut donc accepter ce fait: beaucoup, beaucoup de sénégalais n’en n’ont pas assez de ce Président voire approuvent son action. Ils sont plus de la moitié des quatre millions de votants. Macky Sall est donc indéniablement non seulement réélu, mais BIEN réélu.
  4. Qui ne connait pas ses propres faiblesses ne s’améliore jamais. L’opposition doit faire son autocritique. En démocratie, c’est le peuple concret et réél qu’il faut convaincre. Pas une abstraction. Si nous voulons changer le système, il nous faut comprendre d’abord ce qui en fait l’efficacité. Ça ne demande pas seulement de l’enthousiasme et des bons sentiments mais surtout de l’intelligence et du pragmatisme. Ça commence par une acceptation de la situation concrète et l’élaboration de stratégies rationnelles en vue de la changer. Ça commence surtout par la capacité à se voir sans complaisance et à reconnaitre ses propres échecs afin de ne pas retomber dans les mêmes travers. Reconnaitre, sans fard et sans condescendance, que l’on a échoué à convaincre une majorité du corps électoral sénégalais, c’est s’obliger à ne pas conclure que la majorité du peuple est irrationelle et corrompue. C’est s’obliger à se demander en quoi ce qu’on lui proposait ne correspond pas à ses besoins et à son vécu. Une fois ce diasgnostic sérieusement posé, on peut essayer de trouver les leviers qui nous permettront de convaincre.

Je souhaite vraiment que ce mandat de Macky Sall soit un succès. Malheureusement je n’y crois guère. Je n’ai pas non plus un tempérament de politicien. Je vais donc continuer à faire ce que je sais faire et qui me permet d’avoir la satisfaction de servir quelque peu: enseigner. C’est le genre de moment où j’aurais voulu être un philosophe pessimiste à la Cioran. N’attendant rien du monde, ne s’enthousiasmant de rien et indifférent au sort de ses semblables. Ce n’est évidemment pas mon tempérament. Cette victoire de Macky Sall me rend donc profondément triste. Le gâchis va continuer de plus belle.

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Ousmane Sonko, malgré tout

Posted in Politique, Sénégal by hadyba on février 22, 2019

Macky Sall est un beau gachis. Il a été notre premier président né après les indépendances. Il vient d’un milieu démuni. Il a été en butte à l’arbitraire de Wade et a réussi à le détrôner. Il est relativement jeune. Il aurait pu –il aurait du– être le meilleur président que le Sénégal ait jamais connu. Celui qui redresserait notre pays, reconstruirait notre pacte social en assurant l’équité. Celui qui, parce qu’il est un produit de l’école publique, veillerait à ce que nul enfant de ce pays ne se promène en haillons sur nos routes à mendier quand les enfants des plus nantis sont en classe. Malheureusement, il n’en a rien été. Venu à un moment historique où il aurait pu mettre à la retraite tous les vieux politiciens qui, depuis 40 ans ont systématiquement dévoyé notre patrimoine, il a choisi de s’entourer des plus roués d’entre eux. Il a maintenu en vie le système que les sénégalais avaient clairement rejeté en l’élisant. Il a manqué à sa parole sur la réduction de son mandat. Il a bâclé les procès qu’exigeait le peuple et a dealé avec Karim Wade pour le laisser quitter le pays. Il a instrumentalisé la justice pour enfermer un autre opposant qui aurait pu lui faire de l’ombre. Il a élevé la corruption en mode de gouvernement, protégeant ostensiblement ceux des siens qui avaient été épinglés par les organes de contrôles étatiques. Il a normalisé les conflits d’intérêts en confiant à des membres de sa famille des postes dans lesquels ils contrôlent des ressources étatiques extrêmement importantes et pour lesquels ils sont loin d’être les plus compétents. Alors que durant sa campagne électorale il s’était affiché en protecteur de la laïcité, il a gouverné en s’aplatissant devant les religieux leur montrant ostensiblement qu’il était prêt à partager les ressources de l’État avec eux, à condition qu’ils le soutiennent. Il a par ailleurs systématiquement calomnié ses propres fonctionnaires qui servent loyalement le pays pour des salaires souvent très bas. Il a enfin renforcé la tutelle de la France sur le Sénégal, donnant aux entreprises françaises des contrats faramineux et les payant rubis sur l’ongle là où le privé national est exsangue parce que l’État ne lui paie l’argent qu’il lui doit qu’au compte goutte. D’un point de vue égoïste, Macky Sall m’a été bénéfique, nous les universitaires avons eu une augmentation de salaire sous son règne. Sur le plan de l’intérêt de l’Université sénégalaise, il est catastrophique. Nos étudiants ont vu leurs droits d’inscription multipliés par dix pour un service toujours aussi mauvais. Les créations de postes sont anecdotiques, les universités qui devaient être construites pour faire face à l’augmentation démographique ne l’ont pas été. On a créé une Université Virtuelle du Sénégal pour y parquer des milliers d’étudiants à qui on donne des diplômes sans vraiment les former.

En toute conscience, je ne puis voter pour Macky Sall.

Je ne puis non plus voter ni pour Idrissa Seck, ni pour Madické Niang. L’un et l’autre sont sortis de la même matrice que Macky Sall. Ce sont des enfants de Maitre Abdoulaye Wade. Ils ont tété le lait de la corruption et de l’affairisme. Je serai bien embêté si l’un d’eux se retrouvait au second tour face à Macky Sall mais pour l’instant, le problème ne se pose pas.

Il nous reste alors deux candidats, Issa Sall et Ousmane Sonko.

J’avoue que ce que j’ai lu du programme de Issa Sall ne me convainc pas mais ce n’est pas là l’essentiel. Le parti de Issa Sall est directement issu d’un mouvement religieux. Je suis pour un État laïc et équidistant des confessions. Ce sera difficile voire impossible avec lui. Je ne vais donc pas voter pour lui.

