Hady Ba's weblog

Tombouctou ou l’implacable logique du fanatisme

Posted in Afrique, Religion by hadyba on juillet 8, 2012

La destruction en cours des mausolées, mosquées et bibliothèques de Tombouctou me plonge dans un état de sidération assez bizarre. Je suis totalement choqué et horrifié par le coté irréparable des déprédations. En même temps, je ne puis m’empêcher de constater que ces islamistes sont les seuls membres de l’élite politique malienne à avoir agi de part en part avec logique et rationalité.

Certes, leur logique est folle, mais ils s’y tiennent impitoyablement. Dans la religion musulmane, l’un des péchés les plus graves est l’Association i.e. le fait d’adorer ou d’attribuer la moindre parcelle de pouvoir à qui que ce soit d’autre que Dieu. Si l’islam est soumission totale à Dieu, la contrepartie en est qu’une fois soumis à Dieu, on ne se soumet plus devant rien ni personne d’autre. Le rapport à Dieu est en principe direct et personnel et il n’y a ni intercession possible, ni malheur possible qui ne vienne directement de Dieu. Certains musulmans affirment par exemple que si le prophète n’a pas eu d’enfant mâle, c’est parce que Dieu ne voulait pas que se constituât une sorte d’aristocratie au sang pur qui serait le véhicule de notre profonde tendance polythéiste. Si le prophète avait eu une descendance traçable, il n’y a aucun doute que les musulmans se mettraient à l’adorer à l’égal de Dieu et que ce seraient des Dieux vivants. Il n’y a qu’à voir ce qu’essaient de mettre en place, partout dans le monde musulman, toutes ces personnes qui se prétendent (avec plus ou moins de légitimité) descendants du prophète. Cas emblématique, la dynastie Alaouite du Maroc.

Il y a donc dans l’islam ce coté implacablement démocratique, rationaliste et égalitaire qui fait qu’une fois que l’on s’en est totalement remis à Dieu, on ne peut plus avoir d’autre maître ni d’autre intercesseur. Si on a une vision aussi puriste de la religion musulmane, la conséquence logique est que les tombeaux, les mosquées soit-disant protectrices etc… tombent sous le coup de l’Association. Même des exemplaires anciens du Coran, qui seraient pieusement conservés parce qu’ayant appartenu à de supposés saints et donc vecteurs de bienfaits divins, doivent être détruits. Ce n’est que pure logique. C’est cela qui est le plus fascinant chez les fanatiques religieux: ils ne font que prendre les principes de la religion et les pousser à leurs conséquences ultimes. Sur RFI il y a eu une ou deux interviews des leaders d’Ansar e Din qui sont assez révélatrices. Quand on les écoute, on se rend compte que d’une part, ils ne comprennent même pas pourquoi ça pose problème à qui que ce soit qu’ils brûlent tout ce qui est vecteur d’association. Les populations locales se veulent musulmanes, comment peuvent-elles tolérer et conserver des reliques qui peuvent se substituer au divin? D’autre part, les miliciens d’Ansar e Din n’ont aucune préoccupation pratique autre que l’établissement de la loi divine*. Y aura-t-il une épidémie de choléra? Comment faire marcher l’électricité? Les médecins du district seront-ils payés à la fin du mois? Ils s’en fichent; Dieu y pourvoira et de toute manière, s’ils meurent ils iront au Paradis.

Ces islamistes donc sont totalement logiques et rationnels. Si je pars de ce constat, je me pose deux questions.

  1. Si nous acceptons comme ils le font que la relation à Dieu doit être totalement personnelle et directe et que personne n’a le droit de se soumettre à autre chose ni à personne d’autre qu’à Dieu; comment justifient-ils, à leur propres yeux, de prendre le pouvoir au nom de Dieu? Si vraiment tout pouvoir appartient à ce point et d’une manière aussi directe à Dieu que même essayer de faire intercéder un Saint mort est la marque de l’Association, comment le fait de décider de prendre une parcelle du pouvoir divin et d’en faire usage, même pour accomplir Sa Volonté n’est-il pas le comble de l’orgueil? Après tout, exercer le pouvoir, c’est décider soi-même que l’on peut occuper hic et nunc la place de Dieu sur terre. Certes il est dit dans le Coran que l’homme est le lieutenant de Dieu sur terre. Mais il n’est nulle part dit que cette lieutenance implique de faire plier la volonté des autres individus pour les forcer à adorer Dieu. Après tout, si chaque homme est lieutenant de Dieu sur terre alors le rapport de volonté à volonté devrait être entre chacun et Dieu de manière directe. Interférer orgueilleusement dans ce rapport se justifie-t-il?
  2. Comment des individus aussi logiques ont-il pu choisir des axiomes aussi incertains? Croire que Dieu existe, que Mahomet est son prophète et que le Coran est sa parole incréé est un choix très peu justifiable si l’on ne décide qu’à l’aune de la rationalité. Il y a tellement de discours concurrents sur la nature et l’existence de Dieu. Il y a si peu de raisons rationnelles de faire tel choix plutôt que tel autre que si l’on a cette sorte d’esprit logique qui engendre le fanatisme, on ne devrait d’abord honnêtement pas pouvoir choisir une religion. La seule décision rationnelle est l’agnosticisme. Si tel est le cas comment peut-on justifier d’être à ce point rationnel dans son approche de la religion et de faire un choix autre que l’agnosticisme? À moins qu’au plus profond d’eux même, les salafistes, à Tombouctou ou ailleurs ne soient rien d’autre que des gens qui essaient de réprimer à tout prix le doute que leur esprit limité n’arrive pas à entretenir en recréant un univers où la possibilité même qu’ils se trompent (que Dieu n’existe pas ou que Mahomet ne soit pas son prophète) n’émerge jamais. Mais bien sûr, c’est dans leur coeur que se loge ce doute pas dans celui de ceux qui conservent des reliques en sachant bien que ces derniers ne sont au mieux que des rappels de ce que la foi a permis à leurs prédécesseurs d’accomplir.

….

*Pour le moment, s’ils gagnent, les opportunistes viendront.

PS: Cet article sur la signification des déprédations actuelles est intéressant. L’auteur y interroge Souleymane Bachir Diagne et Shamil Jeppie qui ont coordonné ensemble il y a quelques années un très beau livre que vous pouvez télécharger et dont le titre était: The Meanings of Timbuktu

Islamo-féminisme

Posted in immigration, Religion by hadyba on avril 25, 2011

Une starlette musulmane pose nue dans la version allemande de Playboy et Mouloud Akkouche écrit:

Comme elle, de plus en plus de musulmanes épanouies – bien dans leur époque – refusent de se laisser enfermer derrière un tissu ou des a priori et fantasmes. Et malgré les grands risques, elles n’hésitent pas à s’affirmer, notamment pendant les révolutions arabes. Assistons-nous à la naissance de l’slamo-féminisme ?

Au fond, la démarche de Sila Sahin est courageuse, comme celle du BritanniqueSalman Rushdie, défenseur de la liberté d’expression. L’acte d’une femme qui, tel unGiordano Bruno (philosophe italien brûlé vif en 1600 pour des écrits jugés blasphématoires et son intérêt pour la magie), choquera inévitablement une partie des musulmans et des ultra-féministes. Et proposera aussi une autre lecture de l’islam. Une lecture d’aujourd’hui.

J’avoue que j’ai du mal à comprendre ce qu’il veut dire par là.

