Hady Ba's weblog

Et toi, tu donnes?

Posted in Vie quotidienne by hadyba on juin 22, 2011

Techniquement, c’est encore la journée du don d’organe alors autant que je le crie urbi et orbi: si jamais je meurs à coté de vous, dites aux médecins de prélever tout ce qu’ils veulent avant de rendre mes restes à ma famille.

Oui, je sais, je vais vivre une longue et ennuyeuse vie mais bon, on ne sait jamais, un accident de chasse est si vite arrivé!

Sérieusement, demandez-vous si vous seriez donneur et informez-en votre entourage tant que vous êtes vivant. Ça leur simplifiera la vie quand vous leur ferez cette crasse consistant à partir avant eux.

Ce clip est bien fait je trouve.

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Avortement et don d’organes

Posted in Philosophie, Spéculation gratuite by hadyba on août 12, 2009

Deux précisions d’abord.

Précision 1: si je meurs, je serais plus qu’heureux que mon corps serve de réservoir d’organes à quiconque en a besoin.

Précision 2: j’aurais plutôt tendance à être anti-avortement en ce sens que si ma copine/épouse tombait enceinte, je voudrais qu’elle garde l’enfant sauf si cela met sa vie en danger MAIS je pense vraiment que c’est un domaine où, en tant que mâle, mon avis devrait être légalement non pertinent. Les seules qui devraient, de mon point de vue, avoir voix au chapitre sont les femmes. Tant que les hommes ne porteront pas d’enfants, ils ne devraient pas pouvoir légiférer sur cette questions. Point barre.


Ces précisions faites, supposons le scenario suivant. Un individu vient vous voir et vous demande de lui offrir sans contrepartie un de vos reins. Il a perdu ses deux reins et va bientôt mourir si on ne lui trouve pas de donneur. Il a fait les tests et vous êtes compatibles même si vous n’avez aucun lien de parenté. Sa vie est donc entre vos mains. Bien sûr, il y a un risque que vous perdiez le seul rein qui vous reste après lui avoir offert votre rein superflu mais franchement, le risque n’est pas très grand. La plupart des gens vivent très bien avec un seul rein et la plupart des gens se trimballent avec deux reins dont l’un est totalement superflu pendant une soixantaine d’années et meurent ensuite sans que ce rein ait jamais cessé d’être inutile.

Que feriez vous face à une telle demande? J’aime à penser que je lui offrirai mon rein tout comme j’aime à penser que si j’avais été en France pendant l’occupation, j’aurais été résistant. Ceci dit, tant que ce cas là ne se sera pas présenté, je ne sais pas ce que j’aurais fait. Sur un plan moral, il me semble que la bonne chose à faire serait de lui donner ce fichu rein. Il me semble que c’est là ce que Kant par exemple dirait. Je crois cependant que la plupart des gens normaux soutiendraient que je n’ai pas d’obligation morale à offrir un de mes reins à un parfait inconnu. Ce serait là, de leur point de vue, un acte moral superfétatoire qui me vaudrait l’admiration des foules, le mépris des cyniques et éventuellement une place au paradis, si un tel lieu existe.

Faisons le parallèle avec l’avortement. L’on pourrait dire que c’est exactement la même chose1. Un parasite veut mobiliser une partie de vos organes à son service. Sans l’occupation de votre ventre pendant neuf mois il est évident qu’il mourra. Il y a un risque pour votre santé mais franchement, vu le nombre de grossesses qui se passent bien, il y a assez peu de risques. Avez-vous pour autant l’obligation morale de garder l’enfant une fois qu’il s’est présenté dans votre ventre? Il me semble que vous devriez soutenir que l’avortement est moralement inacceptable si vous pensez que le don d’organe est une obligation morale. Si, à l’inverse, vous pensez que le don d’organe est un acte moral superfétatoire, vous devriez soutenir que garder un enfant après être tombé enceinte est un acte moralement superfétatoire.