Ne reste plus que Ousmane Sonko. Contrairement à beaucoup, je ne suis pas aveuglément séduit par Sonko. J’avais déjà trouvé ses premières attaques contre Macky Sall, Président de la République, déplacées venant d’un fonctionnaire soumis à un devoir de réserve. Il a été viré de l’Administration d’une manière que je juge illégale. Sonko aurait pu être notre Obama : un président jeune, intelligent et maitrisant les nouveaux médias. Je pense qu’il a le défaut des énarques sénégalais : de gens devenus aisés trop tôt dans un pays pauvres et qui ne valorise pas le débat contradictoire. Du coup, ils ont tendance à ne pas avoir une très grande ouverture d’esprit. Malgré tout, Sonko Président secouerait le système sclérosé qui tue ce pays. Avec lui, une nouvelle génération, qui n’a pas été formaté dans les partis politiques arriverait aux affaires. Ce seront majoritairement des fonctionnaires ayant le sens de l’État. C’est exactement ce qu’il nous faut. Depuis 2000, Wade et sa descendance ont détruit la seule chose qui tenait ce pays debout : la méritocratie républicaine construite par Senghor et qui faisait que les postes étaient occupé par des personnes ayant des qualifications fussent-elles minimales. Depuis Wade, il est devenu concevable de nommer n’importe qui à n’importe quel poste de responsabilité. Avec Sonko, ce ne sera probablement plus possible parce qu’il est porté par une génération qui aspire à la normalisation sur ce plan là. La classe politique sénégalaise ne s’y est pas trompée. Elle a généralement évité de soutenir Sonko, se rabattant sur Idrissa Seck quand elle ne pouvait composer avec Macky Sall. Sonko est donc l’alternative. Il fera ce que Macky Sall aurait du faire : éliminer cette vieille garde parasite qui a mis le pays à genoux et qui continue de le sucer. Nous sommes un pays où 42% de la population a moins de 15 ans mais où un Président de plus de 50 ans s’entoure de vieillards de plus de 65ans et se dispute avec son prédécesseur de plus de 80 ans. Il est temps que ça cesse. Ces reliques du passé doivent partir pour qu’une alternance générationnelle survienne. L’on peut critiquer Sonko sur beaucoup de points. Il est cependant clair qu’il a appartenu à l’une des administrations les plus corrompues de ce pays et qu’il n’a apparemment jamais franchi la ligne jaune. Macky Sall n’aurait pas, une seule seconde, hésité à le mettre en prison s’il avait eu vent de la moindre transaction douteuse. Il a un programme qui met les intérêts du Sénégal en premier. C’est malheureusement proprement révolutionnaire. Il aura contre lui beaucoup de lobbys ; des marabouts aux industriels en passant par la France et les fonctionnaires corrompus qui veulent que tout continue comme avant. Ce sera difficile. Il fera des erreurs. Il n’en demeure pas moins que le pays ne peut faire l’économie de cette phase difficile si nous voulons construire notre propre voie vers le développement. Tout est à reconstruire. Il nous faut une rupture nette et un leadership nouveau pour ce faire. L’une des choses qui me rassure paradoxalement, c’est que je suis loin d’être d’accord avec tout ce que propose Sonko. Il est probable que le lendemain de son élection, je commencerai à le critiquer. C’est sain et important dans une démocratie. Je crois d’ailleurs que s’il était élu, beaucoup de gens de sa génération le critiqueraient sur un point ou un autre. Cela assurerait l’émergence d’une nouvelle classe politique focalisée sur les programmes plutôt que sur les personnes et ce serait bon pour le pays. A contrario, j’ai bien peur que si nous réélisons Macky Sall, nous glissions doucement vers une dictature extrêmement corrompue. Tous ceux qui l’ont rejoint durant cette campagne recevront leur part de la manne pétrolière. Les autres seront impitoyablement réprimés par un président qui, dès son premier mandat, nous a montré qu’il n’a aucun respect pour la justice et les formes de l’État de droit. Nous sommes déjà la risée de l’Afrique avec nos opposants emprisonnés. Dimanche, nous avons le choix entre essayer de construire un avenir vivable pour notre pays ou continuer notre dégringolade vers la dictature. Je vais essayer de construire notre avenir en votant Sonko plutôt que de maintenir un statu quo délétère.

PS: Mon soutien n’a jamais été déterminant pour aucune élection mais j’aime bien ne pas me donner la possibilité de modifier rétrospectivement mes souvenir sur ce que je pensais à un moment donné.

 

Le paradoxe sénégalais et l’anthropologie du terrorisme

Posted in Politique, Religion, Sénégal by hadyba on août 16, 2017

Je mets ici un article qui vient d’être publié dans les actes d’un colloque que nous avions tenu en novembre dernier à Dakar.

L’introduction:

Nous nommons « paradoxe sénégalais » le fait que, malgré une très grande religiosité et une extrême domination de l’islam, le pays est, non seulement sur le plan institutionnel mais également sur le plan social, fondamentalement une République démocratique. Pourquoi en est-il ainsi ? Nous expliquons ce paradoxe par la manière particulière dont l’islam soufi sénégalais prend en charge la déviance et la marginalité. Dans un premier moment, nous allons illustrer et défendre cette thèse du « paradoxe sénégalais ». Dans un deuxième temps, nous allons comparer le Sénégal au Mali et montrer que les causes de l’irruption du Djihadisme au Mali sont également présentes au Sénégal. Le fait que le takfirisme[1] ne se développe pas au Sénégal et n’y devienne pas violent peut donc être considéré comme une manifestation du paradoxe sénégalais. Dans un troisième temps nous nous servons des figures de deux chefs religieux un peu marginaux dans le mouridisme : Serigne Modou Kara et Cheikh Béthio Thioune pour expliquer le paradoxe sénégalais. Cette explication nous permet d’appuyer une analyse anthropologique, proposée notamment par Scott Atran, de l’attrait du Djihadisme pour une frange de la jeunesse occidentale. Nous terminerons en proposant une solution s’appuyant notamment sur les travaux de Robert Putnam.

[1] On nomme takfiriste les mouvements qui, se référant au théologien médiéval Ibn Taymiyya (1263-1328), se permettent, contrairement à la tradition musulmane, de décréter que d’autres musulmans autoproclamés n’en sont pas de véritablement se donnant donc le droit de les tuer pour apostasie.

HadyAnthropoTerrorisme

Président Le Pen ?

Posted in France, Politique, Spéculation gratuite by hadyba on avril 2, 2017

Contrairement à ce que laisse penser ma tendance à énerver mes amis français en critiquant sans cesse leur pays, la France est l’un des pays que j’aime, respecte et admire le plus. La France est quand même rares pays qui se préoccupe sérieusement de soigner sa population, d’équilibrer le rythme de vie des masses pour qu’elles ne se tuent pas à la tâche et de promouvoir sans complexe une culture et des droits universels. On peut critiquer la France sur beaucoup de points mais à tout prendre, si l’on juge objectivement des choses, même si je suis le premier à chanter avec Renauld :

Être né sous l’signe de l’hexagone,

c’est vraiment pas une sinécure,

Je dois bien avouer que naître sous le signe de l’Hexagone est quand même une sacré chance, quel que soit l’indicateur choisi. La France est une des premières puissances militaires, économiques, sociales et politiques de cette terre. Étonnamment, à entendre pérorer les politiciens locaux, l’on a l’impression que la France est un champ de ruines dévasté par la peste et le choléra, envahi par des hordes barbares venues d’Arabie et de Nigritie, et gouverné par des lois dictées par une infâme classe de juriste bruxellois. Depuis plus d’une vingtaine d’années, les politiciens, experts et journalistes assurent le peuple que la situation ainsi décrite est un fait quasi inévitable mais que le reste d’indépendance et de civilisation dont le peuple jouit encore est menacé par un ennemi intérieur, un monstre borgne nommé Le Pen. Voter, quand on est français, revient uniquement à choisir qui nous sauvera de ce monstre. Protester, c’est faire le jeu du monstre. Critiquer le statut quo, c’est renforcer le monstre.

Le problème avec les monstres c’est que tôt ou tard, la personne que l’on essaie d’en protéger voudra essayer de les combattre lui-même voire sera tenté de croire qu’il n’est certes pas si monstrueux que l’affirment ses protecteurs. Il me semble que le peuple français en est exactement au point où la séduction du monstre est trop grande pour être conjurée par les incantations des mages. Malheureusement, je ne suis pas sûr que ce ne soit pas à juste raison en plus.

