Hady Ba's weblog

Le Président contre le peuple

Posted in Politique, Sénégal by hadyba on février 17, 2016

Il y a un mois, j’écrivais ici même :

Puisqu’avec moi, il faut que tout devienne politique, ça m’a fait penser à notre vie politique actuelle. Macky Sall cherche désespérément le moyen de se délier de sa promesse de réduire son mandat. Une des choses qui avaient été les plus désastreuses pour Wade, bien plus que sa corruption, est son fameux : « Maa waxoon, waxeet » (« C’est moi qui l’avais dit, je me dédis donc! » à propos de sa promesse antérieure de ne jamais briguer un troisième mandat) Cette formule avait fait l’effet d’une bombe et fait éclater à la face de tous que Wade était vieillard cynique et sans honneur qu’il serait déshonorant de garder comme dirigeant. En voyant le Professeur Ismaila Madior Fall essayer de trouver une porte de sortie au Président Sall, ma première réaction était: « Mais les politiciens ne peuvent-ils donc jamais apprendre des erreurs de leurs prédécesseurs? » Peut-être ma bourde répond-t-elle à cette question: Macky Sall serait aussi peu intelligent que moi. Dans mon cas, ce n’est pas bien grave, je n’ai pas encore de responsabilités, je suis en train d’apprendre et ai de très bon mentors. Dans le cas d’un homme dont les décisions engagent la Nation en revanche…

L’expédient trouvé par Macky Sall a consisté à demander l’avis du Conseil Constitutionnel sur la rétroactivité éventuelle d’une modification constitutionnelle, à se voir répondre que nos Cinq Singes pardon Sages n’aiment pas les lois rétroactives et à en conclure que l’avis du Conseil le liant, il n’a vraiment d’autre choix que de continuer à jouir du pouvoir pour deux années de plus contrairement à son désir le plus profond. Il n’est même pas besoin d’argumenter contre un acte aussi méprisable.

  1. Une promesse réaffirmée à plusieurs reprises sur toutes les plateformes doit être respectée, quel qu’en soit le prix.
  2. Un AVIS du Conseil Constitutionnel est un AVIS pour une bonne raison : c’est un AVIS, EN AUCUN CAS UNE DÉCISION. (J’ai même honte d’écrire une telle platitude.) Le Président a pris soin, durant tout son discours, de nommer DÉCISION ce qui n’est qu’un AVIS des Cinq Singes pardon
  3. Si personne –les juristes moins que tout autre– n’aime les lois rétroactives qui sont sources d’insécurité, il y a cependant des circonstances dans lesquelles de telles lois sont parfaitement acceptables. En l’occurrence, le peuple entier modulo quelques carriéristes et corrompus à la solde de ce pouvoir, veut de cette modification constitutionnelle et de son applicabilité immédiate.
  4. Je veux bien croire que le Président est entouré de pieds nickelés mais je ne puis croire qu’aucun d’eux n’est au courant du Précédent Poutine. Le Président pourrait faire passer la modification constitutionnelle, démissionner, laisser le pouvoir au Président de l’Assemblée, se faire nommer Premier Ministre, organiser des élections auxquelles il se représenterait, etc.

Le Président et ses affidés essaient de nous faire croire que c’est librement que Macky Sall avait décidé de réduire son mandat de sept à cinq ans et que donc son incapacité à tenir cette promesse ne saurait lui être reprochée parce que c’était une promesse libre faite sans contrainte et qu’il a essayé de tenir par tous les moyens mais que son sens scrupuleux de la séparation des pouvoirs l’empêche de tenir sauf à violer la loi fondamentale. Rappelons déjà qu’on parle de l’honorable gentleman qui, ministre de l’intérieur, avait tabassé un président de bureau de vote pour voter sans carte d’identité, qui, Président de la République, continue à présider un Conseil Supérieur de la Magistrature se tenant au Palais, s’est prononcé sur la culpabilité de Karim Wade avant le verdict, se permet de ralentir ou d’accélérer les enquêtes pour corruption au gré de ses alliances politiques et récupère de présumés délinquants dans son entreprise de massification de son parti politique. Cet honorable gentleman donc, sous prétexte de respect scrupuleux de la loi, veut violer une promesse électorale. Par ailleurs cette promesse n’a pas été consentie sans contrepartie. Le consensus qui prévalait en 2012 était qu’il fallait que le prochain président s’engageât à faire un quinquennat plutôt qu’un septennat. Ce consensus était porté par des organisations de la société civile comme le M23. C’est devant ces organisations que le futur Président de la République s’était engagé, entre les deux tours, à réduire son mandat et à appliquer le programme des Assises Nationales. Cette promesse a donc été faite dans un contexte ou le Président avait besoin du soutien de ces organisations pour gagner la Présidentielle et n’est en aucun cas une grâce que le Président de la République voulait nous accorder en vertu de son bon vouloir et de son sens démocratique.