Supposons que vous pensiez que l’avortement est un meurtre. Il me semble que dans ce cas, vous devriez également soutenir que le fait que des gens meurent faute de transplantation rénale est également un meurtre. Et j’ai la solution à ce génocide. L’on pourrait décider que les humains sont une réserve commune d’organes. Toute personne subirait à la naissance un ensemble de tests génétiques et dès que l’on aurait besoin d’une transplantation de rein ou de foie2, on vérifierait dans la base de données s’il y a un individu compatible à proximité et on le convoquerait. De même que nul ne peut se soustraire à son devoir de juré, nul ne pourrait se soustraire à son devoir de donneur d’organe. Il me semble que quiconque soutient une interdiction légale de l’avortement devrait logiquement soutenir la mutualisation des organes humains.

Une asymétrie subsiste cependant entre la grossesse et le don d’organe. Pour tomber enceinte, il faut avoir fait l’amour et on pourrait penser qu’en posant cet acte, on accepte implicitement la possibilité se produise une fécondation même si on prend toutes les protections possibles. Il y a donc là une part de responsabilité pour la personne qui tombe enceinte alors que cette part de responsabilité n’existe pas dans le cas où un individu a besoin de nos organes sans que nous ne soyons responsable de son état de santé. D’un point de vue plus général, cela voudrait dire que nous sommes moralement responsables de nos actes ainsi que des conséquences de ces actes, y compris des conséquences non intentionnelles. J’aurais plutôt tendance à y croire. Mais a contrario, si nous nous servons de cette asymétrie pour dire que nous n’avons pas d’obligation morale d’offrir nos organes à quiconque en a besoin, nous posons implicitement que nos obligations morales se limitent à ce que nous contrôlons. Dans une telle définition, je n’aurais d’obligation morale qu’envers ceux dont je suis responsable, i.e. ma propre descendance? C’est bizarre, on dirait que si je pars du refus de l’avortement, j’arrive à une moralité sauvagement pro sélection naturelle….

Bon j’arrête, mon train entre en gare.

PS: Ce post n’avait d’autre but que d’éclaircir un peu quelques idées qui me sont passées par la tête sous la douche.

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1OK, il y a la délicate question de l’ADN commun mais il suffit juste de remplacer, dans le scenario, l’inconnu par un frère avec lequel je n’ai jamais eu d’interaction.

2Le foie a cette particularité qu’on peut en couper un bout et le coller à un individu compatible, ce qui n’est malheureusement pas possible avec le coeur.

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Don d’organe & répugnance

Posted in Economie, Religion, Vie quotidienne by hadyba on octobre 18, 2008

La semaine dernière deux choses m’ont fait penser au don d’organe. D’abord j’ai appris qu’Al Roth avait un blog puis une collègue m’a demandé de l’aider à trouver sur le net un formulaire de refus de don d’organe. Mais commençons d’abord par un coming out: je suis un donneur d’organe. Si par extraordinaire je mourrais à vos cotés, appelez d’urgence une ambulance et dites à l’hôpital du coin de se réjouir, ils peuvent prendre tout ce qui, dans mon organisme leur paraîtrait fonctionnel. Après bien évidemment, j’aimerais autant qu’ils redonne un aspect présentable au reste avant de le rendre à ma famille. Ceci dit, étant donné que j’ai décidé de ne pas mourir dans les soixante ans qui viennent, je ne crois pas que ma qualité de donneur d’organe serve à qui que ce soit mais on ne sait jamais, je peux me tromper dans mes pronostics et mourir dans les jours qui viennent et ça me ferait mal que dans cet improbable cas, mes organes ne soient pas remis sur le marché. Fin de l’intermède privé.