Si l’on regarde l’offre politique actuelle, mon problème n’est pas de savoir si Mme Le Pen pourrait gagner ; mon problème est que je ne vois pas comment elle pourrait ne pas gagner. Comme beaucoup, ce qu’elle représente me fait horreur. Il n’en demeure pas moins que non seulement je suis convaincu qu’elle va gagner mais en plus, je ne suis pas loin de penser que ce ne serait là rien d’autre que la note présentée à une classe politique démagogique, méprisante, corrompue et incapable de regarder plus loin que son intérêt définie de la manière la plus veule possible.

La classe politique française s’est longtemps complu dans la fange. Elle a fait croire au peuple que le monde extérieur était dangereux. Que tous les problèmes du pays ne venaient que de trois choses qui au fond n’en faisaient qu’une : la mondialisation, l’Europe, et les étrangers vivant en France. Cette peur de l’étranger est devenue un tel axiome de la vie politique française que même Mélenchon a infléchi sa position sur le sujet pour affirmer la nécessité de lutter contre les causes de l’immigration (qui est bien évidemment un mal donc), quant à Macron, il a re-rétropédalé sur ses déclarations sur la colonisation et est à présent en train de faire du charme à Christian Estrosi à défaut d’accepter le soutien du sulfureux Iznogoud Valls. La victoire idéologique est donc totale pour le Front National. Nul ne conteste sérieusement que l’Europe est mauvaise pour la France, que l’immigration est une plaie et que la mondialisation est appauvrissante. Or qui propose, sérieusement, avec logique et constance, de couper le nœud gordien ; de quitter l’Union Européenne et de renvoyer tous les basanés en Arabie et en Nigritie ? Le Front National et uniquement lui. C’est donc très logiquement que Marine Le Pen, sans même véritablement faire campagne caracole en tête de toutes les projections. Bien évidemment, tous les apprentis sorciers qui dominent la politique française se réjouissent secrètement de ce résultat, se battant uniquement pour arriver deuxième du premier tour. Ils pensent que conformément à la jurisprudence Chirac, le peuple français obéira à leurs injonctions et ira voter contre madame Le Pen quel que soit le candidat qualifié.

Je pense qu’ils se trompent lourdement. Les français votent me semblent-il sur des sujets tout autant que pour une personne lors d’une présidentielle et il me semble que quel que soit le candidat qualifié, Mme Le Pen est en mesure de le battre sur ces sujets. Prenons les candidats capables de se qualifier et les problèmes importants pour les français et plaçons les dans un tableau. Considérons les quatre sujets suivants :

  1. L’humanisme : Les français tiennent à préserver la réputation de la France comme pays des droits de l’homme et universelle donneuse de leçons. C’est ce qui explique me semble-t-il le succès d’organisations comme les Enfants de Don Quichotte ou le fait que la déportation des enfants d’immigrés n’a jamais été populaire même au plus fort de Sarko-Guéant. L’élection de Le Pen sera une blessure narcissique infligée à cette image de la France.
  2. Le danger étranger : La rhétorique politique de ces vingt dernières années a créé en France une peur du monde extérieur. Cette peur amalgame dans un même élan l’islamisme violent, les hordes sauvages africaines, le plombier polonais, la mondialisation, etc. Il me semble que ce sera un facteur important du choix des électeurs.
  3. La sécurité intérieure : La même rhétorique a créé une peur du danger déjà implanté. Cette peur mélange la crainte du déclassement, celle de l’islamisme violent, celle de la petite délinquance et des incivilités qui pourrissent la vie quotidienne.
  4. La sécurité sociale : beaucoup d’étrangers ont du mal à le réaliser mais un français normal a culturellement du mal à admettre que l’on puisse ne pas soigner un malade parce qu’il n’a pas d’argent. (Et rien que pour ça, je pense que nous pouvons accepter que ce pays est le plus civilisé au monde !) Dans la sécurité sociale, je mets également les lois démantelant les acquis sociaux et ou le droit du travail.

J’avais la certitude que si l’on prenait en compte ces quatre préoccupations, il n’était pas sûr que les potentiels qualifiés au 2nd tour convainquent mieux les français que Mme Le Pen. Pour le vérifier, j’ai construit la matrice ci-dessous en attribuant 4 points à un vote contre Le Pen sur le sujet et 1 point à un vote Le Pen. Par exemple, si je crois que concernant la sécurité intérieure, les français feront plus confiance à Le Pen qu’à X, je donne 1 point, si je pense qu’ils feront confiance à X je donne 4, si je pense que X fera mieux que Le Pen sans en être certain, je donne 3 etc. Etant donné qu’il y a quatre paramètres, si j’étais certain que X vaincrait Le Pen, on se retrouverait avec 16 points et si je pensais l’inverse, on aurait 4. Plus le score est bas donc, plus j’estime faible les chances de X et plus le score est proche de 16, plus je les estime fortes. Cette matrice n’a bien évidemment aucune valeur scientifique. Mais bon… les sondages non plus

Fillon vs. Le Pen Hamon vs Le Pen Macron vs Le Pen Mélenchon vs Le Pen
Humanisme 3 4 4 4
Danger étranger 2 1 1 2
Sécurité intérieure 2 1 1 1
Sécurité sociale 1 3 1 4
Total 8 9 7 11

 

En gros, il me semble que si n’importe qui fait mieux que Le Pen concernant l’humanisme. Quoique les filouteries de Fillon soient une tâche sur le drapeau français. Seul Mélenchon et, dans une moindre mesure Hamon, rassureraient les français concernant la préservation du modèle social français. Macron et Fillon le démantèleront certainement. Sur la sécurité, Fillon pourrait rassurer mais pas totalement vu qu’il est quand même un peu raisonnable, ne voulant ni murer les frontières face aux hordes sauvages ni sortir de l’Europe. Personne ne peut de toute manière quoi que ce soit contre le terrorisme même si Le Pen pourrait satisfaire le sadisme de son électorat en réinstaurant la torture et la peine de mort. Le pari de Macron était de créer un mouvement à la Obama qui changerait totalement la donne en apportant un discours radicalement nouveau. Contrairement à Obama, il n’a ni projet fédérateur ni discours neuf. De plus, les français sont moins idéalistes, plus blasés et ironiques que les américains. Macron a donc plus l’air de vendre une lessive qu’autre chose. Quand on regarde la distribution des points dans le tableau, le plus haut total fait 11 et il est attribué à Mélenchon. Macron me semble devoir faire le pire face à Le Pen. L’explication me parait simple : entre une raciste qui laisse le droit du travail et la sécurité sociale en l’état et un banquier inexpérimenté en politique qui va détruire les deux, que choisira le peuple ? Pourtant c’est Macron qui va probablement être au second tour face à Le Pen. De ce fait, je ne vois vraiment pas comment Marine Le Pen pourrait ne pas sortir vainqueur du second tour. Je le vois d’autant moins que la blessure narcissique française en cas de victoire Le Pen sera mitigée par deux choses : d’une part Marine Le Pen est une femme et son élection sera une première pour la France et d’autre part le précédent Trump relativise la honte. Face à Trump, Marine Le Pen est un parangon d’élégance et de culture.

Bon ceci dit, n’oublions pas que j’avais, en son temps, courageusement prédit la victoire de Ségolène Royal sur Sarkozy.