D’abord, je ne crois pas que parce que cette femme est musulmane, tous les choix qu’elle fait devraient se justifier de sa religion et par là même devenir islamiques. C’est typiquement là un raisonnement d’intégriste unidimensionnel qui police la vie de ses coreligionnaires, sous prétexte que ces derniers ont des devoirs envers la communauté ou envers Dieu.

Ensuite, qu’y a-t-il de féministe à poser nu dans Playboy? Poser nu peut difficilement être considérer comme une répudiation des fantasmes: ce respectable journal (même s’il contient de articles de fond passionnants à ce que j’ai entendu) sert avant tout à alimenter les fantasmes masculins.

Enfin, quelle légitimité a une starlette à proposer une « nouvelle lecture de l’islam »? A-t-on jamais demandé à Madonna, parce qu’elle est d’origine italienne, de nous proposer « une nouvelle lecture des mystères de la trinité »? M. Akkouche méprise-t-il tant les musulmans qu’il pense que n’importe qui est capable de les éclairer sur leur religion?

Cette dame fait son boulot et mène sa carrière comme elle l’entend. Tant mieux pour elle. Des musulmans sont choqués, tant pis pour eux. M. Akkouche aime lire Playboy. C’est respectable. Mais de grace, qu’il n’essaie pas de nos faire croire qu’il le fait parce que ça lui apprend quoi que ce soit sur la tolérance religieuse et la théologie musulmane du 21e siècle. C’est juste pour mater des femmes nues qu’il le fait. Il n’est pas meilleur que les intégristes musulmans qui regardent ce magazine soi-disant pour mesurer l’étendue de la décadence occidentale.

Plus sérieusement, le fait que cette dame pose pour PlayBoy et surtout, ce qu’elle et les autres en disent pose des questions intressantes au delà de l’islam qui est juste une manière pour tout le monde de s’auto-congratuler en disant: « Hey, regardez comme nous sommes tolérants et libres contrairement à ces sauvages de musulmans! »

  1. Cette dame se dit musulmane pratiquante mais en même temps, elle affirme que c’est là un acte de révolte par lequel elle rejetait les règles morales imposées par une famille conservatrice. Ça me semble totalement compréhensible. Ceci dit, la conséquence prévisible de cet acte est qu’elle rompra avec sa famille. Gagner son autonomie signifie-t-il nécessairement rejeter violemment son milieu en faisant quelque chose dont on sait qu’il sera perçu comme insultant. Le choix des enfants d’immigrés est-il entre obéir aveuglément à leurs parents et couper radicalement les ponts ou bien sont ils destinés à faire le lien entre leurs parents et la société dans son ensemble?
  2. La société elle-même est-elle prête à accueillir ses enfants d’immigrés s’ils ne (se) renient pas? D’une certaine manière, ce que cette dame fait, c’est donner des gages à l’extérieur de sa communauté en criant: « Regardez, je suis comme vous, moi aussi je trouve ma culture rétrograde! » Le problème est que la plupart des enfants d’immigrés ne veulent ni insulter leurs parents, ni s’isoler de la majorité. Si nous prenons l’exemple français, ne pas boire de l’alcool vous isole socialement. Cela veut-il dire que les musulmans français doivent boire de l’alcool pour se faire accepter. Dans l’article original auquel réfère M. Akkouche, il y a cette personne qui dit grosso modo que poser nue ne lui parait pas féministe mais que pour une musulmane, ça lui parait une bonne chose. C’est encore une fois cette vision selon laquelle les minorités doivent donner des gages de leur bonne volonté avant que l’on puisse leur faire confiance. Poser nu, serait une disgrace pour n’importe quelle femme, mais étant donné qu’une femme musulmane n’est pas une vraie femme…

Touba strikes back

Posted in France, Religion, Sénégal by hadyba on juin 1, 2009

Touba

En regardant l’émission de M6, je me demandais si et comment la confrérie allait réagir. Leur communiqué se trouve ici. Je pense qu’on peut faire beaucoup de reproche à la Confrérie Mouride mais une chose est sure, la thèse simpliste du journaliste selon laquelle les marabouts contrôleraient les émigrés est juste fausse, dénotant, au choix, de l’ignorance crasse ou bien de la malhonnêteté intellectuelle. Ceci dit, une des choses que j’admire le plus chez les mourides c’est cette sorte de confiance qui fait qu’ils sont, plus que d’autres groupes sénégalais, capables de ne pas mendier une validation externe de leurs pratiques. C’est cela qui a fait leur succès économique leur permettant d’abord de déloger les commerçants libanais qui contrôlaient l’économie sénégalaise puis de partir à la conquête du monde et notamment de New York; ville qui me parait à la mesure de leur talent et de leur activisme. Il me semble assez révélateur qu’un journaliste occidental, au lieu de monter en épingle positivement cette success story qui se passe sous nos yeux et sans l’aide d’aucun gouvernement, ni sénégalais, ni étranger essaie d’en faire une interprétation négative en collant une analyse sectaire stricte à une structure beaucoup plus complexe que cela.

Personnellement, je pense que ces gens sont admirables parce que la plupart d’entre eux viennent de coins de mon pays où les pouvoirs publics ont très peu investi, qu’ils ont réussi, sans l’aide de personne à mettre sur pied des empires commerciaux. Si leur interprétation de l’islam leur a permis de développer cette éthique du travail et d’aider en retour les membres de leur confrérie que notre état a abandonné, ce n’est pas quelque chose que l’on doit leur reprocher mais quelque chose à admirer. S’ils pensent qu’ils doivent redonner une partie de leur revenue à leur chef religieux pour lui permettre de s’acheter des Cadillacs et  des Rolls (authentique pour la Cadillac), il me semble que c’est là un impôt minime pour une telle efficacité économique.

Encore une fois, j’aurais d’autres reproches à faire aux mourides, comme leur soutien intéressé à Wade ou leur organisation un peu trop hiérarchique à mon goût, voire même leur tentation de captation du pouvoir temporel mais le reportage de M6 était juste malhonnête. Et franchement, ça les aurait tué d’interviewer un représentant officiel du Khalife Général des Mourides au lieu du très controversé Serigne Modou Kara? C’est comme si on interrogeait Monseigneur Gaillot ou un autre prêtre médiatique et controversé pour avoir l’avis du Vatican!

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Révolte des imams au Sénégal

Posted in Religion, Sénégal by hadyba on janvier 15, 2009

Un certain nombre de choses m’avait choqué quand j’étais à Dakar au printemps dernier.

D’abord, il y avait le fait que mes pairs, je veux dire les gens jeunes, urbains et gagnant plutôt plus d’argent que la majorité semblait totalement déconnecté des souffrances de la population. J’étais venu à Dakar à un moment où sévissait plus ou moins une famine mais nous passions notre temps dans des restau où nous dépensions pour un repas assez d’argent pour nourrir une famille de 12 personnes. Et quand je disais que cela me paraissait légèrement cher, j’étonnais tout le monde.

