Hady Ba's weblog

Idéologie & mortalité

Posted in Politique, Spéculation gratuite by hadyba on octobre 27, 2010

A une de mes amies qui soutenait qu’il n’y avait pas de différence fondamentale entre la gauche de gouvernement et la droite, j’avais répondu que si l’on voulait voir la différence, il fallait se donner la peine de compiler des indicateurs comme la variation de l’état de santé de la population, la progression de certaines maladies ou la mortalité infantile. Mon idée était que malgré sa pusillanimité et sa corruption, le PS avait au moins un niveau minimal de préoccupation sociale qui fait qu’un gouvernement de gauche favorise par exemple l’accès aux soins des plus pauvres. Ce n’était là qu’une supposition de ma part et je n’avais pas le temps ni le désir de la vérifier sérieusement en compilant les chiffres de l’INSEE ou de la sécurité sociale.

Cela dit, si j’ai raison, nous devrions avoir plus de choses semblables à ce qui est rapporté dans cet article du Figaro (signalé par le Monolecte) en ce moment que dans les années 97-2002 par exemple.  Le Fig, en effet nous apprend que:

La mortalité infantile ne baisse plus en France depuis 2005 et a même augmenté en 2009, selon une étude publiée aujourd’hui par l’Insee, qui n’a pas identifié "d’explication claire" à ce phénomène. Si "les taux de mortalité à chaque âge baissent presque tous, la mortalité infantile fait exception: elle ne baisse plus depuis 2005 et augmente en 2009", explique l’Insee.

Apparemment les chercheurs de l’insee avouent leur perplexité quant aux causes de cette augmentation:

"On a cherché des explications du côté des mères: on a examiné leur âge, leur nationalité, leur catégorie sociale, leur lieu de résidence mais il n’y a pas d’explication claire", selon Xavier Niel, de l’Insee. "On peut peut-être supposer des choses (explicatives) du côté de l’offre de soins", a-t-il ajouté, indiquant que l’Insee allait lancer une étude sur ce sujet, aux côtés des autorités sanitaires.

Avant d’accuser Sarkozy et Bachelot de tuer les enfants en restreignant l’accès aux soins, j’ai fait un tour sur le site de l’insee. Je dois avouer que le tableau Décès et taux de mortalité visible sur cette page ne montre aucune augmentation de la mortalité infantile mais plutôt un maintien à 3,8 pour mille depuis 2005. En plus, si l’on s’intéresse au taux de mortalité prématurée on ne voit aucune augmentation depuis 2002. Il est vrai que les chiffres donnés partent de cette année ce qui laisse au jospiniste féru de théorie du complot la latitude de dire que c’est pour cacher une situation meilleure entre 97 et 2002 quand Jospin régnait sur la France!

Apparemment, un examen superficiel discrédite mon idée qu’un gouvernement de gauche aurait une meilleure politique de santé qu’un gouvernement de droite. Concernant l’augmentation supposée de la mortalité infantile, un lecteur du Fig suggère en commentaire une explication plus conforme à l’air du temps: l’origine ethnique serait la bonne variable explicative.

N’empêche que je pense toujours qu’il serait intéressant de compiler sérieusement les chiffres pour voir s’il y a une corrélation entre la couleur politique du gouvernement et l’état de santé de la population.

 

 

 

 

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Galbraith et la liberté du consommateur

Posted in Economie, Politique by hadyba on mai 29, 2008

Je viens juste de relire le papier « Economics as a system of belief » de John Kenneth Galbraith. Je dis relire parce qu’en le lisant j’ai vu des gribouillis qui sont incontestablement de moi alors que si je me souviens bien que ce recueil m’avait marqué quand j’étais undergrad, je ne me souvenais pas du tout de ce papier en particulier alors que d’autres comme « Financial Genius is before the Fall » sont toujours demeurés vivaces dans mon esprit. Si vous ne l’avez jamais lu, JKG, pour ce que j’en connais est hilarant et si ça vous tombe entre les mains, je vous conseille de ne pas vous priver de ce plaisir.

