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Avortement et don d’organes

Posted in Philosophie, Spéculation gratuite by hadyba on août 12, 2009

Deux précisions d’abord.

Précision 1: si je meurs, je serais plus qu’heureux que mon corps serve de réservoir d’organes à quiconque en a besoin.

Précision 2: j’aurais plutôt tendance à être anti-avortement en ce sens que si ma copine/épouse tombait enceinte, je voudrais qu’elle garde l’enfant sauf si cela met sa vie en danger MAIS je pense vraiment que c’est un domaine où, en tant que mâle, mon avis devrait être légalement non pertinent. Les seules qui devraient, de mon point de vue, avoir voix au chapitre sont les femmes. Tant que les hommes ne porteront pas d’enfants, ils ne devraient pas pouvoir légiférer sur cette questions. Point barre.


Ces précisions faites, supposons le scenario suivant. Un individu vient vous voir et vous demande de lui offrir sans contrepartie un de vos reins. Il a perdu ses deux reins et va bientôt mourir si on ne lui trouve pas de donneur. Il a fait les tests et vous êtes compatibles même si vous n’avez aucun lien de parenté. Sa vie est donc entre vos mains. Bien sûr, il y a un risque que vous perdiez le seul rein qui vous reste après lui avoir offert votre rein superflu mais franchement, le risque n’est pas très grand. La plupart des gens vivent très bien avec un seul rein et la plupart des gens se trimballent avec deux reins dont l’un est totalement superflu pendant une soixantaine d’années et meurent ensuite sans que ce rein ait jamais cessé d’être inutile.

Que feriez vous face à une telle demande? J’aime à penser que je lui offrirai mon rein tout comme j’aime à penser que si j’avais été en France pendant l’occupation, j’aurais été résistant. Ceci dit, tant que ce cas là ne se sera pas présenté, je ne sais pas ce que j’aurais fait. Sur un plan moral, il me semble que la bonne chose à faire serait de lui donner ce fichu rein. Il me semble que c’est là ce que Kant par exemple dirait. Je crois cependant que la plupart des gens normaux soutiendraient que je n’ai pas d’obligation morale à offrir un de mes reins à un parfait inconnu. Ce serait là, de leur point de vue, un acte moral superfétatoire qui me vaudrait l’admiration des foules, le mépris des cyniques et éventuellement une place au paradis, si un tel lieu existe.

Faisons le parallèle avec l’avortement. L’on pourrait dire que c’est exactement la même chose1. Un parasite veut mobiliser une partie de vos organes à son service. Sans l’occupation de votre ventre pendant neuf mois il est évident qu’il mourra. Il y a un risque pour votre santé mais franchement, vu le nombre de grossesses qui se passent bien, il y a assez peu de risques. Avez-vous pour autant l’obligation morale de garder l’enfant une fois qu’il s’est présenté dans votre ventre? Il me semble que vous devriez soutenir que l’avortement est moralement inacceptable si vous pensez que le don d’organe est une obligation morale. Si, à l’inverse, vous pensez que le don d’organe est un acte moral superfétatoire, vous devriez soutenir que garder un enfant après être tombé enceinte est un acte moralement superfétatoire.

Supposons que vous pensiez que l’avortement est un meurtre. Il me semble que dans ce cas, vous devriez également soutenir que le fait que des gens meurent faute de transplantation rénale est également un meurtre. Et j’ai la solution à ce génocide. L’on pourrait décider que les humains sont une réserve commune d’organes. Toute personne subirait à la naissance un ensemble de tests génétiques et dès que l’on aurait besoin d’une transplantation de rein ou de foie2, on vérifierait dans la base de données s’il y a un individu compatible à proximité et on le convoquerait. De même que nul ne peut se soustraire à son devoir de juré, nul ne pourrait se soustraire à son devoir de donneur d’organe. Il me semble que quiconque soutient une interdiction légale de l’avortement devrait logiquement soutenir la mutualisation des organes humains.

Une asymétrie subsiste cependant entre la grossesse et le don d’organe. Pour tomber enceinte, il faut avoir fait l’amour et on pourrait penser qu’en posant cet acte, on accepte implicitement la possibilité se produise une fécondation même si on prend toutes les protections possibles. Il y a donc là une part de responsabilité pour la personne qui tombe enceinte alors que cette part de responsabilité n’existe pas dans le cas où un individu a besoin de nos organes sans que nous ne soyons responsable de son état de santé. D’un point de vue plus général, cela voudrait dire que nous sommes moralement responsables de nos actes ainsi que des conséquences de ces actes, y compris des conséquences non intentionnelles. J’aurais plutôt tendance à y croire. Mais a contrario, si nous nous servons de cette asymétrie pour dire que nous n’avons pas d’obligation morale d’offrir nos organes à quiconque en a besoin, nous posons implicitement que nos obligations morales se limitent à ce que nous contrôlons. Dans une telle définition, je n’aurais d’obligation morale qu’envers ceux dont je suis responsable, i.e. ma propre descendance? C’est bizarre, on dirait que si je pars du refus de l’avortement, j’arrive à une moralité sauvagement pro sélection naturelle….

Bon j’arrête, mon train entre en gare.

PS: Ce post n’avait d’autre but que d’éclaircir un peu quelques idées qui me sont passées par la tête sous la douche.

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1OK, il y a la délicate question de l’ADN commun mais il suffit juste de remplacer, dans le scenario, l’inconnu par un frère avec lequel je n’ai jamais eu d’interaction.

2Le foie a cette particularité qu’on peut en couper un bout et le coller à un individu compatible, ce qui n’est malheureusement pas possible avec le coeur.

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