Ensuite, il y avait le coté surréaliste du débat public. Les gangsters qui nous dirigent [et qui, rappelons-le, ont été démocratiquement élus par le peuple qui, en ce moment-là, crevait de faim] passaient leur temps à se déchirer dans la presse, parlant de milliards qui avaient été détourné comme si c’était là une chose normale et argumentant sur le fait que ce serait telle personne plutôt que telle autre qui aurait volé l’argent public. Il y a toujours eu de la corruption au Sénégal mais jusqu’à l’avènement de Wade, il y avait un certain décorum républicain qui faisait que les choses gardaient des proportions raisonnables et surtout que tout le monde était intimement convaincu, à tort ou à raison, que quiconque se ferait prendre la main dans le sac irait en prison. Avec Wade et sa manie de se comporter comme si les dépenses publiques étaient de l’argent qu’il sortait directement de sa propre poche, les officiels ont perdu tout sens de l’État et se comportent comme de vulgaires affairistes, avec le langage et les modes de pensée qui vont avec. Un exemple illustrera parfaitement le climat que je cherche à vous faire saisir. Quand j’y étais, la presse internationale et locale avait dénoncé un début de famine dans les campagnes. La réaction de Wade, après qu’il avait dénoncé une honteuse calomnie, avait été de dire qu’il offrait 10 milliards de Francs CFA au monde paysan. Vous avez bien lu, il offrait cette somme; c’est l’expression exacte qui a été employé partout. Le pire, c’est que la déliquescence des idées républicaines était telle que personne, ni dans la presse, ni dans l’opposition n’a fait remarquer ce simple fait qu’en République, il n’y a pas d’argent à offrir mais un budget que le chef de l’état dégage pour mener telle ou telle politique, que cette politique soit socialement motivée ou non, les citoyens ne sont en aucun cas des mendiants à qui l’état et a fortiori le président de la république offre quoi que ce soit. Fondamentalement, je n’ai aucun respect pour Maitre Wade parce qu’il a démoli méthodiquement le peu de formalisme républicain qui existait au Sénégal ouvrant ainsi les portes à tous les excès.

Enfin la chose qui m’avait le plus choqué, c’était que les élites religieuses, à l’exception notable de l’Église Catholique Sénégalaise, avaient résolument trahi le petit peuple. Les relations entre le pouvoir temporel et les confréries musulmanes ont toujours été assez complexe dans l’histoire du Sénégal. Pendant la colonisation, les confréries avaient certes fait allégeance aux nouveaux maitres français, mais dans le même temps, elles avaient contribué à l’élaboration de ce qui deviendra la nation sénégalaise en promouvant un mode de vie alternatif à la pure et simple assimilation voulue par les colons et en permettant le brassage entre les nouvelles élites occidentalisées et le reste de la population via les dahira et autres rassemblements religieux. Après l’indépendance, des chefs religieux aussi influents que Abdoul Akhad Mbacké ou Abdoul Aziz Sy ont apporté un soutien plus ou moins affiché au pouvoir socialiste mais en gardant une liberté de parole qui leur permettait à l’occasion de relayer les souffrances des plus pauvres qui constituaient la majorité de leurs disciples. En arrivant au pouvoir, Maitre Wade qui connaissait leur potentiel de nuisance a littéralement inondé d’argent la moindre autorité religieuse du pays et a affiché un mépris souverain pour la laïcité*. Je savais que nos familles religieuses étaient hautement corruptibles, même le cynique que je suis ne s’attendait pas à ce qu’elles le fussent à ce point. Dans tout le pays, leurs disciples mourraient littéralement de faim et personne ne pipait mot! Bien au contraire, tous les chefs religieux musulmans louaient le chef de l’état dès qu’un micro leur était tendu. Seule l’Église catholique par la voix de ses évêques avait émis ce qui pouvait vaguement ressembler à une critique claire [ce qui lui a valu mon éternelle admiration… et le règlement d’un litige foncier par décret présidentiel. Tant il est vrai qu’un corrupteur essaie toujours de corrompre!]

Depuis mon retour, j’étais donc totalement sceptique sur le potentiel révolutionnaire de la religion musulmane au Sénégal et craignait plus que jamais des émeutes sanglantes et incontrôlables vu le discrédit dans lequel toutes les élites (intellectuelles, politique, religieuse etc) locales se trouvent. Je suis intimement persuadé que Wade est en fin de règne. Il a trahi tous les espoirs qui avaient été placés en lui, sa corruption et son incompétence sont telles qu’il n’y a tout simplement plus assez de ressources pour acheter la paix sociale. Les pauvres vont de plus en plus voir leurs enfants mourir de faim et cela, personne ne le supporte stoïquement. Ce qui m’inquiète, c’est que personne ne paraît capable de canaliser le mécontentement populaire quand il éclatera.

Tout ceci semble assez stressant mais il s’est passé la semaine dernière quelque chose qui me redonne un peu d’espoir. Vous savez sans doute que la semaine dernière, c’était la fête de l’Aïd. A l’occasion de cette fête, il y a eu un rassemblement d’imams au palais présidentiel pour quémander (et recevoir) l’aide du président de la République; ce qui est proprement honteux. D’autres imams quant à eux ont choisi de se comporter honorablement. Dans toute la grande banlieue de Dakar, dans les quartiers les plus pauvres et les plus populeux, les populations se sont soulevées et ont manifesté dans le calme en réclamant la fin de la misère économique dans laquelle ils croupissent, une baisse effective des prix des produits de consommation courante et ont décidé que toutes les familles de la localité allaient refuser de payer leurs factures d’électricité jusqu’à ce que la sinistre SENELEC leur présente des prix raisonnables**. Et vous savez quoi, ce mouvement de désobéissance civile, pour l’instant non violent, a été orchestré à partir des mosquées de la banlieue par d’obscurs imams qui se trouvent être pour la plupart des fonctionnaires (enseignants, flics etc…) à la retraite. Le plus beau, c’est que ces imams ont décidé de rencontrer officiellement l’église catholique sénégalaise parce que tout ceci n’est en aucun cas une promotion de l’islam politique mais le cri de responsables locaux qui relaient les souffrances de leur communauté et exigent que ceux qu’ils ont élu fassent enfin leur travail ou bien se démettent. Mes amis me disent que dans tout le pays, les imams se sont montré solidaires de leurs collègues de la banlieue dakaroise durant leur prêche de l’Aïd et ont exigé que les autorités politiques s’occupent véritablement des problèmes de la population sénégalaise. Et bien évidemment, les autorités gouvernementales paniquées ont envoyé un aréopage de nos honorables députés à la rencontre de ces leaders d’opinion. Je ne sais pas encore comment toute cette histoire va se terminer mais j’avoue que cela m’a légèrement remonté le moral sur la capacité de notre peuple à se faire entendre.

Juste pour le plaisir, vous pouvez lire ce papier très factuel de Sud qui raconte la manif…. Et pour vraiment vous amuser, lisez-donc cette interview de cet imam vendu à Wade qui essaie de trouver des arguments pseudo-théologiques pour expliquer que des imams sunnites ne devraient jamais au grand jamais manifester et que ce serait là l’apanage des imams chiites que de se syndiquer et de faire de la politique!

……………….

* Rings any bell?

**Ma mère m’apprenais hier (samedi donc, j’écris ça du fonds de mon lit de malade ce dimanche) par exemple qu’ils avaient reçu une facture d’un montant égal à environ trois fois le salaire minimum local. Bien évidemment, ils ne vont pas tout payer, mon génie de mère ayant décidé d’estimer elle-même un prix acceptable, de le payer puis de voir venir!

Article original le 15/12/08 ici.