Le Président contre le peuple

Posted in Politique, Sénégal by hadyba on février 17, 2016

Il y a un mois, j’écrivais ici même :

Puisqu’avec moi, il faut que tout devienne politique, ça m’a fait penser à notre vie politique actuelle. Macky Sall cherche désespérément le moyen de se délier de sa promesse de réduire son mandat. Une des choses qui avaient été les plus désastreuses pour Wade, bien plus que sa corruption, est son fameux : « Maa waxoon, waxeet » (« C’est moi qui l’avais dit, je me dédis donc! » à propos de sa promesse antérieure de ne jamais briguer un troisième mandat) Cette formule avait fait l’effet d’une bombe et fait éclater à la face de tous que Wade était vieillard cynique et sans honneur qu’il serait déshonorant de garder comme dirigeant. En voyant le Professeur Ismaila Madior Fall essayer de trouver une porte de sortie au Président Sall, ma première réaction était: « Mais les politiciens ne peuvent-ils donc jamais apprendre des erreurs de leurs prédécesseurs? » Peut-être ma bourde répond-t-elle à cette question: Macky Sall serait aussi peu intelligent que moi. Dans mon cas, ce n’est pas bien grave, je n’ai pas encore de responsabilités, je suis en train d’apprendre et ai de très bon mentors. Dans le cas d’un homme dont les décisions engagent la Nation en revanche…

L’expédient trouvé par Macky Sall a consisté à demander l’avis du Conseil Constitutionnel sur la rétroactivité éventuelle d’une modification constitutionnelle, à se voir répondre que nos Cinq Singes pardon Sages n’aiment pas les lois rétroactives et à en conclure que l’avis du Conseil le liant, il n’a vraiment d’autre choix que de continuer à jouir du pouvoir pour deux années de plus contrairement à son désir le plus profond. Il n’est même pas besoin d’argumenter contre un acte aussi méprisable.

  1. Une promesse réaffirmée à plusieurs reprises sur toutes les plateformes doit être respectée, quel qu’en soit le prix.
  2. Un AVIS du Conseil Constitutionnel est un AVIS pour une bonne raison : c’est un AVIS, EN AUCUN CAS UNE DÉCISION. (J’ai même honte d’écrire une telle platitude.) Le Président a pris soin, durant tout son discours, de nommer DÉCISION ce qui n’est qu’un AVIS des Cinq Singes pardon
  3. Si personne –les juristes moins que tout autre– n’aime les lois rétroactives qui sont sources d’insécurité, il y a cependant des circonstances dans lesquelles de telles lois sont parfaitement acceptables. En l’occurrence, le peuple entier modulo quelques carriéristes et corrompus à la solde de ce pouvoir, veut de cette modification constitutionnelle et de son applicabilité immédiate.
  4. Je veux bien croire que le Président est entouré de pieds nickelés mais je ne puis croire qu’aucun d’eux n’est au courant du Précédent Poutine. Le Président pourrait faire passer la modification constitutionnelle, démissionner, laisser le pouvoir au Président de l’Assemblée, se faire nommer Premier Ministre, organiser des élections auxquelles il se représenterait, etc.

Le Président et ses affidés essaient de nous faire croire que c’est librement que Macky Sall avait décidé de réduire son mandat de sept à cinq ans et que donc son incapacité à tenir cette promesse ne saurait lui être reprochée parce que c’était une promesse libre faite sans contrainte et qu’il a essayé de tenir par tous les moyens mais que son sens scrupuleux de la séparation des pouvoirs l’empêche de tenir sauf à violer la loi fondamentale. Rappelons déjà qu’on parle de l’honorable gentleman qui, ministre de l’intérieur, avait tabassé un président de bureau de vote pour voter sans carte d’identité, qui, Président de la République, continue à présider un Conseil Supérieur de la Magistrature se tenant au Palais, s’est prononcé sur la culpabilité de Karim Wade avant le verdict, se permet de ralentir ou d’accélérer les enquêtes pour corruption au gré de ses alliances politiques et récupère de présumés délinquants dans son entreprise de massification de son parti politique. Cet honorable gentleman donc, sous prétexte de respect scrupuleux de la loi, veut violer une promesse électorale. Par ailleurs cette promesse n’a pas été consentie sans contrepartie. Le consensus qui prévalait en 2012 était qu’il fallait que le prochain président s’engageât à faire un quinquennat plutôt qu’un septennat. Ce consensus était porté par des organisations de la société civile comme le M23. C’est devant ces organisations que le futur Président de la République s’était engagé, entre les deux tours, à réduire son mandat et à appliquer le programme des Assises Nationales. Cette promesse a donc été faite dans un contexte ou le Président avait besoin du soutien de ces organisations pour gagner la Présidentielle et n’est en aucun cas une grâce que le Président de la République voulait nous accorder en vertu de son bon vouloir et de son sens démocratique.

Comme toujours avec Macky Sall, ce qui m’énerve c’est que c’est un Wade au petit pied qui fait perdre du temps au pays. Il a maintenu le suspense pendant quatre ans, a essayé les expédients les plus médiocres, n’a strictement rien fait sur le plan politique et finit par se ridiculiser. Ce qui va se passer maintenant, c’est que nous aurons pendant deux ans un Président délégitimé qui se fera contester partout où il passera. Le pays deviendra ingouvernable à l’instar de ce qui se passe déjà à l’Assemblée Nationale où les tripatouillages d’une majorité téléguidée du Palais ont tellement abaissé l’Institution que, pour la première fois de notre histoire, nous assistons à des pugilats entre députés. Personne ne peut, au bout de quatre ans de mandat, citer plus de trois réalisations incontestablement positives de ce Président. Les deux années qui arrivent seront pires : le pays perdra son temps en querelles stériles de politiciens. L’Administration, qui se sent déjà insultée par Macky Sall qui l’a à plusieurs reprises décrétée incompétente, n’aura aucune loyauté envers un Président qui vient violer de manière aussi obscène son serment. Les populations sortiront dans la rue pour un oui ou un non (coupures d’électricité ; absence de profs de philo ou de maths dans les écoles)

Il me semble évident que le Président n’a désormais strictement aucune chance de se faire réélire. Il s’est assuré de ce fait en déclarant la guerre au peuple avec le discours d’hier soir. En plus, il a donné deux ans à son opposition pour s’organiser. J’espère juste qu’après son départ, nous jugerons les crimes économiques que sa nomenklatura est actuellement en train de commettre.

La victoire du macho hystérique

Posted in France, Politique by hadyba on janvier 27, 2016

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C’est Celeste qui a une fois parlé de « machos hystériques » pour désigner des politiciens qui, comme Valls et Sarkozy, sont tellement anxieux de prouver leur virilité qu’ils ne peuvent s’empêcher de sautiller comme des cabris en glapissant avec ce qu’ils croient être de la fermeté et en détruisant tout sur leur passage. L’hystérie est le type même de la caractérisation sexiste, réservée aux femmes et dont la base scientifique est plus que douteuse. Il y a cependant une irrationalité dans le besoin de paraitre ferme chez certains politiciens mâles actuels qui fait que j’ai immédiatement été frappé par la justesse de la caractérisation de Celeste. Sarkozy a gagné la présidentielle française. Puis il a passé tout son mandat à courir à gauche et à droite, à s’agiter, à insulter tout ce qui ne lui faisait pas allégeance et à prétendre périodiquement avoir sauvé le monde. Pour couvrir son incompétence, il a complètement hystérisé le débat public prenant les étrangers comme bouc-émissaires et faisant passer des lois plus déshonorantes pour la France les unes que les autres. Il n’a bien évidemment pas été réélu. Le peuple français, quoiqu’en pense son élite, n’est pas idiot.