Comme toujours avec Macky Sall, ce qui m’énerve c’est que c’est un Wade au petit pied qui fait perdre du temps au pays. Il a maintenu le suspense pendant quatre ans, a essayé les expédients les plus médiocres, n’a strictement rien fait sur le plan politique et finit par se ridiculiser. Ce qui va se passer maintenant, c’est que nous aurons pendant deux ans un Président délégitimé qui se fera contester partout où il passera. Le pays deviendra ingouvernable à l’instar de ce qui se passe déjà à l’Assemblée Nationale où les tripatouillages d’une majorité téléguidée du Palais ont tellement abaissé l’Institution que, pour la première fois de notre histoire, nous assistons à des pugilats entre députés. Personne ne peut, au bout de quatre ans de mandat, citer plus de trois réalisations incontestablement positives de ce Président. Les deux années qui arrivent seront pires : le pays perdra son temps en querelles stériles de politiciens. L’Administration, qui se sent déjà insultée par Macky Sall qui l’a à plusieurs reprises décrétée incompétente, n’aura aucune loyauté envers un Président qui vient violer de manière aussi obscène son serment. Les populations sortiront dans la rue pour un oui ou un non (coupures d’électricité ; absence de profs de philo ou de maths dans les écoles)

Il me semble évident que le Président n’a désormais strictement aucune chance de se faire réélire. Il s’est assuré de ce fait en déclarant la guerre au peuple avec le discours d’hier soir. En plus, il a donné deux ans à son opposition pour s’organiser. J’espère juste qu’après son départ, nous jugerons les crimes économiques que sa nomenklatura est actuellement en train de commettre.

Her Taylor is rich!

Posted in Sénégal by hadyba on avril 24, 2013

Maitre Wade avait promu une bande de gangsters incompétents et sans scrupule. De telles nominations lui permettaient d’installer dans les principaux lieux de pouvoir des pantins lui obéissant au doigt et à l’oeil et dont les excès masquaient le pillage systématique des ressources du pays par sa famille et lui. Les sénégalais n’ont cependant pas été longtemps dupes et il était clair bien avant la fin de son mandat que  le peuple ne supporterait pas que les crimes des Wade demeurent impunis. Je ne sais pas à quel point Macky Sall est personnellement convaincu de la nécessité de poursuivre les Wade. Il est possible qu’il ne le fasse que parce qu’il sait que s’il ne le faisait pas, le peuple se retournerait contre lui. Quoiqu’il en soit, bien que le Présidet Sall ait affirmé que Mr Wade lui-même ne serait pas inquiété, Karim Wade est pour l’instant en prison et je ne désespère pas que les enquêtes en cours ne révèlent des faits tels que les juges n’auraient d’autre choix que de juger Mr Wade.

Si Macky Sall semble avoir compris la nécessité de faire traduire en justice au moins une partie de la bande gangsters de Wade, il ne semble pas avoir conscience du fait que si nous avons cette exigence, c’est parce qu’au delà des mots et des symboles, nous aspirons à un État véritablement vertueux où les nominations se feraient selon le mérite et non selon le bon vouloir d’un Président que se prendrait pour un prince.

Non content de nommer ses alliés politiques à des postes de Président de Conseil d’Administration d’entreprises publiques sans tenir compte de leur totale absence de qualifications, le Président Sall semble se croire obligé de trouver de lucratifs points de chute à tous les parents et alliés de son épouse. À chaque lendemain de Conseil des Ministres, la presse a désormais beau jeu de décortiquer les nominations pour pointer les liens de parentés entre les personnes nommées et soit le couple présidentiel, soit un des proches. Les choses deviennent caricaturales quand un mec qui se présente comme le tailleur Mme Sall se sent obligé de donner une interview pour justifier sa nomination par le Président de République au Conseil Économique Social et Environnemental et affirmer qu’il ne la doit pas au simple fait d’avoir cousu des tuniques pour notre Première Dame. L‘interview en elle-même est instructive. Prenez sa réponse à la question de savoir s’il croit mériter sa nomination:

Vous pensez donc que votre nomination au CESE méritée…?

(Il coupe) Nous sommes en politique. Si aujourd’hui je suis membre du CESE, c’est parce que je le mérite. J’ai un parcours politique avec une base solide à Biscuiterie.

Le problème justement, c’est que le CESE n’est pas censée être politique. C’est censé être un groupe de personnalités indépendantes et qualifiées qui peuvent aider à définir les orientations que prendra le pays. La liste des personnalités choisies par le Président de la République est non seulement ridiculement politique mais surtout composé de personnalités pour la plupart totalement dénuées de la moindre expertise valable pour la définition de la moindre orientation en matière politique publique. Il aurait été admissible que Macky Sall choisisse, parmi ses affidés, des personnes compétentes pour peupler ce CESE ou qu’il ne mette qu’une poignée d’incompétents. Mais là, on a juste l’impression que la compétence est le dernier des souci d’un président de la République uniquement préoccupé par le fait de récompenser des leaders politiques et des personnalités médiatiques qui autrement lui auraient pourri la vie. Revenons à notre tailleur, comment voit-il son apport à ce noble Conseil?

Qu’est-ce que vous comptez apporter au Conseil économique, social et environnemental ?

Le CESE est une institution. Nous y sommes pour représenter le peuple sénégalais. Notre rôle c’est d’écouter les populations et de poser les problèmes concernant la demande sociale. J’ai accepté de siéger au CESE et je compte jouer mon rôle de représentant du peuple.

Clairement ce mec confond ce Conseil avec l’Assemblée nationale. Notre peuple élit ses représentants; ils siègent Place Soweto et votent les lois, pas au CESE.

L’on pourrait se dire qu’un peu de népotisme n’est pas vraiment évitable dans une démocratie et que peupler le CESE de politiques incompétents n’est pas dramatique mais il faut rapprocher ça du fait que le Procureur de Dakar a été relevé de ses fonctions hier. Macky Sall a parfaitement le droit de relever un Procureur de la République et de lui accorder une promotion ailleurs. Le problème, c’est que c’est un secret de polichinelle que M. Diagne a été relevé pour avoir refusé d’accorder un non lieu au délinquant dont on voit les agissements dans le film ci-après.