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Bachir sur la philo islamique & à Paris

Posted in Uncategorized by hadyba on janvier 15, 2009

Il y a un certain temps déjà que j’ai envie de vous parler du dernier livre de Souleymane Bachir Diagne (mon ancien prof de Dakar actuellement à Columbia) que j’ai lu en octobre et qui parle de la philosophie islamique. Je profite du fait que Bachir[1] sera à Paris la semaine prochaine pour le faire. D’abord une annonce officielle:

Le Manifeste des libertés vous invite à une rencontre-débat avec Souleymane Bachir Diagne autour de son livre « Comment philosopher en islam » (édition Panama, 2008), le Jeudi 27 novembre 2009, à 19 h 45 à la Maison des associations du 14° arrondissement 22, rue Deparcieux, 75014 Paris (métro Denfert-Rochereau)

Si vous êtes à Paris, je vous conseille vivement d’y aller ne serait-ce que parce que Bachir est l’un des meilleurs conférenciers qu’il m’ait été donné d’entendre. Par ailleurs, puisque j’y serai, si certains d’entre vous veulent qu’on se prenne un verre dans le coin avant d’y aller, ça me fera plaisir. Essayez juste de m’envoyer un email la veille pour qu’on cordonne.

Maintenant, passons au livre. Comment philosopher en Islam? est censé être un livre d’introduction à la philosophie islamique avec une exposition claire de l’origine et des formes que la pratique philosophique a prise en terre d’islam. Ce qui est bien avec Bachir, et ce livre ne fait pas exception à la règle, c’est qu’il ne jargonne jamais. Il parle un excellent français mais n’emploie que des mots que tout le monde peut comprendre. Dans tout le livre, un seul mot me semble-t-il pourrait poser problème à un non philosophe: c’est le mot éristique! Ce qui ne veut pas nécessairement dire que le livre est facile à lire: il y a des développements où il faut un peu se concentrer mais ce n’est pas de la difficulté pour se faire mousser, c’est juste ce qu’exige l’exposition. Toujours sur le plan formel, le livre s’accompagne d’un dossier iconographique (pp. 178-231) avec en annexe certains extraits des textes évoqués et quelques photos.

Venons-en à présent au contenu du livre. SBD montre que la mort du prophète Mahomet et le fait qu’avant de mourir il n’ait pas laissé d’instructions claires sur la personne qui devait diriger la communauté des croyants et qui de ce fait serait en charge de définir l’orthodoxie a plongé les musulmans dans une sorte d’inquiétude que l’on peut à bon droit qualifier de philosophique. Personnellement je pense que cette entrée en matière est sans doute l’aspect le plus important du livre. L’un des problèmes que j’ai toujours avec mes amis autant musulmans que non musulmans, c’est celui de leur faire comprendre que même si je me considère comme un musulman tout ce qu’il y a d’orthodoxe, je ne me sens absolument pas tenu de suivre les recommandations de telles ou telles autorités religieuses. A la différence du catholicisme par exemple, il n’y a pas vraiment de clergé en islam et tout croyant doit en principe faire le travail d’interprétation et décider dans sa vie quotidienne de sa manière de vivre sa foi. Quand par exemple, le ministère français de l’intérieur met en place un Conseil Français du Culte Musulman, il ne viole pas seulement la laïcité de la France, il traduit une fondamentale méconnaissance de l’islam en croyant qu’il doit nécessairement y avoir un clergé dans une religion et que ce clergé a pour but d’éduquer les âmes. Il y a en islam des savants mais ces savants sont, de mon point de vue, plus proches du prof d’université que du Pape. Ils font de la recherche et la mettent à la disposition du public; libre à ce public de s’approprier ce savoir ou non. Étant donné que c’est ainsi que je vois la religion musulmane, il ne vous surprendra pas que je considère qu’une vie philosophique (i.e. perpétuellement soumise à l’examen critique selon Platon) me paraît le corollaire de cette foi. J’ai donc adoré que Bachir commence son livre en soutenant que la question pertinente n’est pas « Comment philosopher en islam? » mais « Comment ne pas philosopher en Islam? ». Je suis totalement d’accord avec ce renversement.

Une fois ce renversement effectué, SBD continue plus classement en retraçant la rencontre entre la tradition intellectuelle musulmane et la philosophie grecque grâce au Khalife Al Ma’mun, puis en explorant un certain nombre de questions théologiques ou politiques qui ont été posées au cours du temps dans les sociétés musulmanes. Comment une langue vernaculaire devient-elle philosophique? La liberté humaine est-elle compatible avec l’omnipotence et l’omniscience divines? Peut-on penser la tolérance de l’intérieur d’une religion?

Le livre part du VIIe siècle à la période contemporaine et je suis assez heureux que Bachir termine avec un soufi d’Afrique noire en la personne de Thierno Bocar. Avant cela, le livre parle également des réformistes de la fin du 19e et du début du 20e siècle (Al Afghani, Mohamed Abdu, Iqbal, Ameer Ali) qui, face à la déliquescence des sociétés musulmanes préconisaient un retour à l’esprit et non à la lettre du Coran. Ils partagent tous cette idée selon laquelle la vraie religion est nécessairement informée des sciences contemporaines et que les progrès que nous faisons dans les sciences profanes nous permettent de mieux comprendre le Coran. Selon eux, cette parole prophétique selon laquelle le savoir est le trésor perdu du croyant qu’il faut se ré-approprier signifie véritablement que le musulman se doit d’essayer de comprendre ce que la mécanique quantique ou la théorie de l’évolution par exemple signifient pour sa pratique religieuse et qu’il lui est impossible de prétendre répéter à l’identique ce que faisait le prophète. C’est parce que les sociétés musulmanes ont, à un moment de leur histoire, décidé de  »fermer les portes de l’interprétation » et ont bridé la créativité de leurs peuples qu’elles sont objectivement en retard. Si elles veulent retrouver la place qui avait été la leur dans la marche du monde, il leur faut impérativement se réformer pensent les modernistes.

Globalement, ayant eu la chance de suivre les cours de philo islamique de Bachir à Dakar, je connaissais beaucoup de choses qui se trouvent dans ce livre malgré tout, j’ai quand même appris pas mal de choses. En particulier, je ne connaissais pas du tout la philosophie écologique de Ibn Tufayl. Cependant, j’ai beaucoup aimé lire ce livre et même pour les auteurs que j’avais personnellement lu comme Ibn Rushd ou Ghazali, c’était instructif de voir la manière dont SBD les introduit et expose l’essentiel de leur théorie.

J’espère que vous lirez le livre et si vous venez jeudi, faites-moi donc signe!

…………………

[1] Comme tout le monde, quand je parle de Souleymane Bachir Diagne, je l’appelle Bachir mais dans la vie, je le vouvoie et lui donne du Monsieur!

Article original publié le 23/11/08 ici

Révolte des imams au Sénégal

Posted in Religion, Sénégal by hadyba on décembre 15, 2008

Un certain nombre de choses m’avait choqué quand j’étais à Dakar au printemps dernier.

D’abord, il y avait le fait que mes pairs, je veux dire les gens jeunes, urbains et gagnant plutôt plus d’argent que la majorité semblait totalement déconnecté des souffrances de la population. J’étais venu à Dakar à un moment où sévissait plus ou moins une famine mais nous passions notre temps dans des restau où nous dépensions pour un repas assez d’argent pour nourrir une famille de 12 personnes. Et quand je disais que cela me paraissait légèrement cher, j’étonnais tout le monde.