Non seulement Sarkozy n’a pas été réélu mais a été élu à sa place, celui qui semblait être son absolue antithèse: un placide technocrate sur-diplômé qui n’aurait pas déparé dans une salle de séminaire d’une université de seconde zone. Le problème est que cette apparente placidité ne cachait pas la force tranquille d’un Mitterrand mais une absence totale de personnalité et une ambition réduite au seul souci de se préserver. N’ayant aucune personnalité, Hollande a, contre toute logique, emprunté celle de Sarkozy et nommé son doppelgänger du PS au poste de Premier Ministre en lui laissant les pleins pouvoirs. Sachant que Valls a fait moins de 10% aux primaires du PS, c’est à tout le moins, une trahison de son électorat naturel. En bon macho hystérique, Valls entraine le gouvernement actuel toujours plus loin dans l’infâme tant il a besoin de prouver aux terroristes que lui aussi il en a une paire et ne reculera devant rien pour… euh, en fait on ne sait même pas dans quel but il propose les infamies qu’il propose.

Christiane Taubira qui était la dernière du gouvernement à essayer de défendre un semblant de principes, vient de jeter l’éponge. Mieux vaut tard que jamais suis-je tenté de dire. C’est cependant assez triste pour la France. Les machos hystériques comme Valls et Sarkozy, sont avant tout d’anciens gosses à qui leurs parents n’ont pas inculqué le principe de réalité. De tels enfants s’agitent et hurlent pour avoir des jouets puis ils les cassent. Normalement, le monde se charge de les éduquer quand ils sortent du giron familial. Je ne comprends toujours pas ce qui a pu faire que de telles personnes aient pu se retrouver à la tête d’un pays développé. Le jouet actuel de M. Valls, tout comme celui de M. Sarkozy avant lui, est la République. Espérons qu’elle survivra indemne à deux machos hystériques.

Taubira-vélo

Les dangereuses improvisations antiterroristes du Président Sall

Posted in Politique, Religion, Sénégal by hadyba on novembre 11, 2015

La bonne nouvelle est que nos autorités semblent enfin prendre au sérieux la menace terroriste. Il y a eu une vague d’arrestation d’imams. Le Président de la République semble avoir prononcé un discours plutôt important définissant la doctrine antiterroriste du pays. Ce qu’il y a sur le site de la Présidence ne casse certes pas trois pattes à un canard même s’il y a des idées intéressantes. Je suppose que c’est ce qui a été préparé.

Le Président de la République semble cependant avoir improvisé.

Sur Seneweb, on nous apprend qu’il aurait dit :

« A coté de ces politiques, il faut développer un discours philosophique et théologique. Cela nécessite une formation des imams dans le sens d’un islam tolérant. Et c’est le modèle d’islam que nous, nous avons adopté depuis que l’islam a été introduit en Afrique, en tout cas en Afrique de l’Ouest. C’est un islam tolérant. Nous ne saurions donc accepter chez nous qu’on vienne nous imposer une autre forme de religion. On a jusque là connu un islam modéré et tolérant. Donc, ça c’est une question de la société toute entière. Ce n’est pas seulement l’affaire de l’État, mais lorsque l’on voit des formes nouvelles, par exemple le port de voile intégral dans notre société, alors que ça  ne correspond ni à notre culture, ni à nos traditions, ni même à nos conceptions de l’islam, nous devons avoir le courage de combattre cette forme excessive d’imposer. De toute façon, c’est le même refus que je pose à d’autres modèles qu’on veut nous imposer. C’est-à-dire que nous ne pouvons pas accepter que des modèles qui nous viennent, je ne sais d’où, soient imposées en Afrique»

Le Soleil quant à lui fait dire au Président :

« nous devrons travailler sur les pays qui ont le même modèle islamique ». « Nous avons aussi besoin d’une collaboration pour mettre en place des académies et des écoles. Il est nécessaire d’avoir un volet  dans la formation des élites, pas seulement des imams dans cette bataille psychologique »

Le chef de l’Etat sénégalais a rappelé que la lutte contre le terrorisme doit être « l’affaire de toute la société » en faisant la distinction entre l’Islam africain et l’Islam d’ailleurs, fustigeant le « port du voile intégral qui n’est pas africain et ni conforme à notre culture ». « Nous devons avoir le courage de combattre et de ne pas accepter une autre forme de l’Islam que l’Islam tolérant que nous connaissons même s’il y a des gens prompts à financer. La société civile et la classe politique doivent être à l’avant-garde de ce combat. J’invite la classe politique à faire très attention sur la question de l’arrestation des imams à laquelle nous venons de procéder. Nous ne saurions également tolérer un certain type de discours de politique politicienne », a averti le président Sall.

Autant j’ai été paniqué toutes ces années de la légèreté avec laquelle notre classe politique traitait la question du terrorisme, autant les présidentielles improvisations de Macky Sall me paraissent malvenues et, pour tout dire, potentiellement dangereuses pour le pays.

Commençons par le tenace mythe de l’islam noir qui serait tolérant parce que syncrétique. Je ne vais pas me prononcer sur le fonds. Le président dit :

Et c’est le modèle d’islam que nous, nous avons adopté depuis que l’islam a été introduit en Afrique, en tout cas en Afrique de l’Ouest. C’est un islam tolérant. Nous ne saurions donc accepter chez nous qu’on vienne nous imposer une autre forme de religion.

Le problème, c’est que l’État du Sénégal n’adopte strictement aucune religion. Nous sommes une République laïque cela veut dire que nous traitons exactement toutes les religions de la même manière. Les citoyens sénégalais ont des choix philosophiques et religieux que l’État n’a pas à sanctionner. L’État les accompagne dans toute pratique religieuse qu’ils choisissent et qui est conforme à notre Constitution. S’immiscer dans les pratiques des citoyens pour voir s’il est tolérant ou pas n’appartient ni à Macky Sall ni à qui que ce soit d’autre. La seule chose que nous demandons à notre État, c’est de veiller au respect des lois et d’assurer la sécurité publique.

Comme toujours quand on régule ce genre de choses, c’est sur les femmes que l’on tape et Macky Sall n’échappe apparemment pas à la règle qui dit que :

l’on voit des formes nouvelles, par exemple le port de voile intégral dans notre société, alors que ça  ne correspond ni à notre culture, ni à nos traditions

D’abord faut arrêter avec nos cultures et traditions. Nous n’avons pas élu un défenseur de nos cultures et traditions mais un Président de la République. Ensuite, si des femmes estiment qu’elles doivent s’habiller de telle ou telle manière de quel droit le Président de la République se permet-il de décider de la conformité de leur habillement à nos cultures et traditions ? Une minijupe correspond-elle à nos cultures et traditions ? Nos traditions sont-elles chrétiennes, islamiques ou païennes ? Le port de la barbe s’y conforme-t-il ? Le voile intégral est typiquement le genre de faux problèmes que l’on agite quand on est impuissant à améliorer la situation. Pourquoi des femmes choisissent-elles de se voiler ? Pourquoi nous réfugions-nous dans des formes de religiosité radicales ? Peut-être parce que nous sommes horrifiés par la corruption de ce qui aurait du nous servir de norme religieuse ? Peut-être parce que notre situation économique est tellement désespérée que nous parions tout sur l’au-delà ? Je n’en sais rien et à vrai dire, qui suis-je pour juger des choix religieux des gens ?