Certes, le délinquant en question est député de la République du Sénégal et membre d’un parti allié du Président de la République. N’empêche qu’un tel mépris pour l’indépendance de la justice me parait inquiétant. La bonne nouvelle c’est que jusqu’à preuve du contraire, c’est le peuple sénégalais qui a élu Macky Sall et si l’envie nous en prend, nous pouvons le démettre et exiger de son successeur qu’il fasse rendre des comptes à tous ceux qui ont bénéficié de son népotisme. Et nous recommencerons autant qu’il le faudra pour que nos politiciens comprennent qu’ils sont élus non pas pour régner mais pour gérer les affaires du pays en notre nom.

 

 

L’APR me guette

Posted in Sénégal by hadyba on avril 15, 2013

Moi le 9 septembre 2012:

Je m’engage solennellement, si jamais le fric volé par la famille Wade est rapatrié et si un membre de la famille Wade va en prison, à ne plus jamais écrire quoi que ce soit de négatif envers le Président Macky Sall et à faire activement campagne pour sa réélection.

 

Aujourd’hui sur twitter via @annagueye :

#Obs #Sénégal #SunuAudit RT @Babacar1Ndiaye L’ancien fils du Président #Wade et Ministre Karim Wade aurait été arrêté à son domicile après la mise en demeure de 30 jours. Karim Wade avait 30 jours pour justifier une fortune de 694 milliards de FCFA.Cueilli chez lui, Il se trouverait à la section de recherche de la gendarmerie de Dakar selon la radio sénégalaise RFM

Il faut certes qu’ils rapatrient l’argent mais je crains que la militance à l’APR et l’obséquiosité envers le Président Macky Sall ne me guettent.

PS: En attendant que je ne la ferme sur tous les agissements de notre Président, suis-je le seul à être choqué par le non respect de la parité dans la composition du CESE?

 

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Macky an 1

Posted in Sénégal by hadyba on mars 25, 2013

Ça fait un an que Macky Sall est Président de la République du Sénégal.

Un journal local a cruellement titré « L’année perdue! ». Même si cette année de règne de Macky Sall est incomparable avec l’entreprise de destruction systématique de tout ce que ce pays avait de valable qu’a été le règne de Maitre Wade, on ne peut s’empêcher d’être déçu par cette première année de Macky Sall. Son premier discours était parfait. Il avait rappelé ce qui nous tenait à coeur à savoir que nous voulions demeurer une République démocratique mettant la justice économique et sociale au coeur du fonctionnement de l’État. Il avait averti ses partisans qu’il ne les protègerait pas et que, selon sa belle formule, « la patrie venait avant le parti. » Malheureusement, tout ceci est en grande partie resté un discours. Les nominations aux postes de la Haute Administration publique considérés comme « juteux » ont continué à se faire, non pas au mérite, mais pour récompenser les affidés de M. Sall. Ce faisant, notre nouveau Président, ancre définitivement dans l’esprit des sénégalais que pour vraiment réussir, rien ne sert de travailler et de mener une carrière exemplaire au service de l’État; le seul moyen, c’est de militer dans un parti politique.

Toujours concernant l’omniprésence du politique, probablement par souci d’assurer son pouvoir, Macky Sall s’est entouré d’une large coalition. Justement, cette coalition est trop large. Il n’y a quasiment plus d’opposition crédible et en plus cela nous donne l’impression, plus ou moins justifiée, que la classe politique a trouvé un gentlemen’s agreement pour se partager les ressources de l’État sans qu’aucun d’eux ne soit frustré. Cette impression est renforcée par le fait que le Parti de Macky Sall n’a même pas la dignité de rejeter le ralliement de responsables politiques venus du Parti de Maitre Wade. À quoi ça sert que nous ayons viré Wade si sa bande de gangsters peut tranquillement faire allégeance au nouveau sheriff et continuer ses méfaits? De plus comment pouvons-nous parler de démocratie s’il n’y a aucune voix crédible pour porter les désaccords qui surgissent? Cette situation est d’autant plus dangereuse pour le pays que les seules forces actuelles à s’opposer frontalement au Président Wade sont soit le PDS de Wade, soit le parti de Idrissa Seck, qui conformément à la duplicité de son chef, est à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la coalition au pouvoir. La hantise de tous les sénégalais est d’avoir à élire un Président comme Seck dont nous sommes intimement persuadés qu’il est au moins aussi maléfique Wade mais plus jeune. Nous n’aurions cependant pas d’autre choix s’il était le seul opposant à un Macky Sall qui aurait continué à s’auto-saboter comme il le fait actuellement.

Les enquêtes sur les biens mal acquis progressent certes, et à défaut de mettre Abdoulaye Wade en prison, nous devrions y envoyer son fils. Même ces enquêtes laissent cependant un goût amer au peuple. Non seulement elles sont lentes (comme il est normal qu’elles le soient) mais les déclarations intempestives des ministres et des cadres du parti au pouvoir montrent que ces gens là n’ont aucun sens de l’indépendance de la justice. S’ils continuent à intervenir à tout bout de champs, ils risquent de tellement discréditer notre système judiciaire que toute décision qui serait rendue serait perçue comme illégitime et pourrait être cassée par la Cour de Justice de la CEDEAO qui nous a déjà infligée un camouflet cinglant.