Ensuite, il y avait le coté surréaliste du débat public. Les gangsters qui nous dirigent [et qui, rappelons-le, ont été démocratiquement élus par le peuple qui, en ce moment-là, crevait de faim] passaient leur temps à se déchirer dans la presse, parlant de milliards qui avaient été détourné comme si c’était là une chose normale et argumentant sur le fait que ce serait telle personne plutôt que telle autre qui aurait volé l’argent public. Il y a toujours eu de la corruption au Sénégal mais jusqu’à l’avènement de Wade, il y avait un certain décorum républicain qui faisait que les choses gardaient des proportions raisonnables et surtout que tout le monde était intimement convaincu, à tort ou à raison, que quiconque se ferait prendre la main dans le sac irait en prison. Avec Wade et sa manie de se comporter comme si les dépenses publiques étaient de l’argent qu’il sortait directement de sa propre poche, les officiels ont perdu tout sens de l’État et se comportent comme de vulgaires affairistes, avec le langage et les modes de pensée qui vont avec. Un exemple illustrera parfaitement le climat que je cherche à vous faire saisir. Quand j’y étais, la presse internationale et locale avait dénoncé un début de famine dans les campagnes. La réaction de Wade, après qu’il avait dénoncé une honteuse calomnie, avait été de dire qu’il offrait 10 milliards de Francs CFA au monde paysan. Vous avez bien lu, il offrait cette somme; c’est l’expression exacte qui a été employé partout. Le pire, c’est que la déliquescence des idées républicaines était telle que personne, ni dans la presse, ni dans l’opposition n’a fait remarquer ce simple fait qu’en République, il n’y a pas d’argent à offrir mais un budget que le chef de l’état dégage pour mener telle ou telle politique, que cette politique soit socialement motivée ou non, les citoyens ne sont en aucun cas des mendiants à qui l’état et a fortiori le président de la république offre quoi que ce soit. Fondamentalement, je n’ai aucun respect pour Maitre Wade parce qu’il a démoli méthodiquement le peu de formalisme républicain qui existait au Sénégal ouvrant ainsi les portes à tous les excès.

Enfin la chose qui m’avait le plus choqué, c’était que les élites religieuses, à l’exception notable de l’Église Catholique Sénégalaise, avaient résolument trahi le petit peuple. Les relations entre le pouvoir temporel et les confréries musulmanes ont toujours été assez complexe dans l’histoire du Sénégal. Pendant la colonisation, les confréries avaient certes fait allégeance aux nouveaux maitres français, mais dans le même temps, elles avaient contribué à l’élaboration de ce qui deviendra la nation sénégalaise en promouvant un mode de vie alternatif à la pure et simple assimilation voulue par les colons et en permettant le brassage entre les nouvelles élites occidentalisées et le reste de la population via les dahira et autres rassemblements religieux. Après l’indépendance, des chefs religieux aussi influents que Abdoul Akhad Mbacké ou Abdoul Aziz Sy ont apporté un soutien plus ou moins affiché au pouvoir socialiste mais en gardant une liberté de parole qui leur permettait à l’occasion de relayer les souffrances des plus pauvres qui constituaient la majorité de leurs disciples. En arrivant au pouvoir, Maitre Wade qui connaissait leur potentiel de nuisance a littéralement inondé d’argent la moindre autorité religieuse du pays et a affiché un mépris souverain pour la laïcité*. Je savais que nos familles religieuses étaient hautement corruptibles, même le cynique que je suis ne s’attendait pas à ce qu’elles le fussent à ce point. Dans tout le pays, leurs disciples mourraient littéralement de faim et personne ne pipait mot! Bien au contraire, tous les chefs religieux musulmans louaient le chef de l’état dès qu’un micro leur était tendu. Seule l’Église catholique par la voix de ses évêques avait émis ce qui pouvait vaguement ressembler à une critique claire [ce qui lui a valu mon éternelle admiration… et le règlement d’un litige foncier par décret présidentiel. Tant il est vrai qu’un corrupteur essaie toujours de corrompre!]

Depuis mon retour, j’étais donc totalement sceptique sur le potentiel révolutionnaire de la religion musulmane au Sénégal et craignait plus que jamais des émeutes sanglantes et incontrôlables vu le discrédit dans lequel toutes les élites (intellectuelles, politique, religieuse etc) locales se trouvent. Je suis intimement persuadé que Wade est en fin de règne. Il a trahi tous les espoirs qui avaient été placés en lui, sa corruption et son incompétence sont telles qu’il n’y a tout simplement plus assez de ressources pour acheter la paix sociale. Les pauvres vont de plus en plus voir leurs enfants mourir de faim et cela, personne ne le supporte stoïquement. Ce qui m’inquiète, c’est que personne ne paraît capable de canaliser le mécontentement populaire quand il éclatera.

Tout ceci semble assez stressant mais il s’est passé la semaine dernière quelque chose qui me redonne un peu d’espoir. Vous savez sans doute que la semaine dernière, c’était la fête de l’Aïd. A l’occasion de cette fête, il y a eu un rassemblement d’imams au palais présidentiel pour quémander (et recevoir) l’aide du président de la République; ce qui est proprement honteux. D’autres imams quant à eux ont choisi de se comporter honorablement. Dans toute la grande banlieue de Dakar, dans les quartiers les plus pauvres et les plus populeux, les populations se sont soulevées et ont manifesté dans le calme en réclamant la fin de la misère économique dans laquelle ils croupissent, une baisse effective des prix des produits de consommation courante et ont décidé que toutes les familles de la localité allaient refuser de payer leurs factures d’électricité jusqu’à ce que la sinistre SENELEC leur présente des prix raisonnables**. Et vous savez quoi, ce mouvement de désobéissance civile, pour l’instant non violent, a été orchestré à partir des mosquées de la banlieue par d’obscurs imams qui se trouvent être pour la plupart des fonctionnaires (enseignants, flics etc…) à la retraite. Le plus beau, c’est que ces imams ont décidé de rencontrer officiellement l’église catholique sénégalaise parce que tout ceci n’est en aucun cas une promotion de l’islam politique mais le cri de responsables locaux qui relaient les souffrances de leur communauté et exigent que ceux qu’ils ont élu fassent enfin leur travail ou bien se démettent. Mes amis me disent que dans tout le pays, les imams se sont montré solidaires de leurs collègues de la banlieue dakaroise durant leur prêche de l’Aïd et ont exigé que les autorités politiques s’occupent véritablement des problèmes de la population sénégalaise. Et bien évidemment, les autorités gouvernementales paniquées ont envoyé un aréopage de nos honorables députés à la rencontre de ces leaders d’opinion. Je ne sais pas encore comment toute cette histoire va se terminer mais j’avoue que cela m’a légèrement remonté le moral sur la capacité de notre peuple à se faire entendre.

Juste pour le plaisir, vous pouvez lire ce papier très factuel de Sud qui parle de la manif…. Et pour vraiment vous amuser, lisez-donc cette interview de cet imam vendu à Wade qui essaie de trouver des arguments pseudo-théologiques pour expliquer que des imams sunnites ne devraient jamais au grand jamais manifester et que ce serait là l’apanage des imams chiites que de se syndiquer et de faire de la politique!

……………….

* Rings any bell?

** Ma mère m’apprenais hier (samedi donc, j’écris ça du fonds de mon lit de malade ce dimanche) par exemple qu’ils avaient reçu une facture d’un montant égal à environ trois fois le salaire minimum local. Bien évidemment, ils ne vont pas tout payer, mon génie de mère ayant décidé d’estimer elle-même un prix acceptable, de le payer puis de voir venir!