Au passage, Macky Sall nous rappelle subtilement qu’il avait glorieusement résisté à la puissance américaine sur la question de l’homosexualité :

De toute façon, c’est le même refus que je pose à d’autres modèles qu’on veut nous imposer.

Il y aurait donc, dans son esprit une égalisation entre l’homosexualité et l’islam radical. J Là, je suis bien d’accord avec lui : homo, hétéro ou salafiste, je pense que l’État n’a pas a rentrer dans la vie des gens tant qu’ils ne commettent pas d’activité délictueuses. Maintenant si l’État s’amuse à criminaliser ce que les gens font paisiblement (par exemple porter le voile intégral ou pratiquer un islam rigoriste) pour ensuite venir arrêter les gens, je crois qu’il y a un problème.

Enfin, plus grave, si j’en crois le Soleil qui est quand même le journal officiel, Macky Sall termine en menaçant son opposition républicaine :

J’invite la classe politique à faire très attention sur la question de l’arrestation des imams à laquelle nous venons de procéder. Nous ne saurions également tolérer un certain type de discours de politique politicienne

Donc notre Président s’arroge le droit d’arrêter qui il veut au nom de la menace terroriste et il faudrait que personne ne moufte ? Comme souvent en matière de lutte contre le terrorisme, les politiciens veulent préserver nos libertés en nous les confisquant. Non merci. Un Président qui s’est montré singulièrement aveugle sur le Mali, qui a failli conforter des putschistes au Burkina et qui expulse de opposants gambiens nous demande les pleins pouvoirs au nom de la lutte contre le terrorisme ? Non, je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Parmi les idées intéressantes du discours présidentiel, il y a l’idée que le terrorisme nait de l’inégalité et de la pauvreté. C’est justement pour résoudre ces problèmes là qu’on a élu Macky Sall. Pour l’instant, nous ne voyons aucune amélioration de notre situation économique. Les pauvres n’arrivent toujours pas à se soigner ni à assurer une éducation de qualité à leurs enfants. Une minorité de délinquants (et de) politiques s’enrichit toujours plus alors que les autres s’appauvrissent. Pour lutter contre le terrorisme, le Président doit laisser la police et la justice faire leur boulot et faire le sien qui est d’améliorer le sort de nos concitoyens. Il n’a pas besoin des pleins pouvoirs pour ça !

Touba comme non problème

Posted in Politique, Religion, Sénégal by hadyba on juillet 9, 2014

Dans les salons feutrés où les instruits sénégalais font semblant d’être des intellectuels, quand portes et fenêtres sont closes, nous parlons parfois de Touba. Ce que nous y disons avec virulence et que nous faisons semblant d’oser dire en public est que Touba est un pouvoir féodal qui va détruire la République si des intellectuels aussi éclairés et courageux que nous ne nous saisissons de cette affaire et n’obligeons notre gouvernement à combattre ce centre de pouvoir alternatif. Touba, il est vrai a acquis une considérable influence dans le débat public depuis que le Président Wade, dans sa maléfique entreprise d’abaissement des valeurs républicaines, a décidé de publiquement faire allégeance au marabout. Wade n’était bien évidemment motivé par aucune vraie foi. Son but était double : d’une part s’assurer à peu de frais l’électorat mouride et d’autre part miner le sentiment républicain à un point tel que ses turpitudes ultérieures paraitraient normales. M. Macky Sall, lorsqu’il aspirait au poste de Président de la République du Sénégal avait semblé vouloir reprendre le pouvoir sur Touba. Son affirmation que : « Les marabouts sont des citoyens comme les autres. » avait été comprise comme visant particulièrement Touba et saluée ou honnie en conséquence. Malgré cette affirmation, Macky Sall a été élu suscitant immédiatement l’ire plus ou moins voilée de Touba. Contre toute attente, le Président Sall a multiplié les actes d’allégeance envers Touba, en pure perte bien évidemment, ce qui ne manque pas d’inquiéter les instruits sénégalais qui font semblant d’être des intellectuels.

Trois épisodes ont particulièrement dérangé.

  • D’abord un estimé professeur de l’Ucad, double agrégé et docteur d’État a, de manière quelque peu… hum… imprudente, commis un livre dans une maison d’édition quelque peu… hum… disons grand public, livre dans lequel il affirmait (semble-t-il) que le prophète Mahomet n’avait fait rien de plus que recycler dans le Coran les historiettes grecques qui trainaient à l’époque. L’on s’attendait certes à ce que le livre fît modérément scandale parmi les autoproclamés et télévisuels défenseurs de la foi mais le Sénégal étant le Sénégal, ça ne devait pas dépasser un certain niveau. Les choses atteignirent cependant des proportions inattendues lorsque, out of the blue, le Khalife Général des Mourides himself revêtit son manteau de défenseur de la foi et commit un communiqué de presse condamnant dans les termes les plus fermes l’insulte à l’islam que lui paraissait être le livre de notre estimé collègue. Les mourides étant connus pour parfois devancer quelque peu violemment les désirs de leur guide spirituel, nous nous inquiétions tous pour notre collègue. Ce dernier nous épargna charitablement la nécessité de le défendre en décidant, de manière quelque peu … hum… disons non universitaire, de platement s’excuser d’avoir écrit ce livre.
  • Ensuite lors de la confection des listes électorales pour les élections municipales et locales qui viennent de s’achever, il a d’abord été décidé qu’il n’y aurait qu’une seule liste électorale à Touba et que le Khalife Général des Mourides lui même se chargerait de la confectionner[1]. Quand la liste parut, on se rendit compte que contrairement aux dispositions de la loi sénégalaise, il n’y avait aucune femme. Cette liste était donc illégale. Au lieu de pointer ce fait notre ministre de l’intérieur lui-même choisit de faire une sortie dans laquelle il affirmait en que si la loi de la République n’avait pas l’heur de plaire à Touba, il était évident que le consensus républicain et la volonté générale voulaient que la République ignorât ses propres lois pour complaire aux desiderata du Khalife. En conséquence, la liste serait présentée telle qu’elle aux électeurs. L’on protesta prudemment mais mollement et tout le monde fit semblant d’être trop occupé pour coucher sur papier ou rappeler devant un micro cette évidence que la loi de la République devait s’appliquer sur tout le territoire de la République.
  • Enfin, alors que l’on n’avait pas fini de s’étrangler devant une telle forfaiture ministérielle et de trouver le moyen d’ignorer subtilement notre propre lâcheté, un des députés les plus… hum… disons hauts en couleur, de notre assemblée nationale décida d’insulter au téléphone de la manière la plus vulgaire possible un membre de la noble famille du Khalife général des mourides. Ce député est, comme il se doit pour un député sénégalais, immensément riche et se trouve être élu de Touba. Sa conversation se retrouva comme par miracle sur internet. S’ensuivit une expédition punitive apparemment menée par UNE ÉMINENTE MEMBRE de la noble famille du Khalife générale des mourides –au fait s’ils ont en leur sein de telles amazones au sens de l’initiative si avéré, pourquoi ne pas simplement les coopter dans la liste des aspirants conseillers municipaux afin de répondre aux exigences de la loi ? Les voies du Khalife sont décidément bien mystérieuses !– Quoiqu’il en soit, cette expédition punitive saccagea domiciles et entreprise de notre député. La gendarmerie évacua certes la famille du député sauvant des vies mais ne fit strictement rien pour protéger les biens d’un homme qui était pourtant un représentant du peuple. Le saccage s’étant fait devant des caméras de télévision, l’on arrêta mollement 19 personnes qui furent libérées le lendemain au grand dam de la magistrature sénégalaise qui protesta officiellement contre une libération qu’elle imputait au politique mais se garda bien de creuser plus avant les circonstances d’une telle sortie de prison.