Encore une fois il n’y a aucun doute que Macky Sall vaut infiniment mieux que Wade. Il serait cependant temps qu’il se mette à la hauteur du peuple qui l’a élu, cesse de s’entourer d’amateurs et de cajoler les politiciens pour faire ce pour quoi il a été élu i.e. faire respecter la loi dans tous les domaines et promouvoir la justice sociale. J’avoue que j’ai très peu d’espoir qu’il y arrive mais j’espère me tromper.

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Austin et la présomption d’innocence

Posted in Philosophie by hadyba on mars 20, 2013

J’ai toujours trouvé presque contradictoire la notion juridique de présomption d’innocence. Les juristes disent que tout individu est présumé innocent tant qu’il n’a pas été déclaré coupable par un tribunal. Supposons que nous prenions vraiment au sérieux cette affirmation. Que se passerait-il si la police ou la justice mettait en cause un individu dans une affaire criminelle quelconque ? Il me semble qu’une telle définition de la présomption d’innocence aurait pour conséquence de rendre impossible toute enquête.

Supposons que les policiers aient de bonnes raisons de penser que j’ai assassiné quelqu’un. Pour qu’ils puissent étayer leur dossier contre moi, il faut qu’ils mènent une enquête et cherchent des preuves leur permettant de m’inculper. Dans le cours de l’enquête, ils peuvent certes m’innocenter mais ils peuvent également trouver suffisamment de preuves pour me faire comparaitre devant un juge. Supposons que je sois au courant que les flics me soupçonnent et interrogent mon entourage sur mes allées et venues. Si nous acceptons le principe selon lequel tout homme est présumé innocent jusqu’à ce qu’il soit déclaré coupable par une autorité judiciaire et si nous l’associons avec cet autre principe selon lequel tout citoyen a droit au respect de sa vie privée, alors je pourrais empêcher que l’enquête n’ait lieu. Il me suffirait de porter plainte contre la police en argumentant que puisque je suis présumé innocent et puisque j’ai droit au respect de ma vie privée, la police n’a aucun droit d’ouvrir une enquête sur moi. Elle peut et doit certes enquêter sur le meurtre mais tant que je suis présumé innocent, elle doit strictement respecter ma vie privée et ne pas me harceler.

Si ce que je dis là ne vous paraît pas convaincant, considérez ce qui se passerait dans un cas vous prendriez vraiment au sérieux ma présomption d’innocence. Supposons que je sois à Dakar et qu’un inconnu soit tué à New York. Supposons que la police New Yorkaise persiste à m’accuser d’avoir commis le meurtre lors même que je lui ai dit que je me trouvais à Dakar et ne connais pas du tout la personne tuée et ne suis jamais allé à New York. Dans ce cas, je serais totalement justifié à porter plainte contre la police new yorkaise pour harcèlement et à ignorer les éventuelles convocations qu’elle pourrait m’adresser. Dans un cas où mon innocence n’est pas aussi évidente, il me serait plus difficile d’échapper à un éventuel harcèlement de la police new yorkaise même si je suis vraiment innocent. Et pourtant, dans les deux cas, je suis également présumé innocent et je devrais être traité de la même manière jusqu’à ce qu’un juge me déclare coupable.

Quoique la notion de présomption d’innocence soit censée garantir que les prévenus soient traités comme des innocents tant qu’un tribunal ne les a pas déclaré coupable, il me semble qu’elle est fondamentalement contradictoire. Le système judiciaire d’un état démocratique n’a absolument aucune raison de s’intéresser à un individu qu’il présume innocent. C’est parce que les flics et juges présument que vous êtes impliqués qu’ils mènent une enquête sur vous.

Il me semble que c’est cette contradiction de la notion de présomption d’innocence que Karim Wade et ses complices ont réussi à mettre en lumière en faisant condamner l’État du Sénégal par la Cour de Justice de la CEDEAO. Dans le cadre de l’enquête sur les biens mal acquis, ils sont interdits de sortie du territoire national. L’on peut considérer que c’est là une décision parfaitement raisonnable. Karim Wade est français et sénégalais, il a volé immensément d’argent à l’État du Sénégal et s’il retourne en France, il nous sera impossible d’obtenir son extradition et de le juger. S’il s’installe dans un pays n’ayant pas d’accords d’extradition avec le Sénégal, ce sera encore pire. Malgré tout, la Cour de Justice de la CEDEAO a décidé de condamner l’État du Sénégal parce que Karim et consorts étant présumés innocents, une interdiction de sortie du territoire national est une violation de leur liberté de circulation. L’État du Sénégal a courageusement décidé d’envoyer la Cour sous régional se faire voir. Ce que j’approuve.

Reste le problème conceptuel. La présomption d’innocence est elle incompatible avec la possibilité même d’une enquête judiciaire ? Il me semble que c’est l’expression présomption d’innocence elle-même qui est fallacieuse et sa que compréhension littérale est potentiellement dangereuse. Pour le voir, intéressons-nous un peu à ce que dit Austin sur le performatif.