Don d’organe & répugnance

Posted in Economie, Religion, Vie quotidienne by hadyba on octobre 18, 2008

La semaine dernière deux choses m’ont fait penser au don d’organe. D’abord j’ai appris qu’Al Roth avait un blog puis une collègue m’a demandé de l’aider à trouver sur le net un formulaire de refus de don d’organe. Mais commençons d’abord par un coming out: je suis un donneur d’organe. Si par extraordinaire je mourrais à vos cotés, appelez d’urgence une ambulance et dites à l’hôpital du coin de se réjouir, ils peuvent prendre tout ce qui, dans mon organisme leur paraîtrait fonctionnel. Après bien évidemment, j’aimerais autant qu’ils redonne un aspect présentable au reste avant de le rendre à ma famille. Ceci dit, étant donné que j’ai décidé de ne pas mourir dans les soixante ans qui viennent, je ne crois pas que ma qualité de donneur d’organe serve à qui que ce soit mais on ne sait jamais, je peux me tromper dans mes pronostics et mourir dans les jours qui viennent et ça me ferait mal que dans cet improbable cas, mes organes ne soient pas remis sur le marché. Fin de l’intermède privé.

Samedi matin donc, une de mes collègues m’a demandé à brule pourpoint de l’aider à télécharger le formulaire de refus de don d’organe. Étant donné que c’était une personne pour laquelle j’avais beaucoup d’estime et que je savais par ailleurs généreuse, j’étais un peu choqué et j’ai essayé de comprendre pourquoi elle ne voulait pas que ses organes soient transplantés. La première raison qu’elle m’a donné était religieuse. Elle essayait de faire le maximum de bien avec son corps et elle ne savait pas ce que la personne qui en hériterait en ferait. De manière symétrique, elle ne pouvait accepter un coeur d’une personne dont Dieu seul sait ce qu’elle avait fait précédemment! Par ailleurs (argument ultime), elle était musulmane et la religion musulmane interdirait les transplantations d’organes. Manque de bol, il se trouve que je suis moi-même musulman et je sais que je crois savoir que ce n’est pas vrai. J’ai entrepris de lui montrer que d’une part le don d’organes n’était pas interdit mais que d’autre part, le refus d’accepter une transplantation pouvait en toute logique s’apparenter à un suicide or, se suicider, dans la quasi totalité des religions, est une sorte de péché mortel. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué mais beaucoup de personnes affiliées à une religion ont cette tendance de systématiquement justifier leurs choix par la religion, même quand cette dernière ne dit absolument rien du point en question. Les croyants semblent souvent croire que Dieu pense comme eux et au lieu d’aller vérifier ce qu’Il dit effectivement, ils se contentent de se fier à leurs instincts et de condamner quiconque n’agit pas comme eux à l’enfer éternel. Personnellement, après m’être vu promettre l’enfer un certain nombre de fois, je commence à vérifier ce que l’on me dit avant de me résigner à la damnation éternelle.

Puisque mon but était vraiment de comprendre pourquoi cette personne rejetait d’instinct les transplantations, j’étais assez content d’avoir démoli les fondements théologiques de ce refus. Maintenant que l’irréfutable argument religieux était disqualifié, on allait pouvoir discuter.

Moi: Supposons que l’un de tes enfants ait besoin d’une transplantation, lui donnerais-tu un de tes reins?

Elle: Bien évidemment!

Moi: maintenant, supposons que ce soit toi qui en a besoin, accepterais-tu que ta fille te donne un de ses reins?

Elle: Bien sûr

Moi: Maintenant, supposons que tu aies besoin d’une transplantation cardiaque et que l’on te propose le coeur d’un accidenté que fais-tu?

Elle: Je refuse!

Moi: Mais pourquoi?

Elle: Je ne vais quand même pas accepter que n’importe quoi rentre dans mon organisme. Je sais rien du tout de la personne à qui le coeur appartenait, je ne pourrais pas supporter de savoir qu’il y a une partie de mon corps dont je ne sais rien! S’il n’y a pas de coeur artificiel, je préfère encore mourir.

Je ne sais pas si cela vous paraît aussi bizarre qu’à moi. J’aurais tendance à voir le coeur comme un amas de cellules ayant un rôle purement mécanique. Dans l’absolu, que ce soit mon propre coeur, le coeur d’un singe ou un coeur en caoutchouc, je m’en fiche totalement dès l’instant que ça pompe le sang. Cette idée selon laquelle mes organes auraient une qualité particulière me paraît aussi saugrenue que si vous disiez par exemple que les chaussures que je viens d’acheter acquièrent une qualité particulière du fait que c’est moi et non mon voisin qui en ait fait l’acquisition.

Bizarre ou pas, cette attitude de ma collègue me semble partagée par beaucoup de gens qui refusent a priori, de manière quasi instinctive, le don d’organe. Les justifications, religieuses ou rationnalisantes me semble-t-il n’arrivent qu’a posteriori. En écoutant cette personne, ça m’a fait repenser à une conf d’Alvin Roth a laquelle j’avais assisté ici, conf au cours de laquelle il soutenait d’une part que le don d’organes pouvait se concevoir comme un marché, mais d’autre part que ce marché avait la particularité de faire intervenir la répugnance; ce qui le rendait un peu plus difficile à organiser rationnellement. Al Roth est un économiste de Harvard dont la spécialité est le market design. Qu’est-ce que le market design? En fait, c’est assez simple. Supposons que vous êtes le maire d’une grande ville et que vous êtes chargés de gérer les écoles publiques de la ville. Vous pouvez décider que chaque enfant ira à l’école du coin, point barre. Mais cette solution brutale est quelque peu brutale. Pour peu que vous attachiez la moindre importance à une notion aussi stupide que la justice sociale par exemple, vous vous dites que ce serais un peu mieux si les écoles étaient un peu plus diversifié, si des enfants riches et des enfants pauvres, des enfants noirs, jaunes, blancs et bleus, des enfants moches et des beaux, de filles et des garçons se tenaient la main. Bien évidemment, vous préféreriez également que le résultat de votre quête de diversité ne soit que votre propre enfant ne se retrouve à parcourir des kilomètres pour tenir la main à un enfant pauvre et moche lui-même est riche et beau! Si vous
êtes avisé, vous appelez Alvin Roth et lui il débarque, prend en compte tous les paramètres pertinents, sort ses algorithmes et en moins de deux vous vous retrouvez avec un système éducatif diversifié et des parents heureux de l’affectation de leur enfant. Et un parent heureux est un parent qui vote pour votre ré-élection, ne l’oubliez pas!