Devant ces trois épisodes, nos théoriciens de salon ont tendance à parler (en privé, ils sont pas fous) d’un problème Touba et à tenir les discours les plus virulents contre l’autorité spirituelle de cette Ville que tout le monde ici dit Sainte.

Bizarrement, je ne pense absolument pas que nous ayons un problème Touba. Le véritable problème que nous avons, c’est la lâcheté de notre élite, qu’elle soit politique ou intellectuelle. Mon père, qui n’est absolument pas un féministe, m’a confié avoir été choqué par l’apathie des organisations féministes qui auraient du exiger de l’État qu’il élimine une liste illégale remettant en cause un acquis des femmes. Mais bien sûr, les femmes qui dirigent les organisations féministes sénégalaises sont des membres de l’élite sénégalaise et donc aussi lâches que leurs homologues mâles. Paradoxalement, notre peuple quant à lui, même quand il est mouride, semble faire parfaitement la part des choses entre ce qu’il doit au spirituel et ce qu’il doit au temporel… Sauf quelques excités bien sûr. Le problème, c’est que notre gouvernement est trop lâche pour s’occuper de ces excités qui existent partout. Je suis scié que Macky Sall, ne le comprenne pas. Après tout, lors de la campagne électorale des présidentielles, non seulement il a dit que les marabouts étaient des citoyens comme les autres, mais il a également affirmé qu’il légaliserait l’homosexualité. Ces deux « fautes » ont été instrumentalisées à mort par le camp Wade. Ça ne l’a pas empêché d’être élu par une majorité de l’électorat. Je ne comprends pas qu’après cela, il éprouve le besoin de s’aplatir devant des marabouts qui de toute évidence n’ont qu’une influence marginale sur l’électorat. Lors des dernières législatives, la population a encore récidivé dans l’expression d’un sentiment républicain que notre élite s’évertue à lui nier. Il n’y a qu’une seule liste à Touba et cette dernière a été autorisée à se présenter malgré son caractère illégal. La ville de Touba est censée être ultra acquise au marabout. Malgré tout, le jour des élections, la dite Liste du Khalife l’a certes emportée mais alors qu’elle a obtenu 20 468 voix, il y a eu 1151 bulletins nuls et… 18 813 bulletins blancs. J’insiste, 18 813 citoyens, presque 50% des votants se sont déplacés pour aller mettre dans l’urne non pas le bulletin dont on affirmait qu’ils en voulaient évidemment mais un bulletin blanc leur permettant d’exprimer leur désaccord avec qu’on leur imposait au nom de leur supposée croyance religieuse. Il me semble que ces citoyens ne sont pas de moins bons mourides que les autres. C’est juste qu’ils se trouvent également être républicains. 50% de républicains parmi les votants d’une ville qui est censée être un repaire de fanatiques ? J’aurais souhaité pouvoir dire que je crois qu’il y a autant de défenseurs la République dans notre assemblée nationale et dans les autres ghettos où se concentre notre soi disant élite ; je ne le puis…

[1] Franchement, je ne suis même pas sûr de ça tellement cela s’est fait dans la confusion et les discussions subséquentes ont été prudentes et modérées contrairement à tous les usages sénégalais.

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Hydro-guerre au Sénégal #EauSecours

Posted in Oh my God!, Politique, Sénégal by hadyba on septembre 28, 2013

Ça fait maintenant plus de 15 jours que la capitale sénégalaise, Dakar, n’a pas d’eau courante. C’est variable. Une minorité de quartiers a eu de l’eau courante durant toute cette période. D’autres en ont à certaines heures de la journée, habituellement entre 4h du matin et 7-8h du matin. La plupart des quartiers, notamment la grande banlieue dakaroise mais pas uniquement, n’ont pas vu une seule goutte d’eau couler du robinet de toute la quinzaine.

Pénurie

Ces coupures ont commencé le 12 septembre, nous sommes aujourd’hui le 28 septembre aucune amélioration n’est en vue. La cause de la rupture de la fourniture d’eau est l’éclatement d’un tuyau qui se trouve dans un village perdu pas très loin du Lac de Guiers. Le village de Keur Momar Sarr est instantanément devenu célèbre et, le Sénégal étant le Sénégal, tout le monde est devenu ingénieur hydraulique spécialisé dans les tuyaux et canalisations. Le consensus semble être que la Société des Eaux (SDE) est fautive. Ce d’autant plus que l’ancienne société nationale des eaux (Sones) a été démantelée en 96 et divisée en deux boites : une privée ; la SDE vendue à Bouygues et une public, la Sones. Personnellement, je me hâterai d’autant moins d’accuser les méchants pillards capitalistes et étrangers qu’il me semble me souvenir que le rôle de la SDE est de vendre l’eau et de s’occuper des petites réparations alors que la Sones serait chargé du gros œuvre ; d’où cette molle justification. La suite nous édifiera. Le Sénégal ne manquant pas de juristes capables de lire un contrat d’affermage.

Ce qui m’a intéressé, c’est l’incompétence avec laquelle notre gouvernement a géré cette crise.

Les 6 premiers jours, il y a eu exactement zéro réaction de la part d’un membre quelconque de cette auguste équipe. Aucun de nos ministres n’a exprimé la moindre compassion envers le peuple qui souffrait et encore moins proposé de solutions. Puis la presse nous a appris que les Sapeurs pompiers avaient été mobilisés pour distribuer de l’eau à nos prétendues personnalités ainsi qu’aux… hôtels !

Plus que l’absence de réaction gouvernementale, c’est cet amalgame entre personnalités et hôtels qui m’a choqué. Notre élite politique actuelle ne partage pas le sort qui est le lot commun du peuple. D’une certaine manière ça peut se comprendre. Des ministres puants ne nous seront d’aucune aide. Mais pourquoi approvisionner des hôtels dans lesquels résident pour la plupart des étrangers de passage ? Précisément parce que ce sont des étrangers qui s’y trouvent. Nous sommes gouvernés par une élite qui méprise le peuple qui l’a élu mais nourrit des complexes face aux étrangers surtout blancs.