Prenons le cas du mariage religieux chrétien. Un couple chrétien n’est marié religieusement qu’après qu’un prêtre aura prononcé lors d’une cérémonie la phrase rituelle : « Je vous déclare mari et femme. ». Par cette phrase, le prêtre ne décrit pas ce qu’il est en train de faire. Cette phrase crée littéralement le mariage. Il suffit qu’un prêtre prononce cette phrase dans certaines conditions bien définies pour qu’un mariage soit créé. C’est une phrase qui accomplit une action. Austin nomme ce type de phrase des performatifs. Il ne suffit cependant pas de prononcer la phrase « je vous déclare mari et femme » devant un couple pour créer un mariage. Si par exemple un prêtre catholique prononçait cette phrase devant un couple qui ne lui a rien demandé ou si un fou avait pris la place du prêtre lors d’une authentique cérémonie de mariage, l’action échouerait. Les performatifs obéissent à des conditions bien déterminées ; c’est quand ces conditions sont réunies que la simple prononciation de la phrase appropriée vaut action et crée un fait nouveau.

Revenons à présent à la présomption d’innocence. Il me semble qu’il n’y a pas du tout de sens à parler de présomption d’innocence sur le plan juridique. S’il y a une quelconque présomption, ce serait plutôt une présomption de culpabilité, en fait. La culpabilité et l’innocence juridiques ne sont pas la même chose que la culpabilité et l’innocence tout court. Dans le cas d’un crime par exemple, si on commet un crime, on est réellement coupable de ce crime, que ce soit découvert ou pas. En revanche, la culpabilité juridique est un performatif. Tant qu’une autorité judiciaire ne vous a pas déclaré coupable au terme d’une procédure obéissant à des règles fixées d’avance, vous êtes juridiquement innocent. Vous n’êtes pas présumé innocent, vous êtes, pour autant que la justice soit concernée, innocent. Ça n’a pas de sens de parler de présomption d’innocence parce que la seule chose qui peut vous rendre juridiquement coupable c’est le prononcé de la sentence par une autorité judiciaire. Et cette autorité judiciaire même si elle pense le contraire, ne fait pas que constater votre innocence ou votre culpabilité ; elle les crée littéralement en vertu du caractère performatif du jugement rendu. Bien sûr, dans un monde idéal, le performatif judiciaire coïncide avec la réalité et les juges ne créent coupables que des gens qui le sont déjà… Un peu comme l’Église catholique ne crée saints que des gens qui l’étaient déjà dans leurs vies. Mais ça c’est dans un monde idéal.

 Maintenant que se passe-t-il quand vous êtes l’objet d’attention du système judiciaire alors que vous n’avez pas encore été déclaré on peut tourner ça comme on veut mais dans l’absolu, ça signifie qu’il y a une présomption de culpabilité à votre encontre. C’est parce que la police a de bonnes raisons de croire que vous êtes impliqués dans les faits sur lesquelles elle enquête qu’elle a le droit de s’intéresser à vous. Cela vous fait-il perdre tous vos droits ? Certainement pas. En revanche, il y a une différence entre une personne juridiquement innocente et contre laquelle la justice n’a aucune présomption de culpabilité et une personne juridiquement innocente mais contre laquelle la justice a une présomption de culpabilité. C’est cette différence que la fiction de la présomption d’innocence obscurcit. Si la police veut enquêter sur moi, elle n’en a le droit que si elle peut argumenter qu’elle a de bonnes raisons de me soupçonner de quelque chose. Autrement elle viole mon droit à l’indifférence.

Engagement solennel

Posted in Sénégal by hadyba on septembre 9, 2012

Apparemment l’État du Sénégal a porté plainte, à Paris, contre les rejetons corrompus de notre très corrompu ancien président, Maitre Abdoulaye Wade:

Le Sénégal va porter plainte devant les juridictions françaises contre Karim Wade et Sindiély Wade, dans le cadre de la traque de ses biens. Ces enfants de l’ancien Prési­dent Abdoulaye Wade ont été respectivement, entre autres, mi­nistre d’E­tat, ministre des infras­tructures, de la Coopé­ration internationale, de l’E­nergie et Déléguée générale adjointe au Festival mondial des arts nègres (Fesman) tenu à Dakar en décembre 2010. De fortes présomptions de dé­tournement de biens publics sénégalais pèsent sur ces anciens conseillers spéciaux du Prési­dent Wade qui n’ont jamais répondu de la gestion des différents portefeuilles que leur père les avait confiés.

Source

Par ailleurs je vois que l’IGE demande que Mme Sindiely Wade soit poursuivie pour sa gestion désastreuse du FESMAN. Pour rappel, la gestion du FESMAN par Sindiely Wade, c’est ça:

Pis, la participation d’un Etat-ami du Sénégal d’un montant de 2 milliards auraient disparu entre les mains du chef de l’Etat sortant, Me Abdoulaye Wade. Le reliquat de cette participation, 250 millions, aurait été reçu par… sa fille Sindjély, sans que l’on sache comment ils ont été utilisés. La participation à hauteur d’un (1) milliard d’un autre Etat-ami aurait atterri entre les mains de Sindjély sans que les autorités du Fesman n’en voient la couleur. La fille du président sortant aurait accepté de rembourser le milliard en question, même si son père de président sortant aurait dit aux vérificateurs de l’Ige que cet argent avait été donné à Sindjély ” en sa qualité de fille du chef de l’Etat ” .

Je m’engage solennellement, si jamais le fric volé par la famille Wade est rapatrié et si un membre de la famille Wade va en prison, à ne plus jamais écrire quoi que ce soit de négatif envers le Président Macky Sall et à faire activement campagne pour sa réélection.