Toujours est-il que j’ai relu ESB et vais vous en parler. Avant de commencer, je me dois d’avertir les lecteurs de ce blog qui ne seraient pas économistes que je suis, au mieux, un amateur en économie. Mes lectures dans cette discipline ne sont en aucun cas systématiques et il est probable que ce que j’en dis est dénué de fondement. Quand aux éventuels lecteurs qui seraient des savants en économie venus se perdre en ce lieu, je les prie de me corriger sans ménagement s’ils lisent des hérésies économiques ici. Si personne ne me dit que j’énonce des stupidités, je ne risque pas de m’amender. Bon, ceci posé, parlons, doctement comme il se doit, de ce que l’on n’est pas sûr de comprendre.

On peut diviser le papier de JKB en deux parties. Et le ton est donné dès les deux premières phrases du texte:

« A recurring and not unsubstantiated charge against economics over the last century has been its employment not as a science but as a supporting faith. In this latter role, it is held to serve not the understanding of economic phenomena but the exclusion of lines of thought that are hostile or unsettling to the discipline or, a related matter, to an influential economic or political community. »

Dans la première partie du papier donc, Galbraith illustre cette critique selon laquelle la théorie économique sert souvent un rôle conservateur en sacrant comme scientifiques un certain nombre de préjugés et en disqualifiant des vues potentiellement révolutionnaires. Ainsi rappelle-t-il par exemple qu’au moment même, dans les années 1880-1930, où les entreprises étaient en train de devenir gigantesques aux USA, acquérant de ce fait un énorme pouvoir politique et économique, la théorie économique ne reconnaissait que les modèles dans lesquels la compétition était entre plusieurs petites firmes. Se faisant, souligne JKG, elle « n’était pas seulement socialement et politiquement neutre. Elle persuadait ses communicants de détacher leurs yeux de la réalité. Excepté là où un monopole ou bien une intention de monopole pouvait être démontrée, la théorie niait la nécessité d’une quelconque réponse sociale au pouvoir économique. Elle jouait un rôle actif – activement conservateur- dans le processus politique. » (pp. 61-62 ma traduction)

Ces exemples montrent donc selon Galbraith que certains modèles économiques prétendument scientifiques ont souvent servi à éliminer de la discussion les questions les plus importantes sur le plan social et à orienter le débat de sorte à légitimer un système de croyance conservateur en lui donnant le statut envié de science[1]. De ce fait, sous couvert de science, la théorie économique a donc joué un rôle éminemment politique.

Soit, mais pourquoi JKG éprouve-t-il le besoin de nous bassiner avec cette histoire? Ben, parce qu’il nous propose, dans ce papier de 70 d’envisager qu’un phénomène semblable était à l’oeuvre dans la science économique contemporaine et de voir quelle conséquence se tire de l’abandon du mythe que la théorie économique actuelle essaie de nous faire avaler. En l’occurrence, le mythe serait celui de la souveraineté du consommateur i.e. l’idée que les équilibres macro-économiques et les décisions politiques auxquels nos sociétés sont parvenues ne sont que le résultat des libres choix des consommateurs. Par exemple, si le gouvernement construit des routes plutôt que des pistes cyclables ou des voies de bus, c’est parce que la majorité des citoyens préfère acheter une voiture au lieu de prendre les transports en commun ou de faire du vélo.

Pourquoi s’attaquer à ce malheureux, inoffensif -et hautement raisonnable diraient certains- principe? Parce que selon Galbraith, ce principe n’est pas si inoffensif que ça et si nous oubliions ce que nous dit la théorie néoclassique et envisagions un monde où ce principe serait faux, tout un univers de réformes politiques certes effrayantes mais profondément justes s’ouvrirait devant nous. Toute la seconde partie du papier s’emploiera à nous dévoiler ce monde merveilleux.