C’est après en avoir fini avec les écoles New Yorkaises et l’affectation des internes dans les hôpitaux que Mr Roth a décidé de se pencher sur le désordre des transplantations d’organe. Si vous prenez le cas des personnes en attente d’un rein, il y a chaque année des milliers de personnes qui décèdent faute d’avoir dans leur famille un donneur compatible. Or chaque être humain a deux reins et pourrait parfaitement vivre avec un seul de ces précieux organes. Une réaction d’économiste serait de faire le calcul et de trouver que 15000 US Dollar est la somme exacte qui permettrait de mettre fin à la pénurie de reins. Il suffirait d’autoriser les gens à vendre leur rein et à fixer le prix d’un rein à cette somme pour que soit éliminé la pénurie de reins dans le marché américain. Sans compter que ça rapporterait de l’argent à certaines personnes dotées d’un solide esprit d’entreprise. Bizarrement, en dehors de certains économistes, cette idée ne semble à priori séduire personne. Roth montre que dans ce cas, comme dans beaucoup d’autres cas comme l’interdiction du mariage gay ou l’interdiction des boucheries chevalines dans l’état de Californie, c’est la répugnance qui intervient comme une contrainte sur le fonctionnement supposé optimal du marché. Un market designer se doit donc d’essayer autant que possible d’identifier les sources de répugnance avant de créer son algorithme. Deux choses intéressantes (entre autres) que souligne Roth c’est que d’une part la répugnance est contextuelle et d’autre part qu’elle peut se modifier par la discussion rationnelle. Comme exemple d’effet de contexte concernant la répugnance, je ne puis m’empêcher de penser à un de mes amis marocains qui vomirait sur le champs s’il découvrait que la viande qu’il vient d’ingérer est du porc alors qu’il boit sans problème de l’alcool. En tant que musulman sénégalais, j’ai été conditionné à penser que l’ingestion de la viande de porc est l’exact équivalent du fait de boire de l’alcool mais apparemment la symétrie n’est pas évidente pour les musulmans marocains. Comme exemple de changement possible dans la vision d’une chose comme répugnante, Roth donne l’exemple de l’assurance vie. Apparemment: « Vous voulez fixer une valeur à la vie et spéculer dessus?! » ; telle était la réaction horrifiée des premières personnes auxquelles on a présenté la chose. Juste une précision pour terminer: le papier de Roth n’est pas un plaidoyer en faveur de la vente d’organes et même après avoir assisté à son talk, je ne puis dire s’il y serait favorable ou non.

PS: J’ai fait un test informel sur des gens de mon labo et deux personnes sur cinq se sont déclarées mal à l’aise avec l’idée de donner leurs organes post mortem: deux athées. Cela semble confirmer que ce n’est pas la dimension religieuse qui est déterminante dans le refus du don d’organe par ma collègue.

PPS: Pas le temps de relire ce post qui traîne dans mon ordi depuis la semaine dernière. Je vous prie d’excuser les fautes éventuelles

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Dounia Bouzar, la burqua et la nationalité

Posted in France, Religion by hadyba on juillet 18, 2008
J’aime bien Dounia Bouzar, pour une raison très simple: dans le débat français sur l’islam où les gens passent leur temps à se jeter des insultes à la figures et à manipuler les peurs des uns et des autres, j’ai l’impression que c’est l’une des rares à vraiment essayer de réfléchir de bonne foi et à dire ce qu’elle pense sans avoir peur de se faire classer dans un camp ou dans l’autre.

IL n’empêche que même si je suis d’accord sur ce qu’elle dit sur la burqa, à savoir que pour beaucoup de musulmans, la vue d’une femme qui se voile de la tête au pieds est une honte, je ne suis pas d’accord avec la conclusion qu’elle en tire dans ce rebonds paru dans Libé.

En gros elle dit deux choses:

1- Le conseil d’état a eu raison de refuser la nationalité à cette femme
2- Le conseil d’état s’est laissé manipuler par les intégristes car en affirmant que Mme M. «a adopté une pratique radicale de sa religion, incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française, et notamment avec le principe d’égalité des sexes». le Conseil accepte que l’islam, c’est l’islam des intégristes alors que l’islam des intégristes n’est pas l’islam!
C’est drôle, je suis en désaccord avec elle sur les deux points.

Commençons par le second qui est le plus simple. Je crois que le Conseil d’état a été on ne peut plus clair. Il refuse la nationalité française à cette dame parce qu’elle a choisi une pratique de l’islam qui est incompatible avec ce que le Conseil considère comme une valeur essentielle de la France: l’égalité homme femme. Le Conseil se fiche éperdument de savoir si cette pratique de l’islam est la bonne ou non, il ne statue pas sur ce qu’est ou n’est pas l’islam, il statue sur ce que croit la dame. Point barre. Je ne vois pas en quoi dire que cette dame a « a adopté une pratique radicale de sa religion » est une manière d’accepter la définition de cette religion par les intégristes. A mon avis, c’est un simple constat.

Venons -en maintenant au premier point. Mme Bouzar soutient ce jugement au motif que refuser la burqua, c’est respecter l’islam et considérer qu’une dame qui s’en revêt fait partie d’une secte que la France ne peut pas tolérer en son sein. C’est toujours le même problème que j’ai avec la burqa et autres voiles. En tant que musulman, j’ai du mal avec ça, pour employer un euphémisme. Pour certains de mes coreligionnaires et amis, je suis un hérétique qui conteste des vérités établies et qui ira en enfer pour cela. Le problème, c’est qu’en tant que citoyen et intellectuel, je ne vois absolument pourquoi mon interprétation de la religion musulmane serait meilleure que celle de la personne qui estime que les femmes sont inférieures aux hommes et que les chrétiens, les juifs, les faux musulmans comme moi et les femmes non voilés bruleront tous en enfer. Si quelqu’un croit vraiment ça, je suis incapable de voir pourquoi le fait d’avoir une lecture que personnellement je trouve idiote de sa religion devrait être un motif de discrimination. Si cette personne se trouve être une dame, si elle demande la nationalité française en même temps qu’une autre dame musulmane qui pense comme moi, si la seule différence entre elles est la manière dont elles conceptualisent leur religion, si on accorde la nationalité à l’une mais pas à l’autre, je pense qu’il y a là une atteinte à la liberté de culte de cette personne puisqu’on lui fait comprendre que l’exercice de sa liberté de pensée dans le domaine religieux est borné par ce que pensent d’autres personnes. Que je me trouve être dans les bornes qui font que cette limitation de la liberté de pensée et de culte ne m’atteint pas ne me réjouis aucunement.

Juste une précision; je suis sénégalais, n’ai aucune intention de changer de nationalité et pour autant que je sache, le Sénégal a une procédure d’acquisition de la nationalité infiniment plus aberrante que la France.

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Pâques en Arabie Saoudite

Posted in Religion by hadyba on mars 24, 2008

Entendu en passant, sur RFI: en Arabie Saoudite, les chrétiens sont obligés de se cacher pour célébrer Pâques. Que ce soient les philippins, les émigrés occidentaux ou les militaires US qui stationnent dans le pays, ils sont tous obligés de se réunir dans des lieux tenus secrets et de célébrer la messe à voix basse afin d’éviter l’irruption de la police religieuse. Si à la base je trouve que toute théocratie est injustifiable, il me semble que le fait rapporté par RFI est une parfaite illustration de la raison pour laquelle le régime d’Arabie Saoudite est, à mon avis, l’un des pires du monde musulman, loin devant l’Iran avec lequel on nous bassine tous les jours. Non seulement la théocratie des Saoud n’a aucune espèce de légitimité, mais en plus, ce qu’ils pratiquent n’est même pas islamique.