Une question de sécurité

Posted in Sénégal by hadyba on avril 1, 2012

Cette interview de Harouna Dia qui est l’un des bailleurs de fonds de notre nouveau président est à la fois dérangeante et rassurante. Le fait que ce type considère la politique comme un investissement crée un malaise certain. À sa décharge, il affirme que le retour sur investissement ne sera pas uniquement pour lui mais pour tout le peuple. Plus généralement, la proximité du nouveau président avec certains milieux d’affaires pourrait poser problème. Même si cela n’a rien à voir avec le pillage organisé de toute l’économie du pays par Wade et sa bande de gangsters. Cette proximité pourrait même être un bénéfice pour le pays parce que ce qui a énervé ces hommes d’affaires et les a détaché de Wade, c’est l’impossibilité où ils étaient de monter un business sans en donner des parts à Karim Wade via ses hommes-liges. Rappel. Qui mieux que ces hommes est capable de dire à la justice où se trouvent les « investissements » du clan Wade?

Pour en revenir à l’interview, ce que je trouve intéressant, c’est la manière qu’a Dia de penser le soutien aux classes défavorisées comme un impératif de sécurité publique:

Mais, est-ce que cela ne va pas causer des problèmes ailleurs ?Un budget, c’est l’équilibre. Si on compile les charges de l’Etat, de la Présidence du Sénégal, il a été démontré qu’elle fait quatre fois le fonctionnement de la Présidence française. Nous allons comprimer cela et ça pourra compenser tout le reste. Nos experts sont en train de calculer. Il y a du gaspillage dans ce pays, ce qu’on reproche à ce gouvernement, c’est la gouvernance économique, il y a eu un vrai gâchis, des monuments de 90 milliards FCfa, les fêtes de 75 milliards… Ils ont jeté l’argent par les fenêtres. Cet argent, nous voulons le donner aux populations. Si nous ne faisons pas cela, il faut considérer que c’est un problème de sécurité qui se pose pour le pays. Les gens ne peuvent pas continuer à vivre dans cette situation de pauvreté, d’indigence alors que nous dormons tranquillement dans les hôtels de luxe, ils vont venir nous envahir. Il faut considérer la baisse des denrées de première nécessité comme une question de sécurité nationale. Parce qu’à un moment donné, les gens vont exploser, donc nous sommes obligés. C’est comme une route, comme l’Armée, ce sont des dépenses incompressibles que nous sommes obligés de gérer. Et on le fera avec nos partenaires techniques et financiers, et vous allez voir que nous allons y arriver.

Avec l’election de Macky Sall, la situation des plus défavorisés semble vraiment être une priorité. C’est en tout cas ce qu’ils affirment à longueur de discours. Et ils n’en parlent pas de manière abstraite, ils semblent avoir comme projet de faire de sorte que les besoins élémentaires comme l’éducation, la nourriture et les soins de santé soient couverts pour tous les citoyens sénégalais. J’espère vraiment que leurs actes seront conformes à leurs paroles.

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Le point sur le Sénégal

Posted in Sénégal by hadyba on février 19, 2012

Mise à jour du lundi matin (20/02): Quand j’écrivais ce post, les émeutes recommençaient, elles se sont pousruivies tout le dimanche à Dakar et dans beaucoup de villes du pays (notamment Rufisque où habitent mes parents et où il semblerait que les bâtiments de la police et de la gendarmerie aient été saccagés). D’après ce que je lis et ce que m’ont dit ceux à qui j’ai parlé, la police était débordée, à court de munitions et de gazs lacrymogènes hier. Il y a eu au moins trois morts de plus. Wade va partir. La question est: la police continuera-t-elle longtemps à le soutenir? Il semblerait que les flics commencent à protester sous le couvert de l’anonymat. J’ai lu au moins un appel au meurtre de policiers. L’une de mes craintes est que si la répression continue, la foule s’en prenne aux familles de agents de police qui habitent bien évidemment dans les mêmes quartiers que les manifestants. Fin de la mise à jour.

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Nous sommes à une semaine des élections présidentielles sénégalaises. Je suppose qu’il serait bon que je fasse le point sur cette lamentable mascarade.

Commençons d’abord par un mea culpa, j’ai été naïf et limite idiot (en juillet dernier) d’interpréter de manière optimiste une interview du commissaire Harouna Sy. C’est lui qui est en train de mener la répression et de mentir sans vergogne pour la justifier. Par exemple, le monsieur évanoui entre les flics est un député à l’Assemblée Nationale Sénégalaise, maire de Saint Louis et candidat à la Présidence de la République. Ce vendredi, il a été arrêté par les flics en présence du commissaire Sy et devant des témoins qui ont relevé le numéro d’immatriculation de la voiture qui l’a emmené au commissariat du Port. Et pourtant, nous avons le commissaire Sy qui vient mentir à la presse en affirmant qu’il n’avait jamais arrêté M. Dièye parce qu’il connait la loi qui interdit de s’en prendre à un candidat à la Présidentielle. Le tout étant dit très sérieusement par un commissaire qui a réprimé des manifestations de l’opposition au point de se faire recadrer par la Commission Électorale Nationale Autonome. Mea Culpa donc, désormais, je sais qu’il n’y a rien à attendre de la police sénégalaise qui obéira aux ordres, aussi illégaux soient-ils. D’ailleurs vendredi, ils ont tiré des grenades lacrymogènes dans une mosquée du centre ville où des gens étaient en train de prier. (Notons avec ce fin observateur « l’oeucuménisme lacrymal » de Wade  qui avait déjà fait balancer des lacrymogènes dans la cathédrale de Dakar.)

Fin de l’épisode de contrition.

Les forces en présence depuis la forfaiture du Conseil Constitutionnel sont les suivantes.