Quoiqu’il en soit notre gouvernement a fini par se rendre compte qu’il y avait un petit problème. Nous avons d’abord eu droit au sinistre Latif qui a affirmé que le gouvernement n’était pas fautif, la SDE étant une entreprise privée. Ensuite ce furent les rodomontades de Mimi Touré notre première ministre et les promesses de notre ministre de l’hydraulique. Après avoir été dûment tancée, la SDE a achevé les réparations en début de semaine… pour voir le tuyau exploser de plus belle. Mimi Touré s’est donc rendue à Keur Momar Sarr et s’est fait filmer en train d’engueuler le directeur de la SDE. Elle a promis la fin de l’impunité de la SDE et ordonné au directeur de la SDE de rester dans ce bled pourri tant que le tuyau ne serait pas réparé. J’aurais adoré que le directeur de la SDE lui signale 1) qu’en tant que privé il n‘avait pas d’ordre à recevoir de la première ministre et 2) que c’était l’État et en l’occurrence le ministre de l’hydraulique de l’époque à savoir un certain Macky Sall qui avait commandé ce tuyau problématique pour commencer ! Mais le directeur de la SDE semble être un homme pondéré.

Jeudi alors qu’on espérait un retour de l’eau le lendemain, le tuyau a de nouveau explosé expédiant 6 ouvriers à l’hôpital. Voyant enfin que la situation était grave, notre Président de la République décidât de prendre les choses en main.

Stephen Colbert avait eu une phrase dévastatrice pour Bush après Katrina :

I stand by this man. I stand by this man because he stands for things. Not only for things, he stands on things. Things like aircraft carriers, and rubble, and recently flooded city squares. And that sends a strong message: that no matter what happens to America, she will always rebound—with the most powerfully staged photo ops in the world.

Macky Sall et son équipe ont décidé de montrer au monde que le Sénégal aussi savait mettre en place des photo-ops dignes de Bush Jr. Pour que la référence fut claire, notre Président commença son offensive par une référence à Kartina et par une injonction religieuse digne de Bush Jr : « Quand il y a des difficultés il faut s’en remettre à Dieu. » Puis il continua en menaçant un peu les éventuels fauteurs de troubles : « Ce n’est pas en brûlant des pneus qu’on arrivera à déstabiliser le pouvoir »

Le soir même le Président se fit habiller en militaire par son équipe de com’ et se rendit à Keur Momar Sarr. C’est donc officiel, Son excellence Monsieur Macky Sall, Président de la République du Sénégal, Chef des armées a décidé de faire la guerre au tuyau de Keur Momar Sarr. Mettons donc-les images pour effrayer un peu ce tuyau.

DébarquementMackyen

MiliMacky

Maintenant, cet accoutrement est la chose la plus stupide qu’une équipe de com’ sévissant au Sénégal ait jamais pondue. Et Dieu sait que nous avons eu droit à notre lot de communicants !

D’abord, Macky Sall fait bien 450 kilos ce qui n’est pas génial pour donner l’image d’un chef de guerre. Ensuite, même si au Sénégal nous respectons notre armée, la société n’est absolument pas militarisée et les gens ne sont pas habités par une admiration délirante pour les hommes et femmes en uniforme. Ces derniers sont simplement des citoyens sénégalais, certes fiables et respectables mais pas plus que le reste du corps social. Nous n’avons absolument pas la tentation de voir un militaire prendre le contrôle du pays pour mettre de l’ordre dans les affaires civiles. Nous préférons notre désordre démocratique même s’il produit des dirigeants comme Macky Sall. Enfin, c’est une occasion en or pour les opposants de parler de tentation dictatoriale de la part de Macky Sall. Ils vont affirmer qu’il veut instaurer une dictature militaire et qu’il se prend pour son Excellence Yaya Jammeh.

Le pire dans tout ça, c’est que ça n’effraiera même pas le tuyau de Keur Momar Sarr et que ce tuyau ne se réparera pas tout seul, impressionné par la prestance militaire de Macky Sall… Décidément, ce mandat sera  long !

MackyFatigué

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Tartous

Posted in Politique by hadyba on août 29, 2013

Tout comme mon ami kalmatan, je suis écoeuré par l’hypocrisie des puissances occidentales concernant la Syrie. Non pas que j’aie la moindre sympathie pour ce psychopathe de Assad; je trouve juste que des gens qui ont utilisé des munitions à l’uranium appauvri en Irak et qui tuent sans vergogne des enfants en Afghanistan et au Yemen ne sont pas bien placés pour donner des leçons en humanité à un copain psychopathe.

Kalmatan écrit dans un autre post:

Le mystère est : pourquoi les Occidentaux veulent-ils, à tout prix, attaquer la Syrie ?

Je ne prétends pas, en ce moment, connaître les raisons stratégiques (nécessairement myopes) et les intérêts (nécessairement étroits) défendus. Nous les découvrirons bientôt, j’en suis sûr et elles nous renverront à quelque chose de bien fumeux, comme d’habitude.

Je crois avoir la réponse et c’est là qu’éclate l’hypocrisie des puissances occidentales soi disant démocratiques. Ces puissances et leur presse nous font croire que le soutien russe à la Syrie est irrationnel et que la guerre est la seule manière d’arrêter Assad. Il aurait pourtant été très simple de régler tout ceci dès le début. La seule raison pour laquelle la Russie soutient becs et ongles Assad, c’est parce qu’à Tartous se trouve la dernière base (pdf) navale russe en dehors de l’ancien bloc soviétique. Depuis deux ans la Russie préserve ses intérêts stratégiques, quel que soit le nombre de morts. Les USA jouent les père la vertu mais tout ce qui les intéresse c’est de bouter la Russie hors du Moyen Orient. Si les occidentaux avaient été sérieux dans leur désir de protéger la population syrienne, il leur aurait suffit de négocier avec les Russes le lâchage d’Assad contre l’assurance de conserver la base de Tartous. Cet autre psychopathe qu’est Poutine aurait laissé mourir Assad sans sourciller. Au lieu de ça, les occidentaux font semblant de défendre la démocratie et des valeurs soi disant universelles. Je veux bien qu’Assad et Poutine soient des psychopathes capables de tuer sans frémir des millions d’humains. Je ne vois pas en quoi Obama, Cameron ou Holande sont meilleurs. En vérité, je les soupçonne même d’être encore plus psychopathes eux qui risquent encore moins que Poutine et Assad qui, au moins, ne sont pas à l’abri d’une mortelle révolution de palais.

J’avoue partager le sentiment de Kalmatan:

Ce qui m’énerve le plus – si ces têtes molles de la Triade ne déclenchent pas une guerre mondiale – c’est de savoir qu’après avoir transformé la Syrie en champ de ruine et l’avoir ramené au niveau de Haïti du point de vue développement, Obama ira jouer au golf, Cameron sirotera du champagne dans une garden party et Hollande somnolera à la fin d’un apéro. Leur cœur ne sera pas troublé par la crainte que la guerre n’égratigne les chances électorales de leur parti. Il n’y aura pas, contre eux, la menace d’un procès à la Cour Internationale de Justice. Toute cette affaire, pour eux, n’aura pas été plus importante qu’un coup de fil entre dieux de l’Olympe. Lorsqu’en 1935 ou 1938 les hommes d’Etat d’Angleterre et de France calculaient leurs mouvements vis-à-vis de Hitler, c’était avec la terreur absolue et térébrante des conséquences directes et potentiellement fatales pour leur pays, leur population, leur personne même. Pour Obama, Cameron et Hollande, aujourd’hui, les calculs exterminateurs dont la Syrie est l’échiquier ne seront même pas cause qu’ils oublieraient de se brosser les dents avant de se mettre au lit. En ce sens, c’est eux, aujourd’hui, qui inspirent l’inquiétude amère et glacée qu’inspira jadis le Moloch allemand.