Hady Ba's weblog

Le comble de l’immoralité

Posted in Spéculation gratuite by hadyba on septembre 17, 2009

Le dialogue avec moi qui énerve le plus mes amis proches est sans doute le suivant:

Tu ne devrais pas faire X

Merci, je sais mais je vais quand même le faire!

Selon le degré d’amitié, je me fais traiter de connard arrogant ou ai droit à une interminable argumentation au terme de laquelle je persiste quand même dans le mal. Ce qui énerve mes amis, c’est que je puisse reconnaître le bien fondé de leur objection et ne pas m’y soumettre. Un tel degré de perversité leur paraît proprement insupportable. Ce qui me serait insupportable à moi, ce serait de faire semblant de croire que mon action est justifiée du seul fait que j’ai envie de l’accomplir ou bien d’insulter leur intelligence en trouvant des arguments fallacieux pour défendre une action que je sais indéfendable selon les critères moraux ou rationnels. Ce qui ne veut pas dire que je n’ai pas de raisons d’accomplir X, c’est juste que ces raisons ne me paraissent pas devoir être suffisantes du point de vue argumentatif dans lequel ils se placent.

Bien sûr, il m’arrive également de me tromper de bonne foi et de défendre une action X que je pense moralement défendable alors qu’elle ne l’est pas. Ce qui ne m’arrive en revanche jamais, c’est de dire:

Tout le monde fait X!

Bizarrement, cette défense est souvent utilisée. Par exemple, certains défendent la torture dans le cas de la lutte contre le terrorisme en disant: « Hey mais attendez, on parle de gens qui tuent des innocents! » Mais où est le rapport? Je trouve que le comble de l’immoralité est de défendre ses propres actions en invoquant ce que font les autres. On peut avoir raison ou tort de faire X. Dans les deux cas, on fait X parce que l’on a évalué cette action et que l’on a décidé qu’il fallait l’accomplir. Il se peut que cette action soit populaire mais cette popularité n’ajoute rien à son statut moral ou à sa légalité. De même l’impopularité d’une action n’enlève rien à son éventuelle moralité ou légalité.

Une variante de l’argument de la popularité est le suivant:

Je fais X et vous me critiquez. Mais où étiez-vous quand mes ennemis faisaient X?

Cette défense réussit à amalgamer l’argument de la popularité et l’argument ad hominem! D’un point de vue purement rhétorique, c’est génial mais d’un point de vue moral, c’est juste méprisable!

Hier soir, j’ai entendu trois instances de ce mixte d’argument ad hominem et de l’argument de la popularité.

D’abord sur France O il y avait un documentaire sur Castro. Je ne puis m’empêcher d’avoir des sentiments mêlés pour Castro. C’est incontestablement un dictateur horrible mais en même temps, il y a certaines réussites incontestables comme les systèmes de santé et d’éducation de Cuba. Ce que j’ignorais, c’étaient les semaines d’assassinats de pro Battista qui ont suivi sa prise de pouvoir. Mais ce qui m’a encore plus choqué que ces meurtres, c’est le grand discours qu’il fît à l’époque pour les justifier. Son argument n’était même pas que pour une raison ou une autre, il fallait extirper ce cancer, Castro s’est juste contenté de tenir un grand meeting pendant lequel il a demandé: « Où étaient donc nos critiques actuels quand le sang de nos jeunes arrosaient le maquis et les prisons de Battista? » avant de continuer ses massacres.

Les deux autres instances de cet argument mixte, hier soir, ont été le fait d’Israel et du Hamas qui, à la publication du rapport de l’ONU, ontdans un bel ensemble accusé l’ONU de partialité envers leur adversaire (ad hominem donc) qui de toute manière fait pire (popularité!)

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