  • D’une part, nous avons le mouvement citoyen YenÀMarre qui est coordonné par quelques jeunes rappeurs et journalistes et dans lequel se reconnaissent la plupart des jeunes sénégalais mais également les citoyens non affiliés à un parti politique. Le crédo de ce mouvement depuis sa création en janvier 2011 est que la limitation du nombre de mandats présidentiels est un acquis citoyen et que Maitre Wade n’a aucun droit de briguer un troisième mandat. Quoi que l’on puisse penser de la lettre de la Constitution*, cette position est assurément conforme à son esprit. Depuis la validation de la candidature de Wade, ce mouvement organise des manifestations en lien plus ou moins étroit avec l’opposition. Ces manifestations, bien que pacifiques, ont été impitoyablement réprimées par la police sénégalaise. Le ministre de l’intérieur et le préfet de Dakar ont systématiquement essayé de les interdire, au mépris de la loi sénégalaise qui garantit le droit de manifester pacifiquement. La répression a déjà fait 9 morts et de multiples blessés. La police a arrêté sans aucune base légale trois des leaders du mouvement, les a torturés et a été obligée par la justice de les relâcher puisqu’ils n’ont fait qu’exercer leurs droits de citoyens. La justice sénégalaise n’a cependant pas poussé l’indépendance jusqu’à poursuivre les flics pour enlèvement et torture comme elle en a le devoir.
  • D’autre part, il y a l’opposition politique i.e. les sept candidats sérieux de cette liste. J’ai été très dur envers eux mais la vérité est qu’ils sont comme nous tous. Ils pensaient qu’il y avait un minimum de décence, d’éthique républicaine et de respect de la loi en deçà duquel ce pays ne descendrait jamais. Du coup, ils ont préparé les élections en se disant que s’ils proposaient un vrai programme au peuple et s’ils gagnaient de manière évidente les élections, Wade serait obligé de partir. La corruption évidente de la plus haute instance juridique de ce pays montre qu’il serait naïf d’espérer que ces élections soient transparentes. Quoiqu’il arrive, le CC proclamera Wade vainqueur au premier tour et un chiffre (53%) commence même à circuler. Par ailleurs, ce cas et celui-ci semblent montrer qu’une fraude massive est déjà préparation. Et cela, sans parler de la fraude traditionnelle consistant à fournir de faux papiers à des ressortissants des autres pays d’Afrique à condition qu’ils votent pour le pouvoir. L’opposition est donc coincée entre différentes options. 1) Participer à cette mascarade électorale et légitimer ce faisant une éventuelle victoire de Wade. 2) Boycotter ces élections et lui servir le pouvoir sur un plateau avec les candidats fantoches comme Doudou Ndoye, Amsatou Sow Sidibé, Diouma Dieng Diakhaté ou Kasssimou Dia qui suffiront à légitimer le processus. Aucun de ces choix n’est heureux et l’on comprend le désarroi de nos leaders. Pour l’instant, un reproche qui leur est fait est de ne pas avoir de stratégie claire entre l’insurrection et la campagne électorale. Personnellement, je pense qu’ils devraient faire les deux et que celui d’entre eux qui arrivera en tête devrait s’autoproclamer président à la Ouattara et monter un gouvernement d’union nationale. Il sera toujours temps d’organiser de nouvelles élections quand on se sera débarrassé du monstre.
  • Il y a enfin Wade et sa bande de gangsters. À 86 ans (son age officiel), Wade est mourant. Bien sûr, tout le monde sait que s’il se représente, c’est pour céder le pouvoir à son fils incompétent et corrompu auquel il a déjà confié un ministère absolument extravagant et contrôlant une grande part du budget du pays. Wade fait tranquillement campagne dans toute l’étendue du pays sous les huées et les jets de pierres des citoyens. Il rencontre les autorités religieuses et coutumières.  Conformément à sa stratégie de corruption, il les inonde d’argent. Je croyais que l’armée et la police sénégalaise étaient assez républicaines pour que le clan Wade ne puisse marcher sur les cadavres des sénégalais afin de se maintenir au pouvoir. J’avoue que je n’en suis plus sûr du tout. La police est clairement acquise à Wade puisqu’elle réprime et n’hésite ni à tuer les manifestants, ni à violer la loi en arrêtant des dirigeants de l’opposition en campagne. Quant à l’armée, certains de mes amis disent que Wade a promu au grades les plus élevés un groupe d’officiers moins qualifiés mais totalement acquis à sa cause. Ces gens sont censés contrôler des troupes qui, par ailleurs, se font tuer en Casamance parce qu’elles sont insuffisamment pourvues en matériel. Si les forces de l’ordre sont acquises à Wade, cela veut dire que le déloger ne se fera pas sans un bain de sang bien plus important que je ne le craignais.