Samedi matin donc, une de mes collègues m’a demandé à brule pourpoint de l’aider à télécharger le formulaire de refus de don d’organe. Étant donné que c’était une personne pour laquelle j’avais beaucoup d’estime et que je savais par ailleurs généreuse, j’étais un peu choqué et j’ai essayé de comprendre pourquoi elle ne voulait pas que ses organes soient transplantés. La première raison qu’elle m’a donné était religieuse. Elle essayait de faire le maximum de bien avec son corps et elle ne savait pas ce que la personne qui en hériterait en ferait. De manière symétrique, elle ne pouvait accepter un coeur d’une personne dont Dieu seul sait ce qu’elle avait fait précédemment! Par ailleurs (argument ultime), elle était musulmane et la religion musulmane interdirait les transplantations d’organes. Manque de bol, il se trouve que je suis moi-même musulman et je sais que je crois savoir que ce n’est pas vrai. J’ai entrepris de lui montrer que d’une part le don d’organes n’était pas interdit mais que d’autre part, le refus d’accepter une transplantation pouvait en toute logique s’apparenter à un suicide or, se suicider, dans la quasi totalité des religions, est une sorte de péché mortel. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué mais beaucoup de personnes affiliées à une religion ont cette tendance de systématiquement justifier leurs choix par la religion, même quand cette dernière ne dit absolument rien du point en question. Les croyants semblent souvent croire que Dieu pense comme eux et au lieu d’aller vérifier ce qu’Il dit effectivement, ils se contentent de se fier à leurs instincts et de condamner quiconque n’agit pas comme eux à l’enfer éternel. Personnellement, après m’être vu promettre l’enfer un certain nombre de fois, je commence à vérifier ce que l’on me dit avant de me résigner à la damnation éternelle.

Puisque mon but était vraiment de comprendre pourquoi cette personne rejetait d’instinct les transplantations, j’étais assez content d’avoir démoli les fondements théologiques de ce refus. Maintenant que l’irréfutable argument religieux était disqualifié, on allait pouvoir discuter.

Moi: Supposons que l’un de tes enfants ait besoin d’une transplantation, lui donnerais-tu un de tes reins?

Elle: Bien évidemment!

Moi: maintenant, supposons que ce soit toi qui en a besoin, accepterais-tu que ta fille te donne un de ses reins?

Elle: Bien sûr

Moi: Maintenant, supposons que tu aies besoin d’une transplantation cardiaque et que l’on te propose le coeur d’un accidenté que fais-tu?

Elle: Je refuse!

Moi: Mais pourquoi?

Elle: Je ne vais quand même pas accepter que n’importe quoi rentre dans mon organisme. Je sais rien du tout de la personne à qui le coeur appartenait, je ne pourrais pas supporter de savoir qu’il y a une partie de mon corps dont je ne sais rien! S’il n’y a pas de coeur artificiel, je préfère encore mourir.

Je ne sais pas si cela vous paraît aussi bizarre qu’à moi. J’aurais tendance à voir le coeur comme un amas de cellules ayant un rôle purement mécanique. Dans l’absolu, que ce soit mon propre coeur, le coeur d’un singe ou un coeur en caoutchouc, je m’en fiche totalement dès l’instant que ça pompe le sang. Cette idée selon laquelle mes organes auraient une qualité particulière me paraît aussi saugrenue que si vous disiez par exemple que les chaussures que je viens d’acheter acquièrent une qualité particulière du fait que c’est moi et non mon voisin qui en ait fait l’acquisition.

Bizarre ou pas, cette attitude de ma collègue me semble partagée par beaucoup de gens qui refusent a priori, de manière quasi instinctive, le don d’organe. Les justifications, religieuses ou rationnalisantes me semble-t-il n’arrivent qu’a posteriori. En écoutant cette personne, ça m’a fait repenser à une conf d’Alvin Roth a laquelle j’avais assisté ici, conf au cours de laquelle il soutenait d’une part que le don d’organes pouvait se concevoir comme un marché, mais d’autre part que ce marché avait la particularité de faire intervenir la répugnance; ce qui le rendait un peu plus difficile à organiser rationnellement. Al Roth est un économiste de Harvard dont la spécialité est le market design. Qu’est-ce que le market design? En fait, c’est assez simple. Supposons que vous êtes le maire d’une grande ville et que vous êtes chargés de gérer les écoles publiques de la ville. Vous pouvez décider que chaque enfant ira à l’école du coin, point barre. Mais cette solution brutale est quelque peu brutale. Pour peu que vous attachiez la moindre importance à une notion aussi stupide que la justice sociale par exemple, vous vous dites que ce serais un peu mieux si les écoles étaient un peu plus diversifié, si des enfants riches et des enfants pauvres, des enfants noirs, jaunes, blancs et bleus, des enfants moches et des beaux, de filles et des garçons se tenaient la main. Bien évidemment, vous préféreriez également que le résultat de votre quête de diversité ne soit que votre propre enfant ne se retrouve à parcourir des kilomètres pour tenir la main à un enfant pauvre et moche lui-même est riche et beau! Si vous
êtes avisé, vous appelez Alvin Roth et lui il débarque, prend en compte tous les paramètres pertinents, sort ses algorithmes et en moins de deux vous vous retrouvez avec un système éducatif diversifié et des parents heureux de l’affectation de leur enfant. Et un parent heureux est un parent qui vote pour votre ré-élection, ne l’oubliez pas!

C’est après en avoir fini avec les écoles New Yorkaises et l’affectation des internes dans les hôpitaux que Mr Roth a décidé de se pencher sur le désordre des transplantations d’organe. Si vous prenez le cas des personnes en attente d’un rein, il y a chaque année des milliers de personnes qui décèdent faute d’avoir dans leur famille un donneur compatible. Or chaque être humain a deux reins et pourrait parfaitement vivre avec un seul de ces précieux organes. Une réaction d’économiste serait de faire le calcul et de trouver que 15000 US Dollar est la somme exacte qui permettrait de mettre fin à la pénurie de reins. Il suffirait d’autoriser les gens à vendre leur rein et à fixer le prix d’un rein à cette somme pour que soit éliminé la pénurie de reins dans le marché américain. Sans compter que ça rapporterait de l’argent à certaines personnes dotées d’un solide esprit d’entreprise. Bizarrement, en dehors de certains économistes, cette idée ne semble à priori séduire personne. Roth montre que dans ce cas, comme dans beaucoup d’autres cas comme l’interdiction du mariage gay ou l’interdiction des boucheries chevalines dans l’état de Californie, c’est la répugnance qui intervient comme une contrainte sur le fonctionnement supposé optimal du marché. Un market designer se doit donc d’essayer autant que possible d’identifier les sources de répugnance avant de créer son algorithme. Deux choses intéressantes (entre autres) que souligne Roth c’est que d’une part la répugnance est contextuelle et d’autre part qu’elle peut se modifier par la discussion rationnelle. Comme exemple d’effet de contexte concernant la répugnance, je ne puis m’empêcher de penser à un de mes amis marocains qui vomirait sur le champs s’il découvrait que la viande qu’il vient d’ingérer est du porc alors qu’il boit sans problème de l’alcool. En tant que musulman sénégalais, j’ai été conditionné à penser que l’ingestion de la viande de porc est l’exact équivalent du fait de boire de l’alcool mais apparemment la symétrie n’est pas évidente pour les musulmans marocains. Comme exemple de changement possible dans la vision d’une chose comme répugnante, Roth donne l’exemple de l’assurance vie. Apparemment: « Vous voulez fixer une valeur à la vie et spéculer dessus?! » ; telle était la réaction horrifiée des premières personnes auxquelles on a présenté la chose. Juste une précision pour terminer: le papier de Roth n’est pas un plaidoyer en faveur de la vente d’organes et même après avoir assisté à son talk, je ne puis dire s’il y serait favorable ou non.

PS: J’ai fait un test informel sur des gens de mon labo et deux personnes sur cinq se sont déclarées mal à l’aise avec l’idée de donner leurs organes post mortem: deux athées. Cela semble confirmer que ce n’est pas la dimension religieuse qui est déterminante dans le refus du don d’organe par ma collègue.

PPS: Pas le temps de relire ce post qui traîne dans mon ordi depuis la semaine dernière. Je vous prie d’excuser les fautes éventuelles

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