Commençons d’abord par la question de la légitimité: un type se réveille un beau matin de 1932, réunit quelques chameliers, conquiert un vaste territoire dans le désert, va voir un chef religieux auquel il propose le deal suivant:  »tu reconnais mon pouvoir, tu me laisses gérer le temporel et je te laisse régner sur les âmes de mes sujets et définir ce qu’ils doivent penser », le chef religieux accepte le deal et il faudrait que non seulement cet aventurier soit reconnu comme le Roi de ce territoire mais aussi que tous les gens qui auront eu le malheur de naitre sur ce territoire soient soumis à la fois à l’autorité de cette famille prétendument royale et aux commandements spirituels des soi-disant religieux qui ont accepté ce deal? Franchement, je ne vois pas en quoi un tel système est légitime. La seule chance de ces types [et la seule raison pour laquelle personne ne se rend compte qu’il y a un problème] est qu’ils ont du pétrole dans leur sous sol et qu’ils acceptent sans vergogne de le partager avec leurs amis occidentaux si ces derniers ne remettent pas en cause leur pouvoir.

Dans l’absolu, je me fiche royalement de ce que les gens font chez eux mais là, il y a quelque chose qui ne passe pas: le Royaume Wahabite n’est pas n’importe quel pays arabe. C’est l’endroit où se trouvent les deux principaux lieux saints de l’islam et ils passent leur temps à essayer de répandre à coups de pétrodollars leur conception de cette religion. Ces gens là ne se contentent pas d’obliger leurs femmes à se voiler: ils leur interdisent également de conduire une voiture ou de sortir sans chaperon. Et ils veulent que les autres musulmans prennent exemple sur eux parce que, selon eux, Dieu lui-même serait offensé par une femme au volant d’une voiture. Avec l’Arabie Saoudite, ce qui est énervant pour un musulman, c’est que ce pays est, d’une certaine manière, censé donner le tempo de ce que devrait être la religion musulmane. Le roi d’Arabie Saoudite se proclame Gardien des Deux Lieux Saints et en tant que tel, on ne s’attend pas seulement à ce qu’il brandisse son sabre devant ces mosquées et change de temps à autres la voilure de la Kaaba, on voudrait également que[1] dans son royaume l’islam soit pratiqué de manière exemplaire de sorte que nous ayons une sorte de référence. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce royaume n’a rien d’exemplaire: je ne vois aucune femme au monde qui rêve de vivre en Arabie Saoudite, ils passent leur temps à couper la main des voleurs et à décapiter des criminels et en plus l’attitude des princes du royaume est notoirement détestable. Et ces gens là prétendent nous dire comment nous devrions pratiquer notre religion!

Vous pourriez me répondre: OK, l’Arabie Saoudite est détestable, mais ce n’est pas vraiment leur faute: c’est l’islam lui-même qui est une religion barbare, rétrograde et misogyne. Ayan Hirsi Ali ou Taslima Nasreen seront certainement d’accord avec vous. Pas moi; mais je n’argumenterai pas ici pour les mérites de l’islam comme religion. Je me contenterai de vous montrer que, quoiqu’il en soit par ailleurs de cette religion, l’Arabie Saoudite n’est tout simplement pas une théocratie islamique. D’abord il y a le fait qu’en islam, la notion de dynastie n’a pas de sens. Toutes ces histoires de Califat sont juste du bullshit. Le coran ne donne aucune indication sur qui devrait diriger et soutient expressément que la religion musulmane abolit toute noblesse de sang pour la remplacer par la qualité personnelle[2]. Il n’y a donc aucune justification religieuse au fait que la supposée Très Noble & Très Ancienne Maison des Saoud dirige ce pays. Mais ce qui est vraiment anti-islamique, c’est cette info relayée par RFI: que la police religieuse importune les chrétiens qui fêtent Pâques. Il y a en islam ce petit truc qu’on appelle la protection des Gens du Livre. Quelle que soit la personne qui dirige un régime islamique, il est de son devoir d’assurer la protection des chrétiens et des juifs de son domaine. Ainsi, c’est conformément à ce principe que le roi du Maroc avait refusé d’obéir à l’ordre de déporter les juifs lors de la seconde guerre mondiale et, pour autant que je me souvienne, les juifs iraniens sont représentés au Parlement[3]. Que la police religieuse saoudienne s’attaque aux chrétiens qui pratiquent leur religion prouve donc tout simplement que l’Arabie Saoudite n’a absolument rien de musulman. En tant que musulman, ça me plait assez de savoir que la soi-disant théocratie islamique saoudienne que je trouve profondément détestable n’est islamique qu’en surface, ce qui ne veut pas dire qu’une vraie théocratie musulmane serait meilleure. C’est l’idée même d’une théocratie qui est aberrante si vous voulez mon avis!

…………………………………

[1] puisque pour notre malheur son royaume se veut islamique

[2] Qualité personnelle qui se mesure certes par la connaissance du Coran, mais bon, il faut bien un critère objectif!

[3] Étonnant non? Même un antisémite notoire comme Ahmedinejad est obligé de s’en accommoder.

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De notre droit à insulter le Coran

Posted in Religion by hadyba on septembre 29, 2006

« Point de contrainte en Religion

La vérité se distingue clairement de l’erreur. »

Coran II-256

« As-t-on le droit d’insulter le Coran ? » A cette question je crois qu’il faut clairement répondre par OUI.

Soyons sérieux une seconde, supposons que Dieu existe, que Mahomet est son prophète et le Coran sa parole incréée. Et bien, même dans ce cas, je crois que nous aurions quand même toujours le droit imprescriptible d’insulter le Coran. En effet, s’Il existe vraiment et s’Il est si puissant qu’est-ce qui empêche Dieu de foudroyer sur place quiconque parle mal du Coran? Par hypothèse absolument rien, donc si nous pouvons le faire et continuer de vivre, je ne vois pas de quel droit quelqu’un d’autre s’arrogerait le droit de jouer les justiciers divins et de menacer de mort ceux qui insulteraient, de son point de vue, le Coran. Je trouve à la limite insultant pour Dieu que Ses adorateurs le prennent pour un garçon peureux en culottes courtes et qui, à la moindre contrariété, va se plaindre à sa mooman. Ces gens là subliment leur propre lâcheté enfantine en prétendant servir Dieu.

Je comprend parfaitement qu’un croyant soit affecté dans sa chair quand on s’en prend au coeur même de sa foi. Je n’en pense pas moins qu’il doit accepter une telle critique aussi injuste qu’elle puisse lui paraître. La seule réponse acceptable à un écrit est un autre écrit, pas la violence, ni la menace de mort. Les religions prétendent apporter la vérité. Le risque que Dieu (s’il existe) a pris en nous dotant d’un cerveau, c’est celui que nous ne reconnaissions pas cette vérité et même la rejetions violemment. Il a accepté cette règle du jeu, de quel droit ceux qui se prétendent ses adorateurs se considéreraient-ils meilleurs que Lui et s’amuseraient-ils à tuer ceux qui ne voient pas le monde comme eux?

J’écris ce post en réaction à une nouvelle apprise hier soir : un prof de philo, en France, est obligé de se cacher parce qu’il aurait écrit dans le Figaro quelque chose d’insultant pour l’Islam. Quoiqu’il ait pu écrire ou dire, je pense que les musulmans doivent défendre son droit à être critique envers eux. Si vraiment ce qu’il dit est faux, il faut argumenter et montrer qu’il a tort. Si ce qu’il dit est vrai, il faut le reconnaître. En aucun cas nous ne pouvons accepter que le débat se résume à une menace de mort. Si la violence est le seul argument dont nous disposions, cela veut dire que notre religion ne vaut absolument pas la peine d’être pratiquée.

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