Juste pour que ce soit bien clair, voici le postulat[2] par lequel JKG nous propose de remplacer le principe de la souveraineté du consommateur:

« The individual’s want, though superficially they may seem to originate with him, are ultimately at the behest of the mechanism that supply them. »

Par exemple, si nous voulons tous un ipod, ce n’est pas parce que notre vie était incomplète sans un outil performant nous permettant d’écouter de la musique, incomplétude que Steve Jobs dans sa grande générosité vient combler avec son invention. Si nous nous ruons sur l’ipod, c’est juste parce qu’Apple a su nous faire croire que quiconque n’en dispose pas appartient à une époque préhistorique et résolument uncool et que les autres lecteurs mp3 dénotent une tension insatisfaite vers ce signe absolu de coolitude qu’est l’ipod[3] .

Acceptons donc que le principe de la souveraineté du consommateur est faux et que c’est le producteur, via la publicité et le lobbying qui fait croire à la population qu’elle est maitresse de ses goûts et qu’elle a tel ou tel besoin. N’est-ce pas un peu excessif de la part de JKG d’accuser ses honorables collègues de malhonnêteté parce qu’ils n’ont pas l’intelligence de voir que leur postulat est faux? Au delà de la discussion académique, ce qui intéresse Galbraith, ce sont les conséquences politiques de l’abandon de ce postulat. Si le consommateur est souverain, il ne saurait être en guerre contre le système que ses désirs et choix ont créés, en revanche, s’il est manipulé par les industriels, le politique doit peut-être veiller à mieux réguler les offres des entreprises. Pour prendre un exemple, est-ce vraiment l’intérêt de la population que d’acheter un avion militaire à 40 milliards ou bien est-ce le complexe militaro-industriel qui influence ce genre de décisions? Si l’état investit dans les routes mais pas dans un système de transport en commun performant n’est-ce pas là la conséquence de la puissance de l’industrie automobile comparée aux compagnies de transport en commun?

Un exemple que j’ai trouvé fascinant dans le papier de Galbraith qui date pourtant de 1970 est le suivant. Avec le principe de la souveraineté du consommateur, le principe du pollueur payeur est profondément injuste: c’est parce que citoyens veulent des voitures que Total va extraire du pétrole pour rendre service à ses concitoyens; si dans le cours de cette action, il y a une ou deux marrées noires, on aurait mauvaise grâce de demander à ces bienfaiteurs de l’humanité de réparer les dégâts à la place de la communauté. A l’inverse, si c’est le producteur qui est souverain, ce serait en défendant ses strictes intérêts que Total aura pollué et dans ce cas elle est la seule qui doit payer.

Je vous ai dit que je n’étais pas un économiste. Je ne saurais donc dire à quel point la critique que Galbraith fait de la communauté des économistes de son époque est valable pour les économistes actuels. J’aurais tendance à penser que les économistes universitaires sont relativement exempts des vices qu’il dénonce mais il me semble, en tant que lecteur amateur de la presse économique, qu’il y a une certaine caste d’économistes mondains, de banquiers, de journalistes et d’industriels qui méritent pleinement ces critiques et que leurs autres collègues sont plus ou moins exclus des centres de décision. Après, moi je dis ça du haut de mon incompétence économique.

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[1] Maintenant que j’y pense, ceci me rappelle ce qu’une philosophe US Ishani Maitra appelle silencing. Si la (bonne) philosophie féministe vous intéresse, ça se passe ici.

[2] En fait, ce n’est pas vraiment un postulat puisqu’il l’avait déjà démontré dans ses livres antérieurs The Affluent Society & The New Industrial State.

[3] Franchement, si après ce paragraphe de publicité gracieuse M. Jobs ne m’envoie pas un mac, je m’achète un pc et je milite pour la réhabilitation de Saint Bill Gates et de Microsoft!

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Référence:

John Kenneth Galbraith: ‘Economics as a system of belief’ in Economics, Peace & Laughter, Houghton Mifflin Company Boston, 1971, pp. 60-87

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