Hady Ba's weblog

De la savane à Wall Street

Posted in Economie by hadyba on décembre 5, 2007

Lu dans le Financial Time (oui, je sais que ça fait classe d’écrire ça et j’adore!) cette chronique sur un type qui apparemment applique les sciences cognitives à la banque d’investissement et s’en sort, semble-t-il, merveilleusement.

L’axiome de base du distingué M. James Montier est que homo sapiens sapiens (i.e. vous et moi) a beau être sage, il n’en a pas moins évolué dans et pour la savane africaine. Or pour survivre dans dans la savane hostile, il faut rester groupé, profiter des opportunités immédiates et éviter autant que possible de faire des plans à long terme. Voici le genre de travaux que notre distingué trader utilise pour justifier sa démarche. Dans notre cerveau, nous avons des neuro-transmetteurs parmi lesquels la dopamine qui, grosso modo, nous donne des sensations agréables (un peu comme de se prendre une ligne de coke par exemple). La plupart des gens, si vous leur proposez le choix entre leur remettre dix euros tout de suite ou quinze euros dans vingt jours, choisiront la première solution. Pour un économiste, un tel résultat est absurde au possible: les gens devraient essayer de maximiser leurs gains et donc attendre pour gagner plus. Ce qu’observent les neurologues, c’est que les gains immédiats entraînent un shoot de dopamine[1] de ce fait, alors qu’il serait plus rationnel, sur un plan strictement calculatoire, d’attendre vingt jours pour gagner cinq euros de plus, les drogués que nous sommes tous choisissent majoritairement le bénéfice moindre avec le shoot de dopamine qui va avec. De même, on peut montrer que le fait d’être exclu d’un groupe crée en nous un stress physique. Soit, mais quel rapport avec la finance?

D’après M. Montier sa connaissance si profonde du fonctionnement et de l’évolution du cerveau humain lui permet de mieux comprendre le comportement des intervenants des marchés financiers. Les investisseurs, comme tous leurs autres congénères, se meuvent en groupe, ont un biais de confirmation, préfèrent les profits à court terme aux profits à long terme etc. En investisseur avisé et féru de sciences cognitives, notre héros se montre extrêmement circonspect envers les modes qui sévissent dans les marchés financiers, se méfie de ses propres intuitions en s’en tenant strictement à l’évaluation comptable objective des entreprises qu’il veut acheter et surtout, plus important que tout, il se moque superbement des fluctuations à court et moyen terme du marché. Cette dernière résolution est la plus difficile à tenir mais notre héros s’y tient pour le plus grand bonheur de ses commanditaires puisque cela lui permet de faire mieux que le marché. J’avoue que l’idée que les études de sciences cognitives que j’ai fait peuvent servir à quelque chose ne me déplaît pas totalement. Savoir qu’un investisseur avisé peut s’en servir me plonge carrément dans l’euphorie: si ça se trouve, non seulement je ne finirais pas chômeur, mais en plus il se pourrait même que je trouve une planque lucrative dans une banque d’investissement!

J’étais en train de rêvasser agréablement à cet avenir doré lorsque je me suis souvenu de la fin de l’article: la méthode d’investissement de Mr Montier a beau être géniale, elle nne lui est d’aucune aide en période de crise. Il fait même pire que le marché. Désespérant non? Après réflexion, pas tant que ça: Mr Montier a définitivement besoin d’un spécialiste des sciences cognitives pour améliorer sa pratique pour un ou deux millions de dollars d’euros je suis disposé à rendre ce service à la communauté financière.

[1] attention, je donne cet exemple de mémoire, il faudrait vérifier les détails du papier si vous utilisez cette info dans un contexte sérieux!