Je n’ai aucun doute sur le fait que Wade finira par partir. Certaines personnes à Dakar s’imaginent que Wade va s’autoproclamer président, que les gens vont manifester un peu puis que le situation se calmera. Ce personnes font évidemment partie de cette élite bien payée qui de toute manière s’en sortira quel que soit le régime. Il me semble qu’il y a deux sortes de gens qui ne laisseront pas ce coup de force se faire. La première catégorie est celle des citoyens, quel que soit leur milieu social qui sont fiers de leur histoire et de ce que le Sénégal est censé représenter. Dans notre mythologie, nous sommes les héritiers de ceux qui ont représenté les Quatre Communes à la constituante et nous avons toujours participé, même durant la colonisation, à l’écriture de notre destin. Et nous laisserions un va nu pieds comme Wade, un mec qui est entouré de la lie de notre société, nous imposer un retour au rang de sujets! Plutôt crever! Le second groupe est constitué de toutes ces personnes économiquement désespérées qui ont porté Wade au pouvoir justement parce qu’ils en avaient marre de la pauvreté. Ces gens l’ont soutenu pendant très longtemps parce qu’ils pensaient qu’il était de leur coté. Ils ont maintenant un sentiment de totale trahison et même s’ils ne font pas confiance aux autres politiciens, ils n’admettront pas la persistance d’un régime à ce point inégalitaire et dans lequel le seul espoir qui leur sera laissé sera de s’expatrier. Ces deux groupes sont certainement prêts à faire des sacrifices pour maintenir notre démocratie. D’ailleurs, au moment même où j’écris, une manifestation à cours en plein centre de Dakar et les flics sont en train de la réprimer. Tant que Wade sera au pouvoir, ce pays ne sera pas stable. Et cela me rend paradoxalement optimiste.

La question en effet est la suivante: le monde extérieur pourra-t-il se permettre de laisser le Sénégal plonger dans la guerre civile? L’une des conséquences de la glorieuse campagne sarkozienne en Libye est que nos amis d’AQMI se sont réarmés à peu de frais. Il y a des risques qu’ils destabilisent toute l’Afrique de l’ouest en s’alliant avec les touaregs au Mali, Boko Haram au Nigéria… Cela menace directement l’approvisionnement français en uranium nigérien par exemple. Est-il envisageable que le port de Dakar ne soit pas contrôlé par un gouvernement ami des occidentaux? Je ne le crois pas. C’est pourtant ce qui risque de se passer si nous sombrons dans la guerre civile. Si les jeunes sénégalais (qui sont à 90% musulmans) n’ont plus foi dans la démocratie, je ne vois pas pourquoi ils ne se réfugieront pas dans le salafisme et n’essaieront pas de changer leur sort par les armes. C’est pour éviter une telle destabilisation, plus que pour nos beaux yeux que la France et les USA nous viendront en aide si nous sommes déterminés à chasser Wade. En tout cas je l’espère.

*Je connais une seule personne de bonne foi qui pense que la lettre de la constitution autorise Wade à se représenter mais cette personne a ajouté: « in fine je trouve que la candidature de wade n’est ni morale ni éthique ».

Pas mieux

Posted in Sénégal by hadyba on décembre 31, 2011

Sur Facebookun groupe s’est formé pour exiger le retrait du site dakarois de la Toile: Tous contre Facedakar compte 1406 adhérents le 30 décembre 2011.

En réaction aux vives critiques dont il fait l’objet, le propriétaire de Facedakar n’a pas manqué de publier sa défense sur le mur de son profil.

«Nous sommes en démocratie, la liberté recommande à chacun de choisir sa manière de s’informer. Je pense que ce qui doit choquer dans ce pays, ce ne sont pas les belles images des filles, mais plutôt l’argent qu’on a détourné à des fins personnelles. Le problème du pays vraiment ce sont les milliards volés et non Facedakar et les belles femmes qui y sont montrées. Les filles dénudées, cela fait partie de la vie. Qui n’en veut pas?»

Ancien directeur de publication du journal 24H Chrono, El Malick Seck a écopé de neuf mois d’emprisonnement ferme en 2008 à la suite d’un article où il incriminait Abdoulaye Wade, président de la République et son fils, Karim Wade, de blanchiment d’argent provenant du casse de la Banque centrale en Côte d’Ivoire. A sa sortie de prison en 2009, il a tourné le dos aux affaires politiques pour se consacrer à l’information people.

via

Sacrilège à l’UCAD

Posted in Sénégal by hadyba on juillet 22, 2011

Ceci est la pire insulte qui ait été faite à mon alma mater depuis le discours de Dakar! Je pense même que le discours de Dakar est moins sacrilège parce que cette infâme réunion a eu lieu dans l’un des lieux les plus sanctifié de ce temple qu’est l’UCAD: la salle Soweto du pavillon A. Comme tout initié le sait, cette salle sacrée est celle où les soirées dansantes les plus glauques du campus ont lieu tous les samedis soirs et donc l’endroit à partir duquel se nouent les relations qui aboutissent aux premières expériences charnelles des jeunes garçons et filles jusque là uniquement concentrés sur leurs études et surveillés de près par des parents sénégalais dont aucun parent occidental ne peut imaginer le régime de coercition qu’ils font subir à leur progéniture sur le plan moral. Mais qu’est le sacrilège en question? Ont-ils transformé cette salle en mosquée ou l’ont-ils fermée? Si seulement! Jugez vous mêmes de l’étendue de l’horreur qui s’est abattue sur ce lieu saint:

L’alliance nationale des étudiants concrétistes a organisé mercredi dernier un point de presse à la salle Soweto du pavillon A, sis au campus universitaire de Dakar. Il a été question pour eux de décliner une feuille de route visant à faire de Karim Wade le quatrième président du Sénégal.L’Alliance Nationale des Étudiants Concrétistes (Anec) est née récemment dans le but d’accompagner le ministre d’État Karim Wade dans son ambition de développer le Sénégal.

Ces gens-là ne respectent décidément rien, pas même les institutions les plus sacrées de notre pays. Pauvre UCAD! Pauvre Sénégal! Nous voila tombés bien